CHAPITRE VIII
-Le Ciborium ou baldaquin; le Tabernacle; la Croix elles Chandeliers.
L'élude de Tanliquité liturgiqae nous apprend que les anciens autels étaient surmontés d'une coupole coqnae sons le nom de Ciborium et que les Italiens nomment baldachino. De chacun des quatre angles de l'autel partait une colonne de bois doré , de bronze et même quelquefois d'argent ou du moins recou^rte de lames de ce métal , dans les églises riches. Ces quatre fûts soutenaient un pavillon en forme de dôme. Des quatre sommités des colonnes descendaient des courtines de drap précieux qui ras'aient le pavé du sanctuaire. On les tirait pour enfermer l'autel, en certaines parties de la messe. Le nom de Ciborium venait à ce dôme ou pavillon de sa ressemblance avec une coupe renversée à laquelle les Grecs donnaient celui de Kiborion, parce qu'en effet ce vase a une grande analogie de forme avec la gousse d'une grosse fève d'Egypte qui servait de coupe à boire. Rien n'en approche mieux , parmi nous en petit , que la capsule ou enveloppe du gland que produit le cbéne. Le point culminant de ce ciboire était orné d'une figure de J.-G. tenant en main la croix triomphale , ou bien d'une simple croix.
Le ciboire , selon Mabillon , diffère du baldaquin en ce que ce dernier se termine par un comble ouvert , en forme de couronne, tandis que la partie supérieure du premier est une conque fermée qui supporte une sorte d'armoire destinée à contenir des reliques. Le pourtour de cette armoire , qui est comme une espèce de lanlernin , est percé tout autour de petites ouvertures nommées ringuières. Les églises de Saint-Jean et de Sainte-Praxède , à Rome , ont des ciboires. A Saint-Pierrc-du-Vatican c'est un baldaquin. Nous n'avons pas ici à décrire ce dernier qui est trèsconnu.
L'aotel isolé seal peol receroir qq ciboire oa ud baldaquin. Noos ajoutons qae ces sortes d^aatels , qai sont aojonrd*bni assez commans , sont presque tons privés de ce couronnement qui leur conriendrait si parfaitement. Quoi qn*on ait pu en dire, lautel-majenr de Saint-Sulpice , i Paris y serait d'un aspect beaucoup plus majestueux et plus ricbe , si un ciboire ou baldaquin de bon goût le surmontait. Les églises de ce style admettent beaucoup mieux cette décoration que celles du stjle ogival. C'est pourquoi le mattre-autel de Téglise métropolitaine de Bordeaux , couronné d'un énorme Cibarium de style grec , flatte très-peu les jeux , à cause de sa disparate choquante avec le style ogival du chœur au milieu duquel il s'élève (1). Paris possède, an Val-de-Grâce, un baldaquin qui a été trop souvent critiqué. On devra pourtant convenir qu'il s'harmonise complètement avec FédiBce ou il est placé.
L'objet le plus apparent comme le plus auguste de Tautel est le tabernacle. C'est là qu'est conservée la sainte eucharistie. Pendant plusieurs siècles , et surtout dans les douze ou treize premiers , TElglise ne connut rien de semblable qui fut à demeure sur l'autel. Sans doute, on a toujours conservé, pour la communion hors de la messe, ou pour les malades , quelques espèces eucharistiques , mais elles étaient gardées diversement, selon la coutume des lieux. En France , surtout dans le Nord , la botte eucharistique, pixis sacra, était suspendue au-dessous du Ciborium , dans un vase qui avait la figure d'une colombe , emblème du Saint-Esprit. En Italie, et dans le midi de la France, on conservait le Saint-Sacrement dans une armoire scellée au mur ou pratiquée dans l'épaisseur du mur, du côté de l'évangile, que Ton considérait comme le plus noble. Plusieurs églises , romanes ou cavales , possèdent encore cet ArmaTiwm eucharisticum. Vers le treizième ou quatorzième siècle , en quelques églises , la botte des hosties consacrées cessa d'être suspendue et fut placée sur
(1) Au moment où ces lignes s'impriment, nous apprenons que ce Cibori'um a été tout récemment enlevé.
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l*au(el même , en un coflTret , arca , couvert d*un petit pa - Yillon*dc soie. Enfin, vers le seizième et le dix -septième siècles on agrandit le coffre , qui jusqu'à ce moment avait été d'une petite dimension , et alors apparut ce que nous nommons maintenant le tabernacle. Celui-ci n'est » dans sa vraie signification, que l'arcbe couverte d'un pavillon, c'est-à-dire, la tente , iahernacvXum. Cette gradation est d'une parfaite évidence. Il fallait bien que le coffret dont nous avons parlé devint plus haut et plus large pour j placer le vase qui succédait à la petite fixis primitive et c'est ce vase , que nous appelons aujourd'hui ciboire, qu'on se gardera de confondre avec le Ciborium destiné à couronner l'autel. C'est donc à très-grand tort que certains archéologues ont voulu faire remonter à une très-haute antiquité les tabernacles actuels. Au siècle dernier, dans beaucoup de cathédrales , le mattre-aulel n'avait point de tabernacle. L'autel papal des grandes basiliques de Rome en est dépourvu. Mais, de nos jours, il est rare que l'autel principal d'une église soit sans tabernacle. On peut y employer toute sorte de matière. L'intérieur doit en être garni d'une étoffe -de soie. Ceci est un souvenir du petit pavillon dont nous avons parlé. La forme du tabernacle est facultative , pourvu qu'il remplisse , d'une manière convenable , sa destination. Il n'est pas possible de voir dans le tabernacle la Cella païenne dont l'auteur d'un certain Manuel de Vari chrétien veut y reconnaître l'imitation. Ce serait bien mille fois plutôt un vestige de la châsse, capsa, où Ton conservait les précieuses reliques. Il vaut toutefois mieux n'y voir que ce qui y est , nous voulons dire , un nouveau mode de réserve de l'eucharistie, où , si l'on veut , l'agrandissement du coffret du treizième siècle dont parlent les liturgistes de cette époque.
Selon la coutume la plus généralement suivie , le tabernacle a la forme d'une armoire munie d'une porte dont la clef doit être gardée à la sacristie , quand la messe n'est point célébrée à l'autel muni de ce tabernacle. Il doit être d'un aspect simple, grave et riche. Cela est préférable à une recherche trop rarement avouée par le bon goût. Dans
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les pajs humides et froids , le bois peint ou doré est préférable au marbre cl aux métaux. II nous semble indigne de la sainteté du sacrement d'employer , comme matière da tabernacle, le carton pierre ou le carton-pàte. Ce qu'on se garderait bien d'admettre pour un ameublement de salon on de chambre ne doit pas servir à ce qu'il y a de plus auguste dans la religion. En un moment , où Ion s'est épris d'une sorte de culte pour le goût dit gothique, on a fait quelque tabernacle dans ce slyle. Jusque là il n'y a rien à reprendre, mais à condition qu'on ne prétendra pas ressusciter ce qui n'a jamais existé. Or, le moyen-âge n'a jamais connu ce que nous appelions aujourd'hui tabernacle. Cela résulte de ce que nous avons déjà dit. On fixe le tabernacle au milieu du gradin de l'autel à une hauteur qui permette, à un prêtre de taille ordinaire , d'y atteindre pour prendre et remettre le ciboire sans escabeau.
Sur le tabernacle se place la croix ou plutôt le crucifix. Sa hauteur doit ôlrc proportionnée à celle du tabernacle et de l'autel. Cette croix portée par un pied triangulaire se fait de toutes sortes de matières. Le plus souvent elle est en bronze ou en cuivre. Dans quelques églises s'est maintenu l'usage d'orner l'autel d'une croix de bois avec un Christ d'ivoire ou de buis. Il semblerait en effet que ceci est plus convenable , à cause de l'expression très-usuelle dans la langue sacrée : Lignum crucis ^ lignum salutiferuni , etc. (Le bois de la croix, le bois du salut). Une belle croix de cèdre ou d'ébène avec un Christ d'ivoire présente à l'œil un aspect plus religieux dont il serait difficile de s'expliquer la raison. Mais le fait ne saurait être douteux. Au lieu de cela, c'est une croix souvent colossale de bronze doré ou argenté et le motif donné de cette préférence est qu'un crucifix de ce genre symétrise mieux avec les chandeliers. Il est vrai que l'Eglise n'a fait sur ce point aucune règle positive. Elle veut cependant que le jour du Vendredi-Saint le crucifix qui doit être adoré et que l'on place ensuite sur l'autel, pour la messe des présanctiGés , soit en bois, préférablemcnt aux métaux les plus riches. Sans cela , le célébrant et le chœur paraîtraient contredire
i antienne si connue : Eccè Itgnum crucis. (Voici le bois de la croix}.
A droite el à gauche du tabernacle sont placés les chandeliers. Deux de chaque côté suffisent. Néanmoins on en met habituellement trois el quelquefois six sur un second gradin, ce qui oîTre le nombre de quatre, six ou douze, selon loccurrence. Un autel décoré selon les rf^gles, comme cela a lieu dans les cathédrales, où Ton ne méconnaît pas une ornementation simple et grave , porte six chandeliers.
Les anciens chandeliers, en remontant au temps où ils furent laissés constamment à Tautcl, étaient faits de métal et leur pied était quadrangulaire. On y figurait les quatre animaux de la vision d'Ezéchiel. Il en est resté quelques vestiges dans les griffes du lion qui forment les trois pieds de nos chandeliers actuels. Ces chandeliers étaient assez bas el de grandeur inégale. Celui qui était le plus rapproché de la croix, à droite et à gauche, était le plus haut, le suivant moins élevé, le troisième n'avait, à peu près, que la moitié de la hauteur du premier. Les cierges suivaient celte gradation qui est prescrite dans quelques rubriques. Depuis le commencement du XVIlIe siècle, ces chandeliers d'autel ont pris un essor de hauteur très-considérable et qu'on pourrait trop souvent qualifier de monstrueux , à cause de leur disproportion avec l'autel et le tabernacle. La hauteur n'est pas la beauté, car celle-ci est l'harmonie. On confond trop fréquemment ces deux choses. Depuis surtout qu'à la place des cierges on a implanté sur ces chandeliers de longs tubes de fer-b!anc , il arrive quelquefois que le cierge simulé et son support s'élèvent à quatre ou cinq mètres. En bonne règle de goût et conformément aux convenances liturgiques , les cierges vrais ou les flûtes et souches qui les représentent ne devraient jamais être élevés plus que la croix. L'inégalité graduelle des chandeliers paratt s'être totalement perdue. Le pied en est triangulaire. Ici , comme pour le tabernacle, on a inauguré le style gothique, mais nous devons dire encore que cette firme n'est pas une résurrection , car dans nos églises du moyen-âge on ne vit jamais de chandeliers ainsi façonnés.
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Les chandeliers portés par les acolytes ont an pied de forme ronde. Ici encore , comme poar les chandeliers d*aa* tel^ on se livre souvent k des exagérations de grandear, sans songer qae le soin de les porter est conmis à des enfants. Disons, sans ménagement, ce qae noas serons obligés de répéter poar d'antres ustensiles du culte , que la confection de ces objets est livrée , à peu près , d'ane manière exclusive, aax fabricants qui devraient recevoir l'impulsion au lieu de la donner.
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