‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 35 sur 180 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Autres sujets relatifs à la mèrd de Dieu, en dehors de son grand cycle festival.

La tendre dévotion qae TEglise professe pour Marie a donné lieu à rétablissement de plusieurs fêles particulières et locales, en Thonneur de cette reine des anges et des saints. L'art chrétien a voulu encore en reproduire Tobjct et a dû s'enquérir des origines. Nous devons , à notre tour, renseigner Tart chrétien, puisque c'est là notre but capital. Nous choisissons parmi les fêtes secondaires de Marie celles qui sont les plus universellement célébrées.

La plus importante est celle qui porte le nom de Notre- Dame-du-Rosaire. Elle est fixée au premier dimanche du mois d octobre. La grande victoire remportée par les chrétiens sur les Turcs, au golfe de Lépante, le? octobre 1571, engagea le pape S. Pie V à Tinstituer. On sait que cette bataille navale fut gagnée par la flotte combinée de ce pape , de Philippe roi d'Espagne , et des Vénitiens et que Ton prit à l'ennemi cent-quatre-vingt vaisseaux. Mais comment représenter sur la toile le sujet de cette festivité?Quel rapport entre ce beau fait d'armes et Notre-Dame-du-Rosaire? Le pape Grégoire XIII ayant jugé qu'on pouvait attribuer ce succès inespéré à l'intercession de la sainte Vierge honorée spécialement , en ce même jour, par les confréries placées sous le vocable du Rosaire de Notre-Dame , adopta pour la commémoration de la victoire ce même jour. Il faut donc remonter encore à l'institution du Rosaire. Or c'est à S. Dominique que l'on attribue l'établissement de cette pieuse pratique. L'artiste figure donc la sainte Vierge tenant dans ses bras l'Enfant-Jésus qui remet à S. Dominique un rosaire. Cette composition est d'une grande simplicité , mais elle exige beaucoup de tact et de sentiment de la part de Tartiste. Ordinairement , vis-à-vis de S. Do-

minîqae le peintre figure sainte Thérèse qui avait une grande conâance en ce saint» et dont la piété envers la sainte Vierge fat si toochante. Le costume religieux des deux personnages est connu. C'est celui des dominicains et des carmélites. Sainte Thérèse réforma ce dernier ordre. Marie est figurée sur an nuage environné d'anges. A ses pieds se tiennent à genoux les deux saints personnages.

Au seizième jour de juillet est fixée une autre fête secon« daire de Marie, elle est connue sous le titre de Natre-Dame-du- Mon^CarmeL L'art n a point ici une allégorie à traiter comme dans le sujet précédent. Ce terme d'allégorie peut bien, sans nul doute s'appliquer à un tableau de Rosaire , car il n'exista jamais d'apparition miraculeuse de la Vierge remettant un rosaire à S. Dominique et à sainte Thérèse. Pour ce qui est de Notre-Dame-du*Mont-Carmcl le peintre doit reproduire un fait traditionnel. Ce fait est appuyé sur une autorité que nous sommes dans l'usage de respecter. C'est celle de Benoit XIV. Selon cette tradition combattue, il est vrai , par quelques auteurs dont le nom est suspect aux serviteurs éclairés de la Mère de Dieu, cette sainte Reine du ciel apparut à Simon Stock, général des Carmes, personnage d'une éminente sainteté, mort au commencement du XlIIe siècle. Elle lui remit un scapulairc comme insigne de la protection qu'elle accordait à tout l'Ordre du Carmel. Le scapulaire, dans son étjmologie radicale est une sorte d'habillement destiné à protéger les épaules {scapulas) des personnes qui portent des fardeaux. Les religieux voués à la culture des champs et à d'autres travaux pénibles s'en revêtaient. Celui dont il s'agit ici n'en est que l'appendice imitatif. Comme objet religieux le scapulaire consiste en deux petits morceaux de drap cousus ensemble et que l'on porte , non sur les épaules , mais sur la poitrine, par le moyen d'un ruban qui passe autour du cou. Entre chacun des deux morceaux de drap appliqués l'un sur l'autre est placée une petite image qui représente la sainte Vierge remettant le scapulaire à un religieux incliné ou à genoux devant elle. Un tableau de Notre-Dame-du-Mont- Carmel doit donc figurer Marie apparaissant dans une nuée

lumineuse et , si Ton veut , escortée d'aoges , et donnaai au pieux général de l'Ordre des Carmes , le scapulaire. A répoqoe de la yIsîoo miraculeuse , l'habit des Carmes consistait en une ample robe blanche , dont la partie inférieure était bariolée de plusieurs bandes. Plus tard , cet habit fat modifié y car la robe devint d'une couleur noir-brun. Le manteau resta blanc. Le peintre peut donc se sauvegarder de l'anachronisme dans lequel on tombe trop fréquemment. Nous n'avons point à entrer ici dans d'autres détails relatifs à la fête elle-même. On n'ignore pas que la confrérie ou dévotion du scapulaire est très-répandue et qu'un sujet de ce genre convenablement traité par la peinture , la gravure ou la lithographie exciterait beaucoup de sympathie.

Notre-Dame-des-Neiges ne saurait être le sujet positif d'un tableau. La vision qu eurent les deux époux romains pour recevoir Tavls d'une église à édifier en l'honneur de la sainte Vierge n'est point susceptible d'une traduction graphique. Il serait plus aisé, ce nous semble , de représenter ces deux personnages se rendant avec le pape Libère sur le lieu qui, le 5 août, devait être couvert de neige et de les figurer dans un étal d'admiration, à la vue du prodige qui avait été simultanément révélé aux époux et au pontife. Les fresques de sainte Marie-Hajeure autrement dite Notre- Dame-des-Neiges, à Rome, représentent les phases diverses de cette fondation. Ceci donc se restreint aux proportions d'un sujet local.

Il faut en dire autant de Notre-Dame-de-Lorelte. Une tradition aussi vénérable que célèbre nous apprend que la maison de la sainte Vierge, cette même habitation dans laquelle Jésus fut élevé à Nazareth, et qui s'était conservée intacte pendant plusieurs siècles, fut portée par les anges sur la petite montagne de Tersatto, en Dalmatie, en l'an 1291. Trois ans et sept mois après, les anges transportèrent cette maison dans une forêt de la Marche d'AncAne, au territoire de Recanati. Les voleurs qui désolaient le pays empêchèrent les pèlerins de se rendre en ce lieu pour honorer le précieux monument. Alors les anges transférèrent la Santa Casa h quelque distance de cet endroit, dans une

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terre qui appartenait à deux frères. Ceux-ci s étant disputé le monument, les anges, pour la quatrième fois, portèrent la maison sainte, un peu plus loin, dans le domaine d'une pieuse dame nommée Loreta. La Santa Casa paraît définitivement fixée dans ce lieu privilégié, et c*est là que se rendent, de toutes les parties du monde, d'innombrables pèlerins. Cette dernière translation est Tobjet d'une solennité locale fixée au 10 décembre. C'est la translation ellemême par le ministère des anges qui peut devenir Tobjet d'un tableau. Mais pour la traiter avec exactitude il faut connaître le monument. Celui-ci n'est point une maison proprement dite, mais une simple chambre longue intérieurement de trente-deux pieds, large de treize, haute de dixsept. Ce monument est enchâssé dans quatre murailles qui le préservent de tout contact. Puis encore ces murs formant un édifice massif sont, à leur tour, enfermés dans une magnifique église où sont prodigués tous les trésors de l'architecture, de la sculpture, de la peinture. Les marbres les plus riches, les pierreries, l'or, l'argent y abondent. La Santa Casa, comme on voit, est par elle-même d'une extrême simplicité. Elle est couverte d'un toit plat, selon les usages d'Orient. Avec ces indications, l'artiste peut retracer, d'une manière convenable, ce sujet, au lieu ^ de s'égarer dans des conceptions fantastiques. H ne peut s'agir de transformer la Santa Caia en un petit palais flanqué de tourelles et orné comme un édifice européen. 11 suffit de lire TEvangile pour se convaincre que la maison de Marie et de Joseph, h Nazareth, ne fut qu'un bâtiment pauvre et simple.

Nous croyons devoir nous borner à ces quatre fêtes secondaires de Mario que l'art chrétien peut aborder.

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