PARALLÈLE
DU MÉDECIN ORGANICIEN ET DU MÉDECIN VITALISTE. Du médecin organicien.
Le médecin organicien est, comme il aime à le répéter lui-môme, un esprit fort et résolu qui entreprend avec sûreté, célérité et agrément, tutb, cito et jucundè, tout ce qui concerne sa profession, c'est-à-dire, la médecine, la chirurgie, l'obstétrique et le reste.
Le médecin organicien ou organiciste est facile à reconnaître. Il a le geste prompt , le mouvement brusque, le verbe haut et l'accent solennel. Jamais il n'aborde un malade sans être armé de tous les instruments inventés par la médecine positive et expédilive, tels que stéthoscope, uroscope, microscope, pelvimètre, plessimètre, spéculum, etc.
Ses théories sont des plus simples : pour lui, l'art est une habitude, la science une chimère, la pratique seule un fait! — Ausculter, percuter, mesurer et saigner, voilà son affaire.
Grâce aux instruments dont il dispose et dont il se sert largemeut, la lumière se fait aussitôt qu'il aborde un malade, et partant le mal vient comme de lui-même
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se placer sous son œil, sous son oreille ou sous sa main ! Ce mal est presque toujours redoutable, car il porte sur la trame même de la vie, c'est-à-dire sur la masse organique. Le médecin organicien ne craint jamais d'eu avertir ses clients. Il prononce même son arrêt avec calme et sérénité, et puis, quand il a fini, il se couvre et disparaît en prescrivant quelques émissions sanguines et une légère tisane dont il abandonne ordinairement le choix au goût du malade ou à la sagesse des assistants.
Maintenant veut-on savoir comment on devient organicien plutôt que vitaliste, ou vitaliste plutôt qu'organicien? Voilà ce qu'un organicien a dit à ce sujet :
« On devient organicien ou vitaliste en vertu d'une certaine tournure d'esprit, laquelle correspond exactement à une certaine conformation organique ; d'où il suit que cette organisation étant donnée, tel individu ne peut pas plus n'être pas vitaliste ou organicien qu'il ne peut s'empêcher d'avoir un tempérament nerveux ou sanguin. Cela ne se démontre pas, cela s'observe, et il faut bien accepter cela, nolontes, volontés (sic). »
Cela est très-catégoriquement dit, mais cela n'est pas exact fort heureusement pour l'humanité, car ce serait a ik'sespérer de la volonté humaine, dont la lutte contre le mal est la vertu par excellence.
Effectivement, eu poussant cette déplorable argumentation jusqu'à ses dernières conséquences, on arriverait infailliblement à proclamer que l'homme vient au monde, fatalement, voleur, assassin, honnête ou sage.
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selon que les atomes qui entrent dans sa composition sont eux-mêmes bons ou mauvais, puisque c'est par la loi des renconlres que so forme la trame organique sur laquelle se brode son existence : or, ce serait là, sans contredit, une conclusion aussi fausse que cruelle qui révolterait le cœur et offenserait la raison 1
Du médecin vitaliste.
Plus modeste et moins agité que le médecin organicien, le médecin vitaliste procède auprès du malade avec plus de recueillement et de calme. Il cherche avant tout à conquérir sa confiance par des paroles douces et d'affectueuses prévenances, sachant fort bien, comme l'a dit éloquemment le professeur Bouisson, de Montpellier, que « la parole du médecin imprégnée de charité relève la force de l'homme et lui réstitue le bien-être moral. »
Partant de ce principe, il questionne son malade avec bonté, il écoute avec attention tous les renseignements .que celui-ci croit devoir lui donner sur son état, et puis il répond ensuite avec une sage prudence et une bienveillance soutenue à toutes les questions qu'il désire encore lui adresser.
Après ce premier échange préparatoire, le vitaliste s'applique à découvrir la cause du mal ; il établit ensuite le diagnostic de la maladie ; et comme il comprend la maladie comme la comprenaient Hippocrate, Galien, Fernel et tous les maîtres de l'art, il s'attache particuliè-
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renient à faire la part exacte de l'affection et de la réaction ; par conséquent, il ne se contente pas, à l'exemple du médecin organicien, de formuler un diagnostic purement local, mais après avoir nettement posé le diagnostic cin atomique, il le complète par le diagnostic médical, et il parvient ainsi à posséder tous les éléments nécessaires pour prescrire avec une entière connaissance de cause un traitement magistral et vraiment rationnel.
Dans cette étude délicate, le médecin vitaliste se livre essentiellement à l'interprétation clinique des phénomènes et des symptômes de la maladie, et il a recours, dans ce but, à l'analyse des expressions vitales, c'est-àdire, à l'analyse des signes que fournissent l'habitude extérieure du malade, son état moral, le jeu de sa physionomie, la température de son corps, le degré de son impressionnabilité et de sa sensibilité, et enfin, avant tout et après tout, l'état de son pouls, carie pouls est pour le médecin vitaliste le dynamomètre par excellence.
Sous tous ces rapports le médecin vitaliste est parfaitement inspiré, caries révélations intimes de l'organisme, les expressions palpitantes de la vie, sont autrement éloquentes et autrement fondées que toutes les données anatomiques mécaniquement échafaudées sur les bruits de râle, de fouet, de souffle, de râpe, de scie, de cloche ou de tam-tam qui font aujourd'hui la joie des médecins physiciens.
Enfin , le médecin vitaliste ne fait pas dériver les règles de la médecine pratique des déductions forcées qu'on peut complaisamment tirer des faits apportés par
l'auatomie pathologique, mais il fait reposer la thérapeutique sur la connaissance expérimentale de tout ce qui est utile ou nuisible au malade, eu égard à son âge, à son tempérament, à ses habitudes et aux conditions atmosphériques au milieu desquelles il est placé.
Le langage du médecin vilaliste est toujours empreint de l'esprit qui anime sa doctrine. Ainsi, quand il parle des moyens thérapeutiques, des saignées par exemple, des vomitifs ou des purgatifs, il ne dit pas, à l'exemple du médecin organicien. Les saignées, les vomitifs ou les purgatifs conviennent dans telle ou telle affection; mais il dit dans un sens plus élevé et plus médical : Il faut saigner, quelle que soit d'ailleurs la nature de l'affection , quand le malade est jeune, fort ou pléthorique, quand l'affection est aiguë, quand la fièvre est ardente, quand la. réaction est violente. Il faut purger quand la bouche est amère et pâteuse , quand la langue est chargée, quand la soif est vive et que le malade se plaint de constipation ou de coliques; il faut prescrire un vomitif quand, aux symptômes précédents, il se joint de la céphalalgie sus-orbitaire, des nausées et quelques troubles gastro-intestinaux. Enfin, il faut recourir aux émollients lorsque la peau est sèche et brûlante, lorsque les déjections sont dérangées ou taries. Ainsi de suite, et ainsi du reste.
Le médecin vitaliste ne prescrit qu'avec une extrême circonspection, soit des remèdes très-énergiques, soit des médications très-prolongées ; il ne prend jamais d'avance un parti) irrévocable, et cela parce qu'il sait
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qu'en thérapeutique on ne peut guère établir à priori de règles inflexibles et absolues, attendu que la nature diffère de la nature, l'âge de l'âge, et que ce qui a parfaitement réussi hier ou aujourd'hui peut malheureusement échouer complètement demain, et réciproquement.
Enfin, le vitaliste est toujours confiant et toujours patient, parce qne l'expérience lui a appris que si la nature est lente dans sa marche et clans ses effets, en revanche elle atteint presque toujours son but quand on ne trouble pas ses mouvements par des manœuvres imprudentes.
Mais, qu'on le sache bien, si le vitaliste se renferme par principe dans une prudente expectation en présence des maladies qui sont en vigueur, comme disait Hippocrate, il combat résolument toutes les causes des maladies, attendu qu'en elles réside tout le mal. Enfin, quand le vitaliste a tout mis en œuvre pour enlever ou pour détruire la cause morbifique, il observe patiemment la marche naturelle des événements, et, conformément à la loi hippocratique, il se contente de seconder ou de réprimer les efforts de la nature, selon qu'ils sont salutaires ou nuisibles.
En résumé, le médecin vitaliste sait tout aussi bien que le médecin organicien à combien d'altérations et de décompositions les solides et les liquides, les organes et les humeurs, sont exposés; mais il sait de plus que, dans les cas les plus graves et les plus redoutables en apparence, la nature a toujours des ressources et vraiment
des secrets à l'aide desquels elle parvient souvent à rétablir la santé; et alors, fort de cette assurance, il attend avec confiance l'action décisive de la nature.
Tel est le médecin vitaliste. Le nombre en est plus grand qu'on ne le suppose; on peut même ajouter qu'il y a beaucoup de médecins qui sont vitalistes sans le savoir. On les rencontre parmi ces praticiens modestes, attentifs, laborieux, qui exercent dans les campagnes (1) , dans les petites villes, ou dans les quartiers populeux des grandes cités : c'est là qu'ils se forment par un exercice soutenu et par une sage réflexion ; c'est là qu'ils font un art de la pratique de la médecine, et qu'ils honorent encore un sacerdoce qui perd chaque jour de sa considération dans les sphères les plus élevées de la Société où l'on ne se doute guère de l'énorme différence
(1) Entre tous les médecins de campagne, il en est un, à notre époque, qui est la personnification célèbre de tous les autres, parce qu'il résume en lui la science vivante, le génie pratique et les vertus du médecin. C'est le docteur Munaret, de Brignais, à qui nous devons (indépendamment d'un grand nombre de publications très-estimées) un ouvrage trois fois couronné par l'opinion publique, et qui constitue réellement le tableau le plus pbilosopbique qu'on ait jamais fait du vitalisme appliqué.
Lisez ce livre, intitulé le Médecin des villes et des campagnes; analysez cette œuvre du cœur humain aux prises extrêmes avec les douleurs les plus poignantes de la vie, et vous sentirez combien il faut de courage héroïque, d'intelligence active et de persévérance pour exercer la médecine dans les campagnes ; pour y lutter contre les résistances opiniâtres des natures individuelles, et cela au milieu de l'impuissance des ressources, et souvent en l'absence complète de tous les moyens d'action 1 Vous verrez combien la différence des milieux habités entraîne ou commande de modifications dans l'emploi des médications ; enfin, vous reconnaîtrez, à des traits pour ainsi dire burinés d'après nature, combien est grande la médecine bippocralique, et combien elle est supérieure à toutes les autres l (Dr Ed. A.)
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qu'il y a souvent entre un médecin et un médecin.
Du reste, on est vitaliste quand, fidèle au dogme de la nature médicatrice, on subordonne à la discipline de ce principe toutes les règles de sa pratique, c'est-à-dire, sa manière de soigner les malades et de traiter les maladies. Or, nous le'répétons encore, parce que d'autres ne le disent pas assez, il n'est pas nécessaire, pour être vitaliste, d'avoir une théorie toute faite sur l'essence de la cause qui anime l'organisme, de savoir si cette cause existe dans l'organisme ou hors de l'organisme, si elle est matérielle ou métaphysique. Ce sont là, en définitive, des questions superflues au point de vue de la médecine pratique !
Mais ce qu'il faut savoir, c'est que l'organisme, le corps, pourvoit de lui-même à sa propre guérison, et qu'en raison de ce fait, le médecin ne doit jamais être que le ministre ou le directeur intelligent des efforts de la nature animant l'organisme.
Et vraiment, quand on adopte franchement ces principes et qu'on en fait sincèrement la base, la règle et la loi de sa pratique, on est véritablement vitaliste ou médecin selon la nature, quelle que soit d'ailleurs l'idée particulière qu'on se fasse de la nature de la cause qui met l'organisme en action et qui préside à l'exercice de ses fonctions.
Enfin, non-seulement il importe peu au praticien de savoir si la force vitale est une simple délégation de l'âme immortelle, ou une force spéciale distincte et métaphysique adventive à l'organisme, ou une propriété
ZiOO RÉSUMÉ HISTORIQUE DU NATURISME,
dévolue à la matière organisée ; mais il ne lui importe même pas, en tant que praticien, de savoir s'il y a en l'homme deux puissances métaphysiques, deux entités, deux substances, deux principes d'action adéquates irréductibles, l'un animant le corps et lui donnant la vie, l'autre constituant la personnalité, l'être libre, intelligent, conscient et responsable; ou bien au contraire si la force vitale et l'intelligence ne sont que des modalités d'une seule et même substance métaphysique, c'est à-dire, d'une âme temporairement unie au corps et animant l'homme tout entier.
L'essentiel pour le praticien, c'est de savoir que l'homme est doué de force vitale, d'intelligence, de sens moral et de volonté, et que ces facultés, quelles qu'elles soient et d'où qu'elles viennent, confèrent à l'organisme le pouvoir d'agir et de réagir en raison directe des conditions diverses auxquelles il est soumis; — c'est de reconnaître qu'il existe une action et une réaction du physique sur le moral, et du moral sur le physique; — enfin, c'est de ne jamais oublier que le corps et l'âme, dont la conjonction constitue l'être humain, ont des relations intimes, des intérêts constants, des plaisirs identiques et des douleurs communes! Or, il y a loin, sans contredit, de la possession facile de cette notion courante, à l'ambition périlleuse de remonter à l'origine des causes pour saisir leur essence et expliquer les mystères de leur action (1).
(1) La grande question de l'âme est une de celles qui ne peuvent être dégagées que des déductions logiques de l'idée philosophique que l'on se
Après avoir établi ces réserves, nous avouerons volontiers que les nobles et séduisantes spéculations de la philosophie sur la double nature de l'homme sont bien dignes d'occuper l'esprit, et que le praticien pourrait y trouver un sujet profond de méditation, si elles ne dévoraient un temps précieux qui appartient avant tout au soulagement de l'humanité.
Nous admettrons aussi que les vastes conceptions et
fait de l'univers, de sa constitution , du principe qui l'anime, des corps qui gisent ou planent à sa surface, des êtres qui le peuplent, et enfin de la cause éternelle qui a combiné cette splendide ordonnance!
En conséquence, nous allons esquisser rapidement le tableau que nous nous faisons de l'univers. Peut-être l'idée que nous nous formons de l'âme se dégagera -t-elle de cette esquisse! Dans tous les cas, nous ne la présentons ici que comme un simple produit de nos méditations lentement conduites et lentement accumulées, suivant l'expression gracieusement railleuse de notre savant et très-spirituel confrère, le docteur Dumont de Monteux, qui épand douloureusement sa vie dans des contrées trop éloignées du foyer intellectuel où l'appellent, selon nous, son caractère distingué et son immense savoir.
TABLEAU DE L'ONIVERS.
Dieu créateur, — cause première universelle.
La nature ou le principe de vie, cause seconde universelle, principe intrinsèque du mouvement, présidant par des lois universelles au renouvellement des êtres.
La matière brute ou inorganisée, susceptible d'être travaillée par la main de l'homme, et d'accepter les formes qu'elle lui imprime.
La matière organisée ou corporelle, souche vivante végétale ou animale, recevant de l'action universelle toutes les attitudes de la vie, et formant des organismes de toute espèce, véritables humus des êtres, savoir :
1° Des organismes végétaux, produisant des substances utiles à la vie des animaux.
2» Des organismes animaux d'un ordre inférieur, produisant des êtres
les formules scientifiques, qui sont le développement logique des termes métaphysiques, nature, vie, esprit, âme, deviennent, par l'enchaînement méthodique des idées, la souche d'une synthèse de l'ordre le plus élevé, qui atteste l'admirable et savante ordonnance de la science médicale.
Enfin, nous rappellerons, en dernier ressort, que le principe philosophique de la science médicale est tout
impressionnables et intelligents, destinés à servir l'homme à titre de domesticité.
3° Des organismes animaux d'un ordre supérieur, produisant des êtres intelligents et conscients, qui, sous le regard de Dieu, deviennent des hommes , c'est-à-dire des êtres essentiellement perfectibles par l'éducation, l'instruction et l'exemple.
Bref, le corps est à l'homme ce que la terre est à l'arbre, ce que l'arbre est au fruit, c'est-à-dire la substance vivante, l'humus animal où se développe l'être humain; ou, pour mieux dire, l'organisme est l'arbre, l'àme est le fruit ; mais, entendons-nous bien, le fruit animé de l'étincelle divine, le fruit fécondé par Dieu, c'est-à-dire la personnalité humaine, l'individualité.
Si maintenant nous appliquons à la physiologie ces théories qui nous appartiennent, nous arrivons aux conclusions suivantes :
Tout organisme animal, animé par le principe de vie universel, est doué d'une force radicale qui constitue son activité intrinsèque, sa propriété personnelle, sa nature individuelle.
En vertu de cette force, tout être pourvoit à son développement, à sa conservation et à sa guérison, tant que l'organisme est apte à fixer le principe de vie.
Le tluide électro-vital ou nerveux est l'agent matériel qui rend chaque partie de l'économie impressionnable, sensible et active ; mais le fluide nerveux n'exerce cette action que sous l'influx vivifiant du principe universel, la vie!
Dans ce commerce admirable, la matière première des corps organisés est fournie par les parents; le principe de vie s'en empare, et il la met à même de recevoir ou de développer une âme, dont la conjonction avec le corps forme l'être humain, l'homme, appelé par son essence aux plus nobles destinées ! Ed. A.)
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entier clans l'axiome fondamental qui affirme que l'acte de la guérison naturelle des maladies par les forces de l'organisme, est l'acte épique qui domine la physiologie, la nosologie, la pathologie et la thérapeutique, soit qu'on rapporte cet acte à l'intervention d'une force métaphysique universelle qui pénètre l'organisme comme elle pénètre tous les corps, soit qu'on l'attribue simplement à une force intrinsèque de l'organisme.
En résumé, la question du vitalisme n'est en réalité ni aussi ardue, ni aussi abstraite qu'une certaine ignorance intéressée voudrait bien le faire accroire. En effet, remontons aux sources ; restituons aux mots leur véritable acception; analysons les conditions dans lesquelles ils ont été créés ; réfléchissons sérieusement au but dans lequel ils l'ont été, et nous verrons que toutes les discussions qui se sont élevées, et qui s'élèvent encore tous les jours à ce sujet, ne portent en définitive que sur des termes mal posés ou mal définis, et qu'elles se réduisent par le fait à une sèche et froide logomachie.
Alors, une fois fixés sur ce point important, nous affirmerons que le vitalisme n'est autre que le naturisme primitif repris, remanié et élucidé par Barthez ; nous ramènerons toute la médecine au naturisme ; et enfin, pour éviter désormais toute discussion oiseuse, quand nous parlerons de la médecine, nous dirons tout uniment la médecine, au lieu de dire le naturisme ou le vitalisme. En tout cela nous agirons sagement : car ramener la médecine à sa simplicité primitive ; rappeler à l'esprit que c'est à l'observation scrupuleuse de la
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nature qu'on a essayé d'imiter, que l'art médirai a dû son origine et devra toujours son accroissement; restituer à la plus utile des sciences son nom primitif et vingt fois séculaire, c'est, en dernière analyse, revenir au bon sens et à la logique, et faire refleurir une doctrine souveraine qui a de tout temps commandé le respect et fixé l'admiration du monde entier.
Ainsi, pour ne parler ici que de la France, il est évident que le naturisme hippocratique a toujours été en grand honneur dans notre savante patrie, et que ses dogmes ont toujours été les seuls qu'on ait constamment professés dans nos écoles, depuis les âges les plus reculés jusqu'aux dernières années du xvne siècle.
L'histoire est formelle sous ce rapport; elle nous apprend que la Faculté de Paris, depuis sa création en 1220 jusqu'en 1698, a toujours enseigné la doctrine hippocratique, et que ses principes étaient expliqués aux élèves par des maîtres particuliers qu'on appelait lecteurs successifs, et qui avaient pour office de commenter, le texte à la main, les dogmes et les règles de la médecine traditionnelle.
Ces faits sont consignés dans des registres ou commentaires qui ont constitué pendant longtemps les tables scientifiques de l'école; le plus ancien de ces registres, parmi ceux qui restent à la bibliothèque de la Faculté de Paris, porte la date de 1395.
A part ces commentaires, la Faculté de Paris ne posséda pendant longtemps que les œuvres d'Hippocrate et de Galien, les principes diététiques de l'école de Salerne
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et les livres de Rhazès (totum continens). Mais, au xvi° siècle, elle lit l'acquisition des œuvres de Fernel, et celles-ci obtinrent, comme les cahiers d'Hippocrate, l'honneur suprême d'être lues, commentées et discutées dans les écoles.
Un peu plus tard, la Faculté enrichit encore sa bibliothèque des institutions de Daniel Sennert, de Lazare Rivière et de Boerhaave, qui toutes respirent l'esprit de la doctrine hippocratique et ont passé pour classiques jusqu'au temps de la révolution cartésienne. Mais, à ce moment vraiment critique pour la philosophie, la Faculté se laissa entraîner par les idées nouvelles, et alors la médecine traditionnelle, attaquée, renversée et pour ainsi dire chassée du temple, se réfugia à Montpellier, où ses principes n'ont dans aucun temps cessé d'être honorés et enseignés.
Les choses durèrent ainsi jusqu'en 1797. A cette époque, le gouvernement rétablit les écoles que la révolution avait détruites. Thouret fut nommé directeur des écoles médicales, et il employa toute son activité à relever la médecine et à fonder le haut enseignement.
11 fit créer trois chaires nouvelles à la Faculté de médecine de Paris, savoir : une chaire d'histoire de la médecine, une chaire de médecine hippocratique et une chaire de bibliographie. Il demanda aussi la création d'une chaire de philosophie médicale, c'est-à-dire de science médicale; mais en ces temps de tourmente, les fonds publics étaient absorbés par le budget de la guerre, et Thouret vit échouer toutes ses démarches sous
le coup do cet argument irrésistible : Nous n'avons pas d'argent.
Un revers plus grand frappa la médecine en 1810! La chaire de médecine hjppocratique, fut supprimée, cl la parole scientifique s'éteignit au même inslanl ! Mais, comme par la munificence de Frajftçois Ier une chaire spéciale de médecine avait été instituée au collège do France, cette chaire, qui avait pour objet l'enseignement des principes fixes de la science, sauva la médecine en ces jours de détresse.
Aux termes du règlement, le professeur chargé du cours de médecine dans ce temple des hautes études, doit s'attacher exclusivement à enseigner la tradition, c'est-à-dire la doctrine d'Hippocrate et des pères de la science ; à faire la lecture de leurs œuvres, à discuter leur légitimité, à expliquer leurs variantes et à concentrer les principes de la science dans une synthèse magistrale. Grâce à cette disposition, tant qu'on resta fidèle à la loi, c'est-à-dire à l'intelligente distribution des leçons, le collège de France resta lui-même l'arche sainte de la médecine, et l'on y entendit des médecins dignes de ce nom y professer avec ardeur la science orthodoxe.
Mais, cet état de choses ne fut pas de longue durée; les événements politiques bouleversèrent tout, et la révolution formidable qui ébranlait le monde renversa la médecine sur son passage !
A partir de ce moment, les fécondes leçons du génie antique perdirent leurs interprètes, et les ombres des Rio •
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lan, des Guy Patin, des Astruc, desDanyau, des Andry, des Ferrein et des Bouvart disparurent elles-mêmes de ces régions sacrées. Pourtant, vingt ans après, on entendit un jour, au collège de France, comme un écho de l'antique science! C'était la voix des Hallé, des Corvisart, des Laennec et desRécamier qui retentissait avec
éclat dans le sanctuaire Et puis?
Et puis, par un oubli déplorable et peut-être calculé du texte même du règlement, la chaire de médecine se transforma brusquement, sous Magendie, en une arène sanglante où des hécatombes d'animaux succédèrent aux grands enseignements de la science! On substitua les recherches aux leçons, et l'on entendit le maître , pour ainsi dire mêlé à la foule , se targuer lui-même, dans ses expériences publiques, d'arracher aux ressorts brisés de la vie jusqu'aux mystères de la pensée !
On est bien revenu aujourd'hui de ce triste engouement, mais néanmoins la chaire de médecine du collège de France n'a pas reconquis son célèbre enseignement. — Peut-être y parviendra-t-elle? nous l'espérons.
En attendant, on y dogmatise éperdument sur la nature des substances douces animales, sur la glycogénie, sur les actes moléculaires de la nutrition (1) !
(1) Depuis que notre manuscrit a été livré à l'impression, les choses ont sensiblement changé. En regard du cours d'histoire de la médecine brillamment professé par le docteur Bouchut, agrégé de la Faculté de médecine de Paris, on a institué au collège de France un autre cours d'histoire de la médecine, qui a été confié à la savante éloquence de M. le docteur Daremberg. On peut donc dire présentement que
fiOS RÉSUMÉ HISTORIQUE DU NATURISME, ETC.
l'histoire de la médecine va couler à Ilots à Paris 1... Néanmoins attendu que ni M. Bouchut, ni M. Daremberg, n'ont reçu la mission de professer exclusivement la doctrine d'Hippocratc proprement dite, il faut ajouter, pour compléter le tableau, que, bien qu'en raison de la splendeur de l'enseignement, l'histoire de la médecine soit partout, la philosophie de la médecine n'est encore nulle part, ce qui est regrettable ; car la philosophie de la médecine, c'est la sagesse de la médecine, c'est la science médicale elle-même sur ses bases, dans ses principes, dans ses applications et dans ses saines traditions.
(Dr Ed. A.)