‹ Institutions de lʹart chrétienChapitre 85 sur 180 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Saint Bernardin, prédicateur; Saint Urbain, pape.

A rioTeDtion de la sainte Croix , Molanus fait succéder S. Bernardin dont la fête est fixée au 20 mai. 11 explique pourquoi les artistes le peignent tenant h la main une espèce de soleil au centre duquel est inscrit le nom de Jésus. Dans notre deuxième partie, au chapitre ii , il a été question de S. Bernardin et du nom de Jésus qui fut imposé au Fik de Dieu fait homme, le jour de sa circoncision. Molanus insère une explication de ce genre de peinture , en citant les propres^ paroles de Surius sur S. Bernardin de Sienne. On ne sera peut-être pas fâché de trouver ici la traduction de ce passage :

« Les sermons de Bernardin étaient de feu, et sa vie re- B traçait toutes les vertus. C'est pour y faire une juste al- « lusion qu'on le peint tenant un soleil à la main. Un jour » qu*il prêchait dans une grande ville (Bologne) avec un n grand zèle , on vit le peuple si pénétré de componction » qu'on apportait de toutes parts des tables de jeu et des

• dés 9 pour les briser et les brûler en sa présence. Un ou- » Trier qui fabriquait ces objets s'approcha du saint orateur n et lui fit observer que son zèle allait le réduire à la » mendicité. Bernardin lui demanda s'il ne pourrait pas

• embrasser un autre état. Celui-ci répondit négativement. » Alors Bernardin se met à tracer un cercle sur une plan- » che, y peint un soleil et représente au milieu le saint » nom de Jésus, pour lequel il professait un culte spécial. B On affirme même que Bernardin , prêchant à Borne sur » ce sujet d'une manière très-sublime, fut suspecté d'hérésie » par des auditeurs qui ne le comprenaient pas. Le lende- » main , pendant qu'il prêchait , Dieu voulut confirmer » l'orthodoxie du discours de la veille par un prodige. On

» vit le nom de Jésus apparaître sur la tète du saiat , sous » la même forme qu'il en avait tracée. Bernardin enjoignît » à l'ouvrier de fabriquer dorénavant des images pareilles » à celles dont il lui avait formé le modèle. L'ouvrier suivit » ce conseil et s'enrichit. »

S. Bernardin a fait un sermon , qui est son quaranteneuvième sur les douze rayons du nom de Jésus. Nous n*avons point h rapporter ici ce que dit Paquot sur une erreur du moine Joachim, mort en 1212, dans les écrits duquel Bernardin avait puisé le principal sujet de ce sermon. Ce moine prétendait, en outre, que la loi de Moïse était celle du Père, la loi chrétienne celle du Fils à laquelle Tannée 1260 devait mettre fin , et que la troisième loi serait celle du Saint-Esprit, laquelle durerait jusqu'à la fin du monde. Il faudrait se garder de reconnaître dans cet emblème timbré du nom de Jésus la moindre analogie avec un système absurde et impie qui n*a voulu voir dans la religion chrétienne , que l'ancien culte du Dieu soleil ou Apollon.

S. Bernardin mourut en 1444 , âgé de 64 ans.

Le 25 mai , fé(e de S. Urbain, pape, qui monta sur la chaire de S. Pierre, en 223 et souffrit le martyre en 230. Une erreur qui provient de la ressemblance des noms aurait fait confondre ce saint pape avec S. Urbain, évéqne de Langres , dont le corps était gardé dans un monastère de Dijon. Les vignerons se sont placés sous le patronage d'on S. Urbain. Or il arrive assez souvent que les artistes, confondant l'un avec l'autre, figurent le pape S. Urbain près duquel ils peignent une vigne et des raisins. Ces attributs ne sauraient convenir au successeur de S. Pierre, décapité pour la foi, en la susdite année 230. A S. Urbain, évéque de Langres, appartiennent ces attributs, parce qu*on lit dans la vie de ce saint qu'il mit un grand zèle à maintenir la propriété de quelques vignes données à son Eglise. On ne lit absolument rien dans la vie du pape S. Urbain qui puisse justifier le choix que les vignerons auraient fait de lui comme patron. C'est ainsi que les meuniers de Louvain s'étaient mis sous la protection de S. Victor, dont la fête a lieu le 10 octobre, au lieu de S. Victor de Marseille qui

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fui bro}é soQS une meule de moulin. La fé(e de ce marhr a lieu le 20 juillet.

Pourtant, en ce qui est du pape S. Urbain, à défaut de monuments écrits, il existe, selon Holanus, une tradition populaire d'après laquelle ce pape se serait caché, pendant les persécutions , dans les lignes. Il n en faudrait pas davantage pour légitimer le culte des vignerons. Mais encore ici la tradition ne peut se baser sur quelque incident , car Tillemont qui a soigneusement compulsé toutes les légendes relatives à ce pape , avoue qu'il n'a absolument rencontré rien qui eût le moindre trait à une tradition pareille. Le savant annotateur de Molanus ajoute que les vignerons fe* raient aussi bien de prendre pour patron S. Antonin qui, au IXe siècle, était abbé de Sorrente, dans la terre de Labour, au royaume de Naples. Ce saint abbé , dont la fête est célébrée le 14 février, inaugura la vigne dans celte eontrée avant lui stérile et inféconde. Les vins exquis qui proviennent de ce territoire portent encore aujourd'hui le nom de vins de S. Antonin.

En Allemagne, les vignerons désirent la sérénité pour deux jours de Tanfiée. Ce sont le 25 janvier, fête de la conversion de S. Paul et le 1er jour de Télé qui est consacré à S. Urbain. II existait même en Franconie une cou*» tume assez bizarre , pour ne pas dire sacrilège. En la fête de S. Urbain , les vignerons paraient de fleurs une table , la plaçaient sous un berceau de rameaux verts et y exposaient avec pompe la statue de S. Urbain. Cet autel était érigé sur une place publique. Si le jour était beau, la statue était arrosée de copieuses libations de vin et on lui rendait les plus grands honneurs. Si, au contraire , le temps était pluvieux , les vignerons jetaient de la boue sur la statue et l'inondaient d'un déluge d'eau. Cette supertitieuse pratique est rapportée par Jean Albanus , dans son livre des Mœurs des Nations. Un autre auteur, Schcneck, raconte à son tour que les images de S. Paul et de S. Urbain étaient jetées à Teau, quand le jour de leur fête n'était pas serein. L'Eglise n'est point parvenue, sans beaucoup de peine , à déraciner ces usages séculaires que Ton dirait im-

portés de la Chine oa des Indes. Molanus et Paquot entrent dans de longs détails sur la bénédiction des raisins qui avait lieu le jour de S. Sixte , pape , immédiatement ayant la seconde élévation qui précède l'Oraison dominicale à la Messe<. Cela sort de notre sujet et appartient exclasivement à la liturgie.

Lequel des deux saints , du pape et de Tévêque, doit être regardé comme le patron des vignerons? D'après ce qui vient d'être dit , la réponse n'est pas sans difficulté. Nous croyons qu'en France il est assez rare que les vignerons se placent sons le patronage d'un S. Urbain. En général, ils font choix de S. Vincent, diacre , dont la fête a lieu le 22 janvier. Rien , ni dans la vie , ni dans le martyre de ce saint , dont le cuUe est très-célèbre en Espagne, n'a le moindre rapport à un patronage de vignerons. On doit en dire autant de S. Martin dont la fête tombe au onzième jour de novembre. Néaniilpins, comme en ce mois les vins son soutirés des cuves , les vignerons d'Italie et d'autres p'Uys ont choisi ce saint évêque de Tours pour leur patron. S. Urbain ne parait avoir été honoré comme patron des vignerons que sur les bords du Rhin et peut-être encore dans le diocèse de Langres où la confusion entre le pape de ce nom et Tévêque S. Urbain a très-probablement pris naissance.

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CHAPITEE XI.

Saint Médard, évèque; Saint Antoine de Padoue; Les sainU Gervais et Protais, martyrs.

Le 8 juin est célébrée la fête de S. Médard , cvéque de Noyon. Né à Salencj, en Picardie , vers Tan 457, et sacré par S. Rémi , l'illustre Médard se dévoua ayec une ardeur extraordinaire à la conversion des payeus qui peuplaient encore le nord de la France. Mort en 545 , îi fut enterré dans sa cathédrale de Noyon , mais le roi Glolaire fit transporter ses reliques à Soissons où il avait plus habituellement résidé. On a peint assez fréquemment le trait où sainte Radegonde, épouse du roi Clotaire, reçoit des mains de S. Hédard le voile de religieuse et est élevée à la dignité de diaconesse. Une église paroissiale de Paris est sous Tinvocation de S. Médard. L'institution de la fête dite de la Rosière est attribuée à ce saint évêque. C'était un chapeau de roses destiné h la plus vertueuse fille du village de Salency , et Ton y joignait une somme de 25 livres qui lui était en même temps comptée. On voyait au-dessus de Tautel de la chapelle de S. Médard , située à une des extrémités de Salency , un tableau où ce pontife était représenté couronnant une Rosière. A qui la voix publique avait-elle décerné cet honneur? C'était à la propre sœur de S. Médard. Ce même snjet a été traité par le peintre Dupré , en 1837. Cette belle toile orne Téglise de Saint-Médard, à Paris.

Le 13 juin, fête de S. Antoine de Padoue. Né à Lisbonne en 1195, ce religieux s'est rendu illustre autant par ses prédications que par ses miracles. L'Italie fut le principal théâtre de son zèle et il mourut, en 1231, h Padoue, dont le nom distinctif lui est resté. Un an après sa mort , fait unique en ce genre , Antoine fut mis au rang des saints par le pape Grégoire IX. S. Antoine a été rc-

produit sous toutes les formes de Tart, principalement en Italie et en Portugal. L'église de Saint-Vincent, de Rouen, possède un vitrail du XVIe siècle retraçant nn miracle de S. Antoine de Padoue. Ce saint, préchaqt , à Toulouse, sur l'Eucharistie, ne put parvenir k conyaincre un hérétique albigeois qui lui déclara qu'il ne se rendrait qu'à l'éTÎdence d'un miracle : a Si ma maie , dit-il au saint , après quelques » jours de jeûne rigoureux refuse l'orge qu'on lui présen- » tera, pour adorer l'hostie, je me convertirai. » Antoine accepta le défi, et au bout de trois jours a^ant présenté le vase qui contenait la sainte Eucharistie à la mule , celle-ci se prosterna pour l'adorer, dédaignant la nourriture qui lut était offerte. L'hérétique vaincu se convertit. Il est d'un assez fréquent usage de représenter ce saint tenant dans ses bras l'Enfant-Jésus. Une belle gravure du Pésarèse, peintre lombard ; exécutée h l'eau forte , en 1648 , représente ainsi S. Antoine de Padoue. Quelquefois aussi on figure ce saint h genoux ou debout devant l'Enfant-Jésus. Il existe , en ce genre, une assez belle toile de Strozzi.

Les saints Gervais et Protais ont leur fête fixée au 19 juin. S. Ambroise les considère comme les premiers martyrs de Milan. 11 parait qu'ils subirent le martyre sous Néron, ou au plus tard sous Domitien, ce qui les fait remonter aux temps apostoliques. Les corps de ces deux athlètes de la foi chrétienne furent découverts par une révélation divine qui fut faite à S. Ambroise. Ils avaient été inhumés auprès des restes des SS. Nabor et Félix. Les osssements étaient encore dans leur position naturelle, mais les têtes étaient séparées du tronc, indice du genre de leur martyre. Ces restes an-nonçaient que les deux saints avaient été d'une taille élevée. On transporta ces reliques , avec une grande pompe , dans la basilique construite à Milan par les soins de son grand archevêque. 11 voulut présider lui-même à cette translation. Celle-ci fait le sujet d'un grand tableau peint par Philippe de Champagne , en 1665. Cette page remarquable sous le rapport de Tart graphique pèche néanmoins sous celui des costumes. S. Ambroise qui préside à la cérémonie est revêtu d'habits pontificaux pareils à ceux des évéques

du XVIIe siècle et du temps présent. Il en est de même pour les autres évéqnes , prêtres et diacres dont lofficiant est assisté. On voit en avant du cortège religieux un homme possédé du démon qui se roule dans la poussière et qui crie, en rendant un hommage forcé à la vérité, que ceuxlà seront comme lui tourmentés par le diable qui oseront nier l'identité des corps des deux martyrs dont on transfère les reliques.

Le Sueur a représenté les deux saints refusant d'adorer Jupiter. Cette page est irréprochable , sous tous les rapports. Les deux tableaux dont nous venons de faire la description ornaient autrefois Téglise de Saint-Gcrvais, à Paris, lis sont maintenant au Musée du Louvre. Il est permis de regretter que ces deux œuvres d*art chrétien n'aient pas été restituées au temple sacré qui fut leur primitive destination. Les deux martyrs de la foi de Jésus-Christ occupent donc aujourd'hui une place parmi les compositions les plus profanes, en compagnie des dieux de TOlympe païen au mépris desquels ils sacrifièrent leur vie...

Quel costume convienf-il d'aflccter à ces deux saints? On a prétendu qu'ils étaient diacres et quelquefois on leur en a donné les insignes distinctifs. Il n'existe aucun témoignage historique sur la réalité de ce fait. Assez ordinairement on les peint vêtus d'une aube comme ayant appartenu à la cléricature.

S. Gervais est représenté quelquefois battu de verges sur un chevalet et y expirant. On figure S. Protais martyriM par la décapitation.

Une des plus anciennes paroisses de Paris, si ce n'est même la plus ancienne, est placée sous l'invocation des SS. Gervais et Prolais.

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