CHAPITRE II
Sainte Genevièfe de Paris; Saint Siméon Stylite; Sainte Gudale; Saint Hilaire, évèqae.
Aa 3 janvier est placée la fête de sainte Geneviève , pa- (rone spéciale de la ville de Paris. Selon la vieille légende de cette sainte , on Ta Irès-soQvent représentée tenant on cierge à la main. A ses pieds est enchaîné le démon. Cette légende nous apprend que Geneviève tenant , un jour, ea main , deux cierges éteints , ces cierges s'allumèrent d'ano manière miraculeuse ; et puis encore que par la prière et un signe de croix Geneviève délivra quelques possédés da démon. Ce n'est pas ainsi que cette pieuse vierge de Nanterre est aujourd'hui caractérisée. On la peint en bergère qui garde son troupeau , munie d'une quenouille qu'on a substituée au cierge miraculeusement allumé. A son coa est suspendue une pièce de monnaie timbrée d^une croix. C'est un don qu'elle reçut de S. Germain , évèque d^'Auierre.
Adrien de Valois ne veut pas qu on figure sainte Geneviève en bergère : a Les peintres.... nous représentent cette sainte n en bergère, ayec un bavolet et une quenouille A la main, » gardant un troupeau de brebis, au lieu de la peindre en » dame, comme elle était. » Il se fonde sur ce queS. Germain-d'Auxerre recommanda à cette jeune vierge de ne point porter de joyaux. « Ne serait-ce pas ridicule, dit cet i> auteur, d'ordonner à une pauvre paysanne, de ne jan mais porter sur elle de bijoux d'or et d'argent , ni de » pierreries, puisque, quand même, elle aurait eu la von lonté d'en porter, elle n'en aurait pas eu le moyen. » Adrien de Valois veut absolument faire de Geneviève la fille du seigneur de l'endroit ou du moins celle de quelque parisien distingué qui aurait eu une maison de campagne k Nanterre. Le raisonnement de cet écrivain ne nous semble
pas bien concloant. Il n'est pas certain qu'aux Ve et Vie siècles il y eut aux environs de la chétive Lutèco des chalc* iains possesseurs de riches terres et de spicndides maisons de campagne, comme sous le règne de Louis XIV dont notre censeur était le contemporain. Quand même Generîèfe aurait été la fille d'un propriétaire aisé de Tendroit, pourrait-on 8*étonner de la voir gardienne des troupeaux de ses parents? Pour ce qui est de la quenouille et du fuseau, Adrien de Valois n'ignorait pas que les reines ne dédaignaient point de les manier. La défense de S. Germain n'avait , non plus , rien de déplacé , dans aucune hypothèse. La bergère la pins pauvre pourrait en faire son profit , car le désir seul du luxe et de la parure peut aussi bien détourner une jeune fille de Tamour des vrais biens que la possession réelle de ces objets de vanité. Il n'y a donc pas lien d appliquer aux peintres le reproche de sottise que leur fait trop énergiquement Adrien de Valois. Enlever à sainte Geneyiève sa modeste mise de bergère, sa quenouille, son fu* seao, sa houlette cest ravir au culte de cette bienheureuse vierge tout son charme et toute sa popularité. Il se rencontre encore, de temps en temps, des censeurs qui reproduisent les arguments de l'historiographe de France. Mous ne partageons pas leur sévère susceptibilité et nous disons que Fartiste qui voudrait faire de la Vierge de Nanterre une demoiselle de grande condition, en lui ravissant ses attributs de simple bergère ne ferait point preuve de taet et de sagacité. Nous ne connaissons aucune œuvre un peu remarquable où notre sainte figure telle que la voudrait le célèbre historien.
Le cinquième jour de Janvier, veille de l'Epiphanie, est consacré h la mémoire de S. Siméon Stylite. Les actes de sa vie rapportent, entre plusieurs autres pratiques de renoncement au monde et de mortification, le fait qui a valu à ce saint solitaire le surnom de Stylite formé d'un terme grec qui signifie colonne. En 423, Siméon fit faire une colonne de six coudées de hauteur , sur laquelle il vécut pendant quatre ans. Il en fit ensuite élever une de douze coudées, puis une troisième de vingt-deux. Sur ces deux
colonnes il passa treize années. Enfin sur une quatrième colonne haute de quarante coudées, Siméon passa les vingtdeux dernières années de sa vie. (Vie des Saints, par Albao Butler, traduction de Godcscard, tome ler). 11 est à remarquer que la partie supérieure de chacune de ces colonnes n'avait que trois pieds de diamètre et était environnée d*uDe balustrade. De là, comme d'une chaire, il exhortait le peuple qui venait se grouper autour de la colonne. 11 y termina sa vie, en 459, âgé de soixante-neuf ans. De la ville d'Anlioche où S. Siméon fut inhumé, la renommée de ses vertus se répandit dans tout le monde. Pendant plusieurs siècles, rimage de ce solitaire sur sa colonne fut très-souvent reproduite en Orient. Il est très-rare aujourd'hui que celte image soit retracée.
Le huit janvier, fé(e de sainte Gudule. Cette vierge des Pajs-Bas y mourut en 712. La principale église de Bruxelles est placée sous son invocation. Les peintres traduisent en la retraçant un fait raconté par la légende. On y dit que cette sainte avait pour mère sainte Amalberge, nièce de Pépin, maire du palais, et pour marraine sainte Gertrude sa parente; qu'elle allait tous les jours, de grand matin, à Téglise de Saint-Sauveur de Morzelle qui était à une demie lieue du château de son père, accompagnée d'une femme portant une lanterne , et que la bougie s'étant un. jour éteinte» Gudule la ralluma par ses prières. Les artistes flamands supposent que le diable éteignit la bougie et arment cet esprit impur d'un soufQet dont il dirige le vent contre le flambeau de la sainte. Ceci ressemble un peu trop à la carricaturc....
S. Uilaire, évoque de Poitiers, est fêté le 14 janvier. Il fut un des plus illustres prélats de la catholicité. Exilé en Phrygie, pour avoir combattu l'Arianisme, il partit de sa ville épiscopale , en 356. C'est le trait de sa vie qu'on reproduit habituellement. Le saint évéque, un bâton à la main , s'achemine vers son exil lointain et à quelques pas de la ville il se tourne poar la bénir. 11 mourut, en 368, à Poitiers où il était revenu, et où il avait été accueilli avec les plus vifs transports d'allégresse.
DK L ART CHRETIKN.