MÉDICALES
De la nature de l'homme.
Ceux qui se sont accoutumés k entendre parler de la nature de l'homme à des personnes qui veulent lacon-
(1) Il y a dans les livres hippocratiques plusieurs mois qui reviennent souvent, et dont le sens, incomplètement fixé par Ilippocrate et diversement interprété par ses continuateurs, répand sur ses doctrines comme une teinte vague d'incertitude et de mystère ; ce sont les mots : [Q^;,
•rcveùu.a, èvopawv, <pÛll?, TO OclGV.
Après avoir médité sur l'acception de chacun de ces mots, et les avoir en quelque sorte opposés les uns aux autres dans une analyse psychologique, nous sommes arrivé aux conclusions suivantes, que nous soumettons à la critique autorisée des philologues.
Selon nous, par le mot 0eb?, Ilippocrate entend désigner l'Auteur de toute chose, l'Être éternel, qui est tout, qui est en tout et partout, et que nous nommons Dieu.
Par le mot Tmîiua, Ilippocrate désigne tantôt l'air que nous respirons, tantôt l'éther ou l'esprit de vie répandu dans l'air, et qui anime la nature entière ; tantôt un souflle, tantôt un fluide des plus déliés qui se dégage de nous ; mais, en toute circonstance, leirvcû^x n'est jamais pour Ilippocrate qu'une cause seconde, entièrement soumise à l'action supérieure d'une cause première (l'éther).
Par les mots <pojc?, èvopawv, 7vw{/.ïi, il désigne ràme|intelligcntc et con-
ET DE LITTÉRATURE MÉDICALES. *bô
naître par des moyens étrangers à la médecine ne trouveront rien de satisfaisant dans ce traité.
Je ne dirai pas que l'homme est tout feu, tout air, ou eau, ou terre, ou autre chose. Persuadé comme je le suis que l'homme n'est nullement une seule chose, j'abandonne sans peine cette doctrine à ceux qui veulent la soutenir ; ils me semblent cependant ne pas bien sa-
sciente, l'âme humaine proprement dite, substance ou entité, infiniment supérieure au principe de vie, qu'il nomme cpûaiç.
Par le mot <?'m; appliqué à l'homme, il indique l'agent moteur de toutes les fonctions naturelles ; c'est-à-dire ce par quoi l'organisme se forme, se conserve, se guérit; ce par quoi il sent, se développe et vit organiquement et physiologiquement.
Enfin, par les mots to 6eï<Jv, quid divinum, Hippocrate désigne non des qualités occultes, comme on l'a prétendu à tort, mais un état particulier de l'air atmosphérique.
Selon Hippocrate, les formes et les variétés de l'esprit dépendent du mélange en diverses proportions des deux principes élémentaires, le feu et l'eau. Cette théorie paraît étrange au premier abord ; mais quand on réfléchit qu'Hippocrate appelait eau l'ensemble des humeurs, et qu'il appelait feu vital ce que nous appelons aujourd'hui le fluide nerveux, tout se débrouille et tout s'explique. En effet, on comprend qu'Hippocrate, qui avait employé les mots «H? et pco^r, pour désigner le principe de l'ifitelligence et de la raison humaine, ait voulu caractériser par le mot œuoiî l'agent inconnu des fonctions physiologiques et pathologiques, c'est-à-dire ce que les anciens appelaient l'âme végétative, sensitive et animale.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Hippocrate, après avoir constaté dans l'homme l'existence de solides et de liquides, a reconnu ensuite que ces parties étaient animées et mises en mouvement par une force qui les pénètre et les fait concourir à une action générale, et que, imbu de cette idée, il a donné un nom à cette force : le nom cpûcn;, qui dérive du mot grec «pûu, qui veut dire, je produis, je donne le mouvement et la vie.
Plus tard, le mot cpuo-.; a été traduit par les mots nature, force vitale, cl plus simplement par le mot vie, qui sert aujourd'hui à désigner la cause des phénomènes qui caractérisent l'existence chez les êtres organisés.
?P4 FRAGMÉNXS choisis de i'hilosophii; voir co qu'ils veulent faire entendre. Ils sont tous du môme avis sur un point, et ils en déduisent des assertions très-différentes lorsqu'ils veulent s'expliquer.
Us avancent d'abord que tout ce qui existe est un, et que cet un est tout; ensuite, ils ne s'accordent plus sur la signification de cet un, qui est tout. L'un affirme que c'est l'air, l'autre que c'est le feu ; celui-ci l'eau, celuilà la terre, et chacun étaye son opinion de raisonnements et de témoignages qui ne sont d'aucun poids. Or, qu'ils soient tous d'abord du même avis, et que cependant ils ne disent pas ensuite les mêmes choses, c'est une preuve qu'ils ne savent pas bien ce qu'ils veulent dire.
On le connaît en effet bientôt, quand on assiste à leurs discussions. Si elles se passent devant les mêmes auditeurs, ceux-ci remarqueront qu'aucun de ces philosophes ne reste victorieux dans son opinion trois fois de suite : c'est tantôt l'un, tantôt l'autre; souvent c'est celui dont la langue est la plus exercée à parler devant la multitude.
Il faut cependant, quand on prétend savoir bien les choses, être toujours victorieux dans la discussion qu'on en fait : si l'on sait, en effet, ce que l'on dit, on le prouve manifestement. Ces philosophes me semblent donc n'être divisés que faute de bien s'entendre sur les mots. Ils retombent dans l'inconséquence qu'on a vertement reprochée àMélissus, qui soutenait qu'il n'y avait qu'un élément qui cependant se changeait en qua re éléments ! Il me suffît d'avoir dit ceci touchant les disputes des philosophes sur la nature de l'homme.
Quant aux médecins qui soutiennent que l'homme ['est que sang, ou qu'il n'est que bile, ou qu'il n'est que pituite, ils font chacun ensuite le môme raisonnement : Us disent que l'être est un, quelque nom qu'on veuille lui donner, et que cet être unique change de forme et de puissauce, suivant qu'il est forcé par le froid ou par le chaud, et qu'il est susceptible alors de devenir doux ou amer, blanc ou noir, ou de prendre toute autre qualité.
Mais je ne crois pas qu'il en soit ainsi. Je dis, quant à moi, que si l'homme était une seule chose, il ne ressentirait jamais de douleur ; car qu'est-ce qui pourrait exciter de la douleur en lui s'il n'était qu'un...? Et supposez qu'il en éprouvât, le remède devrait aussi n'être qu'un, mais au contraire les remèdes sont très-divers... Et pourquoi ?
Parce qu'il y a dans le corps plusieurs choses, et lorsqu'elles s'échauffent entre elles ou se refroidissent, qu'elles se dessèchent ou s'humectent au delà de leur nature, il survient des maladies différentes qui se montrent sous diverses formes ; la manière de se guérir est aussi différente.
Celui qui dit que l'homme n'est que sang et rien de plus, devrait se montrer toujours le même et ne jamais changer, ou du moins devrait-il assigner quelque partie de l'année ou un terme de la vie où l'on pût ne voir dans l'homme que du sang ; car, pour être assuré que son opinion est fondée, il faudrait qu'il y eût du moins un temps où l'on vît seul en l'homme ce qui le constitue.
286 FRAGMENTS choisis DE PHILOSOPHIE
Ceci s'applique aussi à ceux qui prétendent qu'il n'est que bile ou pituite. Je ferai voir dans la suite que les choses dont l'homme est composé y restent toujours les mêmes, qu'il soit jeune ou vieux, que la saison soit chaude ou froide.
D'abord la génération de l'homme ne peut pas venir d'une chose seule ; car comment ce qui est un engendrerait-il sans se mêler à autre chose? Or, s'il ne se fait un mélange entre des êtres divers de nature et de même • force, il ne se fait pas de génération d'un semblable au nôtre ; de plus, si le chaud et le froid, l'humide et le sec ne se tempèrent l'un et l'autre convenablement, et si l'un prédomine trop, la génération ne se fait pas.
Comment donc encore un pourrait-il engendrer seul, tandis que plus d'wn ne le peut pas, à moins que le mélange mutuel ne soit tempéré. Il faut donc, puisque telles sont la nature et la génération tant de l'homme que de tous les autres êtres, qu'ils ne soient pas une seule chose ; mais que chacune de celles qui contribuent à la génération conserve dans le corps la force par laquelle elle y contribue. Il faut pareillement, lorsque l'homme meurt, que chacune se porte ailleurs, suivant sa nature : l'humide doit retourner vers l'humide, le sec vers le sec, le chaud vers le chaud, le froid vers le froid : telle est la nature des animaux et de tous les êtres. Tous viennent de même et s'en vont de même ; car ils sont composés des mêmes choses, et chacune de celles qui ont servi à leur composition s'en retourne vers celles d'où elle est venue.
Or, le corps de l'homme renferme du sang, de la pituite et deux sortes de bile, la jaune, la noire ou l'atrabile : telle est sa nature. C'est par ces choses qu'il se porte bien ou mal. Il se porte bien, lorsqu'elles sont mêlées chacune dans la juste proportion de quantité et de force , mais surtout bien mêlées ; il est malade lorsque l'une d'elles excède ou est en défaut, ou se sépare , ne faisant plus son mélange ; car lorsqu'elle se sépare, non-seulement l'endroit où elle manque doit être affecté, mais, de plus, celui où elle se retire, se trouvant surchargé, éprouvera des douleurs et du travail. Lorsqu'il en sort du corps plus que le superflu, le vide occasionne de la douleur. Mais le vide se fait en ce que l'humeur séparée d'une partie se porte sur une autre par métastase. La douleur est double, comme nous l'avons dit, savoir, par vacuité, là où elle s'est retirée, et par réplétion, là où elle s'est posée.
J'ai annoncé que je ferais voir que les choses dont l'homme est composé y restent toujours les mêmes de l'aveu général. Or, je dis que le sang, la pituite, la bile jaune et la noire sont toujours les mêmes ; ces choses sont ensuite bien distinctes de leur nature.
La pituite ne ressemble nullement au sang, ni le sang à la bile, ni la bile à la pituite. Comment pourrait-on les confondre entre elles, tandis qu'à la vue seule elles différent par la couleur? Si on les touche, elles ne paraissent pas être une même chose au tact ; la chaleur et la fraîcheur n'en sont pas les mêmes, ni la consistance, ni la fluidité : il faut bien qu'elles diffèrent, n'étant pas
FRAGMENTS choisis DE PHILOSOPHIE
une seule et môme chose, car elles ne sont ni feu, ni eau seulement.
On connaît facilement qu'elles ne sont pas cba Yw universel, puisque, si l'on prend ,m remède qui agi sur la pituite, c'est de la pituite qui est vomie ; si le re mède agit sur la bile, on vomit de la bile ; de môme pou la bile noire, lorsque le remède est de ceux qui poussent l'atrabile ; et si le corps est blessé de manière qu'il y ait une plaie, le sang coulera. Cela arrive ainsi en tout temps, le jour, la nuit, dans l'hiver, dans l'été, tant (pie l'homme peut prendre et rendre l'air. Or, s'il le peut tant qu'il n'est pas privé de quelqu'une des choses qui le constituent, qui sont celles que je viens de dire, comment ne le constitueraient- elles pas? Il est d'abord manifeste qu'elles se trouvent toujours en lui pendant sa vie; de plus, il a été engendré par un autre qui les possédait toutes, et celle qui l'a nourri possédait au^si les choses dont je parle : elles se montrent dans l'homme par elles-mêmes, sans avoir besoin de recourir au raisonnement pour les y apercevoir.
Quand on prend un remède qui agit sur la bile , on vomit d'abord de la bile, puis de la pituite ; vient ensuite de la bile jaune; et si l'on meurt, on vomit aussi le sang pur. Il en arrive autant quand on a pris trop de remèdes qui agissent sur la pituite : on commence par vomir de la pituite, puis la bile jaune, puis l'atrabile, puis enfin le sang pur avant de mourir.
De môme, le remède entré dans le corps agit premièrement sur l'humeur qui est la plus analogue à sa na-
Un e ; il attaque ensuite et purge les autres, de même que les plantes et les semences qu'on jette sur la terre en tirent chacune ce qui est suivant leur nature ; or, elles v trouvent, et l'acide, et l'amer, et le doux, et le salé :
chacune attire d'abord en plus grande quantité de ce qui lui est le plus analogue, et prend ensuite quelque chose du reste. Les remèdes agissent aussi dans le corps ; ceux qui poussent la bile purgent d'abord la bile pure et ensuite mêlée.
La pituite augmente dans l'homme pendant l'hiver ; c'est aussi l'humeur du corps la plus analogue, par sa nature, à l'hiver, car c'est la plus froide. 11 est aisé de s'en assurer. Si l'on touche successivement de la pituite, de la bile et du sang, on trouvera que la pituite est froide ; elle est de plus très-visqueuse, et ne s'allie avec la bile que difficilement. On pourrait donc m'objecter, et cela est vrai en général, que tout ce qui ne cède que difficilement, qui a de la viscosité, est de nature chaude, et se chauffe davantage par l'action ; cela n'empêche cependant point que la pituite ne soit réellement trèsfroide ; que d'ailleurs elle augmente pendant l'hiver : cela paraît manifestement, en ce que l'on en crache et l'on en mouche en grande quantité dans cette saison. C'est aussi pendant l'hiver que surviennent principalement les œdèmes, les tumeurs blanches et toutes les maladies pituiteuses.
Dans le printemps, la pituite est forte encore ; mais le sang augmente , les froids diminuent et les pluies viennent. Le sang doit donc prendre de l'accroissement, car
il est, par sa nature, analogue à la constitution de celte partie de l'année, puisqu'il est chaud ethuraide. La preuve de ce que je dis, est que les hommes, dans le printemps et dans l'été, sont les plus exposés aux dysenteries et aux hémorrhagies du nez ; ils sont alors plus rouges et plus chauds.
Dans l'été donc, le sang abonde encore, mais la bile s'accroît et s'étend jusqu'à l'automne, tandis que le sang diminue ; car l'été est contraire à sa nature. La bile se fait sentir pendant l'été et pendant l'automne, puisqu'on vomit alors naturellement de la bile, et que les remèdes purgatifs en entraînent une très-grande quantité. Cela se voit aussi dans le caractère des fièvres automnales et à la couleur de la peau. La pituite est très-faible dans l'été, cette saison lui étant le plus contraire par sa nature, puisque l'été est sec et chaud.
Le sang devient très-faible clans l'automne, car cette saison est sèche et commence à refroidir le corps ; mais l'atrabile est clans l'automne plus abondante et plus forte. Quand l'hiver revient, l'atrabile refroidit, diminue ; la pituite augmente cic nouveau par l'abondance des pluies et par la longueur des nuits. Le corps a donc constamment ces quatre humeurs en tout temps ; mais elles augmentent ou diminuent chacune à raison de la saison régnante , favorable ou contraire à leur nature.
Comme l'année entière a toujours et le chaud et le froid, et le sec et l'humide, rien dans ce monde ne peut subsister un seul instant, à moins que ces quatre choses ne s'y trouvent ; et si une seule manquait, tous les êtres
ET DE LITTÉRATURE MÉDICALES. m
naturels seraient détruits, la même loi qui a servi à les tonner tous servant à les entretenir. De même le corps de l'homme, s'il manquait d'une seule des choses qui le constituent, ne pourrait point vivre. Dans l'année, tantôt l'hiver domine, tantôt le printemps, ou l'été, ou l'automne ; dans l'homme, c'est la pituite ou le sang, ou la bile, ou l'atrabile qui dominent. Cela se prouve manifestement en ce que l'on purge le même homme avec le même remède quatre fois dans l'année, aux quatre saisons différentes. Il rendra, l'hiver, des matières trèspituiteuses; au printemps, des matières délayées dans beaucoup d'humide ; pendant l'été, de la bile, et durant l'automne, de l'atrabile.
Pour qu'il en soit ainsi, les maladies qui augmentent dans l'hiver doivent finir dans l'été ; celles qui se multiplient l'été doivent s'arrêter pendant l'hiver. Je dirai ailleurs en combien de jours chacune d'elles se termine ordinairement. Quant aux maladies qui viennent dans le printemps, il faut attendre l'automne pour les voir s'en aller ; celles qui se manifestent dans l'automne se dissipent nécessairement au printemps. Si elles passent la saison où elles doivent finir, soyez bien assurés qu'elles dureront toute l'année. Le médecin doit donc, en soignant les malades, observer ce qui domine alors d'après la nature du corps humain et de la saison régnante.
Le médecin doit connaître aussi quelles 'sont les maladies qui, provenant de la plénitude, se guérissent par des évacuations, et celles qui, venant des évacuations, se guérissent par la réintégration . Il doit savoir aussi que
les maladies que donne la fatigue finissent parle repos, et que celles que le repos occasionne se dissipent par l'exercice. Il doit savoir prémunir le corps contre toutes les maladies dont 1 est menacé à raison de son âge, de son tempérament, de ses habitudes, de ses occupations même ; et, dans ce but, il doit procéder lentement, avec précaution et avec suite, et s'appliquer par une méthode connue à tendre, à resserrer ce qtii est relâché el à relâcher, au contraire, ce qui est tendu: c'est le vrai moyen de détruire le mal, et une grande partie de la médecine se réduit, à mon avis, à ce principe.
Mes songes.
Quiconque veut connaître les signes qu'on peut tirer des songes, trouve d'abord qu'ils ont du rapport avec beaucoup de choses de la veille. L'âme, durant le sommeil, veille librement; mais tandis qu'elle est distraite par le service du corps , son existence est comme partagée; elle n'est point entièrement à elle-même. Au contraire, se donnant en partie aux besoins du corps, elle sert les sens tels que la vue, l'ouïe, le tact, la faculté des mouvements volontaires; elle dirige les diverses opérations que demande le soin des affaires; elle se prête à tout ce qui exige quelque intelligence de la part du corps, en sorte qu'elle ne peut en quelque manière penser par elle-même.
Quand le corps, durant le sommeil, laisse l'âme en paix, s'étendant alors sur toutes les parties du lieu qu'elle
ET HE LlTTIrtUTUKE MÉDICALES. î'7ft
habite, elle visite sa demeure et elle en règle les diverses fonctions. Le corps est dans le sommeil, mais elle veille ; elle possède toute son intelligence, elle voit toutes les choses visibles, elle entend celles qui sont du ressort de l'ouïe; elle touche, elle marche, elle s'afflige, elle s'arrête. Bref, l'âme fait, durant le sommeil, tout ce qui regarde le corps et l'âme; celui qui saurait la juger en cet état posséderait une grande partie de la sagesse.
On voit des personnes fort adonnées à cet art qui disent reconnaître et distinguer les songes envoyés par les dieux pour annoncer d'avance les. biens et les maux dont sont menacés les villes et les particuliers ! Ces personnes disent même connaître quels changements dans le corps sont annoncés par l'âme, dépendants d'excès, de réplétion, ou d'évacuation de choses naturelles, ou dépendants même d'habitudes et non d'excès.
Quelquefois on rencontre juste, d'autres fois on se trompe; on ne sait cependant ni pourquoi cela arrive, ni pourquoi on s'est mépris ! On dit qu'il y a à se garantir de certains maux, et sans en connaître les moyens, ou adresse des prières aux dieux. Il est sans doute bon de prier les dieux, c'est toujours à propos, mais il faut de plus concourir avec la Divinité et s'y aider en l'invoquant. Voici à ce sujet ce que je pense :
Toutes les fois que durant la nuit l'âme repasse dans les songes les choses de la journée, et qu'elle les voit de la même manière qu'on les a faites, se les représentant dans leur ordre et à propos, c'est un signe de bonne santé, parce que l'âme, persistant dans les actions du
jour, manifeste qu'elle n'a été surmontée ni par excès, ni par défaut dans le corps, ni par rien d'étranger.
Mais, quand les songes sont en contradiction avec ce qu'on a fait dans la journée, et que cela occasionne un combat intérieur, s'il est violent, le mal est grand ; si le combat est médiocre, le mal du corps l'est aussi. Quant à l'action faite, était-elle juste ou injuste, et dans ce dernier cas, comment doit-on la réparer? Ce n'est point ce dont j'ai à m 'occuper ici. Je ne donne de conseils que relatifs au maintien de la santé du corps. Il doit y être arrivé quelque replétion qui a donné lieu à des séparations d'humeur dont l'âme a été troublée!
Lors donc que le combat qu'ils occasionnent est violent, il convient de prendre un vomitif et de s'en tenir, pendant cinq jours, à des aliments légers; il faut aussi faire beaucoup de promenades, allant peu à peu d'un pas vif. On se livrera à des exercices médiocres à mesure qu'on reprendra les aliments accoutumés. Quand le combat intérieur est médiocre, on n'a pas recours au vomitif, on prend simplement un tiers moins d'aliments pour revenir insensiblement à la quantité ordinaire dans l'espace de cinq jours. On fera beaucoup de promenades et d'exercices de la voix.
Quand clans les songes on voit ou le soleil ou la lune, ou le ciel, ou les autres astres purs et sereins, c'est un l)on signe ; il indique la santé du corps. Il n'y a qu'à le maintenir par la continuation du même régime; le contraire indique un état maladif. Plus le signe est violent, plus le dérangement dans le corps est grand.
L'observation a appris que le firmament répond ci la surface du corps, le soleil aux chairs, la lune aux cavités où sont les viscères. Si un de ces astres apparaît altéré, obscurci, atteint ou arrêté dans sa course, le siège du mal est dans la partie correspondante.
S'il paraît un désordre dans le ciel, occasionné par l'air ou par les nuages, le mal est moindre que s'il se montre produit par des eaux ou par la grêle. Ceci désigne une séparation d'humeurs aqueuses ou pituiteuses qui se portent à la peau. Il faut, dans ce cas, faire des courses étant vêtu, commençant par aller doucement, puis vite, afin de suer abondamment. Puis, au sortir du gymnase, on fera de longues courses à jeun ; on supprimera le tiers- des aliments pour le reprendre peu à peu dans l'espace de cinq jours. Si le signe a été fort, on prendra des fumigations humides. Il convient de purger par la peau, puisque le mal est dans la circonférence ; on usera d'aliments secs, des amers, des astringents, des choses fortes et des exercices les plus propres à dessécher.
Si dans les rêves les altérations dont je viens de parler se montrent dans la lune, il faut arracher les humeurs du dedans en avalant un vomitif après s'être rempli d'aliments âpres , salés et doux. On fera ensuite des courses rapides et beaucoup de promenades ; on travaillera sur l'intérieur, parce que le mal est dans quelquesunes des cavités du corps.
Si l'on voit le ciel serein, et cependant les astres se serrer et s'affaiblir avec des signes d'une extrême sécheresse, cela annonce quelque maladie prochaine dont on
pourra se préserver en usant d'un régime doux et humectant. On prescrira des bains, un grand repos et un long sommeil, jusqu'à ce que le corps soit rétabli.
Quand en songe on voit dans le ciel des feux et dej la chaleur, c'est un signe d'excès de bile ; si l'on yoit ces feux s'éteindre, c'est un avant-coureur de maladie mortelle; si on les voit s'avancer, mettre en fuite la personne qui croit dans son songe s'échapper et courir, laissant derrière elle les feux qui la poursuivent, on est menacé de quelque maladie qui jettera dans la manie.
Il faut, dans chacun de ces deux cas, commencer par prendre l'ellébore, sinon il faut du moins se mettre à un régime aqueux; supprimer entièrement le vin, à moins qu'on n'en boive de blanc, léger, en petite quantité, qui soit mou et bien trempé. On s'abstiendra de choses piquantes, desséchantes, échauffantes ou salées. On se livrera à beaucoup d'exercices analogues à sa constitution ; — mais pas de frictions, pas de luttes ; on dormira le plus tranquillement qu'il sera possible, et l'on prendra un léger exercice.
Quand on voit les feux errer sans cause manifeste qui les entraîne, c'est un signe de trouble dans l'àme causé par des soucis. Il faut alors divertir l'âme par des spectacles, aller surtout k ceux qui font rire; si l'on peut, on fera et l'on verra tout ce qui peut faire le plus grand plaisir. Il suffit quelquefois de deux ou trois jours pour faire passer le chagrin; dans le cas contraire, on a a craindre quelque maladie.
Qunad on voit dos astres beaux et brillants îomben
du firmament, c'est marque de bonne santé; car lorsque ce qu'il J a de plus pur dans le corps se porte cle la circonférence aux viscères dans l'espace de la nuit jusqu'au matin, cela va bien, y ayant un circuit continuel de lé( rétion des humeurs dans le ventre qui sont rejetées vers les chairs.
Mais si Ton voit quelque chose de noir et d'obscur se portant vers le couchant, et qui finisse par tomber ou dans la mer ou sur la terre, ou dans les airs, ce sont autant de signes de maladie. La chute de ces tristes météores dans l'air désigne des fluctuations dans la tête; leur chute dans la mer annonce des maladies dans le ventre; enfin, leur chute sur la terre annonce des amas d'humeurs à l'extérieur. Il est utile alors de prendre un vomitif après avoir supprimé un tiers des aliments pendant cinq jours.
Lorsqu'en songé on voit comme une rosée pure qui humecte l'atmosphère, c'est un signe de santé. L'âme aperçoit alors distinctement les heureuses influences que le corps reçoit effectivement du ciel; mais si elle voit des vapeurs noires impures non transparentes répandues dans l'air, c'est un signe de mauvais état qui ne vient ni de réplétion, ni de vide clans le corps, et qui est causé par des émanations extérieures. Il faut, dans ce cas, se livrer à des courses rapides, tâcher cle fondre en quelque manière les chairs, et y introduire un nouvel air en mettant dehors celui qui est dedans. Les aliments seront doux et légers pendant quatre jours.
Toutes 1rs fois qu'on songe que Dieu envoie quelque
chose de pur, c'est un signe do bonne santé. Il annonce que les humeurs sont pures; mais si l'on songe tout le contraire, cela n'est pas bon. On doit présumer qu'il se prépare dans le corps quelque maladie qu'on tâchera de prévenir comme ci-dessus. Enfin, s'il semble qu'il tombe par un temps doux et clair une légère pluie qui descend lentement, qui ne mouille guère, cela est bon. C'est un signe qu'on prend dans l'air un principe pur et modéré. Lorsqu'au contraire, on croit voir des orages, des tempêtes, des averses d'eau salée, c'est un signe que l'air est trop dense ; on doit encore dans ce cas, combattre le mal en n'usant que d'aliments légers. Telles sont les diverses méthodes à suivre au sujet des signes pris dans les songes où l'on voit les astres et l'atmosphère.
Venant ensuite à la terre, lorsqu'on croit voir clairement ce qui s'y passe, l'entendre distinctement, qu'on se croit en voyage sans éprouver aucune inquiétude ; qu'on imagine courir rapidement avec fermeté et sans peur sur un terrain égal, bien travaillé ; qu'on rêve des arbres verdoyants chargés de fruits doux, ou bien des rivières qui coulent tranquillement, qui roulent de belles eaux sur un lit ni trop profond ni trop superficiel, ou enfin des fontaines ou des puits agréables, ce sont autant de signes de santé et du bon état du corps. Ils annoncent que la circulation des humeurs, la distribution des sucs nourriciers et les sécrétions se font comme il faut.
Quand on songe le contraire, il y a quelque dérange-* ment dans le corps. Si la vision ou l'ouïe sont perverties, le siège du mal est daus la tête. Si dans le songe on se
sent dans l'impossibilité de courir, il faut avoir recours à un vomitif; si l'on songe que l'on est dans des lieux sombres, c'est signe que les humeurs abondent; on doit alors se livrer beaucoup à des exercices et à la promenade.
Des arbres dépouillés de fruits sont signe de manque de sperme ; s'ils sont dépouillés de feuilles, ils désignent un excès d'humeurs froides. Quand ils sont chargés de feuilles et dépouillés de fruits, ils dénotent de la chaleur et de la sécheresse. Il faut alors, suivant les cas, dessécher, échauffer, rafraîchir ou humecter.
La marche des eaux des fleuves est un indice de celle du sang dans son cours. Quand elles sont abondantes, les vaisseaux sont pleins; quand elles coulent en petite quantité, les vaisseaux manquent de sang. On doit donc suivre un régime propre à augmenter la quantité du sang dans un cas, a la diminuer dans l'autre. Lorsque les eaux sont troubles, c'est un signe que le sang est bourbeux. On le purifie par des courses et par des promenades qui font prendre beaucoup de souffle.
Les fontaines désagréables, les puits profonds vus eu songe dénotent des vents dans la vessie; il faut la dégager par les diurétiques. Les agitations des flots de la mer sont des indices que le ventre est affecté ; il faut le purger avec des laxatifs doux et légers. Quand on voit la terre ou la maison trembler, si l'on est en santé, c'est un signe de faiblesse dans le corps ; si l'on est malade, c'est un signe de quelque révolution salutaire dans les humeurs. Celui donc qui est en santé doit alors changer son régime. 11 commencera par se faire vomir, et il ne reviendra en-
suite que peu à peu au régime accoutumé. Tout son corps est agité par les humeurs en mouvement. Pour celui qui est malade, il continuera de se conduire comme ci-devant, car son corps tend de lui-même vers le mieux.
Lorsqu'on songe, on voit des inondations, des déluges c'est une marque de la surabondance des humeurs dans le corps. On doit prendre des vomitifs, se priver de dîner, se livrer aux exercices, user d'aliments qui dessèchent et ne revenir que lentement à son régime ordinaire.
Voir la terre noire, brûlée, est regardé aussi comme un signe de mauvais état, comme un avant-coureur de maladie fâcheuse, peut-être mortelle. Ce signe dénote aussi une excessive sécheresse dans les chairs. On doit supprimer les travaux de toute espèce et les aliments qui dessèchent et échauffent, qui sont agaçants ou diurétiques. Il faut vivre du suc de viande, ne rien prendre que de doux et de léger, user de bains chauds, boire beaucoup «l'eau pure, éviter le soleil et le froid.
Lorsqu'on croit nager dans des étangs, dans la mer, dans des rivières, le signe esl mauvais en ce qu'il dénote la surabondance de l'humidité. Il faut se livrer aux travaux et user d'un régime desséchant; mais si l'on a la fièvre, le signe est bon ; la chaleur de la fièvre cède à une humidité abondante.
Toutes les fois que dans les songes on voit des choses analogues à celles qui se présentent dans l'état ordinaire, ni plus ni moins, ce sont autant de signes d'état normal et de santé. Si l'on se voit vêtu de blanc, magnifiquement pan-, le signe est bon. Quand on se voit avec des mem-
bres trop grands ou trop petits, le signe est mauvais ; on doit alors avoir recours à la gymnastique, puis augmenter ou diminuer l'abord des sucs nourriciers dans ces parties.
La vue des objets noirs est, en général, un mauvais signe qui annonce quelque danger ; il y faut des humectants et des émollients. Toutes visions étranges dénotent quelque changement clans le corps; celles des morts qui se présentent en songe, sans avoir rien de hideux, qui nous apportent quelque présent agréable sont signes d'un bon état du corps et de la salubrité des aliments, car nous devons aux mânes des morts, la nourriture, l'accroissement et les germes; or, quand ils nous les donnent de bonne nature, nous jouissons de la santé.
Quand, au contraire, on faitcles songes opposés, quand on voit des morts nus, noirs, souillés d'ordure, qui viennent dépouiller, dévaster la maison, ceci dénote un mau- . vais état du corps, menace de maladie, et fait connaître queles aliments ne profitent point. Il faut purger le corps au moyen de courses et de promenades; il faut prendre un vomitif et se nourrir de choses douces et légères.
Lorsqu'on voit des monstres bizarrres et des choses effrayantes, c'est un signe de plénitude d'estomac et de quelque vice clans les sécrétions ; on est menacé d'une maladie produite par la bile. On doit prendre un vomitif, et éviter ensuite tout ce qui dessèche ou échauffe.
Lorsque dans les songes on croit manger ou boire des choses ordinaires, c'est un signe de besoin de nourriture et d'un affaiblissement de l'àme. Si dans les songes on se
voit les chairs excessivement grosses, cela lient à une surabondance de nourriture, qui est moins forte quand les chairs paraissent moins excessives; car on voit en songe souvent qu'on a besoin ou non de nourriture. Il faut dans le dernier cas retrancher les aliments, il est un signe de nutrition trop grande.
Quant à la boisson, si l'on croit boire de l'eau pure, le signe est bon ; les boissons de toute autre couleur sont de mauvaise signification. Toutes les fois que dans un sommeil tranquille on croit voir des choses agréables, c'est une marque que l'âme les désire.
Quand on voit des choses horribles qui jettent dans l'effroi, c'est un signe de quelque embarras dans le cours du sang qui se dessèche. Il faut humecter et rafraîchir le corps. Lorsqu'on croit assister à des combats, que l'on voit des blessures, qu'on se croit garrotté, il se passe dans les sécrétions et dans le cours des humeurs quelque mouvement en sens contraire.
Dans ce cas, il faut faire vomir, atténuer le corps, faire beaucoup de promenades, user d'aliments légers, et revenir peu à peu à son régime ordinaire.
Quand on se croit perdu, qu'on s'imagine escalader des murs ou gravir des montagnes, ce sont autant de signes de mauvais état.
Traverser les fleuves, se battre avec des ennemis, voir des gens armés, se trouver en présence d'objets hideux, épouvantables, ce sont des avant-coureurs de la manie. Dans ce cas, il faut se mettre à un régime léger, fuir le soleil, le froid et l'oisiveté.
Serinent d'IHppocratc.
Je jure par Apollon médecin, parHygie, par Panacée, et par tous les dieux et déesses que je prends à témoin que j'accomplirai de tout mon pouvoir et selon mes connaissances ce serment tel qu'il est écrit.
Je regarderai comme mon père celui qui m'a enseigné la médecine ; je l'aiderai à vivre en lui donnant ce dont il a besoin ; je regarderai ses enfants comme mes propres frères; s'ils veulent apprendre cet art, je le leur apprendrai sans rétribution, ni obligation par écrit. Je leur ferai connaître ses principes; je leur en donnerai des explications étendues; je leur communiquerai généralement toute la doctrine, comme à mes enfants, à eux et aux disciples qui auront été immatriculés et qui auront prêté ce serment suivant l'usage de la médecine, mais non à d'autres que ceux-là.
J'ordonnerai aux malades le régime convenable d'après mes lumières et mon savoir; je les défendrai contre toutes choses nuisibles et injustes. Je ne conseillerai jamais à personne d'avoir recours au poison, et j'en refuserai à ceux qui m'en demanderont. Je ne donnerai à aucune femme de remède pour la faire accoucher avant le terme ; je conserverai ma vie pure et sainte aussi bien que mon art ; je ne taillerai point les personnes qui ont la pierre, je laisserai cette opération à ceux qui en font profession.
Lorsque j'entrerai dans une maison, ce sera toujours
28/j PENSÉES DIVERSES.
pour assister les malades, me tenant pur de toute injustice et de toute corruption avec les hommes et les femmes esclaves ou libres. Tout ce que je verrai, ou que j'entendrai dans le commerce des hommes, soit dans les fonctions ou hors des fonctions de mon ministère et qui ne devra pas être rapporté, je le tiendrai secret, le regardant comme une chose sacrée.
Ainsi puissé-je vivre longtemps, réussir dans mon art, et devenir célèbre dans tous les siècles, comme je garderai ce serment sans en violer un seul article; si j'y manque et me parjure, qu'il m' arrive tout le contraire.