CHAPITRE XXII
Linges d'église.
Il ne faut pas confondre la chape dont nous parlons avec ce qu'on appelle de ce nom à Rome. Notre chape est en italien il piviaUj le pluvial. La cappa est un long et magnifique manteau rouge , fourré d'hermine , dont se revêtent les cardinaux. Dans divers cérémoniaux latins, on nomme cappa le camail ou la mozette.
Pour n'omettre rien de ce qui regarde le mobilier du temple chrétien, nous consacrons ce chapitre au linge soit d'autel , soit des personnes qui le desservent.
Le linge d'autel se borne aux nappes, aux corporaux, aux purificatoires et aux manuterges ou Lavabo.
Le linge des personnes consiste dans l'amict, l'aube, le cordon, le surplis, le rochet.
L'autel, selon les rubriques, doit être couvert de trois nappes superposées. Leur matière est exclusivement la toile de lin ou de chanvre. La soie , le coton et autres matières tissues en sont bannies. La nappe supérieure est souvent bordée d'une garniture en dentelle qui retombe sur le devant de l'autel. Pour la célébration de la messe, une nappe plus fine est employée. C'est celle qu'on nomme le corporal. Celui-ci est beaucoup moins grand que la nappe supérieure. 11 a une forme carrée et doit présenter sur le devant une petite croix rouge qui y est brodée. Le lin seul en est aussi la matière. Le purificatoire et le manuterge doivent être pareillement de toile de lin ou de chanvre.
Pour ce qui est du linge des personnes consacrées au service du culte, nous trouvons d'abord l'amict. Son nom rappelle l'usage auquel il servait autrefois. On s'en couvrait la tête, pendant une partie du saint Sacrifice. Aujourd'hui il est mis sur les épaules. Ce linge est de forme carrée et se rattache autour des reins par des rubans de fil. Il suffit que les épaules en soient couvertes.
L*aube, alba, ou robe blanche n'a pas besoin d'élre décrile. Un abus s'est introduit dans sa confection. On voit quelquefois des aubes dont le parement en dentelle brodée qui ne devrait en être que Taccessoirc, en est au contraire le principal. Selon les règles, ce parement ou garniture ne devrait point monter plus haut que les genoux. Or, il arrive trop fréquemment que cette partie brodée dépasse la ceinture.
Pour empêcher que la longueur et Tampleur de laube ne gène les mouvements du célébrant on la serre avec un cordon , autour des reins. A ce cordon , on substitue quel quefois une ceinture de soie dont les deux extrémités sont enrichies de broderies d'or ou d'argent. Les évoques étaient autrefois les seuls qui usassent de ces sortes de ceintures. Nous ne pensons pas néanmoins quil y ait, à l'égard des simples prêtres, une prohibition d'en user. Le terme latin cingulum ne se traduit pas plus fidèlement par cordon que par ceinture. On trouve même , pour exprimer cet objet, le terme Zona qui désigne bien plus particulièrement la ceinture que le simple cordon. Il ne nous semble pas de bon goût que le cordon ou la ceinture soient en couleur, comme on parait vouloir en établir la coutume, en certains pays. Le cordon «st un accessoire de l'aube, avant tout. Or celle-ci est blanche. La raison toute seule dit que l'accessoire doit toujours suivre la condition du principal.
Le surplis et le rochet ne sont en réalité que des aubes plus courtes. Pour ce qui est du premier, nous partageons l'avis de quelques archéologues qui censurent les ailes plissées et enpesées de la plupart de nos surplis français. Cette bizarre coutume qui date, à peine d'un siècle, rend le surplis incommode et mal aisé à maintenir propre. On sait que ces ailes à plis ne sont autre chose que les anciennes manches larges qu'on a fini par rejelter en arrière. Mieux vaudrait qu'on les reprit, comme cela a lieu, même en France, dans quelques diocèses. Pour ce qui est du rochet, il ne diffère de ce véritable surplis dont nous venons de parler, qu'en ce que les manches en sont étroites. Il est (les rochels qui n*ont point de manches. Il est inutile de dire
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que (oui ce qui dans Téglisc , cnlrc dans la catégorie du linge, doit élre en toile de lin, d*oii se forme le nom générique de linge. Le chanvre, comme on Ta vu, n*est pas exclu de cette catégorie.
L'amict, Taube, le cordon, le surplis conviennent plus ou moins directement à toute la hiérarchie ecclésiastique. Les laïques mêmes , par extension , en usent pour diverses fonctions auxquelles on les appelle quelquefois.
Le rocbet paraitrait être réservé aux prélats et aux chanoines qui s*en revêtent sous la mozette. Dans la pratique, cela souffre des exceptions, selon les lieux. Néanmoins, les rochets des prélats sont ordinairement ornés d'un parement en dentelle brodée , tandis que ceux des chanoines sont exclusivement unis jusqu'aux bords. En France, les rochets descendent jusqu'aux genoux. En Italie, ils ne dépassent pas le buste.
Ce qui vient d'être dit suffira pour le but que nous nous proposons, car nous ne pouvons entrer ici dans des dé-* tails plus intimement liturgiques. La mozette , le camail , laumusse et la barette ne sauraient être ici non plus l'objet de détails descriptifs, car une immense variété règne en ce genre et ressort des prescriptioins ou des coutumes diocésaines. 11 en est de même , pour l'habit des enfants de chœur.
Pour ce qui regarde cet habit , nous ne pouvons nous empêcher de signaler ce qui se passe depuis quelques années dans une grande ville dont il est superflud'articuler le nom. On s y plaît à affubler de beaux rochets à dentelle, de mozettes cardinalices, de chaussures rouges quelquefois brodées, de toute sorte de capricieuses fantaisies, ces jeunes choristes dont cependant les règles liturgiques ont à peu près fixé le costume. Or , ce dernier qui leur fut affecté pendant des sièdes est d'une sévère simplicité à laquelle on se borne encore dans les cathédrales jalouses de maintenir les prescriptions séculaires. Tout homme sensé ne saurait applaudir k ces nouveautés qui ne concordent point avec la noble majesté du culte divin. Un pieux évêque de France a déjà stigmatisé par une improbation formelle toutes ces mesquines puérilités.
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