CHAPITRE XXIY
Insignef des éyêques et dei abbéf.
Parmi ces iosignes, qui sont la mitre, la crosse, la croix pecloralc et Tanncao, il n'est que la crosse seule qui n appartienne point au pape. La mitre, la croix pectorale et l'anneau sont des insignes commnns k toute la hiérarchie des successeurs desapôtras et aux abbés bénits. Nousarons déjà parlé de la mitre précieuse du pape.
La mitre a fubi par le laps du temps de très^andes modifications. Selon quelques autours, les évéques portèrent, pendant plusieurs siècles, une sorte de bandeau de drap d'or autour de la tète. D'autres disent que c'était comme une coiiïc euphia qui ressemblerait beaucoop à ud mouchoir roulé autour de la tète et retenu par un nœud sur la partie postérieure. Le terme de mitre ne se trouve pas dans les auteurs ecclésiastiques antérieurement an Xc siècle. A partir de cette époque , ce couvre-chef se serait insensiblement exhaussé et l'étoOc eu aurait été maintenue par des cartons, ou des futaines. On comprend parfaitement le progrès que dut faire cette coiffure épîsoopale. Les cordons qui dans l'origine servaient à la fixer, devenus inutiles par la forme qu'elle prit , se changèrent en simples fanons de drap d'or ou d'argent quon laissa pendre sur les épaules. Nos deux derniers siècles à peu près, à partir de la fin dv seizième, ont donné à la mitre cette élévation que nous lui voyons en ce moment. H ^^^ certain du moins qu'au XVe siècle la mitre n'avait pas plus de neuf pouces de hauteur. On en a vu , dans le siècle dernier, de quatorze pouces et telle est la hauteur ordinaire ou à peu près de nos mitres actuelles. Il nous semble quane mitre de dix pouces de hauteur serait d'une belle proportion et réunirait h la gravité beaucoup plus de gràre quunc mitre de quatorze pouces.
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La matière de la mitre est le drap ou toile d'or que Ton enrichit de broderies. La mitre de drap d'argent est pour les cérémonies funèbres.
Les artistes ici comme pour la tiare devraient, ce nous semble, se rendre compte de Tépoque quand ils veulent figurer un évéqne. On conçoit combien il serait absurde de coifler d'une grande mitre de nos temps présents un prélat des Xlle , XUIe et XlVe siècles. Y-a-t-il anachronisme à coiffer d'une mitre un évéque qui appartient aux siècles où cet ornement de tête n'existait pas? Il est évident qu en agissant ainsi on commet un anachronisme matériel. Néanmoins, sans la mitre, il serait fort souvent difRcile de caractériser un évoque de ces temps-là.
La crosse est le symbole de lautorité dans la main des évèques et des abbés. On a beaucoup discuté sur l'origine de cet insigne. Nous nous plaisons à y reconnaître d abord un emblème de douceur. Le Sauveur du monde avait déclaré qu'il était le bon pasteur. Les apôtres et leurs successeurs devaient être aussi les pasteurs du troupeau mystique. La crosse serait donc , selon nous , la houlette pastorale. Aussi , dans les anciens monuments de la tradition , elle est nommée pedunij feruhj lituus. Il est vrai qu'on a donné aussi à la crosse une origine qui n'annonce rien de ymbolique. Ce ne serait qu'un b&ton dont les premiers évéques élus parmi les prêtres âgés se seraient servis pour soutenir leur marche. Insensiblement ce bâton aurait pris une forme , pour ainsi parler, plus solennelle. Mais 1 un n'empêche pas lautre. Les sceptres des rois ont pu aussi être un soutien et tout à la fois un signe d'autorité. Nous lisons d'ailleurs, dans l'Ancien Testament, que les chefs des peuples tenaient, on leurs mains, des bâtons, comme indice de leur pouvoir. Il est toujours certain que le quatrième concile de Tolède fait mention de la crosse remise h révêque, dans son ordination.
Le bois , Tivoire , le cuivre , l'argent et lor ont été employés comme matière de cet insigne. On sait que {)endant plusieurs siècles la crosse fut h peu près exclusivement en bois léger. Celui de sureau, on latin sambnctiSj fut mis
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en œuvre assez fréquemment pour que la crosse en prit le nom. C'est ainsi que Durand de Mende appelle ce bâtoo pastoral sambuca. Dans d'autres écrivains du moyen-ége , on lit cambuta ou cambuea, altérations visibles du premier terme. On sait que le bois de sureau, comme nous Tavons déjà dit plus haut, est entrecoupé de nœuds par intervalles à peu près égaux. C'est pour cela que la tige de la crosse est garnie de divers anneaux qui d'ailleurs , par le moyen de vis, présentent l'avantage de pouvoir la démonter, en plusieurs tubes, afin de la rendre plus portative, dans les visites épiscopales.
La sommité du bâton pastoral est recourbée. On croît pourtant que d'abord ce bâton beaucoup plus court fut surmonté d'une traverse horizontale qui lui imprimait la figure du thau, c'est-à-dire celle d'une croix. De là indubitablement le nom de crosse, en italien croce qui dérive manifestement du latin crtix, croix. Telle est en effet la forme des crosses orientales. Quelquefois ce sont deux serpents entrelacés dont les tètes se regardent. Il parait cependant que depuis plusieurs siècles la sommité du bâtoo pastoral est recourbée. C'est ainsi que la crosse est dépeinte dans Guillaume Durand. Il ajoute que souvent autour du globe d'où part celte tige recourbée en 'volutes on gravait le mot : HOMO. C'était pour rappeler au prélat qu'il ne devait point s'enorgueillir de cette dignité qui ne le plaçait point au-dessus de la condition ordinaire de l'humanité. Le même auteur dit que sans doute encore, dans la même intention, cette pomme était une tête d'homme et ceci est une nouvelle particularité relative à la crosse, dans le moyen-âge.
I^ sommité recourbée, le tube de la tige, et la pointe de l'extrémité ont été l'objet d'un symbolisme exprimé par le vers suivant :
Attrahe per primum , medio rege^ punge per imutn. « Attirez par le haut bout, gouvernez par le milieu, corri- » gez par la pointe. » En d'autres termes ; persuadez , régissez , punissez.
La crosse , de même que tous les autres objets du culte
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a subi , dans le XVIIc siècle et les suivants , des modiScalions qu'il serait trop souvent permis de nommer des altérations. La sommité» au lieu de ne présenter quun demi* cercle auquel pourrait s'appliquer cette attraction persuasive dont parle Durand est devenue une volute plusieurs fok repliée sur elle-même. La forme a pu y gagner quelque chose , mais le symbolisme y a beaucoup perdu. Il est aisé de remarquer cette altération en examinant les anciennes crosses^ dans les vitraux, les peintures murales, les miniatures, les bas-reliefs antérieurs au XVIIe siècle. Si la crosse est la houlette du pasteur, on conviendra bien que sa sommité ainsi façonnée n'y ressemble pas du tout. On peut aussi se dispenser de louer la hauteur souvent démesurée de la crosse moderne et affirmer avec assurance que tel ne fut jamais le bâton pastoral du moyen-àge , de cette époque dont on semblerait, en ce moment, vouloir faire revivre Tcsthétique religieuse.
Nous ne pouvons nous dispenser de faire ici une observation sur la crosse qui est mise dans les mains du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, en Téglisc métropolitaine où on lui a érigé un monument. Cette crosse est une reproduction du bâton oriental dont nous parlons plus haut. Elle est donc formée , à sa sommité , de deux serpents dont les têtes sont en regard. J. B. de Saint- Victor, dans son Tableau historique de Paris j nous dit que c'est la crosse cardinale. Cette explication est une puérilité. Les cardinaux, en cette qualité , ne portent jamais la crosse. L'archevêque et l'évéque , quand ils jouissent simultanément de la dignité cardinalice , n'ont pas une crosse dont la forme soit différenie de celle des autres prélats. Ainsi donc la . crosse du monument du cardinal de Belloy n'est autre chose qu'un anachronisme ou une anomalie.
La croix pectorale en or ou on vermeil est un autre insigne de la dignité épiscopale. Il est constant que les premiers chrétiens , surtout après la paix rendue à l'Eglise , se faisaient une gloire d'étaler sur leur poitrine le glorieux emblème de leur croyance. Les membres du clergé surtout portaient celte cfoix suspendue à leur cou. Il en a été de
ceci comme de plusieurs autres usages qui ont été inKDsiblement négligés ou abandonnés par les prêtres. Au bout de quelques siècles , les évoques plus soigneux de conserver les anciennes coutumes que leurs inférieurs ont dû à leur linable persévérance ce privilège. Il est vrai que certains auteurs ont attribué Tusage de la croix pectorale pour les évèques à Tenvie d'une croix d'or que le patriarche de Cons* tantinople, en 811, aurait envoyée au pape Léon IC. Celle croix était enrichie d*un morceau de bois sacré du Calvaire et le pontife par un sentiment de vénération voulut, dit-on, la porter habituellement sur sa poitrine. De là le nom grec (ïEncolpion donné à cette croix , c est-à-dire objet porté sor le sein. Mais comment cet usage se serait-il étendu du pape aux évéques? Le précieux envoi était fait uniquement au pape Léon IIL 11 est constant d'ailleurs qu'une croix brillait sur la poitrine des évéques et des prêtres longtemps avant ce pontificat. La croix que portent encore les femmes assez généralement n est qu'un vestige de cet ancien empressement de tous les chrétiens à se décorer du signe da salut. Il nous semble évident que celte dernière origine est la plus naturelle.
La croix pectorale, ( que certaines éditions des articles organiques de 1802 nomment très-mal à propos pasUwkJj est d'une dimension d'environ trois pouces. On la fait tonjours en or, ou en argent doré. Quelquefob elle estcreose et dans sa cavité elle est enrichie de reliques. L'art y exécute des ciselures, y incruste des pierres précieuses et il ne peut guère s'égarer sur ce point. Sa forme est constamment celle de la croix latine. Le pape et les cardinaux ont toujours cette croix cachée sous leur cappa ou mozette. Les abbés conventuels , comme nous l'avons dit , portent aussi cette croix.
L'anneau , signe de l'union d'un évéque avec son Egl>^ est, sous cet aspect, d'une haute antiquité. On peut démontrer que dès le lYe siècle du christianisme il fut donné aux évéques , dans la cérémonie de leur sacre ou ordination. Us le portèrent d'abord au doigt index de la m*'" droite, puis au quatrième doigt de la même main. Le Pou*
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tifical veat que cet anneau soit d'or et orné d'une pierre précieuse unie et sans aucune gravure. L'abbé porte aussi Tanneau. Cet objet ne saurait eiiger des notions ultérieures , en faveur de Tart chrétien que , dans tout ce qui a été dit , nous avons eu Tinlention principale de renseigner utilement.