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DE l'art chrétien. 93
exactement un bouclier ou un éeu. Seulement, comme lo dit Guillaume Durand que nous avons analysé dans le cha-pitre II de celte partie, la couronne du Sauveur est distinguée de celle des Saints par une croix qui y est inscrite. Ce serait donc très-mal h propos confondre Jésus-Christ avec les Saints ou les Anges que de peindre ceux-ci avec une cooronne crucifère. Le moyen*âge ne s'y est point mépris et depuis que ce caractère distinctif trop dédaigneusement oublié on rejette par ceqn*on nomme la Renaissance a repris ses droits y Tartiste doit se montrer soucieux d observer la règle. On sait néanmoins qu'au moment où ces couronnes * reproduites sous le nom de nimbes jouissent d*nne vogue artistique certainement bien méritée, il se commet des erreurs totalement impardonnables. Ce reproche semblerait-il trop sévère, lorsqu^il est démontré qu'il est très-facile de ne point se méprendre ? Le Christ seul , il ne sera pas oiseux de le répéter, porte la couronne ou nimbe crucifère. Guillaume Durand nous a fourni quelques renseignements sur les* patriarches, au sujet des attributs par lesquels fart doit les distinguer. Il est cependant utile de remarquer que ces rouleaux (VoluminaJ qu il leur met dans les mains con* viennent beaucoup mieux aux prophètes, car les patriarches antérieurs à IfoYse n ont absolument rien écrit. H est vrai que par ces livres roulés lauteur entend symboliser l'époque de la loi des Ggures où la loi chrétienne était, pour ainsi parler, comme roulée et enveloppée en elle-même, flmplieita eraij.
Quant aux apôtres, on les peint très-fréquemment dans
les églises et un interprète des livres saints s'exprime ainsi:
« Salomon plaça douze bœufs à la mer d'Airain. Si, dès-
•> lors , il lui fut permis de figurer douze bœufs, en un temps
» où Ton pouvait craindre certains actes d'idolâtrie, pour-
» quoi aujourd'hui ne serait-il point permis de peindre
les douze apôtres dont ces douze bœufs étaient la figure? »
; vénérable Bède , en parlant du temple de Salomon , a
it une observation analogue. Mais d'abord , quant à Fàge
l'il faut donner aux apôtres , nous croyons devoir traduire
xtuellement un passage de Paquot, dont on appréciera
la profonde justesse : « Les peintres doivent être avertis de » ne pas représenter en vieillards les Apôlres entourant Jésus- » Christ. Il est plus que probable que ces Apôtres étaient » de Tftge de leur maître ou même plus jeunes. Comment » supposer quà cette époque ils fussent plus âgés qne le » Sauveur, eux qui devaient exercer le ministère évangé- » lique ? » N'y a-t-il pas , en effet , lieu de s'étonner que , par exemple , on représente S. Pierre sous la Ggurc d'un homme de cinquante ou soixante ans au moment où il assiste à la cène du Sauveur? Comment pourra-t-on supposer que S. Pierre aura pu siéger à Antioche plusieurs années , venir ensuite à Rome, y prêcher l'Evangile et y subir le martyre après y avoir siégé encore longtemps? On s'accorde h reconnaître que S. Pierre tint le siège de Rome pendant vingt-cinq ans. Si, du vivant de Jésus-Cbrist, ce prince des Apêtres était déjà un vieillard , comment pourra-t-on faire concorder l'histoire de sa mission avec ce grand âge? Nous demandons pourtant si telle n'est pas la coutume journalière de la majorité des artistes qui peignent ou sculptent le collège apostolique présidé par le divin Sauveur? Il ne faut pas oublier que la Irès-gravc anomalie signalée par Paquot et à laquelle nous croyons devoir joindre nos réflexions ne peut choquer que dans cette aggrégation des Apâtres autour de leur maître vivant^ et antérieurement h l'époque où ils se dispersèrent pour évangéliser les nations. Molanus veut qu'on couvre les Apôtres d'un simple manteau, sans tunique ni toge. La forme de ce manteau est connue par les anciens monuments. Tcrtullien parle de ce manteau. Il dit que cet habillement est d'une extrême simplicité et qu'il suffit do s'en draper sans aucun soin que de n'en prendre aucun. (Cum nihil aïiud curœ stt quam ne curel). Il prouve que cet habillement unique convient admirablement au chrétien qui doit être simple dans ses mœurs, et que d'ailleurs les philosophes et ceux qui professent les arts libéraux se contentent d'un seul manteau. On sera bien forcé de convenir que la règle établie d'une manière aussi positive par ce qui vient d'être dit n'est plus qu'une exception presque imperceptible dans la pratique de l'art. Quel
tableau, même de grand mattre, ne retrace un apôtre revêtu d'une tunique sur laquelle est plus ou moins heureusement jeté Tantiquc manteau? En réalité» est-ce une erreur véritablement digne d*anathème? Holanus ni Paqnot n'oseraient eux-mêmes répondre par l'arfirmative.
Quelques artistes ne donnent aux apôtres aucune espèce de chaussure ^Pinguntur a nonnulHs nudifedes). S. Bonaventore affirme dans une de ses lettres que J.-G. et les apôtres, ainsi que les disciples avaient constamment les pieds nus. Telle fut, en effet, la prescription du Sauveur. Or il prêchait toujours par Texemple : « Ne possédez ni » deux tuniques, ni des chaussures. » D abord qu'on nous permette d'observer en passant que « deux • tuniques » en supposent une. Ceci ne peut guère étayer le raisonnement de l'auteur dans le paragraphe précédent. Et puis, en ce qui regarde la chaussure dont il est en ce moment question, î'Evangéliste S. Marc s'accorde avec S. Luc pour mettre à la bouche du saint précurseur du Messie ces paroles si connues : « Je ne suis pas digne de dénouer les » cordons de sa chaussure. » Ceci prouverait invinciblement que le Sauveur n'allait pas nuâ pieds. H y a toutefois un moyen bien simple de concilier ces textes qui semblent se contredire. C'est que les CaUeamenia étaient des sandales qui laissaient à découvert la partie supérieure du pied. C'est ainsi que Tiuterprète S. Augustin. On n'ignore pas d^'ailleurs que les sandales se rattachaient aux pieds par des courroies ou cordons , et cela suffit pour expliquer les paroles de S. Jean-Baptiste. En d'autres endroits des livres sacrés cette chaussure est nommée Caliga et c'est le lerme le plus propre pour désigner cette partie de l'habillement. L'artiste a donc ici deux écueils à éviter, la chaussure couverte et les pieds absolument nus. La sandale, c'est-à-dire la semelle de cuir ou de bois ajustée et fixée aux pieds par des courroies, constitue cette partie du costume on habillement historique de Notre-Seigneur et des apôtres. C'est ainsi que sont chaussées les anciennes statues romaines, quoiqu'il y ait des exemples d'une nudité totale des pieds.
96 I5ST1TLTIOS
Nous terminons ce chapitre par l'indication de chacan des attributs caractéristiques des apâtres. L artiste chrétien est souTent obligé de faire des recherches pour en aroir une connaissance exacte et il lai sera agréable de trouver cela ici sous la main. Nous rangeons les apôtres selon Tordre qu ils occupent dans le canon de la Messe. Pour quelques-uns des apôtres ce caractère ou attribut n'est pas historique, mais seulement conventionnel.
S. Pierre tient de la main droite les clefs symboliques.
S. Paul porte, la pointe en bas, le glaive instrument de son martyre, ou emblème de son ancienne fureur contre les nouveaux chrétiens.
S. André est figuré avec la croix en X sur laquelle il fut attaché.
S. Jacques-le-Bfajeur est surtout représenté avec le bourdon et les coquilles des pèlerins de Gompostelle.
S. Jean est peint un calice à la main.
S. Thomas porte la lance dont il fut frappé. On lui donne aussi assez ^souvent une équerre , parce que dans sa vie écrite par Abdias on lit que cet apôtre sengagca h bâtir un palais pour Gondofare roi indien.
S. Jaeqnes-le-Mineur est figuré avec le bâton applati du foulon, dont il fut assommé.
S. Philippe tient la haute croix sur laquelle on présume qu'il fut attaché.
S. Bartbélemi porte le couteau dont on Técorcha.
S. Mathieu est peint avec la hallebarde dont on croit qu'il fut percé.
S. Simon tient la scie instrument de son cruel martyre.
S. Jude, surnommé Thadée, porte une hache de laquelle on dit qu il fut décapité.
Dans la partie où nous décrivons le cycle festival des saints, nous fournissons sur chacun des apôtres des détails agiographiques et artistiques dont la place ne peut se trouver ici.
CMPITRE IX.
ContinualioD du môme sujet et attributs spéciaui de chacun des degrés de la biérarchie.
Ainsi qae nous lavons insinné pins haut, certains des attributs qui viennent d'être énoncés sont de purs symboles ou emblèmes, tels que les clefs de S. Pierre, le calice de S. Jean , le bourdon de S. Jacques. D'autres sont les instruments authentiques de leur martyre , d^autres enGn sont uniquement de convention. Hais tous les apôtres furent martyrs et c'est en cette qualité que Toraison Communi-cantes du canon de la Messe les a inscrits. II n'y a pas non plus unanimité parfaite sur ces attributs, pas plus que sur les animaux ailés des évangélistes. Aujourd'hui néanmoins on s'accorde assez généralement sur ce point et la figure d'homme ou d'ange est attribuée à S. Matthieu, celle du lion à S. Marc, celle du veau ou taureau à S. Luc, celle de l'aigle à S. Jean , ainsi qu'on Ta vu plus haut, d'après Guillaume Durand. 11 résulte de ceci que S. Mathieu et S. Jean sont en possession de deux attributs, en leur double qualité d'apôtres^ et d'évangélistes. L'artiste saura les discerner , selon la catégorie dans laquelle son œuvre les placera. Il va sans dire que les attributs d'évangélistes sont affectés de préférence à S. Matthieu et à S. Jean quand on les représente isolément. Leur qualité d'écrivains inspirés les rend, pour ainsi parler, supérieurs -à une simple mission apostolique, principalement à cause du tilre d'évangélistes.
Dans une Cène d'institution de l'Eucharistie, Judas Iscariote est communément peint avec une bourse à la main. Deux autres apôtres furent agrégés au sénat apostolique , après l'Ascension de J.-G. On na rien de très-certain sur le genre du martyr du premier et l'on croit que le second fut lapidé. La seconde commémoration de la Messe, avant l'oraison dominicale nomme ces deux «ipôtres omis dans la
l^'STlTUTIONS
première. Enfin S. Paul qui occupe le second rang parmi les apôtres ne fut associé au collège apostolique que longtemps après l'Ascension du Sauveur. Hais un usage qui remonte au berceau de FEglise assigne à cet apôtre le premier rang après S. Pierre.
Nous devons nous borner , pour le moment , à ces aperçus généraux, puisque dans le ejcle festival des saints nous aurons à présenter d'amples développements sur chacun des membres de cet auguste sénat , ainsi que nous Tavons déjà dit.
Après avoir suppléé au silence de Holanus et de Paquot en ce qui regarde les attributs caractéristiques assignés par lart traditionnel aux apôtres, nous poursuivons le plan que nous nous sommes tracé dans ces deux chapitres. .
Les évéques sont représentés assis. Cette posture exprime lautoriié qu'ils ont de prononcer des jugements. Ce pouvoir est inhérent h leur mission divine. On les figure ajant la main droite levée, soit pour bénir, soit pour annoncer la parole sainte. Une mitre couvre la tète épiscopale. Il y a ici une importante observation h consigner. C est que la mitre ne remonte pas aux premiers siècles. On ne la. trouve pas indiquée parmi les insignes de répiscopat dont le ive concile de Tolède fait Ténumération. On n y nomme que l'étole dite Orarium , l'anneau, le bâton pastoral appelé crosse. Ce n'est guère qu'à la fin du Ville siècle que la mitre semble avoir été affectée aux évéques. Il résulte du fait énoncé que tout évèque antérieur à cette dernière époque ne devrait point être figuré en mitre. S. Ambroise, S. Augustin, et à plus forte raison S. Denys, S. Saturnin etc., ainsi représentés offrent donc une anomalie chronologique. Il serait mieux, si Ton se piquait d'une rigoureuse exactitude , de ne placer sur la tête de ces anciens pontifes qu'une lame d'or connue sous le nom de Petalum. Il est vrai qu'on serait assez en peine de retracer fidèlement ce genre de coiffure épiscopale. Du moins, puisque l'artiste est forcé de caractériser par une mitre Tévêque de ces temps anciens, il devrait figurer cet ornement de tète beaucoup moins élevé que nos mitres
DE l'art CURÉTIË?!. 99
modernes. La mitre, à son origine , fut basse et fermée au sommet. On ne doit pas ignorer que nos nouvelles mitres trop souvent, surtout en France , d'une hauteur démesurée, ne sont qu'une regrettable dégénération. L'artiste éclaire ne placera donc pas sur la tête d'un évèque du IXe ou Xe siècle la mitre des deux ou trois siècles derniers ou de Tépoque actuelle.
Cet ornement de tête convient aussi aux abbés , depuis sept à huit siècles. Mais le pape Clément IV leur défend de porter des mitres de drap d'or ou d'argent , enrichies de diamants ou de perles. A Rome, dans les processions où se trouvent des abbés , leur milre est simplement en toile blanche, et celle des cardinaux en damas blanc.
La crosse , selon le témoignage du concile de Tolède précité , remonte aux temps les plus anciens. L'artiste ne doit pas ignorer que ces premières crosses étaient d'une très-grande simplicité. Ce serait donc méconnaflre les traditions du culte 1 chrétien que de mettre dans la main d'un S. Ambroise , d'un S. Augustin , une haute crosse d'or , relevée de pierres précieuses, historiée, ciselée. Dans le principe, ce ne fut qu'un bâton de bois, tout au plus d'un mètre et quelques centimètres de hauteur, dont la partie supérieure était recourbée.
Nous aurons à traiter avec plus d'extension tout ce qui se réfère à ses divers objets , dans la partie de cet ouvrage qui leur est consacrée.
Un supplément au texte de Holanus traite du costume des prêtres , sous le rapport agiographique , lorsque l'art est appelé à représenter un de ces membres de la hiérarchie ecclésiastique. Jusqu'au IVe siècle, les prêtres n'ont rien qui , à l'extérieur, les distingue des laïques. Depuis ce temps, la chasuble a été leur insigne artistique, non point celle dont on use depuis quelques siècles , mais cette Casula ample , majestueuse qui couvrait tout le corps. Il est rare cependant que l'artiste figure le prêtre mis au rang des saints , en le revêtant d'une chasuble ancienne ou moderne. Le surplis à larges manches et Tétole pendante distinguent S. ïgnace-dc-Loyola , S. Franrois-Xavîer, S.
Viiicent-de-Paul. Les préircs canonisés avant le XVIe siècle n'ont rien dans leur vêlement qui puisse les faire discerner des sainis confesseurs laïques. Les évoques sont toujours restés en possession de la chape qui symboljse leur caractère de pontifes. Disons que Tétole pendante et non croisée sur le surplis convient parfaitement à tout Tordre presbvtéral , et il ne faut pas se laisser illusionner par l'opinion peu éclairée qui affecterait cette élole exclusivement aux prêtres qui ont charge d'âmes , sous le titre de curés.
Les diacres sont distingués des deux ordres supérieurs par la dalmatique dont un usage presque constant et universel fail revêtir même S. Etienne et S. Laurent qui appartenaient à ce degré de la hiérarchie.
Qu'on ne s'étonne pas de ce qui a été dit sur les Saints de Tordre des prêtres que rien, dans Tart chrétien , ne distinguait des laïques. La liturgie de Rome ne met dans TofGce aucune différence entre les prêtres et les laïques. Quelques liturgies diocésaines de France ont inauguré un commun spécial pour les prêtres. Paquot y applaudit. Mais la mère de toutes les Eglises n'a point jugé à propos d'adopter Tinnovation créée par ses filles et le présent ouvrage doit proposer avant tout à Tart chrétien , comme régulateur suprême, Toffîce romain.
Les docteurs et les confesseurs ont les insignes qui leur sont propres et que les Pères guidés par les livres sainU leur ont affectés. Leur attribut principal est un diptyque ou tablette double. On les représente dans Tattitude d écrivains. Comme plusieurs de ces docteurs ont été pontifes , Tartîstc leur attribue le signe caractéristique de ces derniers. Mais cela ne suffirait pas pour exprimer la qualité particulière que TEglise leur reconnaît. Au vêlement de pontife vieDt s'adjoindre le livre ouvert et le style ou la plume.
Sous le nom générique do confesseurs, la liturgie romaine désigne tous les Saints qui n'ont été ni apôtres, ni évangélistes, ni martyrs. Les pontifes et les docteurs appartiennent donc à celte catégorie , mais on vient de voir que , dans Tart, ils sont distingués de tous les autres confesseurs. Ceux-ci donc en général ne sont susceptibles d'aucun Ivpc
modernes. La mitre, à son origine , fut basse et fermée au sommet. On ne doit pas ignorer que nos nouvelles mitres trop souvent, surtout en France , d'une hauteur démesurée, ne sont qu'une regrettable dégénération. L'artiste éclairé ne placera donc pas sur la tète d'un évéque du IXe ou Xe siècle la mitre des deux ou trois siècles derniers on de Tépoque actuelle.
^-^ Cet ornement de tête convient aussi aux abbés , depuis j,| sept à huit siècles. Mais le pape Clément IV leur défend I de porter des mitres de drap d or ou d'argent , enrichies : de diamants ou de perles. A Rome , dans les processions m se trouvent des abbés , leur mitre est simplement en - toile blanche , et celle des cardinaux en damas blanc. La crosse, selon le témoignage du concile de Tolède précité , remonte aux temps les plus anciens. L'artiste ne A)it pas ignorer que ces premières crosses étaient d'une très-grande simplicité. Ce serait donc méconnaître les traditions du culte I chrétien que de mettre dans la main d'un S. Ambroise , d'un S. Augustin , une haute crosse d'or , relevée de pierres précieuses , historiée , ciselée. Dans le principe, ce ne fut qu'un bâton de bois, tout au plus d'un ' mètre et quelques centimètres de hauteur» dont la partie sopérieure était recourbée.
Noos aurons à traiter avec plus d'extension tout ce qui se réfère à ses divers objets , dans la partie de cet ouvrage qui leur est consacrée.
Uo supplément au texte de Holanus traite du costume des prêtres , sous le rapport agiographique , lorsque l'art <^t appelé à représenter un de ces membres de la hiérarchie ecclésiastique. Jusqu'au IVe siècle, les prêtres n'ont I rien qui , h l'extérieur, les distingue des laïques. Depuis i ce temps, la chasuble a été leur insigne artistique, non f point celle dont on use depuis quelques siècles , mais cette Casula ample , majestueuse qui couvrait tout le corps. Il <^st rare cependant que l'artiste figure le prêtre mis au ^Dg des saints , en le revêtant d'une chasuble ancienne ou ïDodeme. Le surplis à larges manches et l'étole pendante distinguent S. Ignace-dc-Loyola , S. François-Xavier, S.
notions générales , quelques obscrvalions qui ne sortent pas , il est vrai , de la catégorie qui nous occupe en ce moment, mais qui ne sonl applicables qu'à certains cas beaucoap plus rares. 11 nous semble quon ne s'est pas assez, jusqu'à ce moment , mis en peine de s'instruire sur les insignes de la suprême dignité pontificale. Aussi presque dans toutes les peintures et autres formes de Tart on commet, sur ce point , des erreurs dont il serait très-facile de se préserver avec un peu d'étude.
Le pape est distingué des autres évèques dont il est le chef par un costume qui lui est propre. Ce vêtement papal , ces insignes qui raccompagnent ont varié selon le temps. Aucun artiste sérieux ne s'est jamais avisé de couvrir le chef de S. Pierre de la tiare. Mais on s'est rarement fait faute de placer ce diadème pontifical sur les successeurs immédiats de ce prince de l'apostolat. Or , il est bien certain que beaucoup de ces premiers papes n'ont jamais connu ni porté la tiare , autrement dite règne. (^Regnum). Puis enfin quand la tiare est devenue l'insigne de la papauté , elle n'a pas été tout de suite ce qu'elle est aujourd'hui une triple couronne, d'où elle a pris le nom de trirègne. /^7Vïregnum). Il est donc utile de se rendre compte de ces phases successives pour ne pas s'exposer à des anachronismes artistiques.
On tient assez généralement que le premier pape qui ait porté une tiare couronnée est S. Hormisdas. Quelques auteurs prétendent que c'est son prédécesseur Symmaque. Ce dernier fut élu en 498, le premier en 514. Une seconde couronne fut ajoutée à la tiare par Boniface Ylil. C'est Topinion la plus commune. Enfin , Urbain V y en ajouta une troisième ; c'est alors que le Règne devint un Trirègne. Le premier de ces pontifes fut élu en 1294, le second en 1362. Il s'agirait donc de consulter la chronologie des papes pour peindre avec exactitude la tiare par laquelle on veut caractériser un pape. Depuis que cet ornement de tête porte deux et trois couronnes , il n'y a qu'un seul pape canonisé , S. Pie V. Il Ta été en 1710. De ce qui vient d'être dit , il résulterait que le seul pape S. Pie V devrait être reproduit
par Tart, avec la triple couronne. Hais il arrive assez sou- Tenl que dans un sujet religieux où plusieurs personnages 6garent, on ait à peindre un pape non inscrit au caMilogue des Saints. Si l'artiste est désireux d*observer le costume de l'époque , il pourra suivre Tindicalion qui vient d*élrc établie et son œuvre n en sera que plus méritoire.
On ne manquera pas d'objecter que , pour la forme de la tbre, il doit être permis d'user de la concession faite par nous-méme relativement h la mitre. C'est bien là , en eOet, ce qui se pratique journellement à l'égard de S. Léon 1er , de S. Grégoire-le-Grand , etc. Nous avouons que cet usage semble être devenu une loi et qu'il est rare de voir ces saints papes figurés sans la tiare à triple couronne , qui rigoureusement ne pourrait convenir qu'à un seul, S. Pie V. Nous sommes bien éloigné d'outrer les exigences de Thistoire, mais nous pensons qu'il n'est pas inutile de les exposer.
Il n'est point possible de nous montrer aussi indulgents en ce qui regarde la croix papale. C'est un préjugé généralement répandu en deçà des Alpes que cette croix est à trois croisillons ou traverses. Or, jamais, en aucun siècle, en aucune circonstance, la croix portée devant le Souverain- Pontife , comme signe de la suprême juridiction , ne fut ainsi configurée. Cette croix a toujours été ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire à une seule branche transversale et ornée de l'image du Christ. En quelques circonstances , le pape lient de la main gauche une croix tréflée montée, sur une hampe , comme la première , mais celle-Ia n'est point ornée du Christ. C'est la seule différence qui existe entre les deux. Qu'il est néanmoins fréquent de voir sur un tableau, une gravure, une lithographie, cette croix imaginaire à trois croisillons I Ici la coutume ne peut servir de justification. L'on ne peut invoquer des vitraux peints au rooyenàge ou depuis la renaissance , des monuments de tout genre où serait figurée cette croix imaginaire. L'artiste en les reproduisant , ne saurait être accusé d'une altération dogmatique , mais du moins il serait blâmable de peindre , sculpter^ grayer.... une chimère. Celle-ci est nommée par un auteur romain : TJne fantaisie de peintre.
104 UîSTITUTlONS
La croix à double branche est considérée comme Tinsignc des palriarches. Gelie-ciest réelle et d'origine orientale. Le croisillon supérieur n'est autre chose que Tinscription qai fut placée sur la croix du Sauveur. On ne serait pas néanmoins en droit de mettre à la main du saint qui aurait été patriarche ou archevêque une croix à double branche en guise de crosse. Une croix ainsi faite figure principalement sur l'écusson de ces prélats et en règle générale, aest point portée devant eux. Ce n'est point ici le lien de spécifier quelques exceptions.
DE L*ABT CHBÉTIEN. 105