CHAPITRE IV
AncieDDCS images on représentations de la sainte Vierge, des Anges, de 5. Jeaa-Baptistê, des Patriarches» des Prophètes , des Ap/Hres, des Martjfff , dea Coofeaseurs.
NoQs ftTOBd exposé dans le chapitre ii ce qae bous a transmis Goillanme Darand sur la peinture chrélienne de son temps , non seulcnayeni pour ce qui concerne la Trinité mais encore les saints. Cela ne peut saffire et Ton a de droit de s'attendre à des déyeioppements plus intimes sur cet objet. Ils ont leur place marquée immédiatement après ce qu'on a In sur la représentation des trois p^sonnes divines qm est le sujet le plus fréquemment traité, soit en prineipal, soit en accessoire. Ceci n'est pourtant encore que k thèse générale et ne peut être considéré comme une anticipation irrationnelle sur les déyeloppemenls spé* eiasx qui font la matière des dirisions de notre travail.
Après la sainte Trinité doit être placée la Reine des anges et des saints , Marie mère de Dieu , et h la tête de toutes les images de Marie doit être sans contredit placé le portrait que possèdent les religieuses dominicaines du couvent de Bologne. Est«ce avec raison qu'on le présente comme peint par S. Luc^ et faut-il classer celte tradition an rang des faits les plus certains? Plusieurs auteurs émeticftl des doutes sur Fauthenticité de celte image. On pense bien que noos n'allons pas ici ouvrir une discussion critiqae snr ce point. On lira pourtant avec plaisir ce qu'en rapporte le P. Labat qui a vu ce tableau et qui» comme Ton sait, n'admettait pas avec uue aveugle crédulité tout ce qu'on lui racontait demerveilIeuiE, dans ses nombreuses pérégrinations. Nous ne changerons rien au récit de ce religieux :
.... « On donna an directeur du monastère la clef du » tabernacle où le tableau est renfermé. On tira les rideaux » qui la couvrent et nous vîmes ce portrait admirable
» d'aassi près et aussi longtemps qu'il oous plût. Il est » peint sur bois, de vingt pouces ou environ de baulear» » sur douze à quinze de largeur. Il n'^ a que le buste , » cest-à-dire la tête et le cou. On tient qu'il a été peint » par S. Luc et c'est une tradition si constante qu'il faut M être téméraire pour ne pas y ajouter foi. Mais sans s'ar- » réter à l'ouvrier et sans écouter ceux qui disent que ce » tableau paraît trop récent, pour qu'on lui donne avec » raison plus de 1700 ans d'antiquité, (le passage a été » imprimé en 1716) j'avoue que je fus frappé à la vue de » cette vénérable image. Elle imprime du respect, en même » temps qu'elle attire le cœur. On a peine à soutenir je » ne sais quoi d'extraordinaire, de céleste, j'oserai dire » même de divin qui est répandu sur cette peinture. Plas » je m'efforçais de la regarder, et plus je me sentais saisi » de respect, de crainte et d'amour. Je voulais toujours ia » regarder et j'étais obligé de baisser les yeux, comme si » ses regards eussent été animés et que je n'eusse pu en » soutenir l'éclat. On voit par ce portrait que la sainte » Yierge était de grande taille. , Elle avait les cheveux et » les sourcils noirs, les yeux grands, bien fendus et pleins » de feu, la bouche petite et vermeille, les joues assez » remplies et modestement colorées, le menton bien formé. » La forme de tout le visage est longue et parait être d'une » personne de cinquante ans , mais qui n'est point du tout » cassée et qui n'a rien perdu de sa beauté ; ce que je n'ai » point vu dans une foule de tableaux d'excellents peintres » et que Ton voit dans celui-ci. C'est une majesté infinie » unie à une douceur charmante, un air vif et animé, » accompagné d'une modestie parfaite, les plus beaux » traits, la plus belle économie, la symétrie la plus par- » faite, le plus éclatant coloris, avec un air d'une humilité » profonde et d'un recueillement le plus intérieur et le » plus accompli. Que ceux qui ont vu ce tableau en par- » lent comme ils voudront, je suis persuadé qu'il est ini- » mitable et qu'il y a quelque chose de surnaturel dans »> cette auguste peinture.
« Enfin après avoir achevé nos dévotions et satisfait plei-
• nemcnt à notre curiosité, on couvrit la sainte image et
• on ferma les portes du tabernacle où elle repose, au
• devant duquel il y a une copie faite par un très-bon > peintre, mais qui malgré toute son habileté et les soins » qu'il s'est donné pour approcher de cet excellent original » est demeuré infiniment en arrière et n'a pu attraper cet 9 air divin qui frappe dans ce tableau. »
(^Voyages du P. Labat, en Espagne et en Italie, tome II, idit. de me.J
Quoiqu'il en soit de Tauthenticité de cette peinture, il nous semble que l'artiste chrétien peut faire son profit de cette description oii évidemment le cœur a eu plus de part que l'esprit et Tiroagination du célèbre voyageur.
On lit dans le livre dit Pontifical que Grégoire III orna une image de la Vierge d'un diadème d'or et d'un collier de même métal, et que le même pape plaça dans la chapelle dite de la Crèche , une image d or représentant la sainte Vierge qui tient dans ses bras son divin fils. Or ce ce pape est mort en 741. Germain, évéque de Constantinople, raconte que Ton vénère à Zosopolis en Pisidie , une image de la sainte Vierge dont la main peinte est une source intarissable Je parfums. Ce pontife cruellement persécuté par Ticonoclaste Léon Tlsaurien mourut en 730. Les historiens ecclésiastiques mentionnent diverses autres images de la Vierge dans des temps plus rapprochés du berceau de l'Ëglise. Il est toutefois bien constant que, dans ces temps reculés, les représentations de Marie ne forent pas aussi fréquentes que celles de Notre-Seigneur et surtout autant que dans les siècles postérieurs jusqu'à nos jours. On en voit pourtant dans les catacombes une qui remonte au moins au IIP siècle. Le fait est certifié par des hommes graves. (1)
L'art a, pour s'exercer sur ce noble sujet, un champ assez vaste. S'il était invinciblement démontré que l'image décrite par le P. Labat est, en réalité, l'œuvre de Tévan-
(1) M. AudiD, auteur des vies de Lutber, Calvin, Léon X et Henri YIII, se port« garant de ce fait.
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géliste S. Luc et quelle est un vétitMe poriraîC de U sainte Vierge, Fart cfarétieii n'aurait rien de mieux k faire que d'imiter autant qu'il serait possible cette merveilleuse peinture. Mais quoique ce tableau du monastère de Bologne soit un très-précieux monument qui remonte , d'une manière certaine, à une époque très-ancienne, on ne peut absolument le considérer comme le tjpe assuré de la mère do Dieu. On a déjà lu dans un chapitre précédent ce que nous rapporte Nicéphore sur le portrait du Sauveur. Il fait de la sainte Vierge un portrait analogue, et dans le premier il avertit qu'une grande ressemblance existait entre le fils et la mère. Un peintre soucieux de son art , le sculpteur et le graveur seraient très-juslemenl louables d'étudier cette tradition respectable et de s'y conformer dans leurs œuvres.
Au lieu de cela, plusieurs artistes justifient trop les reproches que leur adresse un de nos plus éclairés el de nos plus religieux appréciateurs de l'art véritablement chrétien. Ecoutons-le parler, dans son livre qui a pour titre : Du Vandalisme H du catholicisme dat^ Vart.
« Quoil cette matrone païenne, cette Junon reasusetlée^ » cette Vénus habillée, cette image tsop fidèle dun impur » modèle, ce serait là pour comble de profanation , la très- » sainte Vierge, la mère du divin amour et de la céleste » pureté, l'emblème adorable qui suffit à lui sral pow » creuser un abîme infranchissable entre le christianisme » et toutes les religions du monde, l'idéal qui évoque sans » cesse l'artiste chrétien à |me hauteur où nul autre ne y^ saurait le suivre? Quoi, vraiment, c'est là Mariel Mais^ » dites-moi quels sont les profanes qui ont envahi tous ma » sanctuaires?.... »
xv^^ITiT'*' '' .*^'*i"* dominicain de Florence, aa \V« siècle, ce morne dont le zèle ardent fot réconiDcnsé
contre cet indigne natnralisœe de l'art chrétien M Rî« 8'cxprime ainsi qn'il suit à cet égard
BB L ÂKT CBKÉTIEN. ^ 5H
«ainU, et la profanation commise par le moine Lippi se renoavelaii tous les jours > c'est-à-dire qu'à la place de la Hadeleîm, de la Madone et mémo de S. Jean, on mettait dans an tableau d'autel des portraits de jeunes filles» le plus souvent trop connues, autour desquelles so pressait, sans respect pour le saint sacrifice, un concours bnijant de curieux et de profanes. Dans ces sortes de représentations, tout était calculé de manière à dépraver rimaginatioB des spectateurs. Des nudités attrayantes étaient étalées sans pudeur, et non seulement on n observait pas le costume traditionnel de la Vierge et des autres saintes femmes, mais celui qu'on leur donnait les faisait ressembler à des courtisanes. C'était le reproche que Savonarole adressait aux peintres avec l'accent de la pins Tébémente indignation, leur demandant de quel droit ils venaient étaler ainsi leurs pr(^res vanités dans les églises, et ne croyait jamais leur avoir assez dit qoe la sainte Vierge s'en allait vêtue simplement et modes* tement comme une jeune fillo (1), et que la beauté céleste àe son visage était comme le reflet de la sainteté de son àvne; ce qui faisait dire à S. Thomas que jamais aucun homme no Tavait regardée avec des yeux de concupiscence. »
Ces reproches que Ton accuse souvent d'exagération ne sool que trop fondés. Dut-on nous acsuser de blasphème contre le dieu de la peinture Raphaël j nous ne craignons |Mis de dire que l'œil du chrétien qui a la foi ne saurait rca>nnahre, dans les diverses Vierges tant préconisées de ce grand artiste, la mère du chaste et saint amour, le temple vivant de la très-adorable Trinité. On sera libre,
(1) 9«Toaarole s'eiprime ainsi , à cet égard , dans son sermon da mercredi dtia )• lemaine du G»réme : « lo vi dico ch'ella andava vestita corne pove- > relia lenpltcemante, e appena se le vedeva il viso. » Ce prédicateur poussait néanmoins trop loin la liaine du naturalisme, car les eicës, en tout genre , sont blâmables. 11 défendait d'étudier la nature bumaine sur la forme Tivaote, on sur l'image sans voile que nous avait léguée l'antiquité. Cette réfleiion est de M. Audin» dans sa belle histoire de Léon X. Nous parta- ItOQft ce sentiment , en Giant h l'application de l'étude de la nature les bor* »« que prescrit l'idéal dans la peinture sacrée»
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après celte réserve, d'y admirer le talent prodigieux da peintre dont le nom s identifie avec la sublimité de l'art lui-même. Nous aurons plus tard à revenir sur cet objet dans les autres parties de ce livre et surtout dans celle qui est consacrée au cycle festival de la sainte Vierge.
Dans les temps anciens, les anges ont exercé le talent de l'arlisle. Les actes du martyre de S. Procopc (année 303) rapportent que sur les ailes de deux anges on avait écrit les noms de Michel et de Raphaël. Ceci démontre claîrcmcnt que ces esprits célestes étaient figurés en peinture ou par le ciaeau. S. Jean Chrysostôme nous fournit le témoignage suivant : « J'ai vu avec un grand plaisir une » figure dange de cire qui inspirait une grande piété; car » j'ai remarqué, dans cette figure, un ange qui chassait » devant lui des nuées de barbares foulés aux pieds, j'ai » vu des cohortes de ces barbares mis en déroute et le roi » David s'écriant avec raison : Seigneur, dans votre cité » sainte vous anéantirez les tourbes ennemies. » Le grand Constantin , selon le rapport de Damase , fit placer dans la basilique de Latran, enlr autres images, quatre anges dargent ayant chacun cinq pieds de hauteur et pesant ensemble cent cinq livres. Chacune de ces figures était enrichie de pierreries d'un grand prix. Ceci ne nous apprend rien sur le type employé dans ces figures. Il paraîtrait que si ces esprits immortels étaient peints sous la forme humaine, on n employait pas constamment de ailes pour les distinguer. Le cardinal Frédéric Borromée cite l'archange S. Michel que Ton voit dans le tableau du jugement dernier, au Vatican. Il est dépourvu de ses ailes que l'usage fait appliquer à ces figures aëriennes. Nous devons dire pourtant, avec de très-graves auteurs, que les ailes données aux anges ne sont point une fantaisie d'artiste , ou un simple signe de convention pour les reconnaître. On n Ignore pas que les Chérubins placés sur l'arche d'alliance t^nlrlTl ''• Le chapitre xiv de TApocalypse nous
Ch«pUm».,„« moycn-age, en remontant même au-delà de Charlemagne, nous représente le, anges munis d'ailes. On
DB L AIT CHKBTIEN. 55
pourrait citer sans doute quelques exceptions , mais celles-ci confirment la règle générale. Ces autorités sont plus que suffisantes pour justifier les artistes qui donnent habituellement des ailes aux anges. Quelques censeurs à coup sûr trop exclusifs ont poussé beaucoup trop loin leur zèle contre cet usage qui est devenu comme une véritable loi àe lart. Il nous est donc impossible d'applaudir à quelques archéologues que nous estimons d ailleurs, lorsqu'ils tournent en dérision « celte paire d ailes inutiles que Ton soude » gauchement à lomoplale des anges. » Mais que n'improuvenl-ils aussi la forme humaine qu'on donne à ces esprits célestes? Celle-ci n'est pas plus basée sur la réalité que les ailes dont on gratifie ces messagers du Très-haut. Par les ailes, ceux-ci sont parfaitement distingués des saints, et il fallait, on en conviendra, une distinction quelconque. Le choix qu'on a fait de ces ailes, afin de symboliser la rapidité, Timmatérialité, la promptitude à remplir les ordres du Tout-Puissant n'est pas, à beaucoup près, dépourvu de raison. Et puis , encore une fois , l'autorité des li?res saints est là , et celle-ci n'admet point de réplique , quoiqu'on ne soit pas obligé d'j attacher Timportance et lexigence d'un dogme.
C'est sous la forme humaine que ces esprits se sont ordinairement manifestés aux mortels. L'Ecriture sainte nous présente néanmoins quelques unes de ces apparitions réalisées sous l'apparence de feu, de nuages, de vents, de roues. La manière la plus simple et la plus usuelle, celle <iui se fait mieux comprendre par le vulgaire pour lequel la peinture est une sorte de livre, c'est la forme de jeune homme orné ou pourvu d'ailes, vêtu de lin ou de tunique doot les couleurs varient et les pieds nus. Selon Conrad Brooo qui écrivait dans le Xle siècle on voit, dans tout le moode catholique, Per ambitum totius orbis Christi (ces paroles sont dignes de remarque , à cause de l'époque) a On
* voit, dit-il, des exemples très-nombreux d'images d'anges
* ftyant la forme humaine, parce qu'elle est la plus perccp-
* tible à l'œil des mortels, figurés en jeunes hommes, envi- » ronnés de splendeur, vêtus de blanc, déchaussés, discal^
» teattj ornés de pierreries, ayant des ceintures aaioor des » reins et de la poitrine, munis de deux ailes qui les porx> tent entourés de nuages »
Nous estimons que les peintres doivent se préserver de certains écarts d'imagination qui leur font trop souvent appliquer sur les épaules d'un ange des ailes de perroquet, ou barioler de couleurs bizarres sa tunique. Un artiste nourri de la lecture des livres saints et de la tradition catholique se garde de l'entrainement à ces puérils caprices. Nous t^servons pour le cycle festival de la troisième partie d'autres notions plus intimes.
Une des images le plus fréquemment reproduites par Tart antique est celle de saint Jean-Baptiste. Epiphane nous apprend qu'on avait coutume de montrer à un homme vêtu avec mollesse, la figure du saint précurseur du Messie pauvrement couvert d'une peau de chameau ou d'une tunique tissue du poil grossier de cet animal. L'empereur Constantin fit placer au baptistère édifié près de la basilique de Lalran une statue de ce saint, en argent, du poids de cent livres. Le canon 81 du concile in trullo fait mention d'un agneau divin que le précurseur montre du doigt. Cette représentation était très-commune dans les anciens baptistères, et il est utile de remarquer, en passant, quelle était, pour ainsi dire, exclusivement en usage. Ou peut douter que dans les cinq ou six premiers siècles, on ait retracé le baptême de Notre-Seigneur par saint Jean^Baptiste , dans le Jourdain. Or, aujourd'hui , c est à peu près l'unique scène reproduite dans nos baptistères ornés. Elle n a certes rien de blâmable, mais s'il est vrai, comme on ne peut en douter, que la peinture soit le livre des illétrés, cette image peut les égarer. Car le baptême de Notre-Seigncur dans les eaux du Jourdain n'a point un rapport exact avec le sacrement de baptême qui oflace le péché originel dans les enfants, et tous les péchés dans les adultes. Au cycle festival des saints appartiennent des détails ultérieurs.
Les anciens représentaient aussi les patriarches de la loi de nature et de la loi mosaïque. Au siècle de S. Augustin on figurait Adam et Eve. Julien délare que c'est par la
DE l'art chrétien. 57
peinture qu^il a appris quo ce premier couple arait caché sa Bodité, sous an voile fait de feailles de 6gaier. Etienne éTèqne de Bostres, cité par le pape Adrien I, s'eiprime ainsi : « Noos faisons des images à Thonnenr des saints. De » quels sainis me direc-Tous? d'Abraham, de MoTse, d'EIie, » dlsaîc, de Zacharie et des aatres prophètes, ou apôtres» » oa saints martyrs. » Selon saint Augustin , le sacriGce d'Abraham immolant Isaac était très-universellement représenté. S. Grégoire, évéque de Nysse, dit au sujet de cette peinture : « Je n'ai pu considérer cette représentation of-
• ferle si souvent à mes yeux , sans verser des larmes , tant
• l'art du peintre avait animé cette histoire. » S. Paulin parie d'on tableau où, d'un côté Job était dépeint couvert de plaies et Tobie aveugle, et de l'autre une Judith auprès de laquelle était figurée la puissante reine Estber :
Qna timul et regina potent depingitur Esther,
Evsèbe, à son tour, nous apprend qu'on admirait dans la ville de Constantinople, au milieu du Forum, le prophète Daniel dans la fosse aux lions en airain coulé et recouvert de lames d'or.
L'antiquité ne se montra pas moins zélée à représenter les apMres. Damase, dans la vie de Constantin, rapporte que ce grand prince fit placer» dans la basilique de Latran , une image du Sauveur assise sur un trône qu'entouraient les douce apôtres* Chacune de ces statues avait cinq pieds de hauteur et pesait quatre-vingt-dix livres. Chaque figure était ornée d'une couronne d'argent le plus pur. Grégoire II en fit de même dans l'église de Saint-Pierre , avec cette différence que les apôtres étaient peints sur les murs recouverts de plaques d'argent. Le vénérable Bède parle d'un voile sur lequel était une très-ancienne peinture représentant J.-G. et les douze apôtres. Il serait superflu d'invoquer d'autres autorités pour appuyer ce que nous proposons ici exclusivement de démontrer, c'est-à-dire l'antique usage de peindre les membres du collège apostolique.
Pour ce qui est des martyrs, notre thèse est très-aisée à soutenir. S. Etienne en étant le premier, son image doit
aroir la priorilé des temps sur celle de ses généreux imilateurs. Mais, lout d'abord, nous devons parler d'une peinture qui n'est pas l'œuvre des hommes. Evodius, évêque d'Uzale et contemporain de S. Augustin nous raconte le fait suivant : « Un jour de foire, on vit dans les airs un dra- »> gon d'une taille giganlesque qui descendait sur la terre. » Toute affaire à l'inslant même cessa* La multitude se ré- » fugia dans l'église. Tout le monde, jeunes et vieux, hom- « mes et femmes étaient prosternés dans l'oratoire placé » sous rinvocation de S. Etienne l'ami de Dieu. Par l'inler- » cession de ce saint, la miséricorde du Seigneur fit dispa- » rallre ce monstrueux dragon. Le lendemain un marchand » fnegoiiaiùTj que personne ne connaissait, ou plutôt nn » ange apporta à Sennodus, sous-diacre de l'église d'Uzale, » un voile de diverses couleurs. On y voyait dépeint ce qui « suit : A droite du voile était figuré S. Etienne, debout, » portant sur ses épaules la glorieuse croix du Sauveur. De n la hampe de la croix le martyr semblait frapper fa porle » de la ville d'où l'on voyait s'enfuir un horrible dragon, à I) la seule vue de l'homme de Dieu. Ce monstre n'était pas » môme rassuré dans sa fuite et on le voyait abattu sous les » pieds triomphants du martyr de Jésus-Christ. Cette peîn- » ture fut suspendue par le sous-diacre devant la mémoire » d*un si grand patron. (On nommait memoria tout oratoire r» érigé en l'honneur d'un saint martyr.) Tout le peuple, » sans distinction d'âge ni de sexe, fut saisi d'admiration à » la Tuo d'un si grand spectacle et admirait le saint libéra- » tear qni avait mis en fuite le dragon. »
Sans doute la foi n'oblige point à croire le fait de ce prodige, quoiqu'assurément il n'y ait en cela rien qui soit contraire à la puissance et à la sagesse de Dieu. Hais il résulte de ce récit que dans ce siècle on ne se bornait pas à peindre les anges, les patriarches, les prophètes et les apôtres, et que les martyrs étaient aussi du domaine de l'art chrétien, en admettant que le tableau décrit par Evodius fut une œuvre purement humaine. C'est pourquoi, S. Grégoire de Nysse raconte que chez les Grecs tous les artistes étaient employés à orner de peintures les temples chrétiens. Il
parle spécialeflieDt du martyre de S. Théodore dont la peinlurc avait retracé les glorieuses circonstances. Les saiots Cosine et Damien, S. Georges, S. Hippoljte, et plusieurs autres martyrs étaient pareillement représentés dans les églises, d'après les témoignages de plusieurs auteurs con* temporaiûs.
On en usait de même h l'égard des confesseurs (1). C'est le nom que Ion donne, en général, à tous les saints qui n*ant point souffert le martyre et qui ont mérité d'entrer dans le ciel par d'autres yoics de sanctification. S. Martin, S. Nicolas de Myre qui sont dans la catégorie des confes-seurs étaient universellement représentés dans les églises. Les disciples de S. Epiphane élevèrent un temple en ThonncuT de lear maître et y placèrent son image au milieu d'autres peintures. C'est ainsi qu'on voyait, selon S. Jean Chrjsostomc, celledeS. Mélècc, évéque d'Antioche, sur les anneaux , les coupes, les vases, les murs, partout, en un mot. . On ne se contentait pas de peindre les saints, après leur mort, pour les honorer on déférait encore cet hommage à des hommes vivants que leurs vertus éminenics en avaient rendus dignes. Théodoret, évéque de Cyr, dit dans la vie de Siméon le Stylite qui vivait encore que, dans la ville de Rome, ce grand homme était si vénéré que son image était dans tous les ateliers et qu'on la considérait comme nne sauve-garde. On sent fort bien que de nos jours l'apothéose par images ne serait pas constamment une preuve péremptoire du mérite de celui qui est reproduit par le dessin... Mais il faut se reporter à ces temps anciens et se rappeler que ce qui était alors un signe d'illustration acquise par des mérites réels, dont la foi était le principe, n'a pas aujourd'hui un prix aussi élevé, à cause de sa prodigalité excessive, on pourrait même dire sa trivialité.
(i) Qu'il Dous soit permis de regretter que la nouvelle liturgie de Paris , s<loptée par plusieurs autres diocèses, au milieu du siècle dernier, ait effacé deioD propre des saints le titre de confesseurs par lequel la liturgie de TEglîse-mère désigne les saints qui n'ont été ni apôtres ni martyrs. Le simple fidèle ne lit plus dans son livre usuel ce terme consacré par l'Eglise un i ver- *^- N'est-ce pas rompre la chaîne de la tradition sacrée et nuire à l'élude àt l'hisioire universelle.
Ces aperçus bisloriques sur TancieDae peinture eu ce qui concerne les confesseurs ne peuvent rien apprendre sur le costume et l'attitude qu'il conyient de leur attribuer. La raison en est simple. La catégorie des confesseurs comprenant un très-grand nombre de saints, surtout à Tépoque oh nous sommes arrivés^ et ces justes canonisés appartenant à toutes les positions de la vie, il est du devoir de l'artiste de bien étudier son sujet et d'imprimer à son œuvre le cachet qui lui est propre. Ici d'ailleurs nous ne pouvons pas sortir de noire plan, ainsi quil a été dit à 1 égard des sujets dont il est parlé dans ce même chapilre.