‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 55 sur 84 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

MÉTAPHYSIQUE VhIPPOCRATE ; SES IDÉES SUR LA CAUSE

première, sur la création et le mouvement de l'univers, sur la nature de l'ame.

Je pense que ce que nous appelons le feu ( Jupiter) est immortel; qu'il connaît tout, qu'il voit tout, qu'il entend tout; qu'il sait le présent, le passé et l'avenir; que c'est lui qui arrange tout, procédant sans bruit, n'étant ni tangible, ni visible.

En lui est l'âme, l'intelligence, la prudence, le mouvement, l'augmentation, la diminution, l'altération, le sommeil et la veille; il gouverne tout, partout et toujours, n'étant jamais en repos.

Ignis, spiritus, nutrimentum prœbei, qui si igni privetur vivere non possit.

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Les hommes ne savent point profiler des choses : visibles pour méditer sur les invisibles; ils usent des arts cpii sont tous pris dans la nature humaine, parce que les dieux leur ont appris à imiter ce qui se passe en eux; et ils ne connaissent pas ce qu'ils imitent, car les choses semblables ont leur différence, les égales leur inégalité. Ce qui parle, a son silence, la raison a sa folie. Chaque chose a en elle-même son contraire; la loi et la nature, auxquelles on doit tout, tantôt s'accordent, tantôt ne s'accordent pas, parce que les hommes ont imaginé la loi et l'ont faite sans connaître ce sur quoi ils l'ont faite. Mais les dieux ont arrangé la nature.

Quand toutes choses furent faites, le feu subtil se porta en grande quantité dans les régions supérieures; les] anciens me paraissent lui avoir donné le nom d'éther. . La seconde partie, qui demeure dans le bas, s'appelle terre; elle est froide, sèche et dans un grand mouve-l ment, et il y a aussi beaucoup de chaud. La troisième partie, qui se place dans la région moyenne, a quelque, peu de chaud, c'est l'air; la quatrième, tout proche de; la terre, est humide et crasse, c'est l'eau.

Après que le tout fut mû d'un mouvement circulaire, il se troubla et il resta beaucoup de chaud dans certains endroits de la terre, dans d'autres moins; la quantité en fut considérable, mais le volume fort peu.

Les espaces sont pleins d'éther : l'air en contient, toutes les choses de la terre en contiennent, et tous les êtres aussi. C'est pareillement à cet éther que le soleil,

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la lune et les astres doivent leur mouvement. — Il est l'esprit de vie et la cause des phénomènes de la vie. En un mot, sans lui toute existence est impossible. Non enim vivere natantia, animanlia possent, si non calidum participârint.

La nature de l'homme est un mélange de feu et d'eau; lame, attachée à une partie, se répand dans l'animal tandis cpj'il respire ; elle agit sur l'homme tout entier, sur le vieillard et sur l'enfant ; elle augmente chez tous de la même manière. Dans le corps des enfants, les circuits sont plus courts pendant tout le temps qu'ils grandissent ; elle se consume à les faire croître; on dirait qu'elle a des ailes, qu'elle vole et ne voit que cet objet. Dans la vieillesse, les mouvements sont plus lents, le corps est froid, il semble que 1 ame soit pesante; tout alors tend vers le moins.

La vie de l'homme est septénaire. Quand la semence est arrivée à la matrice, elle acquiert tout son développement en sept jours; l'enfant est viable à sept mois; la première dentition a lieu à sept mois, la seconde à sept ans; la puberté à quatorze ans, deux fois sept, et ainsi du reste; enfin, on peut passer sept jours sans manger.

Tandis donc que le corps jouit de toute sa force, durant qu'il est apte à la génération, on est capable de nourrir et de faire croître.

L'âme, dans tous les êtres animés, étant la même par sa nature, tandis que les corps sont très-différents, elle reste toujours la même, qu'elle croisse ou qu'elle diminue ; elle ne change jamais de nature, et la violence n'y

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peut rien; mais les corps ne sont jamais les mêmes, ni dans leur nature, ni dans les altérations que la nécessité y apporte. Ils sont continuellement changés par des divisions et par des mélanges.

Le cerveau exerce le plus grand empire sur l'homme; il nous avertit, tandis qu'il est sain, des changements qui arrivent à l'air (au pneuma) ; il en reçoit la sagesse. Les yeux, les oreilles, la langue, les mains et les pieds le servent comme il juge convenable.

Tandis que le cerveau communique librement avec l'air, tout le reste du corps participe à l'intelligence. C'est dans le cerveau que réside la prudence ; car l'air, aussitôt que l'homme le prend, se rend d'abord au cerveau ; après y avoir laissé sa fleur, c'est-à-dire ce qu'il contient d'intelligence et d'esprit, il se répand dans tout le reste du corps.

S'il allait d'abord au corps, et qu'ensuite il allât au cerveau, laissant l'intelligence dans les chairs et dans les veines, il y arriverait chaud, point pur, mais chargé des émanations des chairs et du sang. Il ne serait plus propre aux fonctions qu'il doit remplir là où réside l'esprit et l'intelligence... Quapropter dico cerebrum intelligentiœ et prudentiœ intemunlium et interprelem esse (Hippocr., De morbo).

Quant au diaphragme, c'est par abus qu'on lui a donné le nom de phrénique, qui désigne la prudence ; dans la vérité, il ne devrait pas être ainsi appelé. Je n'y trouve rien qui y manifeste l'intelligence et l'esprit, si ce n'est que dans le cas où l'homme est saisi d'un sentiment

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près-tort de joie ou de tristesse, le diaphragme tressaille par défaut de forces, se trouvant trop tendre et n'ayant pas de cavité qui puisse recevoir le bien ou le mal qui lui advient; en sorte qu'il est troublé par l'un comme par l'autre, à raison de la faiblesse de sa nature.

Le diaphragme n'a pas plus de sentiment que les autres parties du corps, et on lui a donné improprement un nom qui pourrait le faire croire, ainsi qu'on a nommé oreillettes des cavités du cœur qui n'ont point d'ouïe.

Il y a des gens qui pensent que la raison réside dans le cœur, qu'il est le siège de la tristesse et des soucis. Il n'en est point ainsi. Le cœur est travaillé comme le diaphragme, même davantage, par les mêmes causes, car les veines de tout le corps se rendent au cœur ; elles ont avec lui une connexion telle, que si une partie quelconque est troublée, il le ressent, et tout le corps éprouve aussi des frissons et des roideurs quand nos diverses parties sont mal affectées.

C'est ainsi que le cœur et le diaphragme donnent des signes de sentiment remarquable dans des moments d'une grande joie, mais l'intelligence n'y est nullement. Le principe en est da?is le cerveau comme étant Ja partie du corps qui reçoit la première l'esprit et l'air... Aussi les maladies qui l'attaquent sont les plus terribles, les plus grandes et les plus difficiles à juger, surtout pour les gens inhabiles.

Quant au sang, certains prétendent qu'il est le principe de l'entendement. Il est certain du moins qu'il influe sur l'entendement, et que rien, dans le corps, ne

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contribue autant que lui aux opérations de la raison. (Gardeil, III, p. 187.)

Chaque animal a son âme toujours présente à toutes les parties, susceptible du plus ou du moins ; tandis que les plus petites parties de l'animal, les éléments, ne sont point susceptibles du plus et du moins. — Cette âme augmente, ou elle diminue suivant les circonstances; la situation des parties lui présente une place où elle s'arrange, où est reçu ce qui y convient. L'âme croît aussi dans l'homme plus que dans aucun des animaux, même les plus grands, quelque différence qu'ils aient entre eux pour la force.

L'âme qui entre dans l'homme est un mélange de feu et d'eau faisant une portion de lui-même ; c'est l'âme qui préside au développement de toutes les parties; elle se nourrit et augmente par le régime ainsi que tout le reste (1).

Il faut bien que tout ce qui fait la substance de l'homme ait des parties ; ce qui n'en aurait pas dès le commencement ne pourrait pas croître, qu'il lui arrivât de la nourriture ou qu'il ne lui en arrivât point, puisqu'il n'y aurait pas le lieu où la nourriture pût s'appliquer ; mais tout ce qui a des parties reçoit de l'augmentation. Chacun en prend dans sa place selon ses besoins.

C'est l'âme qui fait un grand animal d'un petit. L'âme de l'homme se reproduit sans cesse jusqu'à la mort ;

(1) 11 est évident qu'Ilippocralc veut parler ici du fluide nerveux, source de la force vitale ou de l'élément dynamique qu'il a véritableflaent entrevu.

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quand les maladies échauffent lame, elle contribue aussi à dévorer le corps.

Après que la chaleur s'est retirée des organes, l'esprit de la chaleur qui unissait le tout au tout s'exhale au même instant ; alors l'âme s'échappe elle-même, soit par les chairs, soit par les soupiraux de la tête qui servent à l'entretien de la vie ; et en s' échappant de sa demeure corporelle, elle abandonne le froid simulacre de l'homme encore composé de bile, de pituite et de chair.

Naître et mourir ne sont que des modes différents de la même chose. Ainsi, la naissance et la mort sont au fond toujours même chose : naissance, c'est mélange ; mort, diminution et séparation sont synonymes ; chaque chose tend vers le tout, tout suffit à chaque chose. La nature a fait pour chaque chose des lois différentes qui séparent tant les ouvrages des dieux que ceux des hommes.

D'après ces lois, tout est successivement élevé, puis précipité en bas. La nuit et le jour sont des extrêmes en plus et en moins ; la lune a son plus et son moins ; le soleil et l'eau ont le leur. La lumière est à Jupiter, les ténèbres à Pluton ; Pluton a sa lumière , les ténèbres marchent à la suite de Jupiter.

Toutes choses sont en mouvement à toute heure, faisant successivement ceci ou cela sans savoir ce qu'elles font; quoiqu'elles paraissent douées d'intelligence, elles ne connaissent point ce qui est devant elles. Cependant tout s'opère par une nécessité divine, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, une chose allant ici et l'autre là.

Chacun remplit sa destinée mutuelle, tendant toutes vers le plus ou le moins. Tout meurt par la séparation du plus d'avec le moins et du moins avec le plus : le plus croît et augmente par le moins. Il en est ainsi de tout, et du corps, et de l'âme, quelque chose que l'âme puisseêtre (1).

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