‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 102 sur 180 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

eoBilBiuiliOB da wKÊmim de Movearitare.

StiDte Cécile, martyre; Sainte Catherine, martyre; Saint André, ap6tre.

La fétc de sainte Cécile est fixée au 23 novembre. Cette vierge souffrit le martyre en 230. Rien , dans ses actes authentiques, n explique pourquoi les musiciens la considèrent comme leur patronne. Surins a écrit une vie de sainte Cécile et son œuvre est sévèrement jugée par les critiques. C'est dans cette vie que se trouve un passage qui a pu faire considérer sainte Cécile chantant les louanges du Seigneur avec un orgue qu'elle touche. Mais cela peut-il se déduire du passage de Surius? On va en juger, car voici le texte fidèlement traduit : a Le jour vint où Cécile devait s'engager n dans les liens du mariage , et pendant que les orgues ou » instruments se faisaient entendre , elle chantait seule au » fond de son cœur, en disant : Que mon cœur et mon corps » restent immaculés, afin que je ne sois pas confondue; » et pendant les deux et les trois jours entiers passés dans n le jeune , elle suppliait le Seigneur de détourner d'elle » ce qu'elle redoutait. Elle adressait ces prières aux anges, » etc. » Lcs4)aroles : Cantaniibus organisj Cœcilia in carde 8U0 soit Domino decantabat^ signifient-elles que la sainte touchait simultanément ces orgues ou jouait de ces instruments? Le terme Organa peut vouloir dire l'un et l'autre. 11 nous semble bien plus naturel de croire que, pendant cette musique, à laquelle Cécile ne prenait aucune part active j elle priait tacitement le Seigneur. 11 est vrai que , dans le Bréviaire romain , on trouve une antienne qui est la reproduction du passage précité : Cantaniibus organis Cecilia Domino decaniabat dicens : Fiai cor meum tmmaculaium, ui non confundar. Mais cela ne saurait jeter une nouvelle lumière sur le sens du texte. Il est bien certain qu'il ne suffit pas de prier, au moment oit l'orgue fait

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entendre son harmonie , pour être considéré soi-même comme musicien Paquot invite donc ceux qui cultivent et pratiquent cette belle partie des arts libéraux à se placer sous un autre patronage que celui de sainte Cécile. Il leur propose le roi David, S. Grégoire-le-Grand qui institua le chant sacré , S. Germain de Paris dont Venancc Fortunât exalte le zèle pour la musique religieuse » S. Odon de Giuny qui » pendant toute sa vie , travailla sur la musique , S. Aldric, évêque du Mans , etc. Mais , ce n*est point ici notre principale question. Les peintres sont-ils en droit, d'après ce qui vient d'être dit , de figurer sainte Cécile mariant sa voix aux sons de Torgue ou bien à ceux d'une harpe qu'elle touche? Certes , l'Eglise ne leur en fera point un crime. Néanmoins la vérité ne sera pas deshéritée du droit de se faire respecter.

Mignard a suivi lopinion vulgaire, et son tableau, de sainte Cécile représente une pianiste ayant auprès d'elle un ange qui chante sur un cahier de musique. A côté de la sainte est placé un violoncelle et plus bas sont figurés d'autres instruments. Le grand Raphaël, a peint notre sainte entourée de S. Paul , de la Madeleine , de S. Jean et de S. Augustin. Elle tient dans ses mains une sorte d'orgue. A ses pieds sont peints plusieurs instruments de musique. Ces deux habiles maîtres ont donc traduit le sentiment vuU gaire.

Il n'en est pas ainsi des suivants. Jules Romain a peint le martyre de sainte Cécile frappée du glaive , dans une salle souterraine de bains abandonnés à Rome. Zampieri (le Dominiquin) a figuré la mort de la sainte , à la suite des tortures qu'elle a subies. Le pape S. Urbain 1er vient bénir cette agonie de la généreuse martyre à laquelle un ange porte la palme de la vicloire.Plusieurs témoins sont groupés autour de l'héroïne chrétienne. Le même artiste, dans un autre tableau, a peint notre sainte distribuant ses biens aux pauvres. Enfin , un troisième tableau du même , retrace lapothéose de sainte Cécile. L'église de Saint-Louis-des-Français , à Rome , possède ces trois chefs-d'œuvre. Rien n'y fait allusion au talent musical que Mignard et Raphaël prêtent gra-

tuiiemeiit à sainte Cécile. Le martyre de celte sainte a été encore très-dignement traité par Jean Scheflcr dont le tableau orne la galerie de Vienne, en Autriche. Nul atlribat musical.

Sainte Catherine, vierge et martyre, est solcnnisée le 25 novembre. Elle est honorée parmi les Grecs comme dans TËglise latine. Molanus dit qu on la peint foulant aux pieds son père dont elle triompha par le sacrifice de sa vie. Tons les critiques s'accordent à dire qu'il est impossible de rien affirmer sur la vie et la mort de sainte Catherine. Son nom seul et son titre de martyre sont uniquement connus. Ce père foulé aux pieds a été considéré d'abord comme étant Teropereur Maxence, mais on a été forcé de renoncer à cette opinion. Raphaiël a peint sainte Catherine appuyée sur une roue garnie de fers tranchants sur laquelle il suppose que celte sainte souffrit le martyre. Mais la leçon du Bréviaire romain nous la montre décapitée par le glaive. Toutefois, comme il vient d'être dit, ceci nest encore qu une opinion. Néanmoins elle est toujours respectable et mérite d'être préférée, quoiqu'elle ne soit pas présentée comme un fait incontesté.

L'existence de sainte Catherine pourrait-elle être mise en problème et niée même comme Ta fait le docteur Launoy? Non, assurément, car l'Eglise a décerné à celte sainte nn culte public. Alban Butler admet les deux genres de supplice par la roue et enfin par la décapitation. Il la fait naître du sang royal et dit qu'elle avait de rares connaissances et qu'elle vint à bout de confondre une assemblée de philosophes païens, avec lesquels l'empereur Haxiinin avait exigé qu'elle disputât et que ces philosophes s'étaut tous convertis à la foi chrétienne, ce tyran les fit expirer dans les flammes. Joseph Assemani * pense que ce qui est dit par Eusèbe sur une vierge d'Alexandrie parait convenir à sainie Catherine que ce dernier n'a point désignée par son nom.

Les Grecs donnent k cette sainte le nom de ^catharine, c'est'-à-dire pure , sans souillure. Ce nom proviendrait, selon quelques-uns, de ce que, dans lelXe siècle, on trouva

sar le mont Sînaï, en Arabie , un corps de fiiie parfaitement eonservé qui fut considéré comme celui d'une viet^ marijre. Le nom de Catherine exprimerait donc tout sim^ plement cet état de conservation. On voit que la vie de cette sainte est Fi^jet d'une foule de traditions inconciliables, car, selon Eusèbe, l'empereur Haximin ne pouvant triompher de la vertu de cette vierge d'Alexandrie l'aurait envoyée seulement en exil. Le savoir extraordinaire de sainte Catherine a déterminé les écoiiei« et sartont les jeoacs fiUes des maisons d'éducation à la choisir pour leur patronae.

Il existe un tràs-grand nombre de tableaux qui repiTé^ sentent sainte Catherine d'après les traits divers que lut attribuent les légendes. Il faut se garder de confondre la sainrte dont nous parlons , avec sainte Catherine de Sienne qui est en très-grande vénération dans cette ville et dans toute l'Italie. Son mariage avec Jésus-Christ est le sujet d'un tableau peint par Ridolpho. Bessolo a traité le même sujet.

L'Eglise honore encore sainte Catherine de Bologne , sainte Catherine de Gènes, sainte Catherine de Ricci, sainte Catherine de Suède, sainte Catherine de Cordoue. Elles ont vécu en divers temps, mais aucune ne remonte plus haut que le XlVe siècle.. On présume que celle qui fait l'objet de notre paragraphe souffrit le martyre dans le IVe siècle. L'artiste doit avoir grand soin de ne pas attribuer à Tune de ces saintes ce qui convient à lautre. Il doit donc lire leurs vies respectives^ pour ne pas s'exposer à des anomalies trop fréquentes et véritablement regrettables.

S. André, frère de lapôtre S. Pierre, ferme le mois de Novembre. Molanus dit que l'on conserve à Saint- Victor-de- Marseille la croix sur laquelle cet apôtre subit son glorieux martyre. Or cette croix n'a pas la figure de la lettre T, ni celle de la lettre X, mais celle d'une croix ordinaire -j-. Selon cet auteur, la maison de Bourgogne se trompe en donnant le nom de croix de 5. André à celle de son écusson. 11 est généralement admis que cet apôtre fut crucifié, mais on ne peut démontrer invinciblement que cette croix était

en forme de X. Disons pourtant qae, de temps immémorial , l'art chrétien a constamment figuré la croix de S. André sons cette dernière forme , et il est bon de continuer cette tradition. Il est vrai que S. Pierre Gbrjsologue nous montre cet apôtre attaché à un arbre sur pied et dont on auteur peu digne de foi a fait un olivier. L'artiste n'a point à se pr^ccnper de ces deux assertions isolées.

La ville de Patras, en AchaYe, fut témoiil du glorieux martyre de cet apôtre. On sait que l'Ecosse regarde S. André comme son glorieux patron , parce qu'on y croit , qu'en Tannée 369, un abbé nommé Regulus apporta quelques reliques de ce saint au monastère d'Abbernoth sur l'emplacement duquel s'éleva , par la suite , la ville de Saiot- André.

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