CHAPITRE VII
L'Autel considéré selon rèxtension du terme.
?îoas avous maiDtenaol h développer, sous le point de vae de l*art religieux, loat ce qui se rapporte à Taotel, envisagé selon le sens qn'on attache ordinairement à cette appellation. L'autel ainsi compris est un carré long , exhaussé sur des marches. Il est fait de toutes sortes de matières. Ceci ne souffre d'exception qae pour ce qui est de la table fixe ou mobile. On a vu que la pierre seule était admise par les règles ecclésiastiques. Ce que nous ayons h dire se borne donc aux supports et autres accessoires. Le plus fréquemment lautel est en forme de tombeau. C'est un souvenir des temps anciens où le saint sacrifice était célébré sur la tombe ou crypte qui recelait le corps d*un ou de plusieurs martyrs. 11 n'est pas néanmoins rare de voir, même dans de grandes églises, des autels dont la structure ne présente qu'un carré long eu marbre , en bois, en bronze, etc. L'Eglise n*a établi aucune règle sévère sur la forme de cette édification qui , après tout» n'est que le support du véritable autel. Or, comme nous l'avons dit plus haut, celui-ci est toujours une sorte de tombeau dans lequel sont incrustés des ossements sacrés. Il est cependant permis de considérer comme préférable la forme (umulaire. Son aspect seul retrace les souvenirs de la foi primitive et semble d'ailleurs beaucoup mieux s'harmoniser avec les idées de sacrifice, de mort, de victime, et même de résurrection. S'il est vrai que, dans une église, tout objet qui frappe les yeux doive réveiller ou faire nattre des sentiments pieux, ou reconnaîtra que la forme de sépulcre donnée à l'autel est plus féconde en saintes pensées (|uc le colTre oblong qui porte la table sacrée, fixe ou mobile. Ce n'est pas à dire néanmoins que toute forme de tombeau retrace fidMoraent h' sarcophage antique. H est in-
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finiinciit peu de ces formes qui soient d'une exaclilude irréprochable. Mais le but principal est atteint et cela peut suffire. On pourrait même dire que la forme carrée peut aussi bien rappeler une idéeido sépulcre, car enfin les tombeaux anciens de même que les modernes furent aussi bien un coffre de bois ou de pierre présentant la figure d'un para llélogra no me régulier.
On lira ici avec plaisir et profit quelques passages extraits du Traité historique de la Liturgie, par André Bocquillot, chanoine d*Avallon. (Edition de 1701).
« 11 y avait un grand nombre d'autels qui étaient posés » sur des colonnes, les uns n'avaient pour appui qu'une » seule colonne. Tel était l'autel de pierre de Notre-Dame* » de-Blacberne, à Gonstantinople. D'autres étaient posés sur n plusieurs colonnes, les uus plus, les autres moins, et n c'était anciennement l'usage le plus commun, comme il » parait visiblement par ceux qui restent encore dans les » cryptes ou chapelles souterraines de Rome. 11 y en a » même quelques-unes en France. Celui de Chartres qui est » de jaspe est posé sur six colonnes de même matière.... » 11 y a grand nombre d'autres exemples dans l'histoire ». ecclésiastique de ces autels appuyés sur des colonnes et » vuides par dessous, que nous pourrions rapporter pour » prouver que ceux qui sont d'une maçonnerie pleine et M solide sont nouveaux. »
Pourquoi ne ferait-on pas revivre l'usage des autels supportés par des colonnes? En un moment où Ton cherche à renouer la chaîne des traditions antiques cela nous semblerait fort opportun. Au lieu de cela, les architectes mettent à la torture leur génie pour inventer quelque chose de remarquable en ce genre et il en sort, puisqu'il faut le dire, trop souvent des monstruosités. On va même jusqu'à détruire ce qui portait le véritable cachet de la vénérable antiquité pour y substituer ces fantaisies du moment. Il nous serait facile d'en citer de déplorables exemples.
L'autel, toujours compris dans ce sens étendu, est placé nu fond de l'abside ou bien au milieu du sanctuaire. Dans ce dernier cas, c'est l'autel dit à la romaine. En eiïct, dans
les basiliques de Rome , il occupe toujours cette place. Il faut ici se rappeler ce que nous avons déjà dit. C'est que , dans ces basiliques , la partie antérieure de Tautel majeur est en sens inverse de ce qui a lieu en France , pour nos autels isolés au milieu du sanctuaire. Nous pouvons citer, pour exemple y Tautel principal de Téglise primatiale de L}'on, celui de Téglise paroissiale de Saint-Sulpice, à Paris, et tant d'autres. Ici le célébrant tourne le dos aux fidèles, tandis qu'à Rome , le pontife a la figure tournée vers les assistants qui occupent la nef. Ces autels que nous venons de citer ne méritent donc pas complètement le nom d'autels à la romaine. Quoique le célébrant n'y suive pas F usage observé sur les véritables autels à la romaine dans la capitale du monde chrétien , il faut dire pourtant que les autels ainsi placés sont plus conformes aux antiques traditions que ceux qui sont appliqués au rond-point de Tabside. Ajoutons toutefois qu'aucune prescription liturgique ne condamne ces derniers. Plusieurs cathédrales sont, de temps immémorial , en possession de cet usage.
Quand lautel est rapproché des fidèles , par sa positioir au milieu du sanctuaire, le chœur des chantres et le clergé occupent tout le prolongement de l'abside jusqu'à l'extrémité du rond-point et se tiennent ainsi derrière l'autel. Dans le cas contraire, le clergé se place, ainsi que le pupitre cantoral, entre l'autel et les fidèles. Il arrive cepenniant quelquefois que certaines exceptions viennent intervertir cet ordre , mais ce n'est pas ici le lieu de nous en occuper.
L'autel , qu'elle que soit sa position , doit s'élever sur des marches. Il mérite ainsi son nom à'altare que l'on vent faire dériver de alta res (objet élevé). Le mattre-autel d'une église doit être exhaussé sur trois marches. 11 y en a quelquefois cinq et même sept. Il est certain que très-anciennement la règle n'exigeait que deux marches ou degrés. Ils sont désignés dans les Ordres romains, sous les noms de supérieur et inférieur. Et même, dans l'ancienne église de Sainte -Sophie, à Constantinople , l'autel unique n'avait qu'un seul degré d'exhaussement. La discipline plus récente, invoquée par Garanti, exige trois marches, y compris le
marchc-pled supérieur. Pourtant , cette règle n'est pas tellement impérieuse que deux marches ne puissent point suffire. Mais il est beaucoup mieux de se conformer à la pratique la plus universelle , surtout pour le matlre-autel et trois marches au moins y sont beaucoup plus convenables. On monte à Tautel majeur de Saint-Pierre-du-Vatican par sept marches. On sait que dans FEglise ce nombre est symbolique.
On nomme habituellement gradins les tablettes sut* lesquelles se placent les chandeliers. L autel > appliqué au rond-point de Tabside , est susceptible d en recevoir un plus grand nombre que Tautel isolé. Ici un seul gradin d'une élévation médiocre altère beaucoup moins la forme de Tantique autel. Celui-ci fut, dans le principe » une table à peu près exactement quadrilatère, sans gradins ni tabernacle. Les chandeliers , avec leurs cierges allumés , étaient posés tout à Tentour sur le pavé et quelquefois sur des bancs indépendants de l'autel lui-même. Quand au tabernacle, il n'y en avait pas, comme il sera dit en son lieu. Après la messe, le luminaire avec ses supports était enlevé. Lorsque le chandelier d'autel devint plus haut et plus lourd, ce qui assurément n'est pas fort ancien, les gradins occupèrent le bord opposé à la face antérieure de l'autel. Celui-ci admit alors cette décoration permanente et , au milieu de ces grands chandeliers , fut placée à demeure une grande croix en harmonie avec les chandeliers. Auparavant le célébrant, en arrivant à l'autel , portait une croix médiocre que l'on reportait ensuite au Secretarium. Ce dernier usage s'est conservé à Paris, quoique le tabernacle soit constamment surmonté d'une grande croix. On connait les progrès qu'a faits jusqu'à ce moment ce genre d'ameublement liturgique.
Si l'autel est appliqué au mur , au lieu d'un seul gradin il est assez ordinaire d'en mettre deux et même trois. Mais est-ce qu'une noble simplicité ne serait point préférable à une surcharge qui trop souvent est de mauvais goût? Trois gradins , chargés de vases de fleurs et d'autres accessoires, outre les chandeliers, font ressembler un autel à un étalage mercantile, et cela produit un eflct tout contraire
à celui quoii se proposait. Les autels appliqués au mur ont été Toriginc de ces retables qu'enfanta surtout le règne de Louis XV. Tels sont ces hauts et larges frontons en marbre ou en bois portés sur des colonnes et dont le centre est un tableau qui semble placé derrière un épais grillage que lui forment les hauts cierges simulés quoo nomme flûtes ou souches. Nous ne dirons pas que c'est une réminiscence des anciens ciboires ou baldaquins qui couronnaient les autels , mais bien une dégénération déplorable. Nous aurons à parler du Ciborium dans le chapitre suiyaot » ainsi que des autres accessoires de Tautel.
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