CHAPITRE III
— Il— tie» *i HMto de Smmwlmr.
Stiot ÀDtoine, abbé; Saint SébatUen, martyr.
Le dix-septième jour de janvier ramène la fêle du plus célèbre des anachorètes, S. Anloine. C'est le jour annirersaire de sa mort, qui eut lieu en 356. Il n'est peut-être pas de saint dont l'image ait été plus multipliée. On a quelquefois, et surtout anciennement, peint auprès de S. Antoine an grand feu. S. Thomas d'Aquin en donne pour raison qu'on invoque ce saint pour se préserver des flammes éternelles. Ce n'est point là le vrai motif. 11 est beaucoup plus probable que c'est à cause d'une horrible maladie connue sous le nom de feu sacré et qui fit beaucoup de ravages, surtout dans les Xle et Xlle siècles. Pour se guérir de ce mal terrible , qui produisait sur le corps le même eflet que le feu, on invoquait ce saint anachorète. A cette occasion fat institué l'ordre célèbre de S. Antoine , dans le Danphiné. C'est dans le couvent de cet ordre que furent déposées les reliques de ce saint apportées de Constantinople par Joscelin, seigneur du pays. Ceci eut lieu vers la fin du Xle siècle. 11 est aujourd'hui assez rare de peindre S. Antoine avec ce feu symbolique. Le plus ordinairement on place près de lui un porc.
On s'est livré à beaucoup de conjectures sur cette singularité. Les uns ont pensé que le porc était l'emblème du démon qui suscita beaucoup de tentations a ce saint abbé. D'autres disent que les villageois se plaisaient à placer sous la protection de S. Antoine les animaux domestiques représentés par le porc. On a cru, avec plus de raison, que par cet animal on voulait rappeler la coutume des moines de S. Antoine qui nourrissaient une grande quantité de porcs dont la chair était distribuée par eux aux indigents.
C'est à cause de cela que ces moines jouissaient du privilège de laisser errer partout, sans qaon eût droit de sj opposer, les porcs qui appartenaient à la communauté. Le vol d'un de ces animaux était même regardé comme un sacrilège que Dieu ne laissait pas impuni dès ici bas. Telle est l'origine du proverbe italien , en parlant d'une personne qui rient d'éprouver un malheur: Ha forse rubato un porco di san-Antonio. (Il a peut-être dérobé un porc de S. Antoine). Les frères quêteurs de cet ordre étaient presque toujours accompagnés d'un porc dressé à les suivre comme un chien.
On place dans les mains de S. Antoine un livre pour indiquer que ce moine égyptien, sans avoir fait des éludes, était parvenu à entendre et à interpréter parfaitement les divines écritures. On raconte que certains philosophes vain' de leur savoir, l'ayant un jour rencontré, et s'amusantà ses dépens comme d'un homme qui. n'avait aucune connaissance des lettres, S. Antoine leur adressa cette question : « Laquelle des deux choses, l'esprit et la littératare, » a précédé l'autre? Laquelle des deux est la cause oo » origine de l'autre ? » Les philosophes donnèrent la priorité à l'esprit. « En ce cas, reprit S. Antoine, à quiconque » est doué d'un esprit sain et droit, la littérature n'est » point nécessaire. »
Il est un autre type caractéristique dont il est besoin d'expliquer le sens. C'est le Taià ou la lettre T qui est figurée sur l'habit monacal de ce saint. La coule des chanoines réguliers de S. Antoine en est pareillement timbrée. Ce n'est autre chose que la figure de la croix pour laquelle cet anachorète professait une grande confiance. S. Atbanase nous apprend que ce saint disait aux démons dont il avait à souffrir de perpétuels assauts : Pourquoi faites-voDS » de vains efforts? Nous avons contre vous un rempart » inexpugnable. C'est le signe de la croix et notre foi ao » Seigneur. » Le même docteur nous dit encore que S. Antoine parlait ainsi à ses disciples : « Quand vous verrez » les ruses du démon, armez du signe de la croix vos » fronts et vos demeures. Ces esprits infernaux sont terri-
DE L ART GHRÉTIEX. 9
» fiés par ce trophée de la victoire que le Sauveur a remo portée sur eux. » Est-il besoin de répéter ici que la croix, surtout en Orient, était figurée sous la forme du Tau?
Très^souvent les peintres se sont exercés à tracer les diverses tentations de S. Antoine et ont donné un libre essor à leur imagination. La carrière qui s'ouvre devant eux est en effet très-vaste. Hais qui oserait attester qu on na point abusé de cette liberté? Ne faut-il pas convenir que certaines peintures de ce genre , loin d'être une prédication morale par Téioquence qui est propre à l'art, sont au contraire un sujet de scandale ? C'est donc uniquement à des artistes dignes de ce nom, sous le point de vue catholique , que nous présentons ce passage de S. Atbanase cité par Paquot : « L'intrépide anachorète avait triomphé de » plusieurs moyens de séduction employés contre lui par » l'esprit infernal , lorsqu'une nuit pendant le sommeil de 9 S. Antoine , le lieu de son repos fut viol^mment ébranlé. • Les quatre parois de sa cellule s'écroulèrent , et à tra- » vers des ruines pénétrèrent des démons sous la forme de o bâtes. Le lieu parut subitement rempli de spectres de » lions, d'ours, de léopards, de taureaux, de serpents, » d'aspics, de scorpions, de loups. Chacun de ces animaux x> se mouvait à sa manière. Le lion rugissait prêt à fondre > sur sa proie, le taureau agitait ses cornes menaçantes, » le serpent se repliait en sifQant, le loup prenait son B essor ; en un mot, tous ces monstres poussaient des rau- B gissements formidables et semblaient animés d'une bor- » rible fureur. » Il n'en fallait pas même autant aux peintres pour se livrer à mille fantaisies de cette nature. Breugl l'ancien, David Teniers, Raphaël Sadeler, et surtout l'inimitable Callot, ont très-largement usé de la liberté d'enchérir sur le récit de l'illustre biographe de S. Antoine. Il ne faudrait pas cependant tomber dans un excès opposé " en se persuadant que toutes ces apparitions sataniques n'étant que des jeux de style ou des amplifications emblématiques dont les circonstances et les détails sont imaginaires, le peintre ami de la vérité doit s'abstenir de les réaliser. On ne peut, sans témérité, supposer que le grand
S. Athanase n'a voulu qu'égayer la vie de son héros, par la description de ces fantastiques métamorphoses des démons en monstres. Si Tartiste traduit S. Athanase sans U surcharge de ses propres inventions, il ne saura être répréhensible. Mais Irès-ordînairement l'eicagération de Thorrible tombe dans le grotesque , et c'est là ce qu'on est en droit de reprocher à un grand nombre d artistes.
Pour ce qui est du costume de ce saint , on doit le rerétir d'une coule , cuculla y munie d'un capuchon dont la couleur est noire. Ceci pourtant est plutôt l'habit des religieux de son Ordre que celui qui fut porté par le fondateur. Suivant S. Athanase le vêtement de S. Antoine était une robe faite de la peau d*une brebis. C'est ce qu'on nommait Meloles. S. Antoine a été quelquefois représenté soos les attributs de la dignité abbatiale, tels que la mitre et la crosse. C'est un véritable anachronisme , car ce nest qu'après le Xe siècle que ces insignes ont été concédés aux abbés conventuels. Le cardinal Frédéric Borromée dit qu'on donne une clochette à S. Antoine et que Ton peint auprès de lui un feu et un animal hideux. Il pense que par l'animal ou a voulu représenter le démon. La clochette dont parle notre illustre auteur convient infiniment mieux aux frères quêteurs de l'Ordre de S. Antoine. Très-certainement, le saint anachorète n'en a jamais fait usage , surtout pour faire la quête dans les déserts de l'Egypte !...
Le 20 janvier, l'Eglise célèbre la fête des SS. Sébastien, martyr, et Fabien, pape, également martyr.
Le premier est habituellement peint ou sculpté transpercé de flèches. Telle fut en effet la première torture qu1l subit et son martyre se termina par une cruelle bastonnade , en 304, sous l'empire de Dioclétien. Une mosaïque placée dans l'église de sainte Eudoxie, à Rome, donne à ce saint une taille au-dessus de la moyenne , une physionomie de vieil* lard et une longue barbe. Les peintres , les sculpteurs ont donc un très-grand tort en faisant de ce martyr un jeune homme qui ressemble beaucoup mieux à un Adonis quà un généreux confesseur de la foi. L'auteur de V Essai sur l'Education de la Noblesse (l^aris 1749) dit que : « l^'o»
DE l'art chrétien. Il
• fat obligé d'6ter de Téglise de S. Marc , de Florence , un
• tableau de S. Sébastien parce que les religieux reconnu- » rent qu'il y avait quelques femmes que la beauté de cette » image avait touchées d'une antre passion que celle qu*un > marijr doit inspirer. » Ce tableau était du dominicain Bartolomeo, mort à Florence, en 1517. Raphaël dans un petit tableau sur bois n'a pu ou n'a pas voulu se garantir d'un abus semblable. Le corps du saint martyr est rayonnant de tous les charmes de la jeunesse. {Voir le Chap. iV de la première partiej,
S. Sébastien est quelquefois peint en société avec S. Roch; parce qu'on l'invoque contre la peste. Paul, diacre, raconte qu'au moment où cette mortelle contagion exerçait de grands ravages en Italie et principalement dans la ville de Pavie, un des habitants de cette dernière eut une vision miraculeuse. Il lui fut révélé que le fléau cesserait , quand on aurait élevé un autel à S. Sébastien dans l'église de S. Pierre aux liens. On s'empressa d'obtempérer à cet ordre du ciel et la contagion cessa à Tiiistant.
Le second, S. Fabien est peint avec une colombe qui plane sur sa tête. On croit qu'il fut élu pape par une pro* tection visible du Saint-Esprit au moment où personne ne pouvait s'y attendre. On pense que ce pape baptisa Tempereur Philippe que S. Jérôme considère comme le premier César chrétien. Ce pontife subit le martyre sous Dèce, en
droite, il remet au pape Léon III un Palltum. De la main gaoche, il présente à Cbarlemagne un grand drapeau sur Icqael on distingue quelques caractères ou signes rouges , rubicantibus notis alicubi dislinctum. Cbarlemagne est à genoux et tient la hampe de l'étendard que lui remet S. Pierre. La physionomie est bien celle qu'assigne à ce grand prince son biographe Eginard. La tête est d'un fort volume , le front rond, les yeux grands, le nez long. Ce portrait est identique avec la figure que Ton voit sur un sceau diplomatique. L'église de sainte Suzanne , à Rome , possède une e/figie semblable. Le costume de Cbarlemagne n'a pas besoin d'être décrit et d'ailleurs il est dépendant de plusieurs circonstances de sa vie. Si l'on veut le représenter au moment où le pape Léon 111 le couronne roi des Romains , le jour de Noël de l'an 800, il doit alors porter le costume historique des Césars. H est , du reste , assez rare d'envisager cet empereur sous l'aspect agiographique. Nous ne pouvions cependant l'omettre puisque l'Eglise , du moins en quelques contrées, le fête comme bienheureux. La nouvelle Université de France le considère encore comme son patron, quoique cette solennité soit beaucoup plus civile que liturgique pour elle...
Le 29 janvier est consacré à honorer la mémoire du saint évéque de Genève François-de-Sales. L'art chrétien s'est plu à reproduire très-souvent ce bienheureux prélat lune des plus belles gloires de l'épiscopat. Mort à Lyon , dans la cinquante-sixième année de son âge en 1622 , il fut canonisé par le pape Alexandre VII , en 1665. . Il existe de ce saint un type de figure dont il ne peut être permis à Tartiste de s'écarter. L'église de S. Louis en l'Ile, à Paris, possède un tableau qui passe pour un fidèle portrait de S. François-de-Sales. Il est de Daniel Halle, père de Guj Halle , un des peintres les plus estimés du XVIIc siècle. On représente ordinairement cet évêque en rochet et mozctte modernes , tenant à la main , pour symbole , un cœur enflammé. Ceci fait allusion au livre admirable et profona dont S. François-de-Sales est auteur et qui a pour titre: Traité de V amour de Dieu. L'église paroissiale de Saint-Lco,
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à Paris, peut considérer comme un de ses plus précieux objets d'art un tableau d*assez petite dimension représentant notre saint évéque de Genève sur son lit de mort. C'est bien là le sommeil du juste dans loule sa placidité. Philippe de Champagne est auteur de cet excellent morceau.