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CHAPITRE XV

Le Ciboire ; rOsteosoir; les Vases des saintes huiles.

Le ciboire est une espèce de calice couronné d'un couvercle que surmonte une croix. Ce vase, qui porte le même nom que l'ancien baldaquin dont lautcl était couvert, a une certaine analogie de forme avec le ctborium des premiers siècles. C'est bien, sans nul doute, ce qui lui a vain Tappcllation sous lequel il est connu. U est certain que dans les treize ou quatorze premiers siècles il n'existait rien de ce genre. Guillaume Durand qui , au Xllle siècle , a décrit de la manière la plus minutieuse les meubles sacrés n'en dit pas un seul mot. Il ne faut pas confondre ce vase avec la colombe d or ou d'argent dans laquelle étaient réservées , pour les infirmes, les hosties consacrées et que l'on suspen« dait, comme nous l'avons dit plus haut. En quelques endroits, la colombe était remplacée par un vase en forme de tour, turris eucharistica. Maison n'usait, pour l'administration de l'Eucharistie, d'aucun de ces vases. La patène seule servait à cet usage. On ne saurait déterminer l'époque à laquelle le ciboire , tel que nous l'avons aujourd'hui , a été introduit. Bocquillot, auteur liturgiste du XYIIe siècle, dit que le ciboire était inconnu aux ancêtres de ses contemporains , ce qui en placerait Torigine au XYe siècle. Moins donc encore que pour le calice , l'orfèvre ne saurait interroger l'antiquité. La forme du ciboire est donc assez facultative , pourvu qu'elle s'accommode k la destination du vase. La coupe doit être au moins d'argent doré dans l'intérieur. Le couvercle, la tige et le pied peuvent donc être de toute sorte de métaux. Une croix surmonte le couvercle. Outre sa destination principale qui est de contenir les hosties pour les distribuer aux communiants , le ciboire sert encore à donner les bénédictions moins solennelles du Très-Sain t-Sacremeat. Dans cette intention , on donne à

ce vase une forme cl une grandeur imposées par ce( acte liturgique.

L*Eglisc emploie pour porter la sainte Eucharislie aux malades un aulre ciboire nommé custode. Il ne difli^re da premier que par ses proportions beaucoup plus exiguës. I^ cuslode csl^à peu près ce que les anciens nommaient pixis sacra ou capsa ou bien encore conditorium» On pourrait dire que notre ciboire actuel n'est que le développement de ce vase antique qui , au lieu d'être exclusivement employé .pour la communion des malades, a fini par remplacer la patène pour la communion des fidèles. Le ciboire et la custode sont simplement bénits et ne reçoivent aucune consécration épiscopale.

L'Ostensoir est encore une sorte dei^ tension de lancienno pixis j ou turris. Le nom dérivé du latin qui est donné à ce vase en fait connaître Tusage. Ccst pour montrer, oslendere la sainte hostie et Texposer à Fadoralion des fidèles. C'est pour cela quon le nomme aussi monstratUia , montre ou monstrance. L'ostensoir remonte à ce siècle trop fameux où Thérésie contraire à la présence réelle fit de si grands ravages. Les expositions du Saint-Sacrement devinrent alors assez fréquentes , pour protester contre les blasphèmes de Luther et de Calvin. Le Concile de Cologne, en 1452 , avait ordonné que la sainte hostie ne serait exposée qu'en la Fête-Dieu et son Octave, dans des monstrancesj in quibusque monstrantiis. Ces premières monstrances furent uniquement , dans le principe, la botte ronde dont il a été parlé que Ton munit d'une fermeture en cristal et qui fut placée dans un cercle entouré de rajons et porté sur un pied ovale. Cette couronne rayonnante posée verticalement sur ce pied en prit fort naturellement le nom de soleil. Ces premiers ostensoirs eurent d'abord huit ou neuf pouces de hauteur. Cette appellation de soleil qui est encore souvent appliquée à l'ostensoir a fourni des rapprochements parfaitement absurdes à quelques impies de nos temps modernes. Ils ont trouvé dans ce soleil une preuve que le Christianisme n'est qu'une copie de l'ancienne mythologie qui divinisait l'astre du jour. Or, on vient de le

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voir , roslensoir-solcîl no remonle pas plus haut que lo XVe siècle. Celte réminiscence ou imitation idolâtrique aurait donc mis quinze-cents ans à s^installer I... Aucun auteur ancien , pas même Guillaume Durand n'en fait mention. Avis, en passant, à plusieurs néo-sophistes qui parlent si haut et avec tant d'assurance de ce qu'ils ignorent complètement.

L'ostensoir n'est donc que le support ou , si l'on veut , le trône d'exposition de la sainte hostie qui y est placée dans une botte ou quelquefois fixée dans la rainure d'un croissant. Le premier mode est préférable. Considéré sous ce véritable point de vue l'ostensoir qui n'a point d'antécédent dans la liturgie antique, ne saurait être sujet à une forme déterminée. L'Eglise n'a rien réglé sur ce point. Elle a voulu pourtant que la bofte ou le croissant fussent en argent doré. En quelques diocèses, on exige que l'ostensoir en entier soit au moins en argent. Les plus petits ostensoirs doivent avoir au moins neuf pouces do hauteur et le sommet doit être orné d'une croix. Celle-ci est de ri* gueur, quoiqu'on ait prétendu le contraire.

Dans les premières années du XVIIIe siècle Tostensoir était arrivé à des proportions considérables. En 1708 un orfèvre fit pour la cathédrale de Paris un ostensoir qui avait cinq pieds de hauteur. Quatre vieillards adorateurs en ornaient le pied. Il nous semble qu'ici , pas plus qu'ailleurs, l'exagération n'est pas le vrai goût. Un ostensoir de trois pieds oOre, ce nous semble, un aspect suffisamment riche et imposant* Depuis quelque temps il s'est fabriqué des ostensoirs qui revêtent des formes gothiques et paraissent vouloir reproduire avec un plus grand éclaX les anciennes tours eucharistiques. Certes , l'Eglise a bien le droit d'accorder à cette forme nouvelle son approbation , mais nous croyons qu'il n'entre pas beaucoup dans son esprit que la configuration de ses vases s'assujétisse aisément à ce besoin de nouveautés qui est le caractère de notre nation et qui , croyons-nous, est, par dessus tout, une spéculation com« merciale. Il ne saurait en ressortir un progrès de respect pour le dogme religieux.

Après les vases qui ont un rapport direct avec le plus auguste de nos sacrements , viennent ceux qui sont destinés à contenir les saintes huiles qui servent à ladnoiinistration du baptême, de la confirmation, de rextrémc-onction et de Tordre. Ces huiles sont celles du SaintrChréme , des Catéchumènes et des Infirmes. Les vases qui les contiennent sont des fioles dont la forme n'est pas rigoureusement déterminée. Il suffit qu'ils soient d'une matière propre et solide. On y emploie Tor, l'argent et Tétain. Les autres métaux sont exclus parce qu ils sont sujets à la rouille. Il convient que ces vases se ferment exactement et que le couvercle en soit surmonté d'une croix. Les autres prescriptions sont du ressort de la liturgie. Il est cependant une forme qui est consacrée par un long usage , c'est la forme cylindrique. On la préfère à cause de la plus grande facilité qu'elle présente pour nettoyer ces vases, ce qui doit avoir lieu , au moins une fois Tan. Pour ne pas être exposé h confondre ces huiles, le vase qui contient le saint-chrême doit être timbré des initiales O. S. f Oleum sancîumj ou bien S. C. ( Sanctum chrismaj. Le vase de l'huile des catéchumènes doit présenter les lettres 0. C. fOUum calechumenorumj. Enfin, sur celui qui renferme l'haile de l'extrême-onction, doivent être gravées les lettres 0. I. (^Oleum infirmorumj. Depuis quelques années on a adopté à chacun de ces vases une spatule ou verge d'argent par le moyen de laquelle, le prêtre fait les onctions, sans toucher de son pouce les saintes huiles. Disons pourtant que la rubrique suppose toujours que le pouce du prêtre est trempé dans l'huile. C'est bien ainsi que Tévêque fait l'onction du saint-chrême sur le front de celui qu'il confirme. On dirait que la spatule est une de ces créations dont l'art de l'orfèvre dote, de temps en temps, le cérémonial sacré. H eu est de même de ces petits vases d'argent dont l'un contient le sel baptismal , l'autre sert à répandre l'eau sur la tête. On sera obligé de convenir que toutes ces nouveautés ne sont pas en parfaite harmonie avec les traditions du culte. Nous ne voyons pas cependant que jusqu'à ce moment l'Eglise les ait r<^prouv(^cs. D'ailleurs , ces objets secondaires

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ne sont guère en usage que dans les paroisses riches, et le nombre de celles-ci n'est pas très-considérable.

Uévèque bénit les huiles des catéchumènes et des infirmes et consacre le saint-chréme que contiennent de grandes ampoules ou urnes dont la forme n'est pas sévèrement déterminée. Elles sont ordinairement en argent et une cathédrale serait presque inexcusable de se borner à de simples Yases d*étain , car ils sont exposes avec pompe dans la cérémonie qui a lieu le Jeudi-saint. Ici , convenons-en , Tart de la confection de ces vases ne se prête guère à Tesprit d'innovation. Dès qu'une cathédrale est pourvue de ces ampoules , on n'a pas besoin de les renouveller , même une seule fois , peut-être en un siècle. Or, quand cela a lieu, il est du moins très-opportun de respecter la forme traditionnelle.

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