‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 131 sur 180 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Dernières observations sur l'art chrétien: •

Si au lieu de nous borner aux renseignements utiles dont nous yenons de parler , nous voulions continuer d'exposer tout ce qui se réfère à rorncmentation et à l'ameublement des églises , il nous resterait encore à faire d'autres excursions dans le champ de Testhélique des deux Eglises d'occident et d'orient. Pour cela, il nous sufGrait presque de traduire ce que dit l'illustre cardinal Bona, dans son traité De rébus liturgicis. Nous pourrions parler du cbalumeaa ou sjpbon d'or ou d'argent dont on usait anciennement et dont on se sert encore dans la messe papale; du colatorium ou passoir destiné à clarifier le vin dv Saint-Sacrifice » etc. Sur ces divers ustensiles , surtout pour jie dernier , tout ce qu'on en pourrait dire rentre dans le dopiaine de rérndition. Nous en parlons dans nos Origines et Raison de la liturgie catholique.

Il est enfin temps , nous nous plaisons à le répéter , de revenir aux saines traditions de l'art chrétien. Il faut aussi se garder de donner le nom de progrès à ce qui n'est en réalité qu'une déplorable dégénération de l'art. Tout dans ce monde a une borne, Tinfini seul appartient à Dieu. luors donc qu'on dépasse cette limite , on ne peut que rétrograder vers les premiers rudiments. Ceci s'applique généralement à toutes choses et le progrès indéfini , que certains esprits malades préconisent, n'est qu'une déplorable aberration. Les bons esprits souscriront volontiers à ce qui vient d'être dit.

Il ne faudrait pas cependant conclure de ceci qu*ondoit absolument renoncer à certaines modifications ou améliorations. Le moyen-àge n'avait pas à sa disposition plusieurs de nos applications modernes de la matière à l'esthétique de l'art. Ainsi , par exemple ; la fon(e de fer et le fer lui-

même n'élaient pas en ces temps-là susceptibles de servir de charpente à une église , d'être façonnés en colonnes, eu arceaux, en balustrades et même en campaniles et flèches, quoique de nos jours, sous ce dernier rapport , leur emploi n'ait pas réussi à la cathédrale de Rouen.

Terminons en disant, comme corollaire de ce qui précède, qu'on se formerait une fause idée de Tart chrétien si Ion pensait qu'il faut s'astreindre à une servile imitalion de ce que le moyen-Age nous a légué dans ce genre. Nous avons dit ailleurs qu'au fond, et rigoureusement parlant, il n'existe pas d'art chrétien , c'est-à-dire que le catholicisme ne flxe et n'a jamais fixé aucune règle déterminée et invariable pour rédifice où s'exerce son culte. On voudra bien ne pas oublier qu'il est impossible d'assigner à l'architecture du moyen-Age ou ogivale la qualité exclusive d'art chrétien , à moins de vouloir frapper de réprobation les basiliques de Satnt-Jean-de-Latran , de Saint-Paul et de Saint-Pierre de Rome, surtout cette dernière où le chef suprême du catholicisme remplit ses plus augustes fonctions^

Les hommes sages doivent se garantir de ce qu'on a eu raison d'appellcr l'engouement , en quelque genre que ce soit. On a légitimement stigmatisé celui dont on se prit dans les deux siècles précédents pour l'art païen , en rejettant avec dédain le style du XlIIe siècle. On a vu les hommes les plus judicieux se livrer à des écarts de cette nature. Ceci doit être un exemple pour nos archéologues modernes, j^ui oserait garantir que dans quelques siècles le goût sera le même, surtout dans une nation aussi inconstante que la n6tre?Que l'on imite les formes ogivales du moyen-^ftge dans un temple où l'on veut rappeler le Xllle ou le XlVe siècle , rien de plus logique. C'est ce qu'on a fait avec bonheur selon nous, dans l'édification de l'église Sainte-Glo. tilde à Paris. Hais que dans des édifices d'architecture grecque ou romaine on installe une ornementation ou un ameublement du système ogival , c'est tomber dans la même erreur que ceux qui au siècle dernier décorèrent le chœur de Notre-Dame et transformèrent ses arcades ogivales en arcs à plein-cintre. Elevez dans le temple grec de la Madelainc

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(les autels, des statues, des jubés, elc^, comme on en voit dans de vieilles cathédrales, vons détruisez Tharmonie architecturale et vous commettez absolument la même faute que Ton peut signaler à Chartres, à Amiens, à Rouen et ailleurs, surtout dans cette dernière cathédrale où un jabé d ordre grœco-romain du XVIIe ou XVIIIe siècle produit Taspectle plus choquant. Dans plusieurs églises de Paris , outre le chœur de Notre-Dame , on remarque aussi avec peine des objets d'art qui ne sont pas du tout en harmonie avec le style de Tédifice. On peut citer la chaire en marbre de Saint- Germain-des-Prés ; un bénitier de marbre à Saint-Germain- TAuxerrois , où la nudité de Técole païenne contraste avec la sainte sévérité d'un temple catholique et le génie architectural de Tédificc -, des autels de formes maniérées qui ne répondent point à leur noble et auguste destination. Que n'y aurait-il pas à dire sur une foule d'édiGces sacrés dans toute la France et ailleurs? Que de précieux restes de l'antiquité chrétienne ont disparu du sol ou bien ont subi des modifications qui équivalent à une ruine?

En deux mots et pour conclusion générale nous disons que ce qu'on nomme le progrès dans fart chrétien doit procéder avec sagesse qnoiqu en reproduisant les divers styles on ne doive pas s'astreindre à une servile et minutieuse imitation ; qu'à chaque style doit s'adapter rornementation qui lui est propre et que lameublement en général doit y correspondre. Nous employons cette dernière restriction, parce que nous ne saurions accepter certaines exigences , telles que de n'user dans une église du XlIIe ou XlVe siècle que de chasubles , de vases sacrés , d'encensoirs , eic. scrupuleusement conformes à ceux de la même époque. Ce ne serait plus , en ce cas , qu'un puéril engouement. U faudrait donc aussi ne célébrer les saints mystères dans ces églises que selon le rit usité en ces mêmes siècles. U faudrait y chanter régulièrement l'évangile sur un jubé , n'y placer aucune chaire , aucun confessioual , aucun banc d'œuvre , en bannir les chaises à l'usage des fidèles et les remplacer par des herbes et des feuillages et surtout se préserver des calorirères dont l'austère piété de nos pères se serait assurément scandalisée.

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Pour tout ce qui regarde l'architecture, rorncmentation et Tameublement des églises nous finissons en reproduisant ces paroles du cardinal Frédéric Borromée, dont nous avons cité de nombreux passages dans la première partie de notre livre. S'il y a faute, en tout ce qui se rattache à l'art chrétien , il faut bien la mettre sur le compte de qui de droit : Peccaiur aiUem in sacrarum œdium fabrica contra leges ecclestaslicas j dum paslores animarum , ipsique sacerdotes , quibus potestatis , intelligentiœque altquid erat , permittunt omnia fabris , et architectis , ut agant , inslituantque cuncta arbitratu suo. (^Symbol, litterar. Decadis secundœ volumine septimoj lib. llj pag. 95^ Romœ 1754). Les ecclésiastiques à qui s'adressent ces paroles n'ont pas besoin que no*^s leur en donnions la traduction.

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