‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 60 sur 84 · XX · texte numérisé non relu

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ïl y a donc des fièvres aiguës ou primitivement générales, c'est-à-dire des fièvres primitives ou essentielles.

La fièvre n'est donc pas un être, comme on pourrait l'inférer du mauvais langage de certains systèmes; elle n'est pas un être, mais un acte ou une action de l'organisme : c'est une action provoquée, c'est-à-dire une réaction. Cette réaction a une tendance, un but, c'est

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donc une fonction; niais une fonction accidentelle ou pathologique, une fonction nécessitée par une cause accidentelle de trouble ou de destruction, en vertu de cette loi primordiale de l'organisation que nous exprimons par les mots force vitale et force médicalrice, qui ne signifient en dernière analyse que la même chose, puisqu'ils n'expriment qu'une seule et même loi de laquelle dérivent naturellement tous les phénomènes physiologiques, comme tous les phénomènes pathologiques.

Il ne faut donc plus demander quel est le siège de la fièvre, mais quels sont ses agents, ses instruments ou ses organes? La réponse à cette question a été donnée ci-dessus (aphor. XI).

La maladie étant dans sa nature et son principe un acte vital, il n'est plus permis de la confondre, comme on l'a fait jusqu'ici, avec les lésions ou les altérations matérielles des organes, qui n'en sont que les résultats éventuels et les conséquences !

Les altérations physiques ou matérielles des organes que .l'anatomie pathologique embrasse dans son vaste domaine (induration, ramollissement, hypertrophie, atrophie, suppurations, épanchements; dégénérations

do toute espèce, tubercule, cancer, mélanosé, cirrhose, stéatome, athérome) sont des produits d'exhalations et de sécrétions, ou le résultat d'autres fonctions anormales ou pathologiques, lesquelles ont leur type dans les fonctions naturelles.

Réduire ainsi la théorie médicale à la coordination logique des faits qui résultent de l'observation de l'homme vivant et réagissant, c'est introduire dans la science médicale un langage clair, précis et rigoureux. C'ests'affranchir en même temps de cette nécessité déplorable de fonder toute la science des maladies sur des mots qu'on n'a jamais su définir; car, s'il y a une vérité dont tout le monde convienne aujourd'hui, et qui soit avouée par toutes les écoles médicales les plus opposées, c'est qu'après tant de siècles d'études, de travaux et de découvertes, on n'a jamais pu définir d'une manière philosophique et pratique, ni la maladie en général, ni l'inflammation, ni la fièvre!

Ces trois définitions, sans lesquelles toute doctrine médicale est un édifice sans base, onttoujours été impossibles tant qu'on n'a pas séparé la maladie, acte vital, des altérations et dégénérations organiques, qui n'en sont que les résultats éventuels et les conséquences.

Ainsi, lorsque Stoll disait avec une haute raison que la fièvre était un effort de la vie pour repousser la mort (moHmen vitœ connnlis mortem depelleré) , ce -grand médecin était évidemment sur la voie des définitions

1)1 VITAUSME liT DE L0RGAX1CISME. o()1

vitalistes qui manquaient encore à la science, et il n'aurait eu besoin, pour atteindre complètement le but, que de généraliser sa proposition par une formule philosophique assez large pour embrasser toute la pathologie.

Malheureusement, il ne l'a pas fait, parce que le moment n'était pas encore venu ; parce que la science générale elle-même n'était pas encore assez mûre pour ce développement ! Ainsi, l'anatomie pathologique était à peine cultivée à cette époque, et il fallait lui laisser le temps de grandir, de marcher et de donner son dernier mot. Aujourd'hui, c'est une science faite dont nous pouvons circonscrire le domaine et à laquelle nous pouvons assigner une place véritable et importante à la suite des actes vitaux qui constituent la maladie. Voilà pourquoi c'est clans l'hippocratisme moderne qu'on trouve pour la première fois la maladie en général, la fièvre et l'inflammation considérées comme des actes essentiellement vitaux et définis d'après ce large et philosophique caractère. Et voilà aussi ce qui fait le principal mérite du vitalisme moderne.

Telle est la philosophie médicale du professeur Cayol : c'est la doctrine hippocratique traditionnelle, développée et rendue plus accessible à l'esprit par des formules qui embrassent non-seulement tout le domaine de la médecine ancienne, mais encore tous les faits anatomiques, anatomo-pathologiques, physiques, chimiques et microscopiques, c'est-à-dire tout le travail et toutes les aspirations légitimes de la science moderne.

Obi UÙSUMK UISTOBIQUE m NATURISME,

De plus, le yitalisme de M. Cayo] résoul savammeul le problème important de la coordination philosophique des faits physiologiques et pathologiques; — et dans cette œuvre immense par sa portée et pur ses résultats, la gloire du maître est incontestablement d'avoir ramené tous les faits pathologiques au fait culminant de la force médieatrice, et d'avoir posé la réaction comme le principe qui domine la médecine pratique et embrasse dans sa généralité toutes les règles de l'art.

Ouvrons ici une parenthèse, et rappelons brièvement un épisode qui a marqué dans la vie de Cayol, d'ailleurs si labourée de péripéties.

Il y a quelques années, un esprit subtil, un croyant, s'avisa, on ne sait trop pourquoi, de vouloir faire passer M. Cayol pour un animiste, pour un stahlien, et qui plus est, de faire accroire à M. Cayol lui-même que lui, M. Cayol, avait nettement inscrit sa profession de foi, à cet égard, dans ses propres écrits.

M. Cayol, aussi désagréablement surpris du procédé singulier de son collaborateur intime que péniblement affecté du bruit qui se faisait autour de lui à ce sujet, demanda d'abord une rectification de faits à son trop ardent interlocuteur; puis, non satisfait du résultat de sa démarche, il protesta publiquement contre les arguments articulés dans le trop militant factum.

Mais vains efforts, peines inutiles; son inexorable contradicteur n'était pas homme à battre en retraite pour si peu de chose ! Il se mit, au contraire, à ergoter de plus belle, et si bien et si fort , qu'on entendit un jour

DU VITALISME JÏT DM L 01U. AMClSVtt:. 363

le vieux polémiste révolté, infliger la verte leçon à son disciple rebelle. « Voyez, lui disait-il, à l'exemple du souverain maître, voyez, ou plutôt écoutez.

» Vous dites que le mot force vitale dont je me suis servi depuis trente ans pour exprimer la vie, c'est-àdire la loi de formation des êtres organisés, n'avait été jusqu'ici qu'une voie transitoire, une transaction avec le matérialisme, pour arriver, lorsque le temps le permettrait, à un véritable animiste? — Eh bien, je proteste formellement contre cette assertion gratuite, — car voilà ce que je pense, et voilà ce que j'ai dit. Écoutez :

«Pour moi, la force vitale est simplement l'expression la plus exacte de la vie, ou pour mieux dire, du fait de la vie, qui est le fait initial de l'observation physiologique et médicale. Voilà ce que j'ai énoncé, rien de plus, rien de moins. J'ajoute que si l'on veut s'élever au-dessus du fait principe pour rechercher l'essence, la nature ou l'origine de la force vitale, on sort aussitôt du domaine de l'observation physiologique pour rentrer dans celui de la théologie et de la métaphysique, et c'est précisément ce qu'il faut éviter, d'autant plus qu'il n'y aurait aucun profit à agir ainsi à l'égard de la science médicale que nous avons mission d'étudier et d'appliquer à l'art de connaître et de traiter les maladies.

» D'ailleurs, en remplaçant la force vitale par l'âme, on ne serait plus dans la vérité scientifique, car ce mot âme, dans l'homme, n'exprimant pas seulement la vie organique, mais aussi la vie intellectuelle et la vie

3()/| RÉSUMÉ HISTORIQUE Dr NATURISME,

morale ou psychique, il serait impossible d'embrasser dans la même synthèse, avec 1rs fonctions organiques, les phénomènes intellectuels cl moraux dépendants des facultés de l'âme, dont l'étude est fondée sur des principes et des méthodes propres aux sciences spéculatives et tout à fait en dehors des sciences naturelles. Le vitalisme, par conséquent, n'échapperait pas aux erreurs qui ont fait rejeter l'animisme de Stahl. Enfin, et voici mon dernier mot, toute doctrine médicale qui emploierait le mot cime comme synonyme de force vitale, serait positivement en dehors de la vérité scientifique. »

Telles furent les paroles du professeur Cayol, paroles dernières et graves qui empruntent un caractère sacré à l'heure solennelle où elles ont été prononcées. Aussi voudrions-nous les voir inscrites au frontispice des œuvres du maître comme un signe indélébile de sa puissante logique, de son austère sagesse et de sa haute raison .

A présent, pour ne rien omettre de ce qui a trait au professeur Cayol, nous rappellerons, mais non cependant sans quelque regret, qu'en dépit de ses idées bien arrêtées sur la nature de l'homme, il eut un jour la fantaisie de batailler contre les théories du double dynamisme si brillamment exposées par le professeur Lordat !

Ce fut une faute, et M. Cayol se serait épargné bien des ennuis si, au lieu d'engager une pareille polémique avec un homme tel que M. Lordat, il eût voulu simplement se reporter à ce qu'Hippocrate, Platon, saint Augustin, saint Paul, Bacon et Buffbn ont écrit sur ces deux prin-

du vitaijs.uk et de l'organlcisme. 36d cipes d'action : la force naturelle et l'âme, Laissons parler ces souverains maîtres de la pensée.

Hippocrate nous dit en son aphorisme xvm : « Après que le cœur et le poumon ont perdu tout humide, l'esprit de la chaleur qui unissait le tout au tout s'exhale au même instant. Alors l'âme s'échappe elle-même de sa demeure corporelle, soit parles chairs, soit par les soupiraux de la tète qui servent à l'entretien de la vie, et elle abandonne ainsi le froid simulacre de l'homme encore composé de bile , de sang , de pituite et de chairs.» (Pariset, traducteur.) « Postquam pulmo et cor humorem amiserint, caloris spiritus confestim exhalât undè totum in toto constilit. Rursùs parlera quidam per carnes, partem verà per spiracula in capite, unde vivere dicimus, relinquens anima cor ports tabernaculura, et frigidwn et morlale simulaçrum, unà cura bile, et sanguine, et pituita, et carne deditione tradit. » (Extrait de la traduction latine établie sur le texte grec original donnée par Luc Yerhoold, en 1676.)

Il est impossible d'établir plus catégoriquement, et la part de la force vitale, et celle de l'âme : la part de la force vitale ou de l'esprit de vie (caloris spiritus undè totum in toto constitit); la part de l'âme, qui habite temporairement le corps et abandonne un jour le froid simulacre de l'homme (relinquens anima corporis tabernaculum, et frigidum et morlale simulacrum, unà cum bile, et sanguine, et pituita, et carne deditione tradit).

« L'homme est double, s'écrie Buffon; il est double, car

36G RtisrMK IIISTOHIOI i; b\ Wï'l -iusme,

il est, composé de deux principes d'action cllfflêrétits par leur nature et contraires par leur action, savoir : d'un principe spirituel source de toute connaissance, et d'un principe animal purement matériel. Le premier est une lumière Qu'accompagnent le calme et la sérénité, une source dont émanent la science, la raison, la sagesse! L'autre est une fausse lueur qui ne brille que dans la tempête et l'obscurité, un torrent impétueux qui roule et entraîne à sa suite les passions et les erreurs ! On reconnaît aisément l'existence de ces deux principes en rentrant en soi-même: ainsi, il y a des instants dans la vie, il y a des heures, des jours, où nous pouvons nonseulement juger de la certitude de nos deux existences, mais aussi de leur contrariété d'action ! Je veux parler de ces temps d'ennui, d'indolence, de dégoût où nous ne pouvons nous déterminer à rien, où nous voulons ce que nous ne faisons pas, et faisons ce que nous ne voulons pas. »

Plus près de nous, quand Bichat voulut établir sa théorie de la vie organique et de la vie animale, il invoqua, à l'appui de sa thèse, le sentiment des plus grands philosophes. « Platon, dit-il, Marc Àurèle, Leibnitz,ont entrevu cette lutte des deux vies dirigée par deux principes, dont l'un préside à nos actes moraux, dont l'autre sembleles produire involontairement! Àristote lui-même, après avoir reconnu dans l'homme deux ordres de fonctions, l'un qui le met en rapport avec les êtres et les corps extérieurs, l'autre qui sert à le nourrir à le conserver vivant; Aristote, disons-nous, appela et fixa

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rattention sur la nature de ces deux ordres de principes qui animent et dirigent l'homme. »

Selon Bacon, il y a dans l'homme deux principes d'action : 1° une âme qui lui vient de Dieu; 2° un principe produit par la matière universelle et qui lui est commun avec les bêtes. Ce dernier principe est évidemment la cause des phénomènes vitaux. C'est une substance corporelle atténuée et rendue invisible par la chaleur; elle tient de la nature de l'air, dont elle a la mollesse, pour recevoir les impressions; elle tient de la nature du feu, dont elle a la force, pour propager au loin son action. Enfin, cette substance a dans les animaux parfaits son siège dans la tête ; elle parcourt les nerfs et s'entretient par le feu spiritueux des artères!

Enfin, saint Paul lui-même nous dit dans son oraison jaculatoire : « Ipse autem Dens pacis sanctificet vos per omnia : ut integer spiritus vester et anima, et corpus sine querela in adventu Domini nostri Jesu Christi servetur. »

En conséquence, ou nous sommes dans une erreur bien profonde, ou les citations que nous venons de grouper ici affirment l'action complexe du double dynamisme humain que M. Cayol, en dépit des controverses qu'il a soulevées, admettait certainement en principe (I).

(1) Qu'il nous soit permis de consacrer ici quelques lignes à la mémoire de M. Cayol, dont nous avons si souvent invoqué le nom dans le cours de cet ouvrage.

M. le professeur Cayol a été un des médecins les plus éminen's ei les

Il nous reste maintenant ;ï dire quelques mois d'un vitalisme de fantaisie qu'on a psalmodié pendant un certain temps dans certains amphithéâtres pour le délassement du commun dos martyrs.

plus répandus de Paris, bien que son nom ne soit inscrit ni sur les tables historiques de l'Institut de France, ni sur les registres toujours béants de l'Académie impériale de médecine!

M. Cayol passait, il y a trente ans, pour un des meilleurs praticiens de la capitale. Il était à cette époque un des familiers de cette fameuse Abbaye-aux-Bois, véritable sanctuaire de la pensée, où l'on nommait à huis clos les vrais académiciens et les grands ministres. Là, chacun se complaisait à rendre hommage à l'élévation et à la distinction de son esprit, et on le regardait comme un philosophe et comme un homme, de bien dont la vie, incessamment ennoblie par la pratique des vertus chrétiennes, n'était réellement comparable qu'à celle du professeur Ilécamicr, son ami et son collègue à la Faculté de Paris.

M. Cayol se distinguait par une foi sincère aux doctrines d'Hippocrale et par un respect absolu pour les saines traditions. Son unique ambition a toujours été de former de bons praticiens, c'est-à dire des praticiens selon la nature, et cela à une époque où l'on pouvait croire que le secret en était à jamais perdu l

Du reste, ses vœux ont élé réalisés, car il a compté parmi ses élèves les docteurs Bouchacourt, Chauffard (d'Avignon), Bourdin , Verger, Hourman, Henri Gouraud, Miquel, Collin, Lccouleux, Leth et Viguolo : or, ce sont là des hommes éminenls, ou passés maîtres, et la gloire de M. Cayol est de les avoir institués.

M. Cayol a brillé au premier rang comme auteur, et particulièrement comme polémiste, mais c'est surtout comme chef d'école et professeur de clinique qu'il s'est distingué. Ses leçons à l'hôpital de la Charité ont eu pendant dix ans un immense retentissement, et l'histoire redit aujourd'hui combien elles ont contribué à la grandeur de la médecine française au xixe siècle.

Le pieux hommage que nous rendons ici au professeur Cayol ne surprendra personne ; car si quelques susceptibilités regrettables, si quelques émotions passagères ont momentanément attiédi nos relations, elles n'ont du moins jamais altéré chez nous nos sentiments de reconnaissance et d'affection pour notre maître, et ces sentiments, nous les retrouvons aujourd'hui au fond de notre cœur aussi sincères et plus ardents que jamais.

T)V VITALISME ET DE l/ORGANICISME.

Corollaires du pseudo-vltalisme.

Le principe vital est l'âme de l'organisme ; il est sujet à des modifications, à des affections, à des perturbations.

Toute altération fonctionnelle est l'expression d'une affection du principe vital ; toute altération organique, est produite par la perversion du môme principe.

On n'est pas malade parce que tel ou tel organe est lésé ou altéré , moins encore parce que telle ou telle fonction est dérangée ; mais on est malade parce qu'un agent morbifique a affecté l'essence du principe vital.

Il n'y a ni affections locales, ni dérangements de fonctions ; il y a simplement des indispositions ou des vésanies propres au principe vital.

La maladie n'est pas une succession de phénomènes, de symptômes ou d'accidents qui méritent séparément une attention spéciale et des soins particuliers ; c'est un enchaînement logique, une sorte de drame en plusieurs actes qui se déroule sous la direction du principe vital.

La science médicale consiste à distinguer les passions du principe vital, à compter les jours heureux et malheureux, et à rechercher si le principe vital, bien ou mal disposé, sera favorable ou contraire à la crise.

L'art du médecin vitaliste se réduit à contempler les constitutions médicales, à épier le travail de la nature e1 ii exorciser (le mot a été dit), à exorciser à temps

l'agent mystérieux qui est en lutte avec le principe vital.

Enfin, le rôle do tout hippoenUisle est de rester impassible et muet en présence des maladies, à moins que les mouvements naturels de l'économie ne tendent à opérer la coction des humeurs peccantes : car dans ce cas, il doit s'appliquer à favoriser les efforts du principe vital sans se préoccuper du reste.

Voilà en quelques mots la ridicule esquisse qu'une certaine coterie aurait voulu faire passer pour la charte du vitalisme, et qu'elle s'est efforcée, mais en vain, d'inoculer à ses néophytes pour les dégoûter de la doctrine hippocratique! — Qui a pu inventer cette bouffonnerie? Personne n'en sait rien; cependant, d'aucuns prétendent qu'elle est sortie des bas-fonds des écoles anatomo-pathologiques d'où elle aurait été lancée comme une machine de guerre contre le vitalisme? D'autres la regardent comme le caput morluum des diatribes enfiellées que Broussais vomissait contre tout ce qu'il appelait avec humeur l'ontologisme.

Ce qu'il y a de positif, c'est que Broussais aimait à répéter que le propre du vitalisme est de personnifier le principe vital; c'est que Broussais, dans ses intempérances de langage, croyait réellement pourfendre le vitalisme, quand d'une voix stridente il l'accablait de ces mots terribles, que lui seul savait prononcer : ontologie! ontologisme!

Néanmoins, malgré tout ce bruit, Broussais en a toujours été pour ses éclats oratoires, et aujourd'hui que l'opinion est faite, à l'exception près de quelques débiles

DU VITALISME ET DE l'oRGANICISME. 371

encore suspendus à la mamelle de la doctrine physiologique, tout le monde comprend le véritable sens du mot principe Vital, et chacun reconnaît qu'il y a une différence radicale entre un fait abstractivement exprimé et une cause substantielle dogmatiquement affirmée !

D'ailleurs, ceux qui ont lu avec attention les œuvres de Barthez, savent parfaitement que ce savant médecin, après avoir isolé les actes vitaux des phénomènes physiques, et les phénomènes physiques des actes moraux, s'est particulièrement attaché à démontrer que les lois de la force vitale sont complètement étrangères aux lois de la mécanique, de la physique et de la chimie, et qu'elles ne le sont pas moins aux lois morales et aux facultés de prévoyance et autres que l'on regarde comme essentielles et propres à l'esprit et à l'âme pensante.

Quoi qu'il en soit, le pseudo-vitalisme a eu ses adeptes, et ce n'est certainement qu'après s'être inspiré de ses sophismes, qu'un homme d'ailleurs très-éclairé, le docteur Sales-Girons, a pu dire : « Que le principe vital constituant définitivement une âme organique, tous ceux qui reconnaissaient dans l'homme un principe vital se trouvaient forcément obligés d'admettre deux âmes dans l'homme, une âme spirituelle et une âme organique. »

Nous n'entrerons pas en discussion à ce sujet avec notre savant confrère ; nous lui rappellerons simplement que ses maîtres et les nôtres, Barthez, Bérard, Lordat, Cayol, n'ont jamais professé de semblables doctrines, et. qu'ils se sont, au contraire, toujours attachés à établir

une ligne de démarcation absolue entre le principe vital et l'âme pensante.

En résumé, il résulte de toutes les considérations dans lesquelles nous sommes entré, que le dogme de la force vitale formatrice, conservatrice et médicatrice, est en médecine le dogme initial et fondamental de la science et de l'art, soit qu'avec l'école de Montpellier on considère la force vitale comme une puissance métaphysique d'un ordre à part; soit qu'avec l'école de Paris on la regarde comme une propriété de la matière organisée; soit, enfin, qu'avec Hippocrate on se contente d'affirmer son existence sous le nom de nature, sans chercher à spécifier son origine et son essence !

Par conséquent, quel que soit le nom qu'on donne à la médecine traditionnelle; qu'on la désigne sous les noms de naturisme, d'hippocratisme ou de vitalisme, cette médecine est celle qui repose sur le fait de la force vitale, et qui consiste dans l'art de traiter les maladies d'après les procédés indiqués par cette nature providentielle qu'Hoffmann appelait l'âme médicale, et que l'antiquité savante a définie : « N attira seu principium eorum conaluum qui in sanitate lulelam, et œgriludine medelam renuente etiam voluntate, in morbis et in pathœmatis instituuntur (1). »

(1) Vivement préoccupé des destinées d'une petite église médicale qu'il cherchait à fonder il y a quelques années, le docteur Sales-Girons s'est évertué à cette époque à créer sous les catégories de principo-vitalisme, d'organo-vitalisme et d'animisme de la Revue médicale, trois espèces de vitalismes qui répondent, selon lui, au vitalisme de l'école de Montpellier (principo-vitalisme), au vitalisme de l'école de Paris (vita-

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