CHAPITRE m
Présentation de Jésus- Chritt au Temple.
Aux principaux événements de renfance de Jésus^hrisl qai viennent d'être exposés sons laspect artisdque , succède un fait moins important en lai-méme, mais qui a cependant exercé souvent le pinceau des artistes. Quarante jours après sa naissance Jésus fut présenté au Temple de Jérusalem. C est la solennité célébrée par TEglise , le deuxième jour de février. Elle se lie intimement avec la Purification légale de Marie. On doit s'étonner que Molanus n'entre , à ce sujet, dans aucun détail. Il prononce uniquement le nom de HypapatUe par lequel les Grecs désignent la Présentation , ou plutôt la rencontre de Siméon et de Marie , car telle est la signification du terme précité. C est donc Tiostant où Marie et Joseph allant présenter Tenfant Jésus au Temple trouvent venant au devant d'eux le saint vieillard Siméon. Dans l'Eglise grecque VHypapantej ou, par contraction VHypante est identique avec la Présentation de Notre-Seigneur considérée comme solennité liturgique. Mais la rencontre dont il vient d'être parlé est un fait particulier, un incident que l'art chrétien doit bien se garder de confondre avec le cérémonial de la Présentation, telle que la loi de Moïse le prescrivait. Nous devons d'abord parler de celle-ci.
L'Evangile raconte ce fait en peu de mots : « Quand les » jours de la Purification de Marie, selon la loi de Moïs(;» D furent accomplis , Jésus fut porté à Jérusalem pour y
» être présenté au Seigneur et pour y faire rofTrande
» prescrite par la même loi, savoir, une couple de lourde- » relies ou deux jeunes colombes. » Ici il n'est point parle du Temple, mais il est nommé dans les versets qui suivent ^ulle part , dans ce chapitre , il n'est question de prêtre ou de ministre prc^sidant à ce ccr<^monial, oncore moins d»
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GraDd-pré4re. Celui*ci ne venait au Temple que dans les solennités du premier ordre. Or une présentation de premier-né» parmi les Juifs, était un rite fort ordinaire, il parait donc contraire h l'bistoire de représenter dans un tableau de ce genre le suprême ponlife de la loi de Moïse. Unévéque, dans son diocèse, n'administre point journellement, par exemple, lo sacrement de baptême, encore moins peul-on le penser du chef suprême de la religion ca* tbolique. La comparaison n est pas , nous le croyons , dénuée de toule justesse. Il n'est pas rationel d'y faire in- (eirenir le Grand-prêtre de la loi. Admettons toutefois que rarliste, pour honorer et gloriQer à sa manière la Préscnlaliott du Sauveur, et par respect pour ce mystère , soit autorisé, du aïoins par le silence tolérant de TEglise, à y faire figurer le Grand-prêtre lui-même, il doit étudier le costume. U doit se garder de se livrer aux caprices de son imagioation. Or rien de plus facile que d'acquérir une connaissance exacte sur ce vêtement liturgique de Tancienne loi. Voici une description précise et détaillée de ce costume sacerdotal.
u Par dessus son habit de lin qui lui était commun avec les prêtres , le grand pontife avait une robe bleuâtre ou de couleur de pourpre, sans manches et sans couture. Le bord en était garni d'une riche frange, à laquelle étaient attachées de petites sonnettes et des pommes de grenade admirablement travaillées en or , à une égale distance Tune de l'autre , afin que le son qu'elles rendaient en sentrechoquant , servit à avertir de son approche. Cette robe était attachée avec une riche ceinture qui faisait deux fois le tour du corps et dont les bouts pendaient fort bas par devant. Sur cette robe , le pontife mettait le vêtet&ent qu'on appelle Ephod , richement brodé en or. Il était fort court et n'avait que deux pieds de longueur. A la partie supérieure de ce vêtement étaient attachées deux pierres précieuses enchâssées dor et sur lesquelles étaient gravés les noms des douze tribus d'Israël. Sur le devant, à Tendroit de la poitrine, il y avait un espace vide , long <lune demi-coudée et large à proportion. Cotait là que
» se mcttail le pecloral qui était uoe pièce delà même étoffe » que l'Ephod , à laquelle étaient attachées douze pierres n précieuses enchâssées en or. Sur chacune de ces pierres » était gravé le nom d'une tribu. Elles étaient disposées en » quatre rangs , chacun de trois. Le pectoral était attaché » à TEphod , par les quatre coins , avec des chaînes et des » crochets d'or et des rubans bleus. Il était sévèrement dé- » fendu au pontife de mettre TEphod sous le pectoral. Ce » dernier ornement était aussi nommé Mémorial , parce » qu'il lui rappelait le soin qu il devait avoir des tribus dont » il portait les noms sur la poitrine. On le nommait aussi » le pectoral du Jugement , parce que l'oracle divin j était » attaché. Cet oracle était VUrim et le Thummim que Dieu » ordonna à Moïse d'attacher sur le pectoral , mais dont » l'Ecriture ne nous enseigne point la forme. Il nous reste » à parler do la tiare qui couvrait la tête du pontife. C'était » une sorte de bonnet qui avait la forme d'un hémisphère » et qui ne descendait pas plus bas que les oreilles. Ce boa- » net était couvert d'une mitre espèce de coiffure de conlear » d'hyacinthe et environné d'une triple couronne. La tiare » pontificale était particulièrement distinguée par une lame » d'or, sur laquelle étaient gravés, en hébreu, ces mots : » La sainteté à VEternel. Cette lame était attachée à la » partie antérieure de la tiare, par deux rubans bleus. U » Souverain-Pontife, ainsi que les autres prêtres, officiait « toujours pieds nus et il portait si loin le scrupule i cet » égard que s'il se trouvait seulement un brin de paille en- » tre ses pieds et la terre, il avait soin de Tôter. En géné- » rai, la grande marque de respect, chez les Juifs, était » d'avoir la tête couverte et les pieds nus. » [Dictionnaire des Cultes j par Delacroix, au mot Prêtre.)
A ce document assez explicite il est utile de joindre Tautorité de l'historien Joséphe. Celui-ci dit que le bonnet des simples prêtres est composé de plusieurs tours d'une bande de lin repliée et cousue , en sorte qu'il parait comme une couronne épaisse faite d'un tissu de lin. Par dessus ce bonnet il y a une toile qui l'enveloppe tout entier et qui àc^' cend jusque sur le front pour cacher la difformité ^^^
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coulures. 'A Tégard da bonnet da Grand-prétre, il dit qu'il est semblable k celui que nous venons de décrire , mais que par dessus on met un antre bonnet do couleur d'byacinthc, qui conyre le derrière de la tète et les deax tempes , et est euTirooné d'une triple couronne d'or, où il y a de petits boatons de fleurs de jusquiame. Le contour de ces fleurs est interrompu par devant la tiare , ii Tendroit où la lame d'or, qui est chargée du nom de Dieu, se rencontre.
S. Jér6me assure que le bonnet des prêtres était rond , semblable k celai que l'on met sur la tête d'Ulysse , comme si Ton coupait une sphère en deux , et que Ton en prit la moitié pour servir de bonnet. Il n'avait pas do pointe en haut et ne couvrait pas tonte la chevelure , mais en laissait le tiers à découvert par devant, et afin qu'il ne tombât pas il était attaché par un ruban qui se nouait par derrière.
Nous dirons, avec Dom Calmet, qui nous a fourni ces derniers documents, que la forme des bonnets des prêtres hébreux n'est pas bien connue. Ceci, par conséquent , n'offre rien de très-décisif pour les artistes. 11 nous semble pourtant que le passage de Joséphe, qui concorde assez bien avec celui du Dictionnaire des Cultes, peut devenir pour les peintres un guide suffisant. Mais toute difficulté, à cet égard , disparait, si Ton s'en tient au simple récit de l'Evangile qui ne fait aucune mention de Grand-prêtre ni de prêtre, dans l'acte de la présentation au Temple.
Dans un tableau de ce genre , Marie doit tenir sur ses bras le divin enfant et Joseph présenter l'offrande. Mais un peintre trouve cela trop simple et y joint des accessoires d'invention qui ne sont pas toujours marqués au coin de la science théologique et historique. Rigaud, dans une toile très-remarquable sous le rapport du dessin et do la touche, revêt le Grand-prêtre d'une aube et d'une chape. La Vierge qui va faire l'offrande des pauvres est une femme vêtue avec luxe. L'enfant qu'elle tient dans ses bras est tout nu. Une autre femme qui a l'air d'une suivante présente les colombes au pontife, tandis que Joseph est à genoux. Or, cette posture de génuflexion était inconnue aux Juifs , et puis mcore , c'était toujours le père qui offrait le prix du ra-
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chat. La foi nous enseigne » il est vrai , que Joseph ne fui point» selon la chair , le père de Jésus, mais il en tenait 1« place. Les Juifs le considéraient en cette qualité : Vt futa^ batur {Jesui) fUius Joseph.
VBypapanU ou BypanU est un sujet fort différent. Un tableau qin représente cette rencontre porte le nom de IVune dimiitis , premiers mots du cantique de S. Siméon. Ce vieillard était*il un prêtre? Rien ne l'annonce dans TEfangile. Le texte y désigne , sous cette qualité , Zacharie , tandis que Siméon n y est qualiBé que d^homme juste. Aaaurément c'est un magni6que élc^e, mais qui ne peut autoriser le peintre à le traduire par un vêtement sacerdotal. Quelques auteurs ont, il est vrai, soutenu que Siméon était prêtre. Ils ne peuvent baser ce sentiment sur un solide appui. Grande serait donc Terreur de lartiste qui costume* rait Siméon en prêtre juif, et surtout en Grand-prêtre. VHypante est facile ii peindre. Il n'y faut qu un peu de sagacité. Marie, accompagnée de Joseph , rencontre dans le parvis du Temple le saint vieillard Siméon qui prend, dans ses bras, le divin enfant. Dans un transport de prophétique allégresse Siméon chante le cantique Nune dimiUis par lequel il rend grAces au Seigneur de la faveur qui lui est accordée, celle de contempler de ses yeox le salut d^Israël, la lumière des nations, la gloire de son peuple privilégié.
On peut pfacer à côté de Siméon la prophétesse Anne , fille de Pbanuel , Agée de quatre-vingt-quatre ans. Yoilà déjà un groupe de cinq figures dont chacune doit être empreinte du caractère qui lui est propre. Si Tartiste exécute ce sujet avec amour, en saisissant bien ce que la foi lui révèle sur les cinq personnages , son œuvre sera d'un grand prix , sous notre point de vue exclusif. Rien ne l'empêchera d'adjoindre aux principales figures quelques personnages accessoires qui s'harmonisent véritablement avec le sujet capital.
MoIé reproche à Michel Corneille une scène ignoble adjointe à un tableau d'hypante. C'est un chien qui dédiire le bas de la robe d'un enfant , tandis que celui-ci effrayé ae réfugie dans les bras de sa mère. Peut-être cet artiste cachait une pensée noble ou un emblème sous cet accessoire.
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nais il faut coD?enir que Vémgme, si cen est une, est trop pei transparente.
La prophétie qoi soit le sublime cantique de Siméon ne poarrait être exactement reproduite sur un tableau , sans un talent consommé. Le saint yieillard accompagné d'Anne dit, en parlant de Jésus : « Cet enfant est Tenu au monde • poor la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël , » poor être un signe auquel on contredira. » Puis s'adressait à Marie : « Un glaive transpercera ton Ame, afin que
> soient réyéléet du fond des cœurs de plusieurs leurs pen-
> sées. B Paroles aussi énergiques que concises ! Prophétie dont TéTénement , surtout au bout de dix-huit siècles écoulés, justifie prodigieusement la vérité! Quel sera l'artiste capable de leur donner une couleur sur la toile ? Celui-là seul qui, dans une Ame fermement croyante , saisira d'abord tout ce qu'il j a de divin dans ces courtes paroles , et puis ce qu'elles ont de navrant pour le cœur d'une mère telle qae Marie.