EXPOSITION HISTORIQUE DU VITALISME
^Eijrescitque medentlo.
Considérations générales.
Comme système philosophique, le vitalisme remonte au spiritualisme de Pythagore et de Zénon d'Élée, qui repose sur cet axiome : Vie cl production sont synonymes.
Comme système médical, le vitalisme appartient à Hippocrate, car c'est Hippocrate qui a dit : « La vie est une cause éternellement active répandue dans l'air, comme l'intelligence, comme la raison; c'est à ce foyer perpétuel que tous les êtres la puisent; c'est elle qui anime les organes et leur imprime le mouvement »
Mais le vitalisme dont nous allons parler est l'œuvre philosophique de Barthez ; c'est lui qui l'a dégagé du naturisme hippocratique, qui l'a doté de formules didactiques, et qui lui a donné le nom qu'il porte et qui caractérise nettement la nouvelle phase dans laquelle la médecine est entrée sous l'action puissante des méthodes philosophiques.
En réalité, le poète a conçu et défini le vitalisme quand il a dit : « Mens agitât molcm et magna se cor pore misect!»
Un esprit rayonne sur La matière et l'agite jusque dans ses dernières tnoîéculesi
En effet, faire connaître le principe de l'univers, o'esi faire connaître son système et indiquer en môme temps celui de l'homme, puisque l'homme est l'abrégé de l'univers. Tel est aussi le propre du vitalisme, car il a pour base le fait de la vie, c'est-à-dire le fait primordial sur lequel s'appuie le système du monde.
Le vitalisme ouvre à l'esprit les horizons les plus vastes, il lui révèle l'action de la vie sur la matière organisée , action si merveilleuse , qu'en s'exerçant sur un agrégat aussi admirablement combiné que le notre, elle en fait un instrument vivant au moyen duquel l'esprit qui vit en nous, et qui est nous, entre pour ainsi dire en commerce spirituel avec son créateur.
Mais laissons aux philosophes ces spéculations métaphysiques, et abordons simplement l'histoire du vitalisme médical, qui doit seul nous occuper ici.
Le vitalisme a pour fait-principe, la vie; pour base, l'observation des phénomènes delà vie; pour autorité, la consécration séculaire.
La vie étant le fait-principe sur lequel repose le vitalisme, la première question qui se présente est celle-ci : Qu'est-ce que la vie? La philosophie répond : La vie est la force qui anime la matière et qui lui imprime le mouvement : mens agitans molern ! La vie est le souffle éternel, inépuisable comme la Divinité dont il procède, qui fait sentir, agir et vivre les êtres.
Par l'action de la vie, il s'opère en tout germe, en toute molécule organique, des mouvements ou des actes qui constituent les premiers phénomènes de la vie, et aboutissent au développement d'organes qui s'unissent dans un but commun pour former un mécanisme vivant, c'est-à-dire un corps destiné au service de l'être qui se développe en lui et conjointement à lui.
Du fait môme de la vie, c'est-à-dire du fait qui constate l'action d'un principe qui unit le corps à l'être, dérivent deux conséquences corrélatives, savoir : 1° qu'il existe une ligne de démarcation absolue entre la force et l'organe, entre la physiologie et l'organologie; 2° qu'il est urgent de fixer les dogmes d'Une science qui s'appuie sur les lois de la vie, et qui les fait connaître.
A ceux qui demandent si la vie est une cause, un effet ou une loi, le vitalisme répond que la vie doit être étudiée comme une cause, un effet et une loi, mais (pie la vie est avant tout une cause, la plus universelle et la plus admirable de toutes par les phénomènes auxquels elle donne lieu.
La vie est une cause, puisqu'elle est le principe des fonctions qu'exerce l'organisme au sein duquel elle est pour ainsi dire incarnée; la vie est un effet, puisqu'elle est, dans son action, l'ordre même dans les phénomènes qui s'opèrent chez les êtres organisés; enfin la vie est une loi, puisqu'elle impose à tout être vivant des conditions absolues et un développement invariable. Lex est ratio summa quœ jubet.
Maintenant, le principe de vie est-il matériel ou imma-
tériel, inhérent ou adventif à la matière, accidentel ou propre aux êtres chez lesquels ont lieu les phénomènes temporaires cle la vie? Ce sont là des questions que la volonté de Dieu semble avoir léguées depuis le commencement du monde aux disputes des philosophes : disputa tionibus eorum!
Cependant tout fait supposer que le principe de vie est un fluide qui pénètre tous les êtres, et dans lequel tous les corps de la nature sont pour ainsi dire plongés : Tn vita sumus. Mais, en définitive, pour nous médecins, ce que nous devons étudier avant tout , c'est la vie dans l'homme. — Or, quand nous rencontrons des hommes qui ont consumé leur existence à méditer sur des matières aussi graves, nous devons prendre leur opinion en considération, et la répandre ensuite, si elle se distingue par une certaine portée. C'est donc ce que nous allons faire, en reproduisant les spéculations philosophiques d'un penseur profond, d'un savant émérite, du docteur Blaud, de Beaucaire, enlevé il y a quelques années à la science et à l'art qu'il cultivait avec une grande distinction.
Selon le docteur Blaud, la vie dans l'homme et dans les animaux supérieurs est due à l'action d'une force matérielle qu'il appelle la force vitale. Cette force a son foyer dans l'appareil encéphalique, et consiste en un fluide électro-vital, ou nerveux, qui est l'agent direct de tous les phénomènes physiologiques et pathologiques.
Certes ce n'est là qu'une hypothèse, et même qu'une hypothèse applicable plutôt à l'agent spécial de la vie
DU VITA.USME ET DE l/oilGANlClSME. 325
qu au principe môme de la vie ; mais cette hypothèse est si spécieuse, si séduisante au premier abord, qu'on est presque entraîné à l'adopter, au moins comme un levier intellectuel, surtout quand on songe que l'identité du fluide électrique et du fluide nerveux est admise par les hommes les plus considérables, par lesDavy, les Prévost, les Magendie, dont l'assentiment a donné une légitime consécration aux théories exposées antérieurement par Lecat (de Rouen) dans deux mémoires couronnés à Berlin en 1753 et en 1765.
Au fait, le fluide nerveux exerce sur toutes les parties de l'économie animale une action intime qui leur communique les propriétés et les attitudes de la vie, et c'est ce qui a déterminé Cullen et Hoffmann à le surnommer le dispensateur de la vie.
C'est le fluide nerveux qui donne le mouvement a l'organisme en animant ce nœud vital dont parle M. Flourens, et qui, selon ce savant, est l'organe spécial ou le premier moteur du mécanisme respiratoire; c'est le fluide nerveux qui établit la sensibilité générale dans les faisceaux postérieurs de la moelle épinière, et la motricité générale dans les faisceaux antérieurs ; enfin , c'est le fluide nerveux qui pourvoit à la vision clans l'appareil visuel, à l'audition dans l'appareil auditif, à la digestion dans l'appareil digestif, à l'exercice de l'intelligence dans le cerveau, etc. Donc le fluide nerveux est le fluide animateur ou le véhicule même de la vie.
Mais, tout en attribuant les phénomènes de la vie à l'action médiate du fluide nerveux, la raison humaine
OaO MiSUMlî IllSTolUQUIS DU NATUKISMIi,
reste toujours indécise sur la nature ou l'essence du principe de la vie, el par conséquent l'hypothèse du fluide nerveux ne fait que transformer le problème et reculer la difficulté, En effet, déclarer que le fluide nerveux est le premier agent des phénomènes de la vie, ce n'est pas dire ce qu'est la vie en essence, ce n'est pas faire connaître la substance de ce prîmum movens qui anime et, vivifie tout, et qui chez les êtres organisés imprime à l'appareil nerveux l'impulsion décisive en vertu de laquelle ils reçoivent des impressions, réagissent à l'occasion de ces impressions, et transmettent à loisir leurs impressions et leurs pensées comme par la magie d'une télégraphie supérieu re .
On peut donc se demander encore quel est le principe qui vivifie l'organisme et fait circuler le fluide qui tient sous sa dépendance l'économie tout entière? On peut donc se demander toujours quel est l'esprit qui agit sur la matière, la travaille, la façonne, la transforme, et entretient ainsi cette éternelle circulation qui assimile une substance à une autre substance, et renouvelle ainsi le champ de l'existence en créant par millions des milliards d'êtres qui se multiplient à l'infini, vivent un jour, et disparaissent pour recommencer sous d'autres formes leur perpétuelle émigration !
Hippocrate semble au premier abord avoir répondu à cette question, quand il a dit : C'est le calichtm innatum , c'est l'éther, c'est \espirilus ignis per corpora dispersas, qui opère tous les prodiges de la transmutation générale et qui préside également au mouvement des astres :
DU VITÂUSME ET DE l/olU.ANICISMK. 32 /
Salis et lunœ et astrium omnium cursus per spiritum procédant.
Mais si Hippoorate à su donner un nom au principe de vie, il n'a jamais pu indiquer l'essence de ce principe , et les philosophes qui lui ont succédé n'ont pas été plus heureux que lui sous ce rapport ; ce qui fait supposer que cette question restera à jamais l'éternelle énigme du Créateur.
Du reste, si nous ne connaissons pas l'essence du principe de vie, nous possédons du moins, sur l'action de ce principe et sur les phénomènes qu'il produit , des notions importantes.
Nous savons qu'il préside à tous les mouvements des corps organisés et que nous sommes plongés dans la vie comme dans un océan éternel. Nous savons que la vie n'est en chacun de nous qu'une concession, qu'un usufruit, mais que cet usufruit peut durer longtemps, si nous nous soumettons aux lois de l'hygiène physique et morale, et que dans ces conditions l'être qui vit en nous gagne chaque jour en force et en intelligence, et devient digne ainsi des plus hautes 'destinées. — Donc, nous savons tout ce que nous avons besoin de savoir, et nous n'avons par conséquent qu'à remercier la Providence d'avoir inscrit ces précieuses vérités dans notre esprit.
Avant d'aller plus loin, nous ferons observer ici qu'en appelant l'attention sur la double nature de l'homme, nous ne visons à aucun effet déclamatoire, mais que nous évoquons simplement les enseignements de la sagesse, qui représente le corps humain comme un sanctuaire
vivant qui doit toujours être digne de L'hôte qui l'habite. Eu effet, comme l'a dit Bacon : Un corps sain es! pour l'âme un hôte hospitalier ; un corps maladif est un geôlier impitoyable.
Les mômes vérités avaient déjà inspiré les sentences suivantes à Damascène, un prince de la médecine arabe, comme on disait en ce temps-là.
« Ceux que nous médecinons, dit Damascène, ne sont » pierres, bois, boue, ni cuir, mais l'œuvre de Dieu » grandement précieuse, en quoy la faute est facile et » bien périlleuse et principalement en ceux qui ont une » nature subtile. C'est que l'homme subsiste par la con- » jonction du corps et de l'âme, ce par quoy il ne faut » jamais donner médecine trop véhémente de peur que » cette conjonction ne se désassimile.
» Les mœurs de l'esprit suyvent la tempérance du » corps, quand doncques le corps est malade, particuliè- » rement les organes principaux, baille la médecine de » l'esprit, à savoir : choses récréatives aux sens, au goût, » à l'odorément, à la vue, àl'ouystetaux autres essouys- » sances auxquelles consiste et est contenue non la moin- » dre partie de la médecine ; et lors tu promettras tous- » iours santé au malade, combien que tu perdras tout » espoir et jamais tu ne permettras que tel abandonné » perde courage, car le tempérament du corps est tou- » jours là et concourt avec les affections de l'esprit. »
A ces paroles, qui datent de trois cents ans, ajoutons les paroles suivantes que M. le professeur Trousseau a fait entendre à l'Académie de médecine : « La vérité est
que sur dix malades, sept succombent à des médicaments dirigés en temps inopportun ou en trop grande quantité. » Méditons sur le tout, et nous reconnaîtrons qu'on peut tirer une bien précieuse leçon de tous ces profonds enseignements.
Maintenant, résumons les principes du vitalisme.
Exposition sommaire des principes du vitalisme.
La vie, principe d'action universelle, est la cause du mouvement qui anime l'organisme et produit tous les phénomènes, physiologiques, nosologiques et pathologiques.
L'organisme est une machine organisée, un mécanisme vivant ; les fonctions vitales sont les effets ou les actes de l'organisme animé parla vie.
La vie se manifeste sous deux formes principales, la santé et la maladie.
La santé consiste dans l'exercice normal et régulier des fonctions de l'économie.
La maladie est la lutte même de la vie contre tout ce qui porte une atteinte notable et prolongée à l'état de santé.
Il y a une différence capitale entre l'affection morbide et la maladie.
L'affection morbide est constituée par l'altération matérielle des solides et des liquides entraînant à sa suite le dérangement des fonctions.
La maladie est caractérisée par le soulèvement partiel
oàO RÉSUMÉ HISTOaiQUU DU natuiusmi:,
ou général tic l'économie contre les causes morbiûquâg,
La nature d'une affection @s1 tout entière dans la nature de ta oause qui la produit; la nature d'une maladie est en majeure partie dans la nature du sujet qui réagit.
La médecine repose sur le fait de la vie; c'est une science par ses principes; c'est un arl par les règles pratiques qui dérivent de l'application de ses principes.
On donne le nom de nature, d'influx vital, do force vitale (nisus formativus), de principe vital, à la cause inconnue des phénomènes de la vie.
L'unité vitale est, en physiologie et en pathologie, le fait véritablement fondamental; en vertu de ce fait, tous les organes se groupent en appareils et forment un mécanisme vivant qu'on appelle l'organisme , l'économie animale, le corps.
La vie préside à tout. Elle est formatrice, conservatrice et medicatrice. Par elle tout s'opère dans l'économie avec un art admirable. Aussi, quand on voit toutes les ressources que la nature déploie pour fortifier les conditions de la santé ; quand on suit pas à pas la marche naturelle des maladies; quand on fixe son attention sur l'œuvre des sympathies et des synergies, sur le travail combiné de la coction, sur les mouvements salutaires des crises, on est irrésistiblement entraîné à reconnaître que tant de mouvements si habilement entendus ne peuvent être que l'ouvrage d'une force qui les dirige d'après certaines lois et dans l'intérêt d'un être qui se
DU VITALISME ET DU L?ORGANlQlgME. ââi
développe au sein de l'organisme, comme la piaule se développe elle-même dans les entrailles du sol.
Le dogme de la réaction vitale est le dogme-principe de la pathologie ; de ce dogme dérivent comme autant de corollaires les propositions suivantes :
Toute affection morbide est produite par une cause interne ou externe. Une affection morbide, une fois déclarée, provoque une réaction. De la lutte de l'affection et de la réaction résulte la maladie.
Toute maladie a pour éléments une affection et une réaction, mais l'affection seule est le mal, la réaction seule est le bien.
La réaction a pour expression symptomatique une succession d'actes vitaux qui ont pour objet, les uns d'expulser ou de détruire les agents morbifiques, les autres d'arrêter leurs effets ou de réparer les dommages qu'ils ont produits.
Il existe entre toutes les parties de l'économie une solidarité complète, en vertu de laquelle tous les organes concourent tà la conservation de la santé et à la guérison des maladies.
Une maladie est tout autre chose qu'une altération chimique des parties ou du sang, ou qu'un dérangement fonctionnel; c'est un état complexe dont un des éléments constitutifs est une résistance, un soulèvement, une réaction !
D'après ces principes, les symptômes d'une maladie ne constituent pas (ous des phénomènes passifs qui suivent une affection comme l'ombre suit le corps; mais beau-
332 RÉSUMÉ HISTORIQUE Kl NATURISME,
coup de symptômes sont en réalité des phénomènes actifis qui ont un but salutaire et demandent par cela même à être respectés et favorisés dans leurs tendances.
En médecine hippocratique, le diagnostic cl le pronostic de la maladie, le traitement de l'affection et la réglementation de la réaction partent de ces données et reposent sur elles.
Quant aux lésions matérielles des organes, quant aux décompositions des liquides et des humeurs, ce sont des altérations qui sont produites tantôt par l'excès du travail morbide, tantôt par celui de la réaction, ou par des causes qui agissent primitivement sur les humeurs, sur le sang, la bile, la lymphe, etc.
Le cadre nosologique du vitalisme est des plus simples ; il embrasse trois classes de maladies : la première comprend les incommodités, les affections, les altérations et les décompositions ; la seconde, les réactions ou les soulèvements , la troisième les états mixtes qui tiennent à la fois des affections et des réactions.
Le vitalisme a une nomenclature qui lui est propre. Ainsi, comme l'a dit très-judicieusement le. docteur Lassalvy, la plupart des dénominations qu'elle emploie expriment un fait, une circonstance notable, souvent un élément essentiel qui maintient le praticien sur la voie des indicationsthérapeutiques. Ainsi, par exemple, quand elle inscrit les mots fièvre inflammatoire, gastrique, muqueuse, bilieuse, catarrhale, maligne ou putride; ou bien encore, quand elle emploie ces expressions : fluxion de poitrine, inflammatoire ou bilieuse ; péritonite gout-
DU VITALISME ET DE l/oRGANICISME. 333
teuseou rhumatismale; méningite scrofuleuse ; ophthalmie syphilitique, elle s'adresse à l'esprit. Il s'en empare aussitôt, et alors il saisit sans effort et la nature de l'affection, et les indications qu'il faut remplir ; tandis que les mots: fièvre typhoïde, pneumonie, albuminurie, employés par l'école organieienne, n'expriment que des symptômes secondaires ou des conditions anatomiques ou chimiques qui n'éclairent le diagnostic que d'une manière accessoire
La thérapeutique du vitalisme est également des plus simples, et c'est incontestablement un de ses plus grands avantages. Ainsi, à l'exception de quelques spécifiques et d'un très- petit nombre de médicaments éprouvés, le médecin vitaliste n'emploie d'ordinaire que des remèdes très-innocents; mais en revanche, il met à contribution les soins entendus de l'hygiène, et il cherche en tout temps tà agir sur le moral du malade. Il le calme, il le soutient, il le relève, et il obtient ainsi d'excellents résultats, attendu que l'action du moral sur le physique est uu des moyens les plus efficaces de l'art de guérir bien compris et pratiqué à la manière des grands maîtres.
Voilà le tableau du vitalisme, voilà cette médecine traditionnelle et rationnelle que l'anatomie pathologique voudrait anéantir. Elle n'y parviendra pas; car une pareille doctrine, œuvre à la fois de la plus haute raison et de l'expérience séculaire, ne saurait sombrer sous les sophismes de quelques hérésiarques. Elle triomphera au contraire de toutes les entraves qu'on lui jette; les signes en sont partout, et nous touchons à l'époque où
BÔâ RJÈSUMJÎ HISTORIQUE DU NATi ai 8MB,
tous ceux qui ii(3 sont pas inféodés à L'émeute eontempo^ raine pur un baptême d'écolier ou par les étroites habitudes (runo routine vulgaire, se constitueront loyalement les défenseurs et les apôtres d'un système qui est celui de la nature enseignant par l'exemple les lois de La vie.
Le vitalisme compte en France deux représentants célèbres, MM. Lordat et Cayol, tous les deux continuateurs d'Hippocrate et chefs d'école (1). Le vitalisme a pour sanctuaire 'la Faculté de médecine de Montpellier ; il a pour tribune à Paris, depuis trente-sept ans, la Revue médicale, fondée par les docteurs Rouzet, Bousquet, Miquel etDepau, auxquels se sont adjoints plus tard les docteurs Bayle, Gibert, Martinet, Récamier et le professeur Cayol, qui a été jusqu'à sa dernière heure la lumière vigilante, l'intelligence militante et la suprême raison de ce journal si justement renommé. La Revue médicale appartient aujourd'hui au docteur Sales-Girons, qui la comble de ses pensées.
Les doctrines de MM. les professeurs Lordat et Cayol ne sont pas absolument les mêmes; cependant elles ne diffèrent pas autant qu'on pourrait le supposer, à en juger par les luttes ardentes qui ont éclaté entre de fougueux et imprudentsdisciples. Le véritable débat se réduit à quelques aspirations diverses, à quelques prétentions individuelles, à quelques passes brillantes sur quelques points de doctrine; mais au fond, MM. Lordat et Cayol partent du même principe, la nature médicatrice, pour
(1) Le professeur Cayol a élé enlevé à la science depuis que ces lignes oui Clé écrites.
DU YITAT.ISME ET M I.'oRf; ANICISMK. 335
arriver à rapplication des mômes règles; autrement dit, MM. Lordatet Cayol sont tous les deux naturistes au lit du malade.
rioole de Montpellier. — Moctrines du professeur f<ordnt.
M . Lordat est depuis plus de cinquante ans la personnification illustre de l'école hippocratique du Midi. On nomme ainsi l'école médicale qui a été fondée par Sauvages, et qui s'est développée et perfectionnée ensuite sous le nom d'école de Montpellier.
La doctrine de Montpellier est la synthèse des dogmes traditionnels de la médecine, opérée d'après les règles de la méthode baconienne. Son esprit est k la fois philosophique et expérimental : philosophique, en ce qu'il s'élève aux spéculations de la philosophie transcendante; expérimental, en ce qu'il est dirigé vers le progrès d'un art qui ne saurait être l'objet d'une vaine et stérile contemplation, mais qui tend, au contraire, à perfectionner sans cesse le code des indications thérapeutiques.
L'école de Montpellier ne puise exclusivement ses principes, ni dans des théories générales absolues, ni dans des faits bruts ou ébauchés d'anatomie, de physiologie, de mécanique, de physique ou de chimie, ni dans un solidisme ou dans un humoiïsme exclusifs ; mais elle les puise dans l'ensemble des données fournies par toutes les connaissances humaines, notamment par les différentes branches de la science de l'homme; d'où il résulte que ses dogmes dérivent de la multiplicité des
faits légitimes el qu'ils en embrassent et résument le vaste ensemble.
L'école de Montpellier est essentiellement éclectique. En effet, de même, dit Frédéric Bérard, que les meilleurs gou vernements font entrer dans leurs formes les éléments les plus opposés, et donnent ainsi l'exemple d'un éclectisme philosophique, de même l'école de Montpellier fait reposer sa doctrine, non sur un seul ordre de faits, comme la plupart des systèmes, mais, au contraire, sur tous les faits physiologiques, pathologiques et thérapeutiques.
L'école philosophique de Montpellier remonte, comme nous l'avons déjà dit, au temps de Sauvages, de Lacaze, mais tous ses principes ont été élucidés et perfectionnés ensuite par de Sèze, Robert, Roussel, Fouquet, Grimaud, Dumas, Bordeu, et particulièrement parBarthez,qui les a concentrés et résumés dans la vaste doctrine qui a reçu le nom de vital isme.
A quelques divergences près , inséparables des nuances qui diversifient l'intelligence humaine, tous les professeurs de Montpellier adoptent les mêmes principes, les mêmes méthodes et les mêmes pratiques. Cette unité de vues, d'applications, et partant d'enseignements, explique et justifie parfaitement la dénomination spéciale d! 'école médicale qui a été pendant longtemps exclusivement accordée à la Faculté de Montpellier, et qu'elle conserve encore aujourd'hui en vertu de l'esprit médical qui la caractérise.
Il est curieux de suivre les évolutions progressives
DU VITALISME Eï DE l'oRGANICISME. 337
que la pensée médicale a subies dans les doctrines professées par les maîtres de Montpellier. Elles éclairent le jugement sur les phases que la logique médicale a ellemême parcourues pour arriver successivement à un complet développement, et elles ont sous ce rapport la plus grande importance.
En 1750, l'école de Montpellier, quoique naturiste au fond, était cependant en partie chimique, en partie mécanicienne, et par-dessus tout fort entachée de myst icisme! Sauvages attaqua vigoureusement cet état de choses, contre lequel Barbeyrac s'était déjà élevé avec énergie. Il prouva que les causes des phénomènes de la vie doivent être déterminées expérimentalement. Il montra tous les dangers que présentent les hypothèses basées sur de pures imaginations, et il indiqua les principes dont il fallait absolument partir pour arriver à la connaissance exacte des phénomènes.
Il démontra que la physiologie ne peut servir de base unique à la médecine, attendu que cette dernière ne saurait reposer sur la notion plus ou moins exacte qu'on se fait du mécanisme de la maladie, mais seulement sur les caractères essentiels et évidents qui la révèlent, et sur les éléments qui la composent, les seules expressions qui puissent devenir la source véritable des indications thérapeutiques. Il rappela en outre et avec une grande puissance de raisonnement qu'il importe peu au médecin desavoir siles facultés vitales résidentdans l'âme ou dans le corps, et qu'il doit se borner à constater leur existence et à étudier leurs lois qui se lient comme à leur cause,
33» kUtîiSÈ HISTORIQUE DU NATURISME,
à la nature directrice et conservatrice indiquée par les anciens. Enfin Sauvages s'attacha surtout à ét&bliî une ligne de démarcation absolue entre les forces physiques et les forces vitales, et nous lui devons la doctrine des propriétés vitales, dont le premier effet a été de renverser le mécanicisme de Boerhaave, le chimisme de Sylvius le Boë et la chimiatrie de WieUssens et de Willis.
Après Sauvages vint Lacaze. Pour lui, la médecine pratique doit reposer sur la connaissance et l'observation patiente de ce qui se passe dans l'économie pendant l'état de santé et pendant l'état de maladie; pour lui, les progrès de la physiologie doivent être subordonnés à l'étude approfondie de l'action interne que les divers agents modificateurs peuvent exercer sur l'économie vivante ; enfin la physiologie tout entière doit moins s'appliquer à étudier les détails d'une fonction particulière que tendre à s'élever à des considérations générales sur les rapports des organes dans l'exercice de leurs fonctions respectives.
En méditant sur ces données fondamentales, on sent qu'elles impriment à la physiologie un caractère tout à fait expérimental, etl'on est forcé de reconnaître que Lacaze a été le véritablepromoteur de la physiologie d'observation .
A Lacaze succéda Bordeu. Avant lui on cherchait encore les principes de la science médicale dans des théories empruntées à la physique, à la chimie ou à la mécanique; on expliquait tout par les esprits de Gâîien, par les archées de Van Helmont, ou par l aine omnipotente de Stahl... Bordeu réforma tout cela!
Dlr V1TA LISME ET DE I.'oRG ANICISME. 839
11 commença par affranchir la médecine du joug accablant des sciences accessoires ; il prouva qu'on pouvait rapporter beaucoup de faits de l'ordre métaphysique à l'organisation agissant comme cause; et alors, faisant une première application de la méthode newtonienne à la science des êtres vivants, il plaça le foyer de la vie dans la sensibilité et dans la motilité; et, en érigeant ces propriétés en propriétés vitales, il institua définitivement l'organo-vitalisme, ou le système des propriétés vitales, qui marque nettement la transaction des théories métaphysiques aux théories dynamiques.
De Sèze, Robert et Roussel adoptèrent en majeure partie les idées de Rordeu, et insistèrent comme lui sur la nécessité absolue d'étudier avant tout l'homme vivant et réagissant, et surtout de Y étudier tout entier. Enfin, Barthez parut, et avec lui commencèrent et la science des méthodes, et la science des principes.
Barthez démontra d'abord que la logique soutenue par la méthode est le ressort des facultés intellectuelles ; qu'elle seule conduit sûrement à la découverte de la vérité, et qu'elle est incontestablement la première des sciences, parce qu'elle fait les autres et qu'elle est la garantie souveraine de leur légitimité. Il s'attacha ensuite à reconstituer les lois de la causalité, persuadé qu'il était que la connaissance des causes est en toute science la base naturelle des systèmes; et puis, passant de la théorie à la pratique, il appliqua ces données magistrales à l'art de guérir, et il parvint, par un habile emploi de l'analyse et de la synthèse à élargir et à
3/jO RiisuMii historique du naturisme, perfectionner le code philosophique de la médecine.
Apres la mort de Barthez, Grimaud et Dumas corn-? mentèrent ses doctrines; ils échouèrent tous les deux dans cette entreprise. Grimaud, suppléant de Barthez et son élève de prédilection, s'efforça de ramener tous les faits vitaux à l'action absolue et omnipotente de l'âme ; mais il ne parvint en définitive qu'à raviver sur les cendres mômes du maître cet animisme qu'il avait tant combattu et qu'il s'était toujours efforcé d'effacer des tables de la science ! Dumas fut encore plus malheureux. Il présenta la matière organisée comme la souche directe de la sensation et du mouvement, et tout en cherchant à suivre la voie tracée par Barthez, il ne fit que matérialiser le vitalisme, qui est la négation absolue du matérialisme (i) !
Le professeur jLordat, ami de Barthez et déjà son émule, entrevit tout le mal que tels errements pouvaient occasionner aux saines doctrines, et, dans l'espoir de le conjurer, il composa une série d'ouvrages qui forment, selon nous, la bible du médecin philosophe, n'en déplaise à certains Aristarques du bel air, qui répètent étourdiment que les œuvres du professeur Lordat se dérobent par la subtilité et la métaphysique du style à toute conception humaine !
Peut-être cette réflexion est-elle à la hauteur de l'entendement de ceux qui l'émettent; mais, à coup sûr, pour tous ceux qui ont l'habitude des grands modèles, les
(1) Cette critique fugitive no saurait atteindre l'illustration de Grimaud et de Dumas. (Dr Ed. A.)
DU ViTALISME Eï DJi i/oRGANICiSMÉ.
doctrines de M. Lordat sont toutes très-faciles à saisir; elles sont la continuation progressive et l'exécution achevée des maximes de Cos, c'est-à-dire la synthèse philosophique des vérités enseignées par Hippocrate, par Fernel et leurs continuateurs. Laissons parler M. Lordat.
«Parmi les phénomènes de la vie, dit ce savant maître, les uns sont apparents, les autres se passent dans l'intérieur du corps; les uns sont les effets, les autres sont les causes : voilà ce que l'observation nous apprend chaque jour. Notre premier objet est donc d'aller à la recherche des phénomènes primitifs ayant force de cause; d'assigner l'ordre de leur filiation et le mode de leur combinaison ; de suivre leur succession depuis les phénomènes les moins apparents jusqu'aux actes les plus élevés que notre esprit puisse distinguer ; de déterminer le nombre des principes d'action d'après celui des actes; enfin, d'établir les lois selon lesquelles ces principes d'action produisent leurs effets.
» On obtient ce résultat en étudiant l'homme tout entier, en approfondissant les lois qui président aux actes qui lui sont propres, en rapportant ces actes à autant de principes d'action qu'il en faut admettre pour lasser les faits.
» En procédant [ainsi, on reconnaît que tous les. phénomènes vitaux sont liés par une cause secrète qui les produit au besoin, qui cependant n'obéit pas nécessairement aux agents extérieurs qui tendent à les faire naître, mais qui est simplement déterminée par leur
3H2 lU'SUMtf iilSTouiouii pu natukismk,
impression; qui les dispose dans un tel ordre pour les
faire OOnCOUrir à ses lins. Bt qui les maintient ainsi au degré convenable à l'opération qu'ils doivent exécuter.
» Cette unité d'action, cette harmonie, ont lixé de tout temps l'attention des médecins. Ils ont cherché à l'expliquer par l'admission d'agents hypothétiques, tels que de êtres d'une nature intermédiaire entre L'âme et le corps, ou par l'action immédiate, non sentie de Vôtre pensant; mais toutes ces explications n'ont enfanté que des erreurs! Quel nom convient-il donc de donner à cette cause, car il lui en faut un? Ce nom doit être tel qu'il fasse allusion aux effets et qu'il ne préjuge rien sur la nature de la chose nommée. Ainsi on pourra employer les noms suivants : principe d'unité, principe d'harmonie, car ces mots n'indiquent que la cause, quelle qu'elle soit, de tousles actes vitaux etdurapportmutuelqui les unit.»
M. Lordat cherche ensuite à quelles sources on doit puiser les faits du système philosophique, et il signale comme telles : l'anatomie pathologique, l'anatomie comparée, les expériences sur les animaux vivants, et enfin l'observation de l'homme sentant et réagissant. Il compare successivement toutes ces sources entre elles, et il se prononce en définitive pour l'observation médicale comme étant la plus sûre et pouvant à la rigueur remplacer toutes les autres. Enfin, il arrive à cette conclusion dogmatique, que X unité vitale est un fait et l'expression de mille autres faits ; qu'elle constitue évidemment un des dogmes fondamentaux de la science de l'homme, et qu'elle est la première loi des forces vitales.
DU MTAI.1SME ET DE LORGANICISME. 3/|3
Passant ensuite en revue tous les reproches adressés à Bailliez, relativement à l'admission d'un principe vital dans l'homme, M. Lordat s'écrie :
« On prétend que le principe vital est une hypothèse ; mais c'est à tort, car il n'y a certainement pas d'hypothèse à affirmer que le rapport harmonique des actes vitaux a une cause, et à parler de cette cause comme un analyste parle d'une inconnue dont il énonce les fonctions qui l'intéressent. Ainsi donc, et quoi qu'on en dise, cette manière de raisonner est exactement celle de Newton. J'ose même avancer que l'expression principe vital est plus conforme à l'esprit philosophique que le mot attraction, parce qu'elle a un sens moins déterminé. En effet, cette dernière représente une force qui réside dans le corps vers lequel un autre est forcé de se mouvoir. Or, Newton n'osait en définitive rien affirmer sur la nature de la cause de la gravité ou du mouvement centripète ; par conséquent, le mot en disait plus qu'il ne voulait.
» Barthez a été conduit là par la force des choses. Il a observé les phénomènes que présentent les corps en santé ; et en appliquant la philosophie à l'histoire des faits constatés et dûment classés, et en allant sans cesse par cette voie à la recherche des causes, il a reconnu que les lois physiques et chimiques ne sauraient fournir à l'intelligence des explications suffisantes des phénomènes vitaux, d'abord parce qu'elles sont en opposition avec ces phénomènes, et ensuite parce que les actes de la vje ne relèvent que secondairement des impulsions des objets extérieurs. Il a reconnu encore que la succession des
&kk RÉSUMÉ HISTORIQUE Dl NATURISME,
il<'t,,s l'économie et les diverses manières dont ils s'opèrent ne dépendenl aucunement des propriétés phyconsiques de la matière, et que l'-habitude a sur eux, au traire, le plus grand pouvoir. Enfin, il a vu que tout concourt, dans l'organisme, à la conservation de l'être avec une sûreté d'action qui atteste l'influence d'un principe directeur et régulateur.
» Une fois pénétré de ces vérités, Barthez s'est strictement conformé à la loi qui prescrit de rapporter à des causes expérimentales nouvelles tous les faits inexplicables par celles déjà établies, et il a rattaché tous les phénomènes de la vie à une force qui vivifie la matière, qui a la connaissance instinctive des besoins du corps qu'elle régit, et qui produit et règle tous les phénomènes de l'économie animale. »
Après avoir exposé les idées de Barthez sur le principe vital, M. Lordat ajoute : «Mais, je l'avoue franchement, les mots principe vital, principe de l'harmonie, ou tous autres mots analogues, me paraissent trop difficiles à manier pour que j'ose m'en servir habituellement. Et d'ailleurs, je ne me sens pas assez de force d'esprit' pour m'opposer à la vaine gloire de braver un danger que Barthez n'a pas toujours surmonté, malgré ses intentions formelles et ses protestations si souvent renouvelées. »
Tels sont, en philosophie médicale, les principes du professeur Lordat; ils sont exposés dans sa thèse inaugurale et dans un travail très-remarquable, intitulé : Conseils sur la manière d'étudier la physiologie de l'homme.
DU MTALISME ET DE L ORUANICISME. 345
Mais depuis ces publications, M. Lordat a toujours marche comme marche le génie, en découvrant des horizons nouveaux , en ouvrant des voies nouvelles, en instituant des lois générales, c'est-à-dire en agrandissant sans cesse les domaines de la science ; il est donc intéressant de connaître ses dernières conclusions.
«Il faut, dit M. Lordat, adopter franchement, en philosophie médicale, le baconisme newtonien, c'est-à-dire la méthode expérimentale, qui, dans la recherche des causes, va jusqu'à la puissance où il n'y a plus de portée, jusqu'à l'unité; en un mot, jusqu'à ce point où Hippocrate s'écriait : èv tû apepei! »
Les études que M. le professeur Lordat a entreprises et poursuivies en adoptant cette méthode l'ont amené à formuler, à titre de propositions fondamentales, les propositions suivantes :
«L'économie animale est composée d'un mécanisme et d'un dynamisme ; ce dernier est double.
»La science de l'homme a pour objet l'étude de ce mécanisme et du dynamisme double qui l'anime.
»I1 y a dans l'homme trois parties distinctes : un agrégat matériel, une force vitale, et une force psychique, ou sens intime.
» Ces deux dernières parties sont de l'ordre métaphysique, mais elles ne sont pas toutes les deux de la même nature : la force vitale est périssable et susceptible de caducité ; la force psychique est impérissable et essentiellement perfectible.
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»La vie est le phénomène actif et temporaire qui a lieu dans l'économie animale depuis le premier moment de l'existence de l'agrégat matériel jusqu'à l'extinction
du principe animateur renfermé dans ce! agrégat.
» Deux sortes de causes agissent incessamment sur
l'agrégat matériel : les unes, physiques, nécessaires,
infaillibles et aveugles, opèrent ratione enlis; les autres métaphysiques, autonomes, spontanées, contingentes, intelligentes et toujours poussées vers un but, agissent ratione moris.
» La force vitale est la source de tout le pouvoir zoologique ; le sens intime est le principe de l'intelligence.
» L'homme est engendré et non fabriqué, non manufacturé : genitum, non factum, consubslantiali paire.
L'homme est le type d'un mécanisme, mais quelque chose meut ce mécanisme; ce quelque chose est la force vitale.
» Donc, il y a dans l'homme un domaine et un propriétaire double : le domaine, c'est l'agrégat matériel, c'est l'organisation ; le propriétaire double, c'est la force vitale et l 'âme pensante, qui exécutent de concert le grand phénomène de la vie.
» Dans ce concert admirable, la force vitale unit l'agrégat matériel au sens intime, à l'âme. Et comme une âme pensante ne peut résider dans un agrégat matériel qu'autant que celui-ci est vivant et agissant, la force vitale y pourvoit : elle anime d'abord l'agrégat matériel, elle se forme ensuite des serviteurs fidèles, des organes, des instruments; et puis, quand tout est disposé suivant
DU YITAUSME ET DE LOUGANICISME. 3/|7
l'ordre de la nature, l'âme entre en fonctions au sein du corps, et alors l'homme est complet, et Y homme est libre!»
Comparant ensuite la force et le sens intime, M. Lordat ajoute : « La force vitale agit sans le savoir, et cependant elle va droit au but de sa nature ; elle surmonte l'obstacle, elle répare ses pertes; enfin, elle entretient en bon état la maison de l'esprit. Le sens intime, au contraire, n'a dans la matière que des aptitudes, et il ne parvient à savoir certaines choses que par l'étude, l'expérience et une lente réflexion. Enfin, la force vitale s'épuise et s'éteint avec les années ; le sens intime, au contraire, se perfectionne avec le temps, et, comme il est immortel, il ne périt pas, il disparaît! »
La doctrine de l'alliance des deux puissances animatrices forme le texte d'un des thèmes les plus brillants du système de M. Lordat; mais cette doctrine demande à être étudiée clans les écrits mêmes du maître, et c'est là que nous renvoyons les esprits avides de spéculations savantes.
La physiologie est, pour M. Lordat, la science de la nature humaine considérée comme cause de tous les faits hygïdes et morbides de la vie. Elle constitue l'anthropologie, laquelle comprend trois ordres de faits : les faits de l'ordre physique, les faits de l'ordre vital, et les faits de l'ordre intellectuel et moral; — elle embrasse par conséquent l'histoire entière de l'homme vivant, sentant, agissant, réagissant, pensant et voulant. — Enfin, pour M. Lordat, l'anthropologie est l'âme de la science médii -aie, la thérapie en est l'art, et leur intimité hiérarchique
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est le premier et 1(3 dernier anneau de la chaîne scientifique qu'on appelle la philosophie médicale.
En revenant sur ces propositions, et notamment sur celles qui ont trait à la force vitale et au sens intime, nous pourrions peut-être demander au célèbre professeur, si, en les formulant, il est toujours resté fidèle aux principes qu'il a énoncés, quand il a dit en parlant des causes métaphysiques : « Nous n'avons pas les données nécessaires pour affirmer l'existence d'un être substantiel et pour faire de cette supposition la base d'une doctrine; par conséquent, loin de nous laisser entraînera ce sujet, ce qui serait contraire aux règles de la prudence, nous déclarons éprouver une certaine méfiance à l'égard de quiconque prendrait le ton affirmatif sur cette question. » Mais, nous préférons passer outre, parce que, pour nous, toute argumentation à ce sujet tomberait d'elle-même devant le respect que nous professons pour l'homme éminent qui , toujours dans l'éclat de son génie, conserve encore à un âge avancé l'heureux privilège de dicter des lois à la science.
Nous devrions peut-être exposer ici les règles pratiques adoptées par les médecins de Montpellier, mais cela nous entraînerait loin, et nous nous contenterons de rappeler d'une manière générale que ces règles consistent dans l'application raisonnée des principes scientifiques que nous venons d'énumérer, et que la manière des praticiens de Montpellier est sommairement indiquée dans les œuvres de ses maîtres ! Ainsi, par exemple, dans les mémoires de Barthez sur les maladies goutteuses, les
DU VITALISME ET DE l'oRGANICISME. 349
fluxions et les coliques hépatiques ; dans l'ouvrage de Berthe sur les maladies de l'Andalousie ; dans les livres de Baumes sur la phthisie pulmonaire, le vice scrofuleux et, les convulsions des enfants ; enfin, avant tout et après tout, dans le beau travail du professeur Golfin sur la pharmacodynamie, ouvrage qui justifie encore aujourd'hui la grande renommée qui valut autrefois à la médecine pratique de Montpellier le surnom d'art salutaire que lui décerna la reconnaissance des peuples (1).
(1) Le professeur Golfin a été enlevé à la science le 1er février 1863, au moment où nous écrivions ces lignes. Sa mort a eu à Montpellier tout le retentissement d'une calamité publique. Un deuil immense s'est répandu tout à coup sur la cité, et à la piété des élèves qui ont voulu porter eux-mêmes jusqu'au champ du repos leur maître vénéré, est venu s'ajouter le religieux spectacle de la douleur universelle. Chacun parlait du défunt avec émotion, avec honneur et reconnaissance, et le docteur Bouisson, un des professeurs les plus brillants de l'école, a exposé dans un magnifique langage tout ce qu'il y avait de science, de noblesse et de vertu dans le professeur Golfin. Voici quelques fragments de cette allocution saisissante que nous regrettons de ne pouvoir reproduire en entier :
« Toutefois, s'écrie le docteur Bouisson, si les travaux du professeur Golfin révèlent dans notre collègue une aptitude supérieure, reconnaissons que son talent s'est encore manifesté, à un plus haut degré dans les applications habituelles de la pratique médicale. C'était là son véritable champ de triomphe. Golfin était le modèle accompli du médecin praticien. 11 a perpétué, jusqu'à notre époque les traditions qui nous relient à un passé médical glorieux.
» On voyait revivre en lui ces manières nobles, sans affectation, que le public chérissait dans Fouquet, Portai, Double ci Récamier. C'était Je médecin ami des familles; conseiller du riche, protecteur du pauvre, portant la charité évangélique dans l'exercice professionnel, appliquant dans leur plus grande rigueur toutes les règles du devoir! Loin d'obéir aux habitudes de ce faux dévoûment qui s'alimente aux sources de l'intérêt, C.olfin a prodigué pendant soixante ans son zèle, sa science, ses libéralités, faisant le bien pour le bien, et recueillant ainsi ces palmes de la vertu et ce concert florissant d'éloges qui éclate aujourd'hui sur sa
Bocti-tncn «lu nrorertNcur tayol.
Depuis Fernel, Senncrt, Houillier, Duret et Baillou, dans les temps anciens; depuis Thouret, Cabanis, Sue, Leclerc et Hallé, dans les temps modernes, il n'y a pas eu à Paris d'école hippocratique. Néanmoins l'enseignement particulier a continué la tradition, et, grâce à lui, on a toujours compté à Paris un grand nombre d'hippocratistes.
Parmi les plus renommés, nous trouvons Pinel, Chaussier, Corvisart, Bayle, Laennec, Fizeau, Alibert, Leroux, L'André-Beauvais, Léveillé, Récamier, Cayol, Bayle neveu, Bousquet, Gibert, Martinet, Gouraud, qui tous, dans leurs leçons, dans leurs livres ou dans leurs cliniques, ont répandu ou répandent encore avec éclat les bonnes semences de la vraie doctrine.
Néanmoins un jour est venu où cet enseignement philosophique a été momentanément éclipsé par celui de la Faculté, qui, en adoptant a\ec excès les théories de l'organicisme , finit réellement par matérialiser la médecine au grand détriment de l'humanité, qui en ces
tombe et auxquels sa modestie échappait de son vivant. 11 était, en effet, complet dans ses fonctions de praticien.
» Golfin avait atteint sa quatre-vingt-troisième année, mais le temps ne l'avait pas vaincu. On ne reconnaissait son grand àgc qu'à la dignité imposante de son altitude, à la majesté de ses cheveux blancs et à la date de ses souvenirs rendus si intéressants par les grandes époques qu'il avait traversées ! Mais rien n'était usé de cette forte nature, ni le corps, ni l'esprit, ni surtout le cœur ! »
DU VITÀLIS.MK KT DE l'oRGANICISME. 351
sortes de choses escompte toujours les dettes de nos erreurs!
A dater de ce moment toute l'attention se porta sur les sciences physiques, chimiques et mécaniques. Les maîtres suivirent la foule, et l'on entendit quelques enthousiastes proclamer publiquement que le tissu des organes révélerait incessamment la cause des maladies, les secrets de la santé et jusqu'aux mystères de l'entendement.
Tous les vrais médecins protestèrent résolûment contre ces fastueuses et mensongères paroles; mais plus que tous les autres, le professeur Cayol, qui, par d'heureux commentaires et de lucides formules, donna un corps aux principes d'Hippocrate, et imprima ainsi un caractère technique à des dogmes restés jusque-là imparfaitement compris.
Telle fut l'œuvre de Cayol et son véritable triomphe ! Et il le savait si bien, que jusqu'à son dernier momen il attacha toujours un légitime orgueil à être proclamé l'auteur d'un certain nombre d'aphorismes qu'il regardait avec raison comme ayant exercé et devant exercer encore une grande et salutaire influence sur le mouvement et les progrès de la médecine.
Voilà comment le professeur Cayol nous semble avoir été amené à formuler les aphorismes qui spécialisent son enseignement.
Barthez avait dit : « Toute maladie est un acte du principe vital, une sorte de fonction propre à l'état pathologique,qui, semblableaux fonctions de l'état physiologique,
a un but, et consiste en un concert d'actions si bien réglées par des lois primordiales, qu'une inflammation a pour but de chasser une matière morbifique ou hétérogène à l'économie, si elle ne dépend pas de quelque irritation qui met en jeu une foule dé fonctions synergiques, comme la fièvre. » Barthez avait ajouté : « Ces opérations ne sont pas l'effet d'une sympathie aveugle et passive ; elles ne sont pas non plus enchaînées à la maladie par les lois de la nécessité, mais elles peuvent au contraire développer leur énergie ou n'avoir pas lieu ; elles peuvent même prendre une prépondérance qui dépasse le but de la fonction : or, comme dans ce dernier cas elles embarrassent ou pervertissent la marche de la maladie, au lieu de la faciliter, il faut absolument les combattre pour rendre à la maladie son allure régulière et naturelle. »
Ces paroles furent pour Cayol comme un trait de lumière ; il reprit et médita les commentaires de Dumas (1), de Vitet, de Planchon et cle Petetin sur la médecine hippocratique ; il coordonna dans son esprit toutes les idées que lui suggérèrent ses propres réflexions, et il s'appliqua en dernier ressort à les fixer dans la science par d'aphoristiques formules.
Précisément, le docteur Bousquet venait d'émettre dans sa thèse inaugurale cette conclusion profonde : «Loin de regarder les malades, à l'exemple de la plupart
(1) 11 ne faut pas confondre Dumas, le célèbre professeur de MonM pellier, avec le célèbre cbimisle Dumas, sénateur, qui était à celte époque élève en pharmacie à Genève.
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îles médecins, connue des assemblages incohérents de symptômes, nous sommes arrivé par la méditation à cette conclusion, que toute maladie est une fonction accidentelle dont l'existence est parfois préjudiciable aux fonctions naturelles, mais qui a, comme celles-ci, une marche constante et régulière, une donnée déterminée et une solution connue, qui se manifestent par des signes et par des phénomènes invariables. »
Cette pensée germa encore dans la tête de M. Cayol, d'ailleurs si bien remplie, et elle lui inspira une série de propositions qui ont toutes le caractère de véritables institutions. Ce sont elles qui, toujours sur le métier et sans cesse reprises ou élucidées, ont été désignées par lui sous le nom d'aphorisme de l' hippocratisme moderne; ce sont elles que nous allons reproduire telles qu'elles existent dans le dernier mémoire publié par M. Cayol, que nous regardons comme son testament scientifique.
Aphorisme* «le l'hippocraUsmc moderne.
Tout corps vivant est doué pendant un temps déterminé de la faculté de pourvoira sa propre conservation, de résister à l'action des causes morbifiques, et de réparer ses pertes.
Cette faculté inhérente et propre au corps organisé vivant est le résultat d'une force particulière qui préside
à tous les phénomènes de la vie, et que nous nommons, en conséquence, la force vitale.
La vie, considérée dans ses rapports avec le monde extérieur, ne consiste que dans une lutte ou réaction incessante de l'organisme contre les lois générales de la gravitation et de l'affinité, de la propagation du calorique, de l'électricité, du magnétisme, et peut-être encore d'autres agents inconnus.
Indépendamment de cette lutte ou réaction normal.; de l'organisme, qui ne trouble pas l'harmonie des fonctions, puisque au contraire elle en est la fin et le résultat naturel, des réactions accidentelles ou anormales de l'organisme sont provoquées par tous les agents accidentels de trouble et de destruction, par toutes les causes de maladies.
Toute maladie est donc une réaction anormale ou pathologique de l'organisme contre une cause accidentelle de trouble.
YI
Une réaction , c'est, suivant l'étymologie et le sens commun, une action provoquée : or, une action, ou un acte de l'organisme soit provoqué, soit spontané, qui a
un but, une tendance, est par cela môme une fonction : il est impossible de le caractériser par un autre nom.
Toute maladie est donc une fonction accidentelle ou anormale de l'organisme qui a pour but, pour tendance, d'éliminer ou d'assimiler la chose qui nuit (le corps étranger, le principe hétérogène, la cause morbifique), de réunir ce qui est accidentellement divisé, et de réparer tous les désordres, soit qu'ils résultent de la présence du principe hétérogène, ou bien des efforts môme d'élimination ou d'assimilation.
Le corps organisé vivant présente donc à l'observation médicale deux ordres de fonctions : les fonctions naturelles ou physiologiques, et les fouctions accidentelles ou pathologiques. Les unes et les autres tendent par des procédés divers au même but, qui est la conservation de l'individu.
Ces deux ordres de fonctions dérivent d'une seule et même loi, la loi de la vie, exprimée par le mot force vitale, lorsqu'il s'agit de fonctions naturelles ou physiologiques, et par celui de force médicalrice, lorsqu'on étudie les fonctions accidentelles ou pathologiques qm. constituent les maladies
La réaction accidentelle ou pathologique peut être générale ou locale : la réaction générale a pour agents le cœur et les centres nerveux; la réaction locale a pour agents les nerfs et les vaisseaux de la partie affectée.
La réaction pathologique, soit générale, soit locale, varie dans ses procédés et dans son intensité, suivant une infinité de circonstances relatives, soit à la nature de la cause morbifique, soit aux dispositions individuelles, suit aux influences extérieures.
Lorsque la réaction est aiguë, c'est-à-dire vive, prompte, énergique, avec exaltation de la chaleur vitale et de la sensibilité, elle prend le nom de fièvre, ou simplement d'inflammation, suivant qu'elle est générale nu
locale.
La fièvre est donc une réaction générale de l'organisme avec exaltation de la chaleur vitale et de la sensibilité.
L'inflammation est donc une réaction locale de
DU V1TALISME ET DE L ORGANICISM-E. 357
l'organisme avec exaltation de la chaleur vitale et de la sensibilité.
L'inflammation est donc une fièvre locale, comme la fièvre est une inflammation générale.
Ces deux mots, fièvre et inflammation, signifient donc en dernière analyse la même chose ; ils n'expriment point le mode, ni la nature de la réaction, mais seulement sa mesure, son degré, son intensité.
Toute réaction locale peut exciter consécutivement la réaction du cœur et des centres nerveux; elle devient alors générale. Ainsi, toute inflammation locale, soit externe, soit interne, peut devenir cause de fièvre avec d'autant plus de facilité que la partie affectée est plus sensible, plus irritable, et qu'elle a des sympathies plus actives avec le cœur et les centres nerveux.
Il y a donc des maladies aiguës, ou fièvres, primitivement locales; on les appelle fièvres symptomatiques dans le langage ordinaire de la pathologie.
Dans d'autres circonstances, la réaction générale ou
35S ULSUMÉ IflSTOttlQUE PU NATl.lUSMi:,
lièvre est provoquée directement par diverses causes qu'on peut diviser en deux classes, pour la clarté de l'exposition, mais sans attacher d'antre importance ;ï cette division. Parmi ces causes, les unes semblent agir primitivement sur le solide vivant. Ce sont les affections morales, les commotions physiques, les vicissitudes atmosphériques, la surcharge électrique de l'atmosphère. Les autres, au contraire, paraissent agir primitivement sur les liquides. Ce sont toutes les choses infectieuses ou délétères qui, pénétrant par les voies de l'ahsorption à travers les tissus tégumentaires (la peau et les memhranes muqueuses), circulent avec le sang, qu'elles vicient, et provoquent ainsi une réaction anormale du cœur et des centres nerveux : tels sont les virus, les venins, les miasmes nosocomiaux, les exhalations putrides, les effluves paludéens et les causes inconnues de certaines épidémies.