CE\PITRE VII
CoDtHiMtioii 4m eilraits dn cardinal Borromée lar l'art chrétien.
Noas poarsuif ons notro lâche , dans rintimo persaasion que les artistes y trouveronl des «vis d'ane grande utilité. Cependant nous croyons devoir nous contenter de traduire les passages les plus importants de plusieurs chapitres» au lieu d*en reproduire l'intégralité. Le chapitre ix do notre auteur nous justifie du reproche qui pourrait nous être adressé, car on y retrouve certaines choses déjà mentionnées dans les chapitres précédents. Il s'agit dans celui-ci du champ fd9 campoj, ce qu'on nomme aussi le fond du tableau , la scène du fait :
» A la vérité do l'histoire appartient aussi le soin de disposer le champ d'un tableau, de telle sorte qu'il soit en harmonie avec le fait que Ton veut retracer. On rc- Diarque en effet, sur certains tableaux, des villes, des fleuves, des jardins, en perspective plus ou moins rapprochée, des oiseaux, divers monstres, des chevaux, des chiens et tout cela s y rencontre sans raison, sans motif, tellement qu'on ne peut imaginer rien de plus absurde.. •• On doit surtout vivement improuver Tignorance des artistes qui placent dans le plus beau jour de leur toile les accessoires et relèguent dans iobscorité le sujet principal qu'ils ont h traiter. Veulent-ils représenter S. Jean-Baptiste au désert? Ils mettent la figure capitale dans un angle obscur et presque invisible, tandis que le champ du tableau est couvert d'animaux, de rochers, de plantes qui absorbent toute l'attention. 11 eut certainement été préférable de peindre ces divers objets k part sur une toile et en réserver une autre où enfin le saint précurseur aurait exclusivement occupé tout le champ du tableau. Ceux-là se rendent coupables d'un abus beaucoup plus criminel encore qui dans un tableau destiné à un temple chrétien, souillent et profa-
n Dent la parlic qui en est la plus éclairée en y peignant » une femmelelte sous des traits lascifs, épuisant leur art » sur cette figure, quoiqu'elle ne soit point du tout néccs- » saire à la reproduction du fait historique. Cela fut-il » indispensable qu'il vaudrait beaucoup mieux s'abstenir. » C'est pourquoi je ne pourrais accorder mes éloges à une n Suzanne peinle sans voile, quoique l'histoire autorise à i> la figurer ainsi. Je n'approuverais pas davantage les arn tistes qui, représentant une Nativité de la Vierge, ne » traiteraient leur sujet principal qu'avec négligence, tan- » dis qu'ils prodigueraient toute leur habileté h dessiner i> l'ameublement de la maison. Je serais tenté de croire i> que la religion et la piété manquent moins h ces artistes I» que le talent lui-même. Us omettent, en effet, ce qu'il » y avait de plus difficile à faire et travaillent avec les plus n pénibles efforts tout ce qu'il y a de plus léger tel que » les draperies, les vases, quelque objet d'art dans le goût » asiatique. {"Babylonici oferisj. Tout cela est applaudi » par un vulgaire ignorant, mais les connaisseurs habiles » n'en font aucun cas. Il est un noble personnage de notre n connaissance qui en exaltant un tableau de maître dont » il était possesseur pria tous* les spectateurs d'observer » que l'on pouvait compter tous les poils d'une jambe nue. » Il préconisa de la sorte sa propre ignorance et celle de n l'auteur de ce tableau. C'est pourtant là ce qui plaft à » la multitude qui presque toujours accorde ses suffrages » à ce qu'il y a de pire. Il arrive aux admirateurs don^ » nous parlons, h peu près ce qu'on raconte au sujet d'Ar- » chelaiis, roi de Macédoine. Ce prince ayant chargé Zeu- 9 xis d'Héraclée d'orner de peintures son palais. Quand le » magnifique travail de l'artiste fut terminé , on accourait » de toutes parts dans la Afacédoine pour admirer ces » chefs-d'œuvre et personne ne se mettait en peine de voir » le monarque lui-même. C'est ainsi qu'un vulgaire ignon rantne considère que les défauts d'un peintre de ce genre 1» et ne s'aperçoit même pas de ce qu'il y a de véritablement » estimable. »
Le chapitre xe s occupe des difficultés que rencontre Tari
DE L ABT CaiIÊTlEN. 81
dans la peinture des affections de ràrae. Nous ne prendrons id que ce qui nous semble exiger une traduction. • J ai toujours remarqué un vice inhérent h notre na* ture. Cest qu'elle a du penchant à fuir tout oe qui est d*un abord difficile , quoique une exquise beauté en soit ie caractère et qu'elle se laisse aisément entraîner vers ce qui est moins beau, parce qu'il y a moins do difficultés à vaincre. Il est résulté de ce défaut du génie humain et de cet instinct naturel que si les anciens artistes les plus éminents ont mis à peindre les tètes un soin extrême, les artistes modernes ne tenant pas sérieusement compte de cette partie du corps, ont dépensé toute leur habileté à peindre tes autres membres. Plusieurs même ne se mettant point en souci de la proportion ou de la dimension du corps se sont attachés exclusivement aux babils et aux ornements accessoires. Pourtant Michel-Ange , après avoir surpassé les anciens dans l'art de peindre les pieds, les laissa derrière lui pour tout le reste. Mais nos modernes auxquels j'adresse en ce moment mes reproches évitent ce qu'il y a de plus difficile dans leur art, négligent ce qu'il y a de plus exquis et s'attachent à reproduire ce qu'il y a de plus futile
C'est ainsi qu'incapables ou peu
soigneux, les peintres ne pouvant parvenir h retracer l'affliction de la sainte Vierge à la vue et aux pieds de la croix, n'ont pu se tirer de cet embarras qu'en la représentant privée de tout sentiment ^exanimemj parce que c'était chose aisée, mais l'autorité traditionnelle des Pères y est formellement contraire. Ils ont donné aux autres saints des affections qui contrastent indignement avec leur piété, et en cela ils ont foulé honteusement aux pieds l'autorité des divines écritures et les usages reçus. Les écrivains sacrés ont exalté par leurs éloges » les vertus et les mérites des saints , tandis que les artistes » que nous censurons leur attribuent, en les affichant, des n vices dont ils ne furent jamais atteints
Notre éminent auteur place dans ce même chapitre un
trait qui prouve combien le seul aspect d'une peinture où sont reproduites avec énergie et vérité les affections nobles et morales est capable de les inspirer. Ce trait est tiré de riiistoire- du deuxième concile de Nicée :
n Dans la quatrième session de ce ooneile, après un long débat sur l'utilité des images et sur la coulume d'en placer dans les églises, on cita comme preuve du grand avantage qui pouvait en résulter on fait raconté par Grégoire le théologien. Un jeune débauché avait introduit dans sa chambre une femme perdue. Dans cette pièce qui devait être le théâtre de sa criminelle incontinence, était le portrait du philosophe Polémon. Cette femme fixa ses regarda sur cette peinture. Après avoir considéré cette image qui exprimait admirablement, par un habile artifice du coloris, les mœurs graves et anstères de ce philosophe, elle se sentit tout h coup comme frappée et déconcertée par l'aspect de ce vénérable et vertueux personnage. Cette seule, vue chassa tellement de son esprit toute pensée de voluptueuse convoitise qu'elle ne voulut plus entendre aucune espèce de proposition de la part du jeune homme et qu'elle se hâta de sortir de ce lieu. Les Pères du concile, après avojr entendu ce récit, résolurent unanimement d adopter l'usage des peintures, puisqu'elles étaient capables de produire un si excellent effet
Le chapitre xie est consacré k de très<justes considéra*tiens que le titre seul indique suffisamment , savoir ; que la piété est surtout nécessaire au peintre. {^Piêiatem piciori in primù esse necessariamj.
a Los couleurs peuvent être comparées aux paroles, » puisque par l'organe de la vue elles ne pénètrent pas » moins dans l'esprit que les paroles n'y entrent par l'organe » de l'ouïe. Les premiers linéaments d'une peinture sont , » comme pour le discours, des sentences et des arguments. » C'est ce qui fait que le peuple, la foule nombreuse des » ignorants comprend ce langage de la peinture qui néan- » moins ne produit pas absolument le mAme effet chez les
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gens instruits. Grégoire de Nysse a fort bien dit que la peintore était on sermon muet et qne, grâces à cet art , les templs sacrés se changeaient en prairies ornées de flears. Or, comme il importe beaucoup k l'orateur d'exprimer ce qu'il dit avec sentiment et énergie afin d'émouvoir les auditeurs , de même le peintre chrétien par la richesse du coloris et l'exactitude du dessin doit exciter des sentiments pieux , imprimer dans T&me du spectateur la crainte, la douleur, selon ce qu'exigera son sujet. . . .
Mais de même que lorateur fait
de vains efforts pour émouvoir et toucher quand il n'est pas lui-même ému et touché , je pense que les peintres subiront un égal mécompte s'ils n'ont éprouvé et excité dans leur âme les mouvements qu'ils veulent produire. Ils ne pourront animer leur œuvre de ces affections pieuses dont leur ccenr éprouve l'absence
Le huitième concile œcuménique
défend aux excommuniés par l'autorité de l'Eglise de se livrer à la peinture des images sacrées. Quand les Pères firent cette prohibition ils étaient guidés probablement par un double motif. Ils pensaient que des hommes yicieux ne devaient pas toucher aux choses sacrées, indignes qu'ils étaient de ce grand ministère, ou encore parce que des hommes souillés d'iniquités no pouvaient exprimer sur ces tableaux religieux une piété qu'ils ne possédaient pas eux-mêmes. Notre ville (Milan) a produit un artiste aussi recommandable par sa rare habileté que par ses sentiments pieux et sa modestie. Nous avons connu cet homme. C'est Anoibal Fontana qui à la vérité était d'un caractère taciturne et ami de la solitude , mais qui avait des mœurs douces, très-affectionné pour son art^ et qui, comme tant d'aufres, ne se montrait pas seulement doué envers les princes et certains hommes d'une libéralité tonte particulière , en raison de ses talents , mais spécialement envers Dieu, auquel, selon son usage, il offrait comme tribut de son adoration ses œuvres et son génie artistique en reconnaissant dans ce suprême arbitre le o souverain maître des arts , et Tautcur de tous les biens.
» Lorsqu'il avait terminé une statue il en exigeait le prix » pour honorer lui-même et son art. Puis après avoir joui » honnêtement pendant quelques jours de son bonheur et » du salaire de son industrie , il allait sans rien dire et en I) cachette porter une bonne part du prix de son œuvre à » Fautel de celui qu'il se plaisait à reconnaître comme la n source de tous les dons qu'il possédait. Je tiens d'un témoin » oculaire que Michel-Ange dont le cœur était fort sensi- » ble envers les pauvres que lorsque Taumône lui était » demandée par un indigent et qu'il n'avait pas sous la » main de quoi le secourir , il le conduisait dans la bonti- » que d'un parfumeur. Là après avoir demandé une écrin toire et un morceau de papier, comme pour écrire, il n se mettait à dessiner une tête en traits rapides , et la » donnait au pauvre, en lui disant : Va montrer cela aux » peintres, ils ne refuseront pas d'en faire l'acquisition et » tu en relireras le prix. » (1)
(t) M. Rio dans son remarquable ouvrage sur la poésie de Part chrétien, après avoir raconté quelques traits d'immoralité relatifs au peintre Florentin Lippi continue en ces termes : « Avec une Ame si dépourTue de » délicatesse et de dignité, il n'était pas possible que Lippi s'élovAl à la » hauteur de ces peintres religieux, qui , dans le siècle précédent, avaient )) donné h Tart une si grande destination. Aussi, son impuissance ne se » décèle pas seulement dans ses madones, qui sont ordinairement des por- » traits dont la passion du moment déterminait le choix. Elle est encore » plus manifeste dans ses anges à tètes rondes, à costumes capricieux et à » chevelures frisées; nul rayon de béatitude céleste n'illumine leurs visages, » et soit qu'il les place en groupe ou isolément, ils ont toujours l'air d'être » là pour dire ou faire quelques espiègleries. »
Ailleurs le même écrivain s'exprime ainsi : « La componction du cœur , » ses élans vers Dieu, le ravissement extatique, l'avant-goût de la béttU » tude céleste, tout cet ordre d'émotions profondes et exaltées que nul » artiste ne peut rendre, sans les avoir préalablement éprouvées, furent » comme le cycle mystérieux que le génie du frère Angélique (fra Àngelieo » di Fiesoli) se plaisait à parcourir et qu'il recommençait avec le même
» amour, quand il l'avait achevé C'est surtout dans le couronnement
» de la Vierge , au milieu des Anges et de la hiérarchie céleste , dans la » représentation du jugement dernier, au moins en ce qui concerne les » élus et dans celle du paradis , limite suprême de tous les arts d'imitation ; » c'est dans ces sujets mystiques si profondément en harmonie avec les » pressentiments vagues, mais infaillibles de son âme, qu'il a déployé avec )> provision les inépuisables ressources de son imagination. On peut dire de )> lui que la peinture n'était autre chose que sa formule fatorite pour les
DB L ART CUBÉTIEN. 85
Da chapitre vue du second livre nous extradons ce que notre auteur nous fournit de plus intéressant sur les emblèmes sacrés. ^Emblemata sacra J
« Assez fréquemment nos pères des premiers temps , ces • anciens dont la- piété était si fervente , ont employé des » emblèmes sacrés pour exprimer une sentence ou un corps » quelconque. Loin de craindredemarcher sur leurs traces, » il faut au contraire s empresser de les imiter. Nous savons » que les éyangélistes sont Ggurés par des animaux s^mbo-
> liqnes et plusieurs graves écrivains ont vu dans ces quatre 0 animaux d'Ezécbiel les quatre auteurs inspirés des Evan- » giles. On trouve figurés par des signes matériels les mjs- » tères de la très«sainte Vierge , et quelques-unes des qua- » lifications par lesquelles on la désigne. Dans les catacombes » de Rome une colombe peinte indique la simplicité des
> premiers chrétiens. Elle tient en son bec un rameau , et
» actes de foi, d'espérance et d'amour; pour que sa tâcbe ne fût pas inUin gne de celui en vue duquel il l'entreprenait, Jamais il ne mettait la main » à l'œuvre sans avoir imploré la bénédiction du ciel , et quand sa voix inté- » rieure lui disait que sa prière avait été exaucée , il ne se croyait plus en » droit de rien changer au produit de l'inspiration qui lui était venue d'en » haat, persuadé qu'en cela, comme dans tout le reste, il n'était que l'ins- 9 tniment de la volonté de Dieu. »
M. de Montalembert parle, à son tour, en ces termes, de l'artiste que M. Rio vient d'exalter si poétiquement : « Tout catholique doit éprouver » un ineffable bonheur en contemplant ces œuvres merveilleuses où Dieu p a permis que la perrection de l'eipression vint répondre à la sainteté de » rinlentlon, et qui sont, on peut le dire hardiment , le necpluê ulirà de 9 l'art chrétien. Ce qui le prouve mieux que tout , c'est le sentiment de j» piété, de composition qui saisit tout d'abord, à la vue d'un des tableaux 9 du Beato: on reconnaît la religion, avec toute sa force, qui nous parle
» sous le voile de la plus pure beauté Nous ne pensons pas que la vue
» d'aacun des chefs-d'œuvre de l'école classique, ni même des prétendus » Ubleaux de piété dont on tapisse nos églises inspire jamais de pareils senj> limcnts.... C'était lui (le même moine) qui se mettait en prières chaque 0 jour, avant de commencer à peindre , car il ne travaillait que pour expri- 9 mer à Dieu sa foi, son espérance et son amour. » — Ailleurs le même écrivain avec le style incisif qui lui est propre s'adresse aux peintres : a Croyez-vous au symbole que vous allez représenter, au fait que vous allez J» reproduire? Où, si vous n'y croyez pas, avez-vous du moins étudié la » vaste tradition de l'art chrétien?.... Voulez- vous travailler non pour un o vain lucre, mais pour TédiGcation de vos frères et l'ornement de la mai- » son de Dieu et des pauvres? S'il en est ainsi, mettez-vous à l'œuvre; p sinon , non. o
» ceci n'est pas assarément sans une signiBcaiion. C'était I» poul-étre pour exprimer qu'un jour enfin la cruauté des » tyrans contre TEglise sadoucirait. On remarque surtout B cette colombe dans le cimetière de la voie Salaria. On n peignait aussi un paon » afin que les mortels enseignés par » cet emblème fussent portés à envisager la fin de leur des* » tinée avec des soupirs et des gémissements. Dans ledit » cimetière de la voie Salaria se fait remarquer celte figure i> du paon, ainsi que celle de Jonas sortant du ventre de la » baleine. Ceci était un symbole des calamités de ce siècle. n Pour ce qui est de la figure de Jonas , nous avons observé» » h Tépoqne où s'ouvrirent les cimetières de Rome, que n lonas était représenté non sous un lierre, mais sons la » courge. Car on voyait çàet là peinte ou sculptée la plante » cucurbitacée sous laquelle ce prophète s*était abrité. Les » anciens peignaient aussi le feu, pour signifier la vie éter- » nelle, ou bien la charité, on bien encore l'immortalité D de Tâme. Une nacelle était Tembléme de TEglise, elle w était ballotéc par des flots agités pour désigner les pcrsén cutions que les fidèles essuyaient en ces temps-là, ces » tempêtes religieuses si atroces et si fréquentes. Ce vase , » où croissait la vivace joubarbe , Vasculum Semperviyo 0 consitum^ était, dans leur pensée, une image de Tespé- » rance des biens éternels et surtout de la résurrection. » Quand ils figuraient Noé dans Tarche , Daniel nu dans la A fosse aux lions, ils voulaient indiquer les chrétiens expo- » SCS aux bétes, et le déluge de malheurs qui submergeait, o en ce moment , TEglise. L'obéissance et la foi étaient » symbolisées par Abraham immolant son fils, par les enfants » de Babylone plongés dans un four embrasé, par Moïse » qui frappait le rocher dans le désert, pour en faire cou- » 1er un eau vive. Toutes ces images peintes dans les cime- » tières avertissaient qu'il fallait placer son espoir en Dieu » seul. Si les peintres usent avec prudence et piété de ces » symboles, de ces mystères, de ces emblèmes, ils y trou- » veront un moyen assuré de donner à leurs œuvres une '» grande beauté , à cause de la variété qui en résulte. On » place aussi à l'entrée des temples, des lions peints ou
DE L XRT chrétien. 87
• sculptés y afiD que les mortels en apprennent cette respec- 9 tueuse frajenr qui doit les accompagner dans ces parois » sacrés. HornsApolio a écrit que les dents du lion étaient B rembléme de la terreur , et que Ton plaçait le lion aux » portes du temple , comme pour en garder Tentréc, car » ces animaux sont doués d'une grande vigilance et ne sau- » raient pactiser avec ceux qui ont intention de violer ces » respectables sanctuaires. Pausanias dit qu'on avait sculpté » an lion sur le bouclier d'Agamcmnon , afin d'inspirer aux » ennemis un sentiment de terreur. Les poètes Virgile et » Ovide ont cbanté les fureurs du lion , et , chez les Egyp- » tiens , comme Tobservent Macrobe et Horus Appollo , la B partie antérieure de cet animal était l'image d'une grande » robusticité. Les saintes Ecritures ont donné au Sauveur » le nom de lion , parce que la figure de cet animal sym- » bolisaity non seulement la dignité royale et la force du B corps y mais encore la magnanimité. C'est pourquoi Tan- » tiquilé fabuleuse attela des lions au char du soleil , à » cause d'un certain rapport de cet animal avec l'astre du » jour. L'origine des emblèmes se trouve dans les livres n saints , puisque Dieu ordonna de sculpter , sur les portes » du temple de Jérusalem , des palmes , des grenades , des » séraphins. Sans nul doute, sous ces images étaient voilées » de mystérieuses significations. »
Quelques-unes des explications des figures des catacombes ne concordent pas avec ce qu'en disent certains autres écrivains. Nous n'avons pas , ici ni ailleurs l'intention de dirimer le débat.
88 IMSTltUTIONS
' CHAPITEE VIII.
Éclaircissements sur divers points du domaine de l'art chrétien, d'après Motanus, Pa<tuot et autres autorités.
II ebtre nécessàiremedt dans Doil*e plaû d'épuiser , pour aiusi diro, dans cette première partie^ tout ce qu'il nous a été possible de recueillir dans les divers auteurs par nous consultés, sur la théorie et même la pratique du noble art qui est^ comme on Ta dit , une sorte d'apostolat. On a, sans doute , goùté les excellentes prescriptions du cardinal Boitomée. Celles que nous reproduisons , en ce moment , ne sont pas moins dignes de l'attention des artistes consciencieux. Elles entrent d'une manière encore plus intime dans le domaine de l'érudition artistique.
Le savant auteur qui est notre principal guide, Molanus combat les artistes qui peignent MoVse avec des cornes. H cite , à ce sujet , Louis Lipoman qui s'exprime ainsi qu'il Suit : « Le texte hébraïque ne dit pas que la figure de » Moïse ait paru munie de cornes', mais qu'on la vit envi- » ronnée de rayons ffuisse cornutam std radtantemj. On » peut donc corriger ainsi la mauvaise coutume deB peinn très qui donnent à Moïse deux cornes. Ces cornes ne lui » sortaient pas du front, mais œ front, le net, la bouche, » le menton étaient rayonnants* Aussi les Juifs se moquent » de nous et nous ont en horreur quand ils voient , dans » nos églises. Moïse représenté avec une figure cornue » /^cornuta faciej, comme si nous avions l'intention qu'ils » nous reprochent d'en faire une sorte de diable. L'apôtre » S. Paul fait allusion à cette gloire dont la figure de » Moïse brillait et dont l'éclat était si grand que les Israë- » lites ne pouvaient fixer leurs regards sur ce législa- » teur. »
Paquot, dans une note très-importante , fait connaître l'origine de l'erreur des peintres , sur ce point. Il cite le xxi^ive chapitre de- l'Exode où se lit ce passage :
DE l'art chrétien. 89
« Lorsque Moïse descendait de la montagne de Sion , il • tenait les deux tables du témoignage. Il ignorait que sa » 6gnre fiit cornue. ^Qtuxl cornuia esset faciès suaj j à » cause de la communication qu'il venait d'avoir a?ec le » Seigneur qui lui avait parlé, n Le terme de la traduction latine carrnUa faciès, ne parait pas è cet auteur rendre avec fidélité le terme hébreu. Keren, dans cette langue, il est vrai, signifie cornu, mais Karan signifie rayonner. fRadiareJ. On aurait donc lu Keren au lieu de Karan, ce qui est d'autant plus facile que les deux mots se ressemblent beaucoup dans le caractère hébraïque. £n supposant, d'antre part, quil faille dire de la figure de Moïse qu elle était cornue , selon la version consacrée , il n en saura résulter qu il faille entendre cette expression au pied de la lettre. Les mots cornu et cornua sont employés quelquefois dans les livres saints comme synonimes de rayons lumineux. Les auteurs profanes usent d'une expression analogue. Nonnus, dans ses dionysiaques, donne au soleil le nom de Kerasphoron, porte-corne. Ces cornes ne peuvent être que les rayons de cet astre. Il serait superflu d entrer dans d'autres développements.
Un auteur cité par le même Paquot prétend que ces cornes de Moïse ne sont autre chose que ses cheveux relevés en pointe et semés de poudre d'or. Cette interprétation est inadmissible et absurde. Il est plus que puéril de représenter Moïse en toilette de gentilhomme de la cour de Louis XV.
Encore ui) mot sur les cornes de Moïse. Raban Maur a bien voulu y voir Tancicn et le nouveau testament... Gela prouve, du moins, qu'au moyen-âge, on armait la tête de ee législateur de ces deux cornes et que le passage de TExode était littéralement interprété.
Pour ce qui est des tables de la loi , les peintres observent la tradition selon laquelle on inscrit sur une table les trois premiers préceptes du décalogue et sur lautre les sept derniers. Néanmoins Tbistorien Josephe en met cinq sur Tune et cinq sur l'autre. Selon quelques interprètes, quatre de ces préceptes étaient sur une table et six sur la
seconde. Mais S. AugusUn au sentimenl duquel ou se rallie habituellement établit la division terno-seplenaire. Ceci, au surplus, n'est pas d*unc haute importance pour le peintre. Il s*agit seulement pour lui de figurer deux tables, au lieu d'une dans les mains du législateur du peuple hébreu.
Qui n'a pas entendu prodiguer des éloges à la fameuse statue de Moïse par HicheUVnge, h Rome? « Moïse, dit » Dupaty qu'il nous sera permis peut-être de citer. Moïse »> est assis tenant les tables de la loi sous un bras ; l'autre » repose majestueusement sur une poitrine de prophète. n Quel regard I Ce front auguste semble n'être qu'un yoilc » transparent qui couvre à peine un esprit immense. On » est étonné des flots ondoyants de sa barbe, qui desceu- » dent, ou plutêt qui coulent jusqi\'à sa ceinture et Tinon- » dent, mais le premier regard ne saisit que Moïse. Cette » barbe n'est pas dans la nature, je le veux, mais elle esl N dans le beau idéal. Sa bouche est remplie d'expression ; » la pensée y attend la parole. »
Un jeune peintre, né à Paris en 1797, et mort en 1829, Michel Marigny a représenté Moïse apportant les tables de la loi. La tête du législateur est d'une très*belle expression, les draperies y sont largement dessinées. Ce grand tableau mérita une place au Louvre, dans une des salles destinées au conseil d'Etat.
Paqnot énumérant les divers patrons que les imprimeurs et libraires se sont choisis , tels que S. Jean dans la chaudière d'huile bouillante, le prophète Daniel, S. Luc, S. Jérôme. S. Augustin voudrait qu'ils s'entendissent unanimement à adopter Moïse. C'est bien, en effet, sans aucun doute, le plus ancien écrivain du monde, sous tous les rapports, et il y a entre Moïse qui reçoit les tables écrites ou sculptées par le doigt de Dieu et la profession des typographes une assez grande affinité. L'annotateur de Molanus serait peut-être encore davantage dans le vrai , s'il donnait pour principal motif de sa prédilection l'antériorité de Motise sur tous les écrivains.
Ce qui vient d'être dit sur les cornes ou rayons qui jaiU lissent de la tête du législateur des Juifs nous offre une
tnmsilion nalarelle à un sujet analogue. Nous foulons parler des couronnes dont on a coutume de ceindre la télé des Saints. Les archéologues modernes parlent souvent de ces coaronnes qu'ils désignent sous les noms dauréoles, de nimbes, d^ gloires. Le terme de couronnes leur paraît trivial et suranné. Li| gloire se divise, pour eux, en nimbe et en auréole. Le nimbe n'entoure que la télé, Tauréole environne tout le corps et se confond avec la gloire. A quoi bon, dans ce cas, une pareille division? Pourquoi ne pas se borner à deux termes, dont il est si facile de percevoir la différence ? Ces termes sont la couronne et la gloire. Le seul nom de couronne indique la partie du corps où elle se place. Celui de gloire pourrait aussi désigner la couronne , car celle-ci est encore une gloire , mais pour ne pas s'exposer à une confusion, le terme de gloire peut se borner à désigner le cercle de rayons qui environne tout le corps. Ceci posé, et laissant pour le moment de côté le nimbe et Tauréole , nous insérons quelques observations sur la couronne. On verra bien d'ailleurs que nous étions forcés d'user ie la vieille langue artistique en cette occurrence.
Théophile Reynaud a fait un curieux livre intitulé : De pileo. Il y examine l'origine et la forme de ces couronnes qui sont placées sur la (été des Saints, dans les peintures et les statues. On voit, dit-il, la tétc des bienheureux assez constamment couverte do cette espèce d'ombrelle rayonnanle f^mbellâ radianiej comme d'un brillant bouclier. On no saurait accéder au .sentiment de Alemannusqui prétend qu'il ne faut pas toujours y reconnaître une note de sainteté, puisqu'on voit ainsi Ggurés Salomon et l'empereur Constantin. Reynand observe très-sagement que plusieurs grecs donnent au grand Constantin le titre de saint. Quant h Salomon, S. Ambroise lui donné le même titre. De son c6té Jules Scaligeracruque celte couronne ou ombrelle, en forme de lune /Umbellam lunaiamj n'était placée par les païens sur les statues de leurs divinités que pour empêcher les oiseaux de les souiller de leur Gente. Il cite plusieurs témoignages à l'appui de son opinion et pense que de cette coutume des paYens est dérivée celle des chrétiens de placer, sur la
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