‹ Institutions d'Hippocrate, ou, Exposé philosophique des principes traditionnels de la médecineChapitre 65 sur 84 · OU DE L'ACTION MÉDICATRICE EXERCÉE PAR L'ORGANISME · texte numérisé non relu

OU DE L'ACTION MÉDICATRICE EXERCÉE PAR L'ORGANISME

Semblables sous ce rapport aux fonctions physiologiques, les fonctions pathologiques sont soumises à des lois qui règlent leur marche, leur développement et leur terminaison, en raison de ce principe fondamental, que, dans l'économie animale, comme dans l'économie

(1) Parmi les grandes fonctions de la vie, les unes sont propres à l'étal de santé et le maintiennent : ce sont les fonctions naturelles, normales, ou physiologiques; les autres appartiennent à l'état morbide et le caractérisent : ce sont les fonctions accidentelles, anormales ou pathologiques. Ces deux ordres de fonctions forment l'objet de deux branches distinctes de la médecine, savoir : la physiologie et la pathologie.

La physiologie, ou la science de l'action conservatrice, est enseignée partout, dans les leçons et dans les livres. La pathologie, au contraire, c'est-à-dire la science de l'action médicatrice, n'est enseignée nulle part (*).

Pourtant, on fait à Paris des cours de pathologie et même des cours de pathologie générale ; mais, grâce à l'esprit qui plane sur la métropole, ces cours de pathologie se réduisent presque tous à un pathos de convention aussi élémentaire que stérile, et il en sera probablement ainsi

(*) Ces lignes ont été écrites avant l'ouverture du cours de M. Chauffard, qui nous paraît devoir répondre aux conditions de la science.

de l'univers, tout est régi d'après un plan conçu par le Créateur dans un but et pour des fins arrêtés d'avance dans sa sagesse.

En vertu des lois qui dirigent l'organisme souffrant, chaque partie, chaque organe, chaque système d'organes, chaque appareil vital, remplissent des fonctions qui leur sont propres et qui assurent l'équilibre des mouvements de l'ensemble... Et puis au-dessus de ces

tant qu'on ne s'inspirera que des banalités qui, à défaut de principes, forment à l'école de Paris le fond de l'enseignement médical.

Il serait bien temps, cependant, de fonder magistralement la patho logie médicatrice, et d'enseigner sous ce nom l'histoire naturelle de l'action médicatrice de la nature exercée par l'organisme ; car, bien qu'on en dise, cette science existe, et elle est en principe dans le fait de la guérison des maladies par les forces de la nature, fait découvert par le génie antique, et qui constitue ce que nous appelons la pensée d'Hippocrate.

A la vérité, cette pensée est restée pendant bien longtemps inaccessible à l'esprit de la multitude, mais il ne pouvait guère en être autrement. Effectivement, une pensée d'un ordre aussi élevé, une conception aussi vaste ne pouvait pas être comprise immédiatement clans toute sa portée. Il fallait, pour la saisir d'une vue ferme et netie, que l'esprit médical, lentement familiarisé avec la méthode d'Hippocrate, et successivement initié par la logique des sciences aux procédés d'application et de vérification philosophiques, en fût arrivé à savoir tirer avec sûreté les conséquences précises que renferme cette pensée fondamentale : or, ces temps de scientifique élaboration ont dû nécessairement se faire attendre.

Galien, Fernel, Baillou, Sydenham et Baglivi ont essayé les premiers de hâter l'époque de cette importante révolution; mais il était réservé à Barthez d'atteindre le but et de couronner l'œuvre de ses prédécesseurs !

En effet, avant Barthez, l'axiome fondamental, Solanatura medicatrix, n'exprimait guère qu'un fait-principe dont on se bornait à réduire les déductions logiques à la vulgarisation de quelques données générales telles que celles-ci : « Il faut épier et interroger la nature; il faut étudier et suivre la marche naturelle des maladies; il faut rester toujours l'interprète et le ministre delà nature, etc., etc. » Barthez comprit tout ce

tl'ïll ESSAI PHILOSOPHIQUE

lois du mouvement vital, il y a une lui souveraine qui domine toutes les autres et qui les enchaîne : c'est la loi générale de conservation dont dérivent les lois physiologiques et pathologiques.

Les lois physiologiques président aux mouvements de développement et de conservation des êtres organisés; les lois pathologiques président aux mouvements qui ont pour objet leur guéris* m.

que ces propositions avaient de vague et laissaient à désirer, et alors il essaya d'en fixer le sens, de le développer, et de le faire passer de la théorie à la pratique , par de rapides commentaires aboutissant directement à des applications immédiates. En conséquence, il ne se contenta pas de répéter avec tout le monde que la nature est toute-puissante, et qu'elle seule guérit les malades; mais il voulut savoir et indiquer par quels moyens et par quelles voies elle les guérit. Il étudia donc d'une manière tout analytique les phénomènes hygicles et morbides de l'organisme dans leur simplicité et dans leurs complications extrêmes, et après de longues recherches et de patientes observations, comme Hippocrate, il trouva, dans l'acte même de certains efforts de l'organisme, la source et la cause véritable de la guérison des maladies. — Alors, s'appuyanl sur l'observation, sur l'expérience et le raisonnement, il formula l'axiome suivant, qu'il assigna comme principe à la pathologie naturelle : « Les maladies sont des fonctions accidentelles, des fonctions pathologiques qui ont pour but de résister à l'action des causes morbifiques, et de réparer le mal qu'elles ont causé. »

A dater de ce moment, les conceptions du vitalisme prirent une telle autorité, qu'elles devinrent fondamentales, et que depuis cette époque elles n'ont jamais cessé de dominer tous les systèmes, c'est-à-dire tous les essais scientifiques que l'esprit humain a enfantés pour montrer dans le fait de la vie les propriétés de l'organisme, et pour édifier sur cette donnée l'édifice régulier de la médecine.

Il ne s'agit donc plus maintenant, pour l'aire triompher complètement le vitalisme, que de marcher dans la voie ouverte par Hippocrate, et déblayée par Barthez, c'est-à-dire de renoncer à l'habitude de parler par paraboles de la nature médicatrice , de substituer au verbiage ténébreux de toutes les écoles métaphysiques un langage précis et net, et enfin d'imprimer à la science tout entière un caractère de certitude qui la fasse adopter par tous les esprits philosophiques. (Dr Ed. A.)

Les lois pathologiques déterminent électivement l'organe ou les organes qui doivent effectuer les fonctions pathologiques; elles règlent l'exercice de ces fonctions, de manière qu'elles s'exécutent en temps opportun, qu'elles s'exercent dans des proportions en rapport avec l'action morbifique, et qu'elles durent assez longtemps pour que le travail de la force médicatrice s'accomplisse complètement.

Les lois pathologiques varient suivant la nature de l'affection, suivant l'organe qui en est le siège et suivan la cause qui l'a produite.

L'âge, le sexe, la manière de vivre, le tempérament, la constitution individuelle, la profession et les habitudes, d'une part; et d'autre part, la saison, la constitution, atmosphérique et la constitution médicale, dont, par parenthèse, on ne parle guère, dont on ne sait même plus parler du tout, sont autant de conditions qui impriment des expressions, des formes et des actions diverses aux fonctions pathologiques, attendu qu'elles produisent préalablement des modifications notables dans les organes par lesquels s'opèrent ces fonctions. L'étude approfondie des expressions, des formes et des actions diverses de ces fonctions est l'œuvre importante de la pathologie naturelle (1).

(L) Pour donner plus de rapidité et de concision à l'exposition des faits de la pathologie naturelle ou médicatrice, c'est-à-dire à l'exposition des fonctions pathologiques, nous désignerons sous le nom d'action médicatrice, ou simplement de réaction, Tordre de fonctions dont l'ensemble constitue la branche de la médecine qui traite de l'action médicatrice exercée par l'organisme.

liSSAI i'IULUSUl'illoi i

Do l action inculcutiico, ou de lu î-éuctlon

L'action médicatrico est un acte vital simple comme la vie et compliqué comme elle, qui s'exerce par l'organisme 9t prend son caractère dans la constitution et le tempérament du sujet dont il est l'expression vivante.

L'action médicatrice est, suivant les circonstaurcs, tantôt expulsivc ou éliminatrice, tantôt neutralisante ou altérante, tantôt cicatrisante ou incorporante. — Elle est quelquefois simplement prophylactique. Dans ce dernier cas, elle consiste en hémorrhagies déplétives, en évacuations, en sueurs eliminatiïces qui ont lieu particulièrement en temps d'épidémie, et qui ont pour effet d'empêcher l'explosion de la maladie; dans d'autres circonstances, l'action prophylactique se manifeste par des affections périodiques, annuelles, bisannuelles et même septénaires, qui modifient l'organisme, tempèrent l'état du sang et des humeurs, et préservent ainsi d'affixtions plus graves ceux qui subissent ces tributs passagers. Aussi, quand, par imprudence, par un mauvais calcul, ou par une fausse science, on s'oppose au cours ordinaire de ces affections, il arrive presque toujours que les sujets que l'on croyait avoir sauvés éprouvent au contraire des affections auxquelles ils succombent ordinairement.

L'action médicatrice est simple, composée ou compliquée.

L'action médicatrice simple comprend la toux, le

hoquet, le vomissement, les évacuations, l'évanouissement, les inflammations et les convulsions antagonistes.

L'action médicatrice composée comprend les pyrexies désignées sous les noms de fièvres inflammatoire, muqueuse, bilieuse, catarrhale, rhumatismale, éruptive, exanthématiquc.

L'action médicatrice compliquée embrasse, d'une part, toutes les réactions violentes et les efforts extrêmes qui spécifient le typhus, la peste, le choléra et la fièvre typhoïde; et d'autre part, toutes les opérations vitales qui aboutissent h la cicatrisation des plaies, à la formation du cal, à la réparation des chairs et à la création des parties nouvelles (articulations, canaux, os tout entiers), opérations admirables parfaitement décrites par MM. Heine, Jobert (de Lamballe), Sédillot et Flourens.

Enfin, d'après MM. Quittani, Piorry et Trousseau, la chlorose , Y anévrysme , l'hypertrophie et la fistule à l'anus, sont dans quelques circonstances des affections utiles, qu'il serait imprudent de chercher à guérir.

Ce sont des faits de cette espèce, appuyés sur des observations nombreuses et des expériences répétées, qui ont donné lieu aux procédés de l'art consistant à produire artificiellement des affections suraiguës pour guérir par révulsion ou par. dérivation les affections chroniques les plus rebelles.

ESSAI PHILOSOPHIE lit:

Me l'Inflammation, «le lu lièvre et de la réaction en général (1).

L'inflammation et la tièvre constituent les deux réactions principales de l'organisme; elles ont pour but d'opérer des récorporations, d'expulser des agents morbifiques ou de détruire des levains morbifiques, tels que les principes bilieux, rhumatismal, goutteux, catarrhal et miasmatique, etc., etc.

Dans ce dernier cas la réaction prend le nom de l'agent morbifique qui l'a provoquée, et l'on dit suivant l'affection diagnostiquée : une pneumonie bilieuse, une angine goutteuse, une fièvre muqueuse ou catarrhale.

(1) Hippocrale l'a dit avec raison : « Qnœ fuciunt in homine sano actiones sanas, eadem in œyro morbosas. »

Ces paroles sont justifiées par les phénomènes vitaux qui s'accomplissent sous nos yeux. Effectivement, ce sont les organes ou les appareils d'organes qui exécutent l'acte de conservation pendant l'état de santé qui opèrent l'acte de la guérison pendant l'état de maladie. Autrement dit, ce sont les organes qui, pendant l'état normal, accomplissent les fonctions physiologiques, qui, pendant l'état anormal, accomplissent les fonctions pathologiques. Aussi, quand nous étudions le mouvement de l'inflammation et de la fièvre, c'est-à-dire l'action des deux plus grandes fonctions pathologiques, nous reconnaissons que l'inflammation a pour agents les vaisseaux et les nerfs de la partie affectée, et que la fièvre s'exécute par le cœur et les gros vaisseaux, par le cerveau et les centres nerveux.

Du reste, dans les temps mêmes les plus reculés, la fièvre a toujours été considérée comme un mouvement salutaire de l'organisme; c'est même ce qui lui a valu son nom. Il vient du latin februare, qui veut dire purifier. Les anciens le lui ont donné parce qu'ils ont reconnu dans ce toile général, dans ce travail de toute la substance (totius substanliœ), un mouvement d'élaboration et de coction qui, dans beaucoup de circonstances, a pour but essentiel de purifier les humeurs.

Dans d'autres circonstances, la réaction prend des noms en rapport avec la tendance, la marche ou le caractère exceptionnel qu'elle affecte, alors on la désigne, suivant les cas, sons les noms de fièvre maligne, ataxique, adynamique, pernicieuse et intermittente.

L'inflammation est une réaction locale opérée par les vaisseaux et les nerfs de la partie affectée (1).

La fièvre est une réaction générale opérée par les gros vaisseaux et les centres nerveux.

Tous les systèmes concourent au développement du mouvement fébrile, mais les systèmes nerveux circulatoire et respiratoire semblent être plus spécialement

(1) Le véritable caractère de l'inflammation se révèle clairement à qui sait voir et réfléchir, mais particulièrement à qui sait abandonner prudemment cette réaction à sa marche naturelle : c'est ce qui est arrivé au docteur Barthez, médecin de l'hôpital Sainte-Eugénie.

Ce savant praticien a publié sur la pneumonie un mémoire académique dans lequel il se prononce en faveur de l'expectation, en affirmant que la pneumonie franche qui se développe accidentellement au milieu d'une bonne santé est au moins, chez les enfants, une maladie qui se termine habituellement, pour ne pas dire toujours, d'une manière favorable.

11 apporte à l'appui de son opinion ce qu'il a observé à l'hôpital des enfants; là, il a abandonné la pneumonie à sa marche naturelle chez un très-grand nombre de sujets, quelle que fût d'ailleurs sa gravité, et cette maladie s'est presque toujours 'terminée par résolution, sous la seule influence d'une hygiène convenable. Ainsi, dans l'espace de sept ans, sur douze cents enfants atteints de pneumonie, le docteur Barthez n'en a perdu que deux !

Ce résultat est très-concluant et surtout très-consolant. 11 se présenterait plus souvent, non-seulement chez les enfants, mais encore cbez les personnes de tout âge, si l'on savait l'attendre ; nous en appelons, à ce sujet, aux expériences comparatives qui ont été faites en 1828 à l'Hôtel- Dieu de Paris. On a traité les pneumonies par les antiphlogistiques, par les purgatifs et par l'eau pure. C'est le traitement par l'eau pure qui a le mieux réussi. (Dr Ed. A.)

chargés do l'effectuer. L'exaltation de leurs fonctions en constitue les premiers éléments; le type de leurs mouvements en exprime le caractère formel.

Le système nerveux et le système sanguin, dont procèdent la sensibilité, la contractilité et la chaleur animale, s'émeuvent les premiers. Leurs efforts doublent ou triplent les forces de la vie, et augmentent ainsi les ressources naturelles de l'organisme.

Le système digestif se prononce ensuite, quand il n'a pas déjà jeté l'alarme et annoncé le danger, soit en provoquant chez le malade un dégoût insurmontable pour toute espèce d'aliments, soit en lui faisant expulser brusquement une nourriture qui pourrait lui devenir nuisible ! Or, disons- le bien, il y a pour tout observateur attentif un bien grand enseignement dans cette révolte de l'estomac, dans cette désertion subite d'un organe dont les fonctions se lient à toutes les autres et les dominent en quelque sorte. Peut-être est-ce ce fait qui a inspiré à Hippocrate les préceptes et les règles qu'il a institués relativement au régime à suivre dans les maladies, et qui font encore aujourd'hui l'admiration des meilleurs praticiens.

Quelquefois c'est le système pulmonaire qui a la première part et la part la plus active dans la réaction. Ainsi, par exemple, un miasme morbifique vient-il à pénétrer dans l'économie par les voies respiratoires, à l'instant même le système pulmonaire se soulève contre cet hôte dangereux, et lui oppose, soit des exhalations gazeuses qui le décomposent chimiquement, soit des

flots de matière muqueuse qui l'entraînent au dehors.

Est-ce un poison violent qui a été introduit dans les voies digestives, la scène se complique en raison de la gravité du danger : l'appareil gastro- intestinal et l'appareil bilieux inondent de bile et de sucs corrosifs cet agent meurtrier, et, secondés par les forces musculaires de l'estomac et des intestins, ils parviennent ordinairement, soit à le décomposer, soit à l'expulser de l'économie. Toutefois ce résultat est plus fréquent chez les animaux que chez l'homme, parce qu'ils ne s'affectent pas de leur état et qu'ils attendent tout des forces de la nature.

En tout cas, si cette réaction est insuffisante, si l'agent morbifique échappe à l'action dissolvante des liquides et à l'action expulsive des intestins, s'il parvient enfin à entamer les tissus ou à décomposer les humeurs^ d'autres réactions plus énergiques et plus compliquées s'organisent et triomphent presque toujours de la cause morbifique, quand on ne dérange pas l'effort de la nature par des mouvements inutiles ou imprudents.

Maintenant s'agit-il d'un corps étranger trop profondément engagé dans les chairs pour pouvoir être saisi par la main du chirurgien, la nature pourvoit avec art à cet accident. Elle forme aux dépens des tissus une espèce de poche, un réseau vivant, et avec ce réseau elle enveloppe la balle, la pierre, le projectile, quel qu'il soit; elle le fixe sur lieu, l'isole complètement des autres parties, et l'empêche ainsi de léser les organes environnants.

Dans d'autres circonstances, le cours des matières fécales vient-il à être brusquement interrompu par le fait d'une hernie étranglée, l'action de la nature médicatrice se dessine aussitôt avec un art non moins étudié ! Ainsi, au moment même où la portion supérieure du tube digestif distendue par les matières fécales semble menacer de se rompre, cette portion, par un mouvement habilement calculé, se contracte sur les matières qui tendent à l'entamer, les presse, les tasse fortement sur elles-mêmes, et, à l'aide du diaphragme et des muscles abdominaux qui agissent vraiment comme des ressorts d'acier, elle les expulse par en haut, tandis que l'autre portion du tube digestif s'efforce de son côté, par une contraction saccadée, de dégager l'intestin et de ramener peu à peu dans l'abdomen sa partie incarcérée et déjà à demi meurtrie; enfin, le cœur accélère ses battements, il verse dans tous ces organes épuisés un sang réparateur, et il parvient ainsi à les ranimer et à sauver le malade.

Les réactions qui s'opèrent dans le système séreux à la suite des pneumonies avec épanchement ne sont ni moins remarquables, ni moins efficaces que les précédentes. Pendant tout le cours de ces affections on assiste à la plus étonnante des métamorphoses, ou, pour mieux dire, à la plus délicate des opérations de chimie animale. En effet, dans ces conditions si menaçantes pour la vie du malade, le liquide purulent épanché dans les membranes séreuses est incessamment repris par les vaisseaux absorbants; et tandis que ceux-ci en débarrassent plus

ou moins la plèvre, la force vitale procède de son côté par une véritable action chimique, agite les éléments de ce liquide, les dissocie, les travaille, et parvient à le transformer lui-môme en un tissu membraniforme qui revêt peu à peu les caractères de l'organisation, et finit en quelque sorte par se naturaliser dans l'économie.

L'œuvre de la réaction est aussi merveilleuse dans la variole, la varicelle, la scarlatine et la rougeole. — Dans ces maladies, tout se fait avec une telle précision, qu'on peut, pour ainsi dire, suivre pas à pas la marche du principe morbifîque depuis son introduction dans l'économie jusqu'à sa complète élimination par la peau. Et pourtant, quelle tourmente dans les fonctions! Au trouble anxieux de la respiration, à l'accélération convulsive de la circulation, à l'exaltation ardente de la chaleur se joignent encore l'accablement général, la somnolence, le délire et les spasmes partiels ou généraux de l'organisme.

Enfin, il survient un moment où les symptômes sont si violents, qu'on dirait vraiment que le malade va succomber! Mais la nature se relève, de nouveaux mouvements se succèdent, s'enchaînent, se combinent et poussent le virus au dehors ; alors une éruption abondante apparaît à la peau et tout rentre aussitôt dans l'ordre comme par miracle ou par enchantement.

Un travail d'une autre espèce, et tout aussi bien ordonné, s'opère dans l'économie quand un miasme meurtrier, comme celui du choléra ou delà peste, vient

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ù s'abattre brusquement sur une contrée. Les sujets qui en subissent les premières atteintes éprouvent tout à coup un malaise vague et indéfinissable auquel succèdent un sentiment de défaillance et une vive douleur à l'estomac : douleur aiguë et corrosive accompagnée presque toujours d'une chaleur acre et mordicante.

Ce sont les prodromes du choléra et de toutes les affections designées sous les noms de peste, typhus, fièvre jaune , suetle mitiaire. Ils sont ordinairement suivis de bruits particuliers qui ont lieu dans les méandres du tube digestif, où ils sont produits par des gaz qui se heurtent et dont le mouvement incessant occasionne dans les intestins une infinité de points douloureux.

Ce second temps de la maladie constitue la période de réaction commençante, car, tout bien considéré, ces gaz sont des agents chimico-vitaux destinés par la nature médicatrices à neutraliser et à décomposer le principe miasmatique; et la preuve, c'est que les sujets qui ont été le plus violemment tourmentés par ces gaz, sont presque toujours ceux qui échappent le plus souvent aux coups meurtriers de l'économie.

Enfin, quand ce premier effort est impuissant, tous les systèmes organiques, tous les appareils vitaux se soulèvent, et ils opèrent en commun le travail synergique de la réaction générale qui amène quelquefois la guérison du malade, mais qui quelquefois aussi, par son excès même, précipite sa perte.

Dans les affections épidémiques, la réaction générale

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s'exerce ainsi qu'il suit : Dans le système circulatoire, par l'accélération de la circulation et l'exaltation de la chaleur; dans l'appareil gastro-intestinal, par des vomissements, par des évacuations alvines; clans l'appareil rénal, par des urines abondantes ; dans le système dermoïde, par des sueurs excessives ou par des éruptions ; dans le système exhalant, par des gaz en excessive quantité ; dans le système cellulaire, par des œdèmes, des dépôts, des phlegmons et des exhalations suppuratives ; dans le système glandulaire, par un ptyalisme incessant; enfin, dans les ganglions lymphatiques, par des engorgements et par des bubons. Mais, parmi ces réactions, les unes appartiennent plus spécialement au choléra, les autres à la peste, à la fièvre jaune ou au typhus.

La réaction se montre avec tout son cortège clans l'affection très-improprement désignée sous le nom de fièvre typhoïde; elle y prend les différents types inflammatoire, muqueux, bilieux, adynamique ou ataxique, qui sont l'expression ou les formes spéciales du tempérament ou de la constitution du sujet qui réagit, par cette raison que la fièvre typhoïde n'est au fond qu'une réaction générale de l'organisme déterminée par un miasme morbifique qui provient presque toujours de la fermentation des humeurs !

La réaction médicatrice se révèle aussi dans l'affection syphilitique, où certes on est loin souvent de soupçonner son caractère. Pourtant il est évident que la majeure partie des symptômes propres à cette affec-

tion constitue la somme des efforts que fait la nature pour épuiser ou pour détruire le virus syphilitique, ou du moins pour éparpiller son action sur les organes les moins indispensables à la vie, tels que le système osseux, la peau, les ganglions lymphatiques, le système muqueux, etc.; seulement, comme le virus syphilitique, semblable sous ce rapport à l'hydre de la Fable, renaît, lui aussi, de sa propre substance, il arrive malheureusement qu'il continue son action tant qu'on ne lui oppose pas le mercure, qui est son spécifique, c'est-àdire son ennemi.

Il n'est pas jusqu'aux convulsions dont le système musculaire est le siège ou l'instrument, qui ne deviennent, dans quelques circonstances, des moyens de guérison ! — Il est facile de s'en convaincre en observant ce qui se passe chez les femmes hystériques, ou même simplement chez les femmes très-nerveuses, quand leur système sensitif a été brusquement ébranlé par une cause traumatique, ou tout uniment par une vive impression morale.

Qu'arrive-t-il chez elles dans ces diverses circonstances? Elles tombent tout à coup et comme frappées de la foudre, dans un état de sidération qui inspire au premier abord une vive inquiétude ; et puis, le fluide nerveux se porte peu à peu des organes qu'il surchargeait sur le système musculaire, qui n'a rien à redouter de sa concentration, et alors il se fait une de ces explosions violentes qu'on appelle attaques de nerfs, et qui ne sont en réalité que des effets de dérivation médicatrice

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tendant à rétablir la circulation nerveuse brusquement interrompue !

Enfin, l'évanouissement qui survient à la suite des hémorrhagies abondantes est lui-même un effort médicateur, car il a évidemment pour but d'arrêter l'écoulement du sang dont la perte foudroyante pourrait causer la mort du malade.

Tel est en abrégé le tableau de la réaction aiguë. Celui de la réaction chronique, s'il est permis d'employer cette expression, n'est ni moins étendu, ni moins remarquable. Il comprend une foule d'affections de toute sorte, parmi lesquelles figurent au premier rang la plupart des maladies dites de la peau, dont le but est trèssouvent de pousser au dehors et de fixer à la surface du corps, sous la forme de taches, de boutons ou de plaques, les divers levains morbifiques qui naissent et se développent incessamment dans l'organisme par les mouvements mêmes de la vie.

D'après ces théories, qui sont les vraies, les concrétions tophacées des goutteux sont des productions anormales qui proviennent du transport de l'acide urique sur les articulations ; et le cancer lui-même, si réfractaire aux moyens de l'art, et toujours redoutable quand on s'acharne à le traiter par les topiques, le cancer, disonsnous, n'est qu'un dépôt morbide, qu'un ciment corrosif séparé de la masse du sang par un effort de la nature qui, ne pouvant le décomposer, cherche au moins a l'éloigner autant que possible des organes nobles.

Toutes les théories que nous venons de développer

sont l'expression de faits constatés par l'observation et vérifiés par l'expérience. Quand on sait apprécier leur valeur, on cesse de croire avec les médecins insuffisamment instruits, ou mal instruits, que tous les organes dont les fonctions physiologiques sont modifiées sont par cela môme altérés dans leur propre substance, dans leurs tissus ou dans leur composition! On admet, au contraire, que les organes peuvent rester pendant longtemps entièrement sains, tout en remplissant de nouvelles fonctions devenues temporairement indispensables, tout en présentant même des modifications profondes.

De même, on se garde bien de confondre l'action médicatrice de l'organisme, c'est-à-dire l'acte vital de la réaction avec les altérations matérielles qui en sont les résultats éventuels; et par conséquent, on envisage les indurations, les hypertrophies, les épanchements et les dégénérescences de toute espèce comme de simples produits d'exhalation et de sécrétion résultant de mouvements pathologiques qui ont leur type dans les mouvements physiologiques, mais qui ne constituent pas cependant des maladies proprement dites.

Ces considérations ont fixé de tout temps l'attention des grands observateurs ; ce sont elles qui out inspiré à Raymond son livre intitulé : Des maladies qu'il est dangereux de guérir; livre profond et très-raisonné, dont la conclusion est dans cet axiome : Il y a des maladies prophylactiques, conservatrices et médicatrices.

Ces larges conceptions du vitalisme ne sont guère en

rapport avec les théorèmes de l'organicisme, mais elles sont l'expression de la vérité, et méritent par cela même de fixer toute l'attention des praticiens.

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