‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 8 sur 180 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

ObierTatioDS diversefl sur Tart , et précis analytique de ce que dit Molanus sur cette matière.

Le célèbre autear de \ Histoire des images sacrées , entre dans une foole de considérations sur lobjct dont il traite d'nnc manière si savante et qu'il envisage sur toutes ses faces. Il ne s*agit point ici de le transcrire, ni même d'employer sa méthode» mais d'en extraire la quintessence. Ainsi donc :

lo Qoe faut-il éviter en traitant les sujets chrétiens que lart Teul reproduire?

2o Quelle marche faut-il suivre ?

Et d abord que faut-il éviter? Les prescriptions des conciles et en particulier celles du concile de Trente ne doivent point être violées. Or la sagesse de ces grandes et vénérables assemblées a interdit aux artistes chrétiens la représentation de sujets qui pourraient être pour les peuples une occasion d erreur. La peinture, on Ta dit souvent, est une sorte de prédication. Si celle-ci a des règles dont il n'est pas permis au prédicateur de dévier, il doit en être de même de Tart chrétien qui est aussi, lui, une espèce d'apostolat. Un sujet peint, sculpté, gravé peut, aussi bien quune page écrite ou récitée, renfermer une erreur. C est pourquoi un tableau , une statue , un relief ne peu-" vent orner un temple chrétien , sans Tapprobation tacite ou formelle de TEglisc.

Nous citerons, pour exemple, une Incarnation du Verbe ou figurait un petit corps humain tout éclatant de lumière et introduit par le Saint-Esprit dans le corps de la vierge Marie. Cela formule exactement Terreur des Valenliniens qui prétendaient que le Fils de Dieu avait apporté du ciel an corps qui s'était insinué [Tanquam per fsiulam) dans le sein de Marie. Cela est sans doute absurde , mais qui ne

sait qoc l'hcrésic n'a pas toujours reculé devant les absurdités, souvent même comme un moyen infaillible de s'infiltrer dans les intelligences. II faudrait ne pas avoir la moindre connaissance du cœur buniain pour considérer ceci comme un paradoxe. S. Antonin a vivement censuré celte imagination désordonnée d'artiste et il reprend avec un zèle uon moins grand une image de la Sainte-Trinité par une seule personne à trois tôles parfailement idenliqucs.

Il est des peintres qui représentent, dans la grande scène du jugement dernier, la sainte Vierge et S. Jean-Baptiste en altitude de suppliants aux pieds du souverain juge. S. Augustin a vigoureusement combattu les hérétiques qui attribuaient à Tinlercession et aux prières des Saints la puissance de délivrer ou de sauver les damnés. « Quand » nous serons devant le tribunal suprême, dit S. Jérôme » cité par Gralien , ni Job , ni Daniel , ni Noë ne pourront i> intercéder pour qui que ce soit, mais chacun portera son » fardeau. »

II est d'autres artistes qui peignent S. Michel avec une balance. Dans un des bassins est figurée une âme, dans l'autre sont ses vertus. Sous le premier bassin est figuré le diable qui s'efforce de faire pencher la balance de son côté. Près du second est peint S. Michel appuyant la hampe d'une eroix sur ce bassin, pour la faire pencher en sens contraire, afin d'indiquer que le mérite de la rédemption ajoute un poids au prix intrinsèque des vertus. Une fiction de cette nature est burlesque et dégénère en caricature. Ce n'est pas ainsi que doivent se traiter des choses aussi graves.

A ce propos , Paquot rapporte, d'après Alain de la Roche , un trait relatif à un italien que tout le monde considérait comme un usurier. « Ce personnage qui avait tous les vices I» possédait une seule vertu, c'est que tous les jours, il » récitait son rosaire. S. Dominique lui avait suggéré cette » pieuse pratique. Se trouvant à Theure de la mort il eut » une vision. S. Michel lui apparut mettant dans un bassin » de la balance les bonnes œuvres que l'agonisant avait » faites quelques fois. Dans l'autre bassin, les dénions » entassaient tous ses vices et méfaits dont le nombre était

» supérieur k celui des bonnes œuvres et appuyaient for- » tement pour faire pencher la balance de ce cAté. Le m moribond était effrajé de ce spectacle , lorsque tout*à- » eoup il aperçut la sainte Viei^ge qui s approchant du bassin • dans lequel étaient placées toutes les œuvres plus ou moios » méritoires et qui s'élevait beaucoup y mit un Rosaire. » Anssit6t ce bassin s'inclina et le bassin dans lequel s'amon- » celaient les vices devenu moins lourd s'éleva. Ce mal- > heureux s'étant éveillé après cette vision fit au prêtre un » aveu sincère de ses fautes et prit sur*le-charop des roesu* » res efficaces pour restituer le bien mal acquis. Enfin, il » mourut d'une manière très-chrétienne. » Une peinture qui retracerait la vision de l'usurier ne serait point repréfaensible , parce que ce pécheur n'étant pas encore mort , son sort n'était pas encore décidé et qu*il pouvait venir à résipiscense. Mais ce que l'on peut exécuter pour on trait comme celui-ci et dont la moralité est instructive ne pourrait se reproduire pour symboliser \e pésement des âmes, après la mort. Ce sujet est néanmoins assez commun dans les peintures et les vitraux du moyen-àge. On le voit sculpté snr le portail de Notre-Dame-de-Paris et ailleurs*

On représente aussi quelquefois Salomé, mère dcsZébé* dées conduisant au Sauveur deux enfants. Or , d après l'Evangile , Jacques et Jean fils de Salomé furent appelés à lapostolat. 11 n est pas admissible que Jésus-Christ ait agrégé au collège apostolique deux enfants. On tirerait de ce fait, s'il était vrai , un raisonnement fort commode et formulé ainsi qu'il suit : Jésus-Christ voulut bien gratifier du titre d'apAtres deux enfants, pourquoi donc ne serait-il pas permis de procurer à ses enfants de bons bénéfices?... Au temps on Molanus écrivait ceci, les canonicats, les prieurés et même les abbayes étaient conférés à des enfants qui en percevaient les gros revenus. C'était un abus. Avant 1789, il en était ainsi dans notre France. Depuis cette dernière époque , le tableau de la mère des Zébédées n'aurait certes plus aucun danger. La révolution y a mis trop bon ordre... Il n'en est pas moins vrai qu'un tableau de ce genre serait une anomalie.

L'auteur dont nous faisons lanaljse censure un tableau figurant les couches de la sainte Vierge absolument comme s'il éUit question d'une mère ordinaire : On l'y Yoît couchée, malade, les sages-femmes lui préparent une boisson. Elles se disposent à recueillir l'enfant, quand il sera venu au monde. N'est-ce pas mentir niaisement au récit évangélique? Nous y voyons Marie enfantant Jésus-Christ, pauvre mère isolée, et le plaçant dans une crèche, sans l'assistance de personne. Représenter celle Vierge-Mère sur un lit, avec des coussins, tout un attirail de mollesse, une sage-femme à ses côtés, c'est rabaisser aux proportions de la simple humanité un enfantement surnaturel et divin. Plusieurs écrivains judicieux ont vivement censuré une peinture de ce genre qui , h la vérité , n'est guère connue en France , mais qui semble avoir été commune dans les Pays-Bas. S. Cyprien nous dit dans son sermon sur la nativité de Jésus- Christ : a La sainte Vierge est tout à la fois mère et sage- » femme , elle sert son fils et le nourrit de son tait , elle » le tient dans ses bras , l'embrasse tendrement. Tout s j » passe dans l'irilégresse , sans fatigue, sans douleur, sans » que l'enfantement porte atteinte à la virginale pureté. » Point de ces bains préparés pour une nouvelfc accou- » chée... Elle a enfanté sans douleur, elle qui avait conçu » sans aflieclion charnelle. »

Mal à propos encore Jésus-Christ est représenté ressuscitant d'une tombe ouverte. La résurrection était opérée, lorsque l'ange souleva la pierre du sépulcre pour le montrer vide aux pieuses femmes. A tort pareillement, on représente parmi ces femmes Marie mère du Sauveur apportant des parfums. Le Fils de Dieu est aussi figuré très-grossièrement (expression de Fauteur Crassissimè) en posture de suppliant aux pieds de son Père. Le Christ prie, intercède, il se fait médiateur, mais il n apparaît pas k Dieu son père dans Tattilude d'un esclave. 11 apparaît , nous dit l'apôtre, à la face de Dieu pour nous {apparet) mais ceci n exprime pas une prostration aussi indigne du Père que du Fils. ^

Un abus d'au autre genre est sévèrement condamné

par

PE l'abt chrétien. 65

FEglise. Il fiuf6t de ciler les paroles du concile de Trente en sa 25e session : a On doit éviler toute espèce de com- » position lascive et ne peindre ni orner les saintes images » dans on goût trop hardi. On doit y mettre un tel soin » que rien ny paraisse contraire au bon ordre, à la sain- > teté, à la décence, car la maison de Dieu ne peut » admettre que ce qui est saint , selon la parole du pro- » phèie. » Toute peinture chrétienne, pour bien justifier son nom , ne doit allumer dans les cœurs de ceux qui la contemplent que des feux chastes, ny réveiller aucune pensée que la morale pure du christianisme soit forcée de désavouer. Les images des Saints ne doivent reproduire le portrait d'aucune créature pour laquelle Tartiste aurait une affection blAmable. Ce serait tomber dans Tabus des païens, tels que Praxitèle, qui, selon ce qu'en dit Pausidippe , reproduisit son amante Cratina , sous les traits de Vénus. Or, le paganisme lui-même ne savait point tolérer cet abus... N*a't-on pas dit que Raphaël peignait dans la Vierge du chaste et saint amour son amie la boulangère ou la jardinière?... Si cela est, il sera bien permis de dire aussi qu'un grand nom n'est pas toujours un bouclier impénétrable au glaÎTe d'une juste critique. Nicéphore raconte qu'un peintre eut jadis l'audace de représenter Jésus-Christ sous la forme de Jupiter et que sa main se dessécha. Le saint patriarche Gennadins , après avoir reçu à résipiscence le coupable qui lai avoua son crime, lui rendit Tusage de sa main. Que de lascives et indignes images écloses du pinceau profanateur de quelques artistes charnels qui ont prétendu représenter la Hadelaine pénitente I...

On ne doit pas , continue Molanus , montrer un zèle inconsidéré à faire disparaître les peintures jugées répréhensibles. Un prêtre, dans son église , ne doit point prendre sur lui la correction de ces abus. Le concile de Trente a filé les règles à suivre. S'il existe dans la décoration d*une Eglise quelque chose de douteux , on doit avoir recours à levéque qui fera bien de s'entendre avec ses confrères dans l'épiscopat d'une province. Si, après l'examen, il reste encore quelque doute, et même, dans tous les cas, on

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devra s'adresser au Sainl-Siége apostolique et ne rieu §laluer, sans avoir reçu son avis. S. Grégoîre-le-Grand réprimanda Sérénus, évéque de Marseille qui, sans l'avoir consulté , avait détruit certaines images de Saints. En agissant autrement on serait exposé à scandaliser les fidèles et à prendre sur soi une grande responsabilité dont on peut si facilement alléger le poids , en ayant recours à l'autorité suprême. On. conviendra que tous ces avis de Molanus, sur ce quil faut éviter dans la pratique de l'art, sont empreints d'une grande sagesse.

Quelle marche doit suivre l'artiste chrétien? Le premier but qu'il doit se proposer c'est de ne reproduire que des faits solidement basés sur ThisCoire. C'est la pensée si bien exprimée par S. Basile-le-Grand : « Ce que l'histoire raconte « par le discours ; la peinture qui ne parle pas {Tacens » pictura) doit le manifester par l'imitation. » Ainsi donc» de même que l'Eglise professe une grande vénération poar les glorieux combats des martyrs et les vies des Pères écrites avec une sévère exactitude , de même aussi elle accueille avec respect tous ces faits que retrace la peinture inspirée par le même esprit. Au premier rang doivent être placées les histoires de l'ancien et du nouveau Testament , afin que ceux qui ne savent pas lire puissent , en contemplant ces peintures, acquérir une connaissance satisfaisante de ces merveilleux récits. C'est en ces termes que le bienheureux Nil exprimait son désir au proconsul Olympiodore et formait des vœux pour que des peintres instruits se missent à Vœuvrc pour exécuter sur les murs des temples les faits les plus instructifs des divines écritures. Les Pères assemblés à Nicée, pour la quatrième session de ce fameux concile, accueillirent la demande de Nil , après la lecture do sa lettre et les légats du pape Adrien ajoutèrent : « C'est ainsi » qu'en a agi Jean qui repose maintenant dans le Seigneur. » Lorsqu'il édifiait à Rome un temple au Sauveur , il fit • pemdre sur les murs latéraux l'histoire de l'ancien et du . nouveau Teslament. Ici on voyait Adam sortant du Para- » dis, là le bon larron qui y entrait. »

S. Paulin, en parlant de 1 église "bâtie par ses soins en

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rbonneur de S. Félix , a consacré plusieurs beaui: vers à décrire les peintures dont cette église était ornée. Il veut que le spectateur y jouisse de la vue de ces peintures qui couvrent toute la longueur des parois {agmine longo) et qu'une légère fatigue à rejeter sa tète en arrière, pour contempler les peintures du lambris , trouve un ample dédommagement dans cette perspective {paulùmque supina fcUiges colla). Le pontife poète veut qu on y admire tout ce que Moïse a écrit dans les cinq volumes (c'est-à-dire le Peniaieuque) et tout ce qu a fait le Seigneur Jésus durant son passage sur la terre.

A ces représentations artistiques se réfère Tirnage du Saurcur tenant dans sa main le globe de la terre surmonté du signe sacré du salut. A lui seul, en effet, peut s'appliquer ce qu'a dit Isaïe : « Quel est celui qui a pesé la mer dans » sa main et balancé les cieux dans sa droite? Quel est » celui qui soulève de trois doigts la masse de la terre ? » (Cbap. 40 . V. 12.) A ces antiques peintures doit encore se rapporter Hmage de la mère de Dieu qui lient le démon enchaîné sous ses pieds. C'est la traduction peinte de ces paroles de la Genèse : « La femme foulera sous son talon la tète • de Tantique serpent. » Tels étaient, en effet, conformément à ce qui vient d'être dit, les sujets traités par les peintres des vitraux du moyen-âge.

On ne veut pas cependant restreindre servilement l'artiste à ne représenter que ce qui est rigoureusement historique. S'il sait lui-même contenir son génie dans de justes limites, l'Eglise n'aura garde de le censurer. Ainsi, par exemple, dans une Annonciation , comme l'Evangile ne marque nulle part quelle était la posture de la sainte Vierge quand TArchange Gabriel la salua , le peintre a la faculté de la Cgurer debout , ou assise , ou à genoux , ou se livrant à la prière et à la méditation. Le choix est libre. Nous aurons pourtant à émettre sur ce point quelques éclaircissements quand nous traiterons du cycle festival de Marie. Ici , comme dans tout ce chapitre , nous nous bornons à résumer Molanns , sauf quelque annotation , de temps en temps fondue dans notre travail d'analyse. *

S'agîl-il de peindre nne fuite en Egypte? On ne lit pas dans TEvangile les circonstances de cette pérégrination. Or, il n'est pas possible de croire qu'une faible Vierge portant dans ses bras un enfant ait mesuré à pied tout ce long trajet . En ce cas, les artistes donnent à Marie une monture fout à la fois douce et modeste , car on ne peut se départir de cette idée fondamentale de pauvreté qui prédomine dans loul ce mystère de la sainte enfance du Fils de Dieu incarné - Quant à Joseph habitué au travail manuel et doué d'une vigueur virile , les peintres le font marcher à pied , protégeant sa virginale compagne. L'élat de pauvreté de ce couple béni demande pour ce voyage un appareil qui réponde au récit de TEvangile et ce texte sacré nous montre Marie et Joseph dans un état de dénuement.

Veut-on dépeindre la scène de la tentalion du Sauveur ? Le démon dit à Jésus-Christ : « Si vous êtes le Fils de » Dieu ordonnez à ces pierres de se changer en pain. » Or, on ignore si le démon désignait les pierres dont le sol pouvait être jonché ou bien s'il présentait des pierres au Sauveur, L'artiste n'a-t-il pas ici le champ libre? On tient cependant comme plus probable que le démon offrit au Sauveur des pierres qu'il portait.

Saul, furieux contre les nouveaux chrétiens, était parti pour Damas, avec l'intention bien prononcée de sévir contre eux. Etait<il à cheval ou à pied ? c'est ce que ne décide pas S. Luc dans les actes des apôtres. Le peintre place, avec beaucoup plus de raison, Saul h cheval , car il n'est pas vraisemblable qu'il ait entrepris ce voyage à pied. Pourraiton blâmer rarlîsle qui en ferait un voyageur pédestre? nullement.

Pour ce qui regarde le champ ou le lieu de la scène, les peintres doivent user de beaucoup de sagacité. Ils ne doivent point s abandonner à la fougue de leur imagination, ri™"'' Pf'"^''^ '^^" ^^ "^<^»r« '<^ f«it reproduit Lbrïtr^t T '' ^'r "^ ^^ ''''' «^<^o"^P»- Une grande de tur œ '^"^ '' ^'^^'^ ^' ^o- '«« acceSoires

8 nce au sujet ne blessent ni la vérité historique

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ni la conveaance, on ne doit pas se inonlrer scrupuleux outre mesure. On a justement blâmé un membre de la famille du cardinal S. Charles do Borromée qui, par une singulière étroilesse d'esprit, effaça d*uue belle Epiphanie un petit chien très-remarquable par son exquise beaulé et dont pouvait s'honorer le pinceau du grand mallre auteur de cette belle ptge. Cet artiste n'était rien moins que le Titien.

Les allégories no sont point exclues de Tart catholique. Il est même fti grïind nombre de sujets bibliques qu'il serait impossible de peindre sans avoir recours à ce mojen. Qu est-ce que la colombe qui plane entre le Père et le Fils dans une Trinité, dans un baptême de Notre-Seigncur, sinon une allégorie? Comment sans elle s y prendrait-on pour peindre les anges, la Iradition des clefs du ciel à Pierre, ce même prince de Tapostolat recevant de Jésus-Christ la mission de paître les brebis et les agneaux, pour peindre le Père éternel lui-même ? Le démon ne peut Ggurer sur un lableau , un relief, que sous la forme allégorique. On Taffuble de cornes et d'une queue. On lui donne de longues griffes, ou le figure vomissant des tourbillons de flammes. Tout cela renferme un sens. Ce n'est que du conventionnel, mais il suIlBt qu'on s'entende et le but est rempli. Par les cornes on représente sa puissance infernale, par la queue sa ruse, par les griffes sa rapacité, par le feu rhorriblc torture qu'il subit. On a pu croire que toute cette allégorie relative au diable était éclosc du génie humain. On s'est trompé. Les cornes, dans les livres saints symbolisent la puissance. L'Apocalypse parle de la queue du grand dragon qui entraînait la troisième partie des étoiles. Un autre passage du même livre et les paroles du livre de Job concordent avec ce qui vient d'être cité. Les ongles conviennent à la tnéme bête de l'apocalypse. Dans le livre de Job, le Seigneur dit à ce patriarche qu'il veut éprouver par la tribulation que Behémot a un étcrnûment pareil à l'éclat du feu : Siernutatio ejus splendor ignis.

Nous jugeons que la citation suivante ajoutée par Paquot au texte de Molanus prosente un assez grand intérêt. Elle

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« traitent , il est nécessaire d observer ce qui suit. Il est n des choses vraies , soit parce qu'elles ont existé dans les « temps antérieurs, soit parce qu'elles ont lieu au temps » présent. Pour ce qui est des premiers, le peintre devra » être esclave de la fidélité. Il ne pourra cependant se dé* » terminer, à laventure, et sans la sagacité qui doit guin dcr son pinceau, mais au contraire employer le plus n grand soin, user d'une parfaite maturité de jugement et » se rappeler que dans le discours on passe journellement » sous silence plusieurs choses qui pourraient néanmoins » être dites. Il y a aussi des faits environnés d'une très- » faible probabilité, d'autres qui ont un plus haut degré de n cette dernière, autant dans le passé que dans le présent. n Pour ce qui est des choses probables qui sont ou qui ont » été , il est besoin encore d'user d'une prudence parfaite , » puisque l'art ne peut s'exercer que sur des objets qui » furent ou qui sont réels. Plus un artiste s'éloigne de ce » principe, plus aussi il s'écarte du véritable but de l'art » de peindre ou de représenter un sujet. En ce qui conn cerne les choses probables ou qui ne le sont pas, nous » disons qu'il est permis de les considérer comme vraies, o absolument de la même manière qu'un orateur, en expo- • sant la vérité, ne dédaigne pas néanmoins certains argu- » ments revêtus d'un caractère de probabilité. C'est ainsi » que les choses probables sont quelquefois représentées » comme véritables et n'en sont pas moins capables de » persuader , de causer un plaisir très-vif, car tel est l'apai> nage de la nouveauté. Pour ce qui est des choses totale- » ment fausses, on doit absolument les rejetter, comme •> cela se pratique et doit être observé dans les narrations » historiques. Il n'y a en eflTet aucune différence entre un » récit controuvé et une peinture mensongère. L'incon- » vénient est même plus grave dans la peinture que dans n le récit historique, car celui-ci ne pourra choquer que » les hommes instruits, tandis que celle-là sera pour les » ignorants comme pour les savants une illusion perni- » cieuse. Il a été des époques tellement barbares que l'on » représentait Jésus enfant apprenant à lire, sous les yeux

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de sa mère. Une peinture de ce genre pouvait donner naissance à plusieurs erreurs et faire croire que le Sauf eur Jui-méme était» comme les autres enfants, sujet à rignorance. Ce serait une faute grave , en peinture de représenter la Vierge immaculée, mère de Dieu mettant au monde son fruit céleste , dans la grotte de Bethléem, entourée d autres femmes qui la serviraient comme une vulgaire accouchée. On doit peindre Marie seule dans ce mystère. En outre, nous voyons souvent figurer, dans les mystères de notre sainte foi, plusieurs saints , et je ne sais si cela peut se pratiquer bien légitimement. C'est ainsi qu'un peintre a représente dans la crèche de Bethléem S. François qui , fléchissant les genoux de concert avec Marie , adore TEnfantWésus. Le peintre pouvait se proposer de retracer ainsi la tendre piété de ce père Séraphiqne , afin qu'elle devint un modèle d'édification , mais notre sainte foi est , avant tout , » éminemment amie de la vérité, et il faut prendre un soin » extrême de ne point fournir aux détracteurs le moindre > sujet de blftme.' C'est à tel point que j'aimerais mieux ) une peinture qui retracerait avec simplicité les choses , » telles qu'elles se sont passées , sans aucune addition , ni » diminution. Ils ont pareillement obscurci la vérité ces » peintres qui ont figuré Laiare sortant du tombeau, ayant » les pieds et les mains dégagés du suaire qui les retenait. » Dans les vieilles peintures des catacombes, Lazare appa- » rait non seulement avec les pieds et les mains étreiots » de liens, mais tQUt son corps enveloppé de bandelettes.

• On ne doit pas non plus, en peignant la Samaritaine » figurer un puits muni de cordes et de sceaux , car TEcrin ture sainte n'en fait aucune mention. Il est également

• absurde de peindre le Sauveur revêtu de pourpre , » comme on le fait quelquefois , au moment où il porte sa » croix, mais on doit fe couvrir des vêtements qui lui » étaient propres et dont lavait revêtu l'infâme cohorte de D ses bourreaux , pour le faire mieux reconnaître. »

Une note insérée sur ce que dit l'auteur contre le puits, la corde et les sceaux de la Samaritaine fait observer que

dans les peintures des Catacombes , on remarque, pour la représentaliou de ce trait érangélique, ces divers objets. Cela peut-il annihiler Timprobation positive du cardinal Borromée? Nous ne le pensons pas, car il s'appuie sur le silence de l'Evangile. Avouons pourtant que cette dernière raison est plus spécieuse que solide. Comment le peintre pourra-t-il bien caractériser un puits sans les accessoires que réprouve notre auteur? Il est possible que les puits, de la Judée ne présentassent point cet appareil , mais, d'antre • part , il ne serait pas aisé de prouver le contraire ?

Le chapitre vue du même livre est intitulé : De Vestitu (Du vêtement). Nous y trouvons des considérations d'un très-grand intérêt.

a Chaque personnage doit être revêtu du costume qui lui » est propre. Qui ne sait qu'un vêtement négligé est peu n décent à un citoyen honnête? Sur la scène théâtrale , les » acteurs sont couverts d'habits qui conviennent aux pern sondes qu'ils représentent , et les plus viles même de. ces n dernières ne sont point mises en jeu sous des costumes » peu convenables dont pourraient être blessés les yeux des » spectateurs. Puisqu'il en est ainsi , ce serait commettre un n étrange abus que de ne pas observer dans les choses saintes i> ce qu'on se fait un devoir de respecter dans la comédie. » On ne devra donc pas affecter aux Saints les habits dont » l'antiquité profane revêtait ses personnages. On ne devra » pas copier les costumes des gentils , mais observer les » usages de l'époque à laquelle se rapporte la vie du saint » et lui affecter le costume que nous aura révélé une étude n sérieuse du grave et modeste personnage qui doit être n reproduit. L'œil ne pourrait s'habituer à voir un roi » sous de méchants haillons, pas plus qu'un mendiant sous I) un habit chargé de broderies , comme un prince Babylo- » nien. C'est la raison pour laquelle on ne doit pas draper » d'une somptueuse robe de brocard d'or la très-sainte Vierge » et son époux saint Joseph. En effet, quoique Marie et » Joseph fussent d'une royale lignée et que la mère de Dieu » soit la plus auguste des reines, il n'en est pas moins vrai » que l'un et l'autre vécurent pauvrement et que leur cos-

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tanie ne doU pas contraster avec cette homilité dont ils firent profession. Il ne convient pas, je le répète, de rcvélir de tels personnages d'habits ondoyants et somptoenK dont la splendeur et la riche variété frappent les regards. Un peintre ne serait point inspiré par la piété, s'il employait son art à figurer des vêtements soyeux et flottant au gré des vents, car ce sont les indices de la mollesse et de la volupté. On ne pourrait approuver lartiste qui représenterait le rapt de Proserpine ou une Sabine enlevée par de jeunes hommes, dans un tableau de piété. On ne devra donc point donner des boucles de cheveux auxquelles se marient les diamants et les perles à une sainte quelconque, puisque cette recherche de parure ne conviendrait même pas, dans notre ville, k une matrone grave et honnête. Les artistes qui commettent de pareilles fentes, font, non seulement mentir leurs pinceaux et attribuent Torgueîl , la vanité , la molî^sse aux Saints qui restèrent purs de ces vices , mais encore semblent approuver et légitimer ces coupables frivolités que nos Pères et nos docteurs ont, tant de fois, anathématisées. Ces peintres mériteraient le reproche qui fut fait, selon S. Clément d*Alexandrie , à un artiste qui avait représenté Hélène parée de toute sorte d atours , resplendissante d'or et de pjetreries : n'ayant pu parvenir à exprimer la beauté de cette femme, tu as du moins fait ressortir ses richesses et Topulence de sa haute forlune. »

Ces observations n'ont pas besoin de commentaire. Elles sent dictées par un profond sentiment de l'Art Chrétien et Fartiste dont le jugement n'a point été faussé par de funestes préventions en fera son profit. Ne serait-il pas permis néanmoins de trouver une trop grande sévérité dans ce que dit Borromée sur la richesse des habits de la sainte Vierge. Souvent le peintre en la revêtant d'un costume splendido a moins en vue de se conformer à Thistoire que de payer ainsi à la reine des Anges et des Sainis un tribut d'hommage et de vénération. C'est bien ce dernier sentiment qui a fait revêtir la célèbre vierge de Lorette d'une robe du prix le plus riche, où les perles, les rubis, les pierres les

plus fiues éblouissent les regards des pieux serviteurs de Marie qui accourent , de toutes parts , dans ce respectable sanctuaire. Il n'est certes venu à Tesprit de personne que la sainte Vierge était ainsi parée» pendant qu'elle était sur la terre. On n'en célèbre pas moins , en présence de ce merveilleux éclat de sa robe, Thumililé de la servante du Seigneur.

On concevra toutefois qu'il ne serait pas possible de donner k Marie ce brillant et somptueux extérieur dans un tableau qui retracerait un des événements de sa vie mortelle. Ainsi nous faisons des cruci6x en or, en argent, en bronze doré; les croix sont quelquefois rajonnanles de précieuses pierreries ; nous consacrons à ces adorables images tout ce que la nature et l'art peuvent nous fournir. Mais, dans un tableau du crucifiement, dans une scène historique du Calvaire, nous nous gardons de déployer tout ce luxe d'ornementation. Il est donc très-probable que notre auteur ne se prononçait contre ce luxe artistique dans un tableau , dans un relief, etc. , que pour la reproduction des traits historiques. On avouera que, dans ce cas, son improbation est parfaitement rationnelle et légitime.

Le chapitre viiie du premier livre traite de l'âge /^De (Btaiejy ce sujet ne mérite pas moins d'attention que les précédents chapitres. Nous aurons à relever, dans le cours de notre présent ouvrage, plusieurs erreurs commises, sous ce rapport , par les artistes.

« La vérité de l'histoire exige que Ion ait égard aux n divers âges des personnes qui sont représentées. Les » fautes commises sur ce point peuvent considérablement » offenser des yeux intelligents. Ici , comme en un très- » grand nombre de cas , il faut se garder d'accorder à la n multitude des artistes une indiscrète et aveugle autorité, n car lorsqu'un grand nombre de peintres ont affecté tel » âge à tel saint, les imitateurs se tiennent forts de ces pré- » cédents erronés et ne font pas des recherches ultérieures. » Un artiste avait peint l'apôtre S. Paul avec une barbe » blanche qui s'étalait sur sa poitrine, au moment où une » voix du ciel se fit entendre et terrassa ce persécuteur des

» chrétiens. Or , nous savons qa*à cette époque Paul n était » point d'un âge avancé. Ils ne ^mmettent pas une erreur » moins grande les peintres qui Ggurent Paul encore jeune

• au moment où il subit le martyre. On peint aussi Joseph » soos les traits d'un vieillard caduc, tandis que les écri- 9 vains nous attestent que cet époux de Marie nétait pas » dun Age très-avancé. On dira peut-être : Faut-ii donc » s'écarter de la vieille coutume, et donner pour époux k B la sainte Vierge un homme encore jeune ou dans la vigueur ■> de rage viril ? Sans doute , il ne faudra pas agir ainsi ,

• car la force d'une ancienne coutume est d'un grand poids, » et les traditions historiques surtout celles qui reposent sur » de grandes autorités et même sur des mystères ne nous ■» représentent pas saint Joseph dans un état d'adolescence , n ni même comme un vigoureux jeune homme. On le pei- B gnit d'abord en homme d'un grand Age pour symboliser » sa chasteté et la gravité de ses mœurs ; ces deux qualités » se rencontrent, en effet, plus aisément dans un Age avancé » que dans la fleur des années. De ce qu'on doit respecter « un usage consacré par les siècles, il ne faut pas conclure I» qu'il est permis de varier l'Age des autres Saints, ainsi » qu'il est évident qu'on l'a fait à l'égard de S. Sébastien. > A répoque où ce saint reçut la couronne du martyre , il » était Agé et pourtant les peintres en ont fait un jeune f» homme , afin d'en prendre occasion de déployer dans un » corps nu toutes les ressources de leur art h dessiner les » belles formes de la jeunesse. Mais nos pères, hommes » saints et sévères n'ont pas entendu que l'on peignit ainsi « le glorieux martyr. En effet , nous avons vu S. Sébastien n représenté en vieillard sur le frontispice de l'église qui » s'élève à Rome, en son honneur, de temps immémorial. »

Une note adjointe au texte que nous traduisons nous apprend que dans une très-ancienne mosaïque de l'église de Saint-Pierre aux liens S. Sébastien est figuré en vieillard décrépit y avec une chevelure blanche et une longue barbe. Notre illustre auteur poursuit ainsi son sujet :

« On pèche contre la vérité, d'une manière très-grave, » si l'on peint rayonnant des fleurs de la jeunesse le saint

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» évangéliste Jean, au moment où il écril son Apocalypse » dans nie de Pathmos. Ces observalions sur la différence » à observer dans les âges sont d'une telle importance que » le célèbre Michel-Ange lui-même a dû subir le (rop juste » reproche d'avoir figuré en pierre le Sauveur mort entre » les bras de sa mère à laquelle Tartiste a prêté tous les » charmes du jeune âge. Plusieurs critiques Tout aussi B blâmé d avoir représenté le Sauveur trop jeune au moment » où il juge les vivants et les morts. On pourrait agiter la » question s'il n'est pas permis, dans un tableau de ce » genre , de peindre les Saints dans toute la vigueur de » l'âge , tels qu'ils seront alors en réalité. Les peintres » objecteront peut-être que ces questions sont étrangères à » leur art et qu'il leur est permis d'imiter des peintures qui » exécutées avec la variété des âges ont été néannMHns » approuvées et reçues. »

Au sujet du reproche fait à Michel-Ange d'avoir figuré la sainte Vierge trop jeune au moment où le Sauveur mort est déposé dans ses bras, quelques écrivains, selon la note sur ce passage de notre auteur, ont disculpé ce grand artiste. Us ont dit que les femmes vouées k la continence vieillissent moins vite que les femmes mariées. Vasari, dans sa vie de Michel-Ange, fait valoir cette raison. Selon l'auteur de la même note , quand on considère de près ce beau groupe de Bnonaroti, on reconnait que la Vierge n'y est pas figurée aussi jeune qu'on l'a prétendu. Quant à ce qui est de la dernière observation du tcxie ci^essus, le cardinal Borromée, comme on voit, ne s'est pas mis en peine de répondre. Il faut en effet reconnaître en principe, ainsi qu'il l'a dit ailleurs, que la vérité n'a point à se préoccuper de la coutume ni de la grande renommée de ceux qui ne respectent point ses inflexibles préceptes.

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