‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 104 sur 180 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

vrendère ConliBiiAitoii ûm 9f«i« de néeenibre.

Saint Nicolas , évéque; Saint Ambroise, évéqae; Sainte Luce, martyre^

Le 6 décembre ramène la fête d'un saint presque aussi célèbre que l'illustre évéque de Tours S.' Martin. Pour attribut dislinctif on place à côté de ce saint évéque de Myre, trois enfants dans un baquet. Selon la légende vulgaire , une femme avait tué trois enfants dont elle avait mis les corps h saler dans un vase de bois. S. Nicolas instrait de ce meurtre , par inspiration divine , les rendit à la vie. Selon une autre version, troi« jeunes gens auraient été sauvés' d'un naufrage par le même saint. Ce trait semble être fa source du premier, car ces trois naufragés auraient été, selon le style figuré des Orientaux, sauvés d'un vase plein d'eau salée. Qu'est-ce que ce vase , sinon un vaisseau submergé par les flots de la mer.

'Dans le Xlile siècle , on représentait un drame dont voici la substance. Trois écoliers se rendaient au collège d'une ville éloignée de leur domicile, pour y faire leurs études. Surpris par la nuit , ils demandent Vhospitalité aux habitants d'une maison isolée sur la route. La femme conseille au mari d'assassiner les trois jeunes gens , afin de s'emparer de leur argent. Le crime est consommé. Nicolas survient après la perpétration du forfait. On Taccueille, sans le connaître , et on lui présente des mets. Il les refuse , en disant qu'il veut se nourrir de chair fraîche. Les époux sexcusent sur ce qu'ils n'en ont pas. « Vous mentez, dit « S. Nicolas, car vous avez celle de trois écoliers que von tre barbare cupidité vient de vous faire immoler. » Tremblants, les deux époux avouent leur crime. Nicolas se fait présenter le baquet , invoque le Seigneur et ressuscite les trois victimes, pendant que les assassins implorent leur

pardon. Grâce au repentir qu'ils manifcsteni , Nicolas les absout.

Aux trois enfants dans le baquet, Paquot préfère un autre attribut que Ton donne à S. Nicolas assez généralement en Italie. D'une main , le saint tient la crosse, de Taulrc , un livre sur lequel sont trois lingots dor. C est une allusion à trois jeunes filles que leur père voulait prostituer, pour un vil lucre ^ et dont Nicolas sauva la pudeur en donnant cet or à leur indigne père. Dans Tile de Corfou , où Ion professe une très- haute vénération pour S. Nicolas, au lieu de trois lingots sur le livre , on lui met à la maiu trois pommes d'or qui symbolisent le même acte de générosité.

Il est encore, en Italie, une autre manière de représenter S. Nicolas. On le figure sans mitre, parce quon dit, qu'emporté par son zèle, dans le Concile dcNicée, il donna un soufflet à un Arien. Le Concile, en expiation de celte scandaleuse vivacité, le priva de l'honneur de la mitre. Un jour que S. Nicolas célébrait la messe en l'honneur de la sainte Vierge , pour laquelle il avait une singulière vénération, comme , dans cette circonstance, il officiait pontifiealeraent, il ressentit plus que jamais l'aiTront de se voir privé des insignes de sa dignité. En ce moment , les assistants virent deux anges qui , s'approchant de lui avec respect, placèrent, l'un la mitre sur la tête du saint, et l'autre le Pallium sur ses épaules. Il n'est pas besoin d'avertir que de tous les traits qui viennent d'être cités, il n'y en a aucun qui soit appuyé sur une tradition très-certaine. Le moins douteux est celui qui nous retrace le zèle de S. Nicolas à racheter par son or les trois jeunes filles vouées k rinfamie par un père cupide. Quant aux enfants du baquet, la confiance que les marins placent en S. Nicolas ferait croire que l'évêque de Myre est considéré comme le sauveur des trois naufragés dont il a été parlé. La résurrection des trois écoliers massacrés et mis à saler dans le baquet ne serait qu'une altération de ce trait.

Les Russes, qui ont une confiance outrée et singulièrement superstitieuse en S. Nicolas, croient que ce saint évé-

DE l'abt chrétien. 139

que de Mjrc vinl d'Italie au port d'Arcbangel sur une meulo de moalin... Dans ces parages do la mer glaciale , on ne se* rait pas h (abri du danger de perdre la vie, si Ion s avisait d'émeltre le moindre doute sur ce merveilleux voyage. En général , toute image de Jésus-^brist, de la sainte Vierge ou d'un saint quelconque est nommée S. Nicolas par le peuple. Dans chaque maison russe est une image de S. Nicolas. La première question qttV)n adresse aux habitants d'une maison, quand on j entre , est colle-ci : «Où est le » Dieu? n On montre au survenant Tirnage de S. Nicolas. Aussitôt il se prosterne, en disant : a Gospodi, pomilut. » (Dieu ^ ayc pitié de mok)

S. Nicolas nK>urut en 342. La ville de Paris a deux paroisses sous ce vocable : Saiot-NicoIas-des-Champs et Saint- Nicolas^u-Chardonnet. Un trèsrgrand nomWe d'églises , dans tout le monde catholique, sont placées sous l'invocation de ce saint. Il ne faut pas' le confondre avec S. Nicolas de Tolentiu, ermite de S. Augustin , mort en 1308 et dont l'Eglise célèbre la fête le 10 septembre.

Les enfants sont placés sons le patronage de S. Nicolas de Myre , non point à cause du miracle précité, mais, parée qiie^ dans son jeune âge, S. Nicolas fut on modèle d'innocence et de vertu.

Au 7 décembre est fixée la fête de S. Ambroîse , archevêque de Milan. Le rit de Paris place cette fête au 4 avril. Nous avons déjà dit la raison pour laquelle nous donnons notre préférence au calendrier romain. Les anciens peintres figuraient S. Ambroise tenant un fouet à la main. C'était pour symboliser la liberté épiscopale avec laquelle ee saint prélat reprit Temp^eur Théodose. Convenons qu'il y a exagération dans un attribut de cette nature. Il est plus que probable , qu'en ce moment, la puissance autrichienne qui règne à Milan , n'autoriserait pas un emblème aussi caractéristique... Cependant la galerie de Vienne possède le beau tableau de Rubens où l'on voit S. Ambroise refusant l'entrée de l'église de Milan à Théodore, souillé du massacre de Thessalonique où ce prince exerça une si terrible vengeance.

On explique d'ane autre manière le fouet dont nous ve^ nous de parler. Ce serait pour désigner le zèle de ce grand ponliFe à combattre Thérésie des Manichéens ou plutôt des Ariens. L'emblème, encore ici, ne brille point par son invenlîon. Il en est qui pensent que les Milanais ont voulu immortaliser ainsi la protection de S. Ambroise à laquelle ils attribuent la victoire par eu& remportée en Tan 1338, à PanjAiagum. L'Eglise de Milan célèbre, le 21 février, la commémoration de cette victoire dont le Bréviaire fait mention dans la 3e leçon de TOffice.

Il est beaucoup plus ordinaire de caraclériscr ce saint et éloquent pontife par une ruche que Ton peint à côté de lui. Paulin son biographe nous apprend qu'à l'égard de S. Ambroise se réalisa ce quon raconte *du philosophe Platon. Un jour qu'Ambroise encore enfant dormait, la bouche ouverle , un essaim d'abeilles vint voltiger autour de son berceau. Quelques-unes s'étant arrêtées sur son visage s'introduisaient dans sa bouche et en sortaient les unes après les autres. Elles s'envolèrent quelque temps après et s'élevèrent si haut qu'on les perdit entièrement de vue. Cet événement fut regardé comme un présage de la force et de la douceur qui devait, un jour, signaler l'éloquence du saint. C*est ainsi que le fait est raconté par Albaa Butler, d'après Paulin, car Molauus se borne à citer la source.

S. Ambroise est un des grands docteurs de l'Eglise et le livre qui est l'attribut du doctorat ne doit jamais être omis. Il mourut en 397 , à l'âge de 58 ans. Rubens, dans le tableau déjà indiqué, Ta peint beaucoup plus vieux.

Sainte Luce ou Lucie et quelquefois Lucine, est honorée le 13 décembre. Celte vierge naquit et fut martyrisée à Syracuse. L'époque de ce martyre est placée eu 304. Elle est invoquée contre le mal d'yeux. Le cardinal Frédéric Borroroéc , que cite Paquot, émet une opinion assez singulière sur cette confiance en notre sainte. Selon lui, comme les païens voyaient dans la déesse Lucine une divinité qui favorisait la vue, on donna à la martyre de Syracuse le nom de la déesse parce qu'on invoquait cette sainte pour

DE l'aUT CHRETIEN. 141

obtenir la guérison des yeux. Cela expliquerait pourquoi de Lucie ou Luce on a fait Lucinc. Il parait bien certain que le seul nom de Lucie qui , très-évidemment dérive de lux (lumière) a pu et dû sufGre pour faire croire que cette vierge pouvait être invoquée avec succès pour obtenir la guérison de Torgane de la vue. N'est-ce pas encore à cause de ce nom que les vitriers se sont placés sous ce |>atronage, de même que sous celui de S. Clair?..

Paquot accuse d'erreur les peintres qui figurent sainte Lace tenant à la main sur un disque ses yeux arra<i)iiés par Tordre du tyran. Il cite , pour cela , Théophile Raynand qui prétend que la seule sainte qui puisse être ainsi représentée est une autre Lucie très-postérieure. Celle-ci, afin de dégoûter un jeune homme qui la poursuivait de ses instances s'arracha elle-même les yeux et les envoya à cet autant dont la recherche était si importune. Cette seconde Lucie était religieuse de l'Ordre de S. Dominique.

La vie de sainte Luce de Syracuse nous la m«tntre aussi rebelle à Tamour d'un jeune homme qui la recherchait en mariage et qui, pour se venger, la dénonça aux persécuteurs de la foi, mais rien n'annonce qu'elle se soit mutilée comme la seconde.

Une troisième Lucie ou Luce vivait solitaire, près du village de Sampigny, sur la Meuse, dans le diocèse de Verdun. Ceile<-ci mourut en 1090. On croit qu'elle était fille d'un roi des Scots ou Ecossais.

La vierge martyre de Syracuse est célèbre dans l'Eglise universelle et le Canon de la Messe en fait mention , avec Agnès, Cécile etc. L'artiste chrétien doit donc éviter de la peindre avec Taltribut qui convient à la seconde. Mais l'une et l'autre étant invoquées pour la guérison des yeux, on est forcé d'avouer que la confusion est presque inévitable. La vierge de Syracuse mourut , dans sa prison , des coups qu'elle avait reçus pour se soustraire à l'infamie de la prostitution à laquelle le juge Tavait condamnée.

142 IxVSTiTLTIONS

Page 1