CHAPITRE XXXUI
Trotalème contlnuatioii 4a mois de DéceiMbre.
^aint Jean révangéliste ; Saint Sabin, évéque el martyr; Saint Lambert, évèque de Liège.
Au 27 décembre est fixée la fêle de S. Jean , apôtre et évangéliste. On le peint jeune et imberbe quand il figure dans la cène eucharistique parce qu'alors, en effet, il était adolescent et célibataire. Un auteur, Pierre Sutor, chartreux de Paris , dit que cette jeunesse de S. Jean apprend aux jeunes gens qu'ils doivent > à leur tour, consacrer leur âge florissant au service de Jésus-Christ. Assurément, celle morale est fort édifiante, mais ce n'est pas encore là le but de Fauteur. Au temps où Sutor écrivait , les peintres donnaient à cet apôlre une mise très-négligée et voulaient ainsi faire entendre que S. Jean ne se mettait pas en peine de plaire, car son âme était profondément virginale. L'art chrétien n'a pas, de nos jours, à se mellre en souci de cette prescription graphique. S. Jean est vêtu comme les autres apôtres, selon le type traditionnel.
Le principal attribut de S. Jean est un calice d'où sortent des serpents. Ce symbolisme est fondé sur une légende dont nous ne pouvons garantir rauthcnticité. Voici la narration textuelle extraite de Jacques de Voragine qu'on nomme aussi de Varase : « Lorsque S, Jean prêchait la foi » dans les contrées asiatiques, les idolâtres ayant excite » une grande sédition conduisirent l'apôtre au temple de n Diane et voulurent le forcer d"y offrir un sacrifice à la »> déesse. Jean leur fit la proposition suivante : Les payens » devaient , en invoquant Diane , renverser le temple chréi> tien. Si cet événement s'accomplissait, Jean sacrifierait à » l'idole. Jean devait, de son côté, invoquer Jésus-Christ » et si le temple payen était abattu , les idolâtres prenaient b l'engagement d'embrasser aussitôt le christianisme. La
» majeure partie du peuple souscrivit à cette dernière con-. « dition. Tout le monde sort du temple de Diane. Jean se » met en prière. Aussitôt le temple payen s'écroule avec » fracas , Tidole se brise en morceaux. Mais Aristodème , » pontife des idoles, suscite une immense sédition. Les » deux partis en viennent aux mains. Alors Tapôtre dit au » pontife : Que veux-tu de moi pour faire cesser le tumulte? » Aristodème lui répond : Si tu veux que je croie en toa » Dieu y je vais te donner à boire un breuvage empoisonné. » Si tu n'en éprouves aucun mal , je resterai convaincu » que ton Dieu est le seul véritable. Lapôlre lui répondit : » J'accepte la proposition. Aristodème répliqua : Je veux » que tu sois témoin de la mort prompte que cause ce poin son, afin que tu sois frappé d'une plus grande crainte. » Aristodème va trouver le proconsul et lui demande deux n hommes condamnés à la décapitation. Il leur fait boire la n liqueur de la fatale coupe. Un instant après, ils tombent n morts. En ce moment le saint apôtre prend la coupe em- B poisonnée et après s'être muni du signe de la croix il » boit tout le poison dont elle avait été remplie et n'éprouve 9 aucun mal. Tous les assistants se mettent à louer Dieu, n Aristodème s'adressant h Jean : Il me reste, dit-il , encore » un doute. Si tu ressuscites les morts que le poison a tués, » je me rendrai sans plus hésiter. L'apôtre lui donne alors » sa tunique. Aristodème lui dit .- Pour quel motif me donn nes-tu ce vêtement? Afin, lui répond S. Jean , que plein » de confusion tu sortes de ton infidélité. Est-ce que ta tu- » nique ya me rendre croyant , réplique Aristodème ? L'a- » pôtre lui dit : Va , places cette tunique sur les corps des » défunts et tu diras : L'apôtre du Christ m'envoie à vous , » afin qu'au nom du Fils de Dieu vous reveniez h la vie. » Aristodème accomplit l'ordre de S. Jean et les morts res- » suscitent. Cette fois, Aristodème et le proconsul se renn dirent à l'évidence. Ils crurent^ et l'apôtre, au nom de I» Jésus-Christ, les baptisa avec toute leur famille. Ils bâti- » rent, par la suite, une église en l'honneur de S. Jean. » Tel est le fondement sur lequel les peintres, sans le savoir pour la plupart , se basent pour mettre une coupe en-
Ire les mains de S. Jean. Les serpents qui en sortent ou dont elle est entourée indiquent la liqueur venimeuse qui y est contenue. On a dit que ce calice pouvait représenter la coupe de Tinstitution de FEucharistie. Mais pourquoi cet apôtre tiendrait-il^ en main, le calice, h l'exclusion des autres? El, dans ce cas, les serpents ne pourraient absolument y (ii^urer. Ce calice empoisonné pourrait aussi bien n'être qu'une traduction de ces paroles du Sauveur à ses apôtres: «Ils saisiront les serpents et s'ils prennent un » breuvage mortel , ils u'en recevront aucun dommage. >» Cette prédiction se serait réalisée dans la circonstance que nous retrace la légende , mais généralement parlant , S. Jean n'avait pas reçu plus de privilège, dans la prédiction de Jésus-Christ, que les «autres apôtres et restera toujours à expliquer pourquoi i attribut dont nous parlons est assigné exclusivement à S. Jean. Nous pensons qu il faudra toujours recourir à la narration légendaire, pour s'en rendre compte.
Dans le chapitre vi de la première partie, il a été dit un mot sur une faute grave que commettent presque journellement les artistes. C'est qu'ils figurent S. Jean dans un état de florissante jeunesse au moment où il écrit son apocalypse. Or , c'est pendant sa retraite dans Ttle de Pathmos qu'il composa ce livre, c'est-à-dire l'an 96 de l'ère chrétienne. C'est donc 63 ans après l'Ascension de Notre-Seigneur, et à cette époque S. Jean, selon l'opinion la plus probable , était âgé de 93 ans.
Scra-t-on plus heureux en figurant S. Jean encore jeune quand il écrivit son Evangile? Nullement. C'est à l'âge de 95 ans que cet apôtre l'écrivit, non à Pathmos, mais à Ephèse. S. Jean ne peut donc être figuré jeune que dans les événements qui ont eu lieu , pendant la mission de J.-C. sur la terre , ou bien lorsque cet apôtre , après la descente du Saint-Esprit , prêcha l'Evangile avec S. Pierre , dans la ville de Jérusalem.
Lorsque S. Jean subit le martyre de la chaudière pleine d'huile bouillante, et dont l'Eglise solennisc la mémoire le 6 mai, c'était en l'an 95 de l'rre chrétienne, et alors.
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comme on ia vu, il était plos que Donagénairc. Ce sujet a été retracé par Tart chrétien et plusieurs artistes ont encore ici commis lanachronisme que nous avons signalé plus^haut. S. Jean sortit sain et sauf de celte terrible épreuve qui eut lieu, à Rome, devant la Porte-Latine. Le prodige do] 'sa conservation fut attribué à la magie... S. Jean mourut en paix à Ephèse, en Tan 100, selon lopinion la plus probable.
Le 28 décembre, I*Eglise honore le martyre des saints Innocents. Comme cet horrible massacre se rattache au cycle festival de Notre-Seigneur , nous en parlons assez amplement dans le chapitre iv de la deuxième partie.
Le 31 décembre , à Spolète , on honore la mémoire de S. Sabin, évéque d'Assise et marlyr, en l'an 304. Cest dans la première de ces villes que le gouverneur Luciusfit expirer cet évéque sous les coups de ses bourreaux. On le peint tenant à la main une épée et quelquefois une lance, parce qu'on prétend que dans une bataille, Ariulphe, due de Spolète, vil ce saint qui comballail pour lui, quoique ce duc ne fut pas chrétien. C est pour la môme raison , dit Molanus, que l'on représente S. Lambert, évéque de Liège, en habit militaire, sous son costume de prélat, parce qu on reconnait que les Danois furent mis en fuite par l'intervention de ce saint. Paquot insinue que cela pourrait bien n'être qu'une manière de sjmboliser la puissance spirituelle et temporelle des cvéqucs de Liège qui longtemps en furent princes.
Nous terminons ce cycle festival des saints par une remarque puisée dans Molanus. Cet auteur intitule ainsi le chapitre lui : Nomina utiliter adscribi in Sanctorum tmaginibus minus notis. Nous traduisons le début de ce chapitre : « A cause du nombre considérable des images , » il ne serait pas inutile de mettre à chacune le nom du saint » ou du sujet qui y est représenté ; je lis dans les auteurs » que cet usage est adopté par les Grecs dans leurs églises. » L'antiquité observa la même coutume, selon le témoin gnage de S. Paulin. Cette inscription a eu lieu de même *> par un miracle sur les images des anges , Michel et Ga-
» briei, h la parlic la plus hanie (^summitatemj ie leurs » ailes, comme le rapportent les actes du martyre de Pro- » cope. »
Paquot dit en note que chez les latins cet usage a été autrefois en vigueur, comme le prouvent d'innombrables mosaïques que Ion voit encore dans plusieurs églises d'Italie.
Ce serait en eflet un moyen sûr pour éviter la confusion d'un saint avec un autre, surtout quand deux ou irais saints portent le même nom. S'il est vrai que la peinture sacrée soit une prédication pour les ignorants, ce nesi pas en leur présentant des énigmes à deviner qu'elle peut remplir sa mission. Mais nos peintres modernes se soumettrontils aisément k cet avis ? Nous convenons que cela ne serait indispensable que dans certains cas. Du moins il serait à désirer que dans les cas dont nous parlons, le nom distinctif du saint , fût inscrit sur un cartel appliqué au cadre , et Ion en voit assez souvent des exemples.
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