CHAPITRE Y
Le Btptéine de Noire-Seigneur; sa Tentation au désert j les Noces de Cana; la Yoeatkw det apôtres.
Il ne laurait outrer itim notre plan d'époiter tout ee que fari dirétien pourrail reproduire de la ^ie de Jésot en&iil. Nous aTona dû nous borner aux faits Uen caractériséa du texte des Erangilea. Tout ce qu'on pourrait extraire de lldatoire de cette aaiote enfanoa , au-delà de ce qui en a été exposé» ne saurait être du domaine traditionnel de notre ejcie featifal et historique. Noua devons donc passer à la deoxJàne période^
io Le baptême. Le Sanvenr OMunienoe sa mission é?angéliqae. Il est arrivé à Fâge de trente ans. S. Jean , le précurseur, va lui conférer le baptême de pénitence» comme an plus vulgaire des babilants de la Judée. On sait que le terme baptiser dérivant, presque sans altération, du grec et dp latin, signifie /aet r. Les anciens n'ont jamaia cro que pour accomplir ce qui est annoncé par cette exfffesaion, il suffisait de répandre une légère ondée d^eau sur la tête. Pour eux le baptême a été constamment une immersion. Cesl ainsi que l'entendent encore, de nos jours, les chrétiens orientaux qui , pour administrer le sacrement de baptême, ne se contaient pas de répandre sur la tête quelquea gouttes d'eau, mm plongent le néophjte dans la piscine baptismale. Il est vrai que le baptême de Notre«Seigneur n'est point du tout ce que nous nommons ainsi dans le christianisme , un véritable sacrement de régénération. Mais peu importe. Cet acte de S. Jean doit répondre à son appellation. Le baptême de Notre-Seigneur ne Ait pas une simple infusion, mais une immersion réelle. S. Mathieu Tannonce trèsH^lairement : a Jésus étant baptisé , remonta n de Teau, Confesim ciscendit de aquà. Certes, s'il n'eut fallu que quelques gouttes versées sur la tête , il n était pas besoin de se rapprocher d'un, fleuve. S. Marc tient le
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même langage que S. Mathieu : « Jésus fut baptisé par B Jean dans le Jourdain , et aussitôt montant ou sortant de » Teau , etc.,» Et statim ascendens de aquâ. L'Eglise latine a fait pour le sacrement de baptême > jusqu'au Xllle siècle, ce qui se pratiqua par S. Jean pour le baptême de pénitence. On a baptisé par immersion , et c'est au siècle indique que prévalut le baptême par infusion.
L'artiste jaloux de rester fidèle à l'histoire n'ira donc point copier un baptême de Notre*Seigneur, par infusion, quand même le peintre s'appellerait Raphaël. Ce grand mattre a figuré le Sauveur pieusement incliné devant Jean-Baptiste qui verse sur la tête de Jésus quelques gouttes de l'eau du Jourdain. Notre célèbre Lebrun a suivi ce modèle trompeur et n'en est pas plus excusable pour cela. Nous admirons le talent d'exécution et nous censurons l'inexactitude histori-< que. C'est notre droit et notre devoir.
« On a lieu de s'étonner > dit Holanus, que tous les pein*
• ires semblent s'être donné le mol pour représenter S. Jean- « Baptiste versant, d'une conque, ou de la main nue, un
• peu d'eau sur la tête du Sauveur. >
Un peintre craindrait*il d'encourir un reproche de hardiesse s*il essayait de retracer , dans toute sa vérité historique, celte touchante scène de la vie de l'Homme-Dieu ? Qu'il le tente , et il aura pour lui les sufirages de la science ecclésiastique. L'Evangile à la main il défiera ses aristarqucs • esclaves d'un préjugé inintelligent. Raphaël , Lebrun et une foule d'autres ont passé et la vérité demeure. Dans les sujets sculptés au pourtour extérieur du chœur de Noire- Dame-de-Paris on voit Jésus-Christ plongé jusqu'à la ceinture dans le fleuve du Jourdain dont les ondes sont figurées avec autant d'art que pouvait en posséder le XlVe siècle. Mais du moins le sculpteur a voulu représenter une véritable immersion, c'est-è-dire un baptême réel et non point une simple infusion. En terminant ce qui concerne ce sujet nous croyons pourtant devoir citer un auteur qui mérite toute confiance , c'est Catalani , dans son commentaire sur le rit romain. Cet auteur nous apprend qu'on voit à Rome , à rentrée de la basilique de Saint-Laurens in Agro Verano,
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un Uiblean qui représente Romain dans an bassin , et S. Laurent qui le baptise , le bénissant de la main droite et Tersant sar sa tète, de la main gauche » on vase plein d'eau. On Hiootre enoorc dans la sacristie ce rase qui est d airain. Noos sommes enclin à penser que ce bapléme de Notre- Seigneur Jésus^hrist, par infusion, n élant pas sans précédent dans Tari antique , à des époques rapprochées du berceau de la foi chrétienne 9 pourrait peut-^tre servir à justiEer les peintres.
D après ce que dit D. Mabillon dans son voyage dltalie f'Iter iialieum, page IZJ on voit sur un tombeau près de Naples ane image de baptême conféré tout à la fols par immersion el par infusion. Il serait donc possible de supposer que S. Jean-Baptiste agit de la sorte quand il baptisa Jésns-Cbrist. Nous croyons définitivement que la meilleure manière de représenter un baptême de Notre*Seigneur est rallianco de Timmersion avec Tinfusion.
Noos ne pouvons répéter ici ce qui a été dit sur la colombe planant au-dessus du Sauveur, au moment de son baptAme. /^Voir la première pariie.J Quelques accessoires tels que des anges qui tiennent la tunique du Sauveur ne sont point déplacés dans une scène de ce genre, quoique TEvangile n'en dise pas un mot.
Le Poussin a joint à cette scène une multitude de Juifs dont les uns venant de recevoir ce baptême de pénitence reprennent leurs vêtements , et les autres considèrent la colombe miraculeuse. Mais encore ici le Sauveur , au lieu d'être dans le Jourdain , in Jordane , est sur les bords du fleuve à genoux devant le saint précurseur. Il reçoit sur la tête une légère ondée qui s'échappe d'une coquille. Puis les nouveaux baptisés se recouvrent de leurs habits dont assurément il n'était pas besoin qu'ils se dépouillassent, si quelques gouttes d'eau devaient uniquement leur arroser la tête.
Certains écrivains de l'antiquité parlent d'une grande lumière qui projeta d'immenses rayons sur le Jourdain, après ce baptême. C'est la gloire ou auréole du sein de laquelle s'élançn sur la tête de Jésus la colombe mystérieuse. Le pinceau peut la reproduire et répandre sur cette
auguste scène une nouvelle beauté* Les anges dont parle S. Luc, qui descendaient sur la tête du Sauveur, en ce même instant j ajoutent un nouveau charme. Il est inutile de dire que ce sujet est un de ceux qu'affectionne le plus Fart chrétien.
2o Après son baptême, Jésus se retira dans le désert pour y passer quarante jours dans un jeûne absolu. C'est là qu'il fut tenté par le démon. Ce n'est pas ici le lieu de réfuter quelques incroyants qui n ont voulu voir, dans cette tentation» qu'une sorte d'allégorie ou de parabole. Jésus fut réellement tenté par le diable. Les saints interprètes ont toujours pris ce fait au pied de la lettre. L'art s'est emparé de cette circonstance de la vie du Sauveur et a essayé de la retracer. Mais il y a triplicité dans ce sujet unique. io Le diable montre au Sauveur quelques pierres et lui dit do les changer en pain. 2o Le tentateur transporte Jésus- Christ sur le pinacle du Temple et lui conseille de se jeter en bas , en lui observant que s'il est le Fils de Dieu , les anges le recevront dans leurs bras , selon ce qui est écrit- 3o Le démon porte Jésus-Christ sur une haute montagne et lui promet la possession des royaumes du monde qu'il lui montre, s'il veut condescendre k se prosterner devant cet esprit impur.
Le premier sujet n'offre guère de difficultés que pour représenter le tentateur. Quelle forme donner à cet esprit de mensonge ? On ne peut , qu'on le remarque bien , le figurer, en ce moment , avec les attributs conventionnels ou allégoriques dont il a été parlé dans la première partie. Le démon doit nécessairement se déguiser sous un aspect décevant, pour mieux réussir dans son dessein. En effet, les commentateurs s'accordent à penser que le démon se montra aux regards du Sauveur, sous une forme gracieuse et prévenante.
Henri Agrippa ayant vu , quelque part , à ce qu'il prétend , le diable représenté en ermite ou en moine tentant le Sauveur, en a conclu ce que lui seul pouvait imaginer... que le diable était l'inventeur du froc monacal. Quelques pieux écrivains ont soupçonné qu'en effet le démon se pré-
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leoU devanl le Sauvear en habit de moioe » afin d*en imposer daYantage sons ce masque de dérolion. Ceci ne mérite pas qo*on a j arrête sériensement. Il résulte de ce qui a été dit que le peintre ne peut figurer le démon , dans cette cir constance , sous le type qui est consacré à la représentation de cet être impur. La difficulté est grande néanmoins , car si rien ne caractérise le démon, Fintelligence du tableau ne saurait être aisée.
Le second sujet , k son tour, n*est pas d'une exécution facile. Que faut-il entendre par pinacle du Temple 7 Palacm, selon Paquot , en fait tout simplement une girouette et, selon lui, certains peintres ont placé le Sauveur sur cette pointe. 11 faudrait d'abord prouver que les édifices de la Palestine étaient surmontés de cette aiguille. Rien , dans les livres saints» ne fait soupçonner que les Israélites eussent connaissance de ce genre d'ornement sur leurs habitations et encore moins sur le fatte du Temple. Ce faite était d'ailleors une plate-forme et nous la trouvons assez souvent désignée , dans TEcriture , sous le nom de Cenaculum , le Cénacle, dont il sera parlé ultérieurement. Le pinnaculum ne saurait être qu'un des angles de cette plate-forme on terrasse p puisque celle-ci était entièrement hérissée de pointes de fer pour empêcher les oiseaux de s'y reposer. Tant était grand le respect du peuple Juif pour la Maison de Dieu/ Il n'est pas possible de figurer des anges qui , au bas du Temple , se disposeraient à recevoir Jésus-Christ dans leurs bras. Ce ne serait plus alors une tentation diaboliqae , car assurément ces messagers du Très-Haut .n'étaient point aux ordres de Lucifer déchu. Il le faudrait pourtant, car il est impossible de supposer que la puissance dirine les appelait , en ce moment , à ce ministère.
Le troisième sujet a beaucoup d'analogie avec le précédent, n serait oiseux de s'enquérir du lieu , de la région où la très-haute montagne, montem excelsum valdè^ était âtaée. Tous les royaumes du monde et leur gloire no peuvent aisément se prêter au pinceau de l'artiste même le plus kabile... Si ce n'est par une heureuse allégorie qui, h son tour, exige une profonde sagacité.
3o Les Noces de Cana sont la première circonstance où se manifesta le pouvoir surnaturel du SauTcur. Par- un premier prodige il fit connaître qu'il y avait dans lui plus que rhomme ; sa gloire éclata , nous dit Fhistoire sacrée et les disciples dont il s'était entouré crurent en lui. Jusqu'à ce moment donc , rien n'avait révélé cette puissance divine dans aucun acte personnel. C'est pourquoi nous donnons à ce miracle la priorité sur d'autres actions du Sauveur qui lui sont antérieures, telle que, par exemple, la vocation des apôtres. Le plan que nous nous sommes fait eiige cette interversion.
Nous devons dire d'abord que certains artistes ont fait très-mal à propos de S. Jean Tévangéliste l'époux des Noces de Cana. 11 est indubitable que, si les apôtres furent invités à ce festin , aucun d'eux ne fut le nouveau marié. On sait d'ailleurs que S. Jean passa toute sa vie dans le célibat. Quant à l'épouse, l'opinion de ceux qui, en très petit-nombre , veulent j voir Madelaine , est indigne de l'honneur d'une réfutation. Dans le tableau qui retrace le festin nuptial de Cana on donne très-habituellement la place d'honneur à Jésus et à Marie sa mère. L'Evangile ne dit rien sur ce point , mais il ne saurait s'y trouver un motif de blâme. En général, on s'écarte, dans ce sujet, de la tradition qui nous montre les anciens non point assis à table , comme nous , mais accroupis sur des lits qu'on nommait Triclinia. Les femmes seules étaient assises. Molanus cependant n'improuve pas les artistes qui figurent, sans exception , tous les convives de ce festin nuptial assis, selon l'usage Européen. Les plus grands peintres de tontes les écoles n'ont pas mieux respecté la coutume Asiatique.
La forme des urnes dont parle le texte évangélique sous le nom de hydriœ mérite une étude particulière. Molanus assure que dans l'église de sainte Ursule, à Cologne, on montre une de ces urnes qui y est conservée comme un précieux monument et que les peintres la prennent pour modèle. Le monastère de Port-Royal , à Paris , possédait une de ces urnes de Cana que Ton croyait apportée de la Palestine par le roi S. Louis. Selon l^e Maistrc de Sacy ,
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elle contenait cinqoaDle-deax pintes , mesure de Paris. Dom Calmet déclare qa*il l*a rue et ajoute qu'elle était de marbre et tellement lourde que deux hommes pouvaient à peiue la remuer de place , quoiqu'elle fût vide* Benoit XIV mentîoooe plusieurs autres urnes provenues de la salle du festin de Cana et qui seraient à Tongres , i Bologne , à Mnsignano, en ce dernier diocèse. Le savant pontife semble ne pas ajouter une grande foi i Tanthenticité de ces monuments. Il ne faut donc pas attacher une trop grande importance à la reproduction artistique de ces urnes. Il suffit que le peintre leur donne une forme à peu près harmonique avec Tépoque et le lieu.
En ce qui regarde les deux époux , ni l'Evangile ni la tradition ne nous révèlent rien de positif* On sait que la galerie da Louvre possède un immense tableau où les Noces de Cana sont Bgurées d'une manière très-pittoresque, Tous les personnages y ont le costume du XVIe siècle* Pour ce qui est de l'architecture» il ne faut pas y chercher celle de la Galilée 9 car tout y est vénitien. Celte belle page est moins un tableau d'église qu'une œuvre d'apparat. Ce n'est donc point là que le peintre chrétien ira chercher l'esthétique religieuse* Il pourra cependant y trouver un vrai modèle de beauté dans la richesse du coloris, dans la noblesse et la variété des poses , dans le naturel des exprès* sions, qualités qu'on ne saurait refuser au célèbre Paul Vénmèse , ou plutôt Caliari qui fut son vrai nom*
On a trop souvent oublié le fait capital du miracle du Sauveur changeant Teau en vin , pour s'attacher d'une manière exclusive h peindre un festin de noces. C'est pourtant ce grand prodige que l'art véritablement chrétien est appelé à retracer par tous les moyens que la science iconographique a mis à sa disposition.
4o La Vocation des apôtres a été traitée plusieurs fois et ce sujet est tout-à-fait digne d'entrer dans la décoration artistique d'un temple chrétien. S. Matthieu raconte cette vocation en ces termes : « Jésus parcourant les bords de la » mer de Galilée vit deux frères » Simon surnommé Pierre » et André son frère jetant leurs filets dan^ la mer, car
» ils étaient pécheurs et il lear dit : Venez a?ec moi (litlé- » ralement : après moi,) {post me) et je roos ferai pécheurs » d'hommes. Ceux-ci ayant , à Tinstant , abandonné leurs n filets le suivirent. » Guidé par le sentiment chrétien le peintre saura donner à la physionomie des personnages le caractère qui leur convient ; au Sauveur le commandement que tempère la douceur, aux apôtres la confiance qui leur inspire un renoncement absolu , un abandon sans hésitation. Le paysage , la perspective, et comme on dit, la oouleur locale ne sauraient occuper que le second rang. La vocation isolée de S. Matthieu par Otto Venins on Octave Van-Véen est un des plus beaux tableaux du musée d'An* vers. La figure du Sauveur et celle de Lévi qui prit le nom de Matthieu ont toute lexpression qu on peut leur désirer. Lévi quitte son bureau avec cet abandon que la suavité du regard de Jésus semble irrésistiblement provoquer.
Le chapitre iv de S. Matthieu raconte encore la vocation d'autres apôtres , tels que Jacques fils de Zébédée et Jean son frère, dans les mêmes termes que celle des deux premiers. S. Marc, au chapitre ni fait l'énnmération des dooae apôtres en cet ordre : Pierre , Jacques fils de Zébédée , Jean son frère , André , Philippe , Barthélemi, Matthieu, Thomas , Jacques fils d'Alphée, Thaddée (Jude), Simon, et Judas Iscariote.
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