CHAPITRE XII
Saint Jean -Baptiste, précurseur du Messie.
Le 24 JuiD, solennité de S. Jean-Baptiste. Dans les parties précédentes il a été déjà parlé de ce grand saiot. Ici, il deyient indispensable de traiter ce sujet d'une manière spéciale, car tout ce qui en a été dit n'était amené que secondairement. En ce qui regarde le fètement que les artistes affectent à ce saint précurseur du Messie, il est évident qu'ils suivent une simple tradition iconographique plutôt que le texte de l'Evangile qui devrait être leur principal guide. Très-ordinairement les peintres, statuaires, sculpteurs de tout genre, couvrent S. Jean-Baptiste d'une peau de béte fauve on de celle d'un mouton. Or que nous dit l'Evangile? S. Matthieu s'exprime ainsi qu'il snit, chapitre m : « Jean avait un vêtement fait de poils des cha- » meaux /^Vestimenium de pilts camélorumjj et ses reins » étaient ceints d'une ceinture de peau (ei %(mam pelliceam » circà lumbôs suosj. »
Le texte de l'Evangélistc est d'une clarté parfaite. Ce vêtement du Précurseur était fait, c'est-à-dire tissa des poils 9bi chameau. N'est-ce pas vouloir forcer le sens de ces paroles que de leur faire signifier que Jean-Baptiste avait pour vêtement la peau d'un chameau ? Cette prétentioa serait en outre passablement absurde, car la peau entière d'un chameau formerait une robe d'une ampleur démesurée pour un seul homme. Il résulte donc des paroles précitées que Jean-Baptiste était couvert d'un vêtement dont le poil de chameau formait la matière ; pilis camelorum.
S. Marc, au chapitre i, ne favorise pas mieux l'opinion erronée que nous combattons : « Jean était vêtu de poils » de chameau , Vestitus pilis cameli. » Ces poils ne pouvaient couvrir qu'après avoir été tissus et façonnés en étoffe.
CesC ce que nous appelons le Camelot. On j ajonUil un peu de laine et de poil de chèvre. Il est vrai qu'un auteur protestant, que cite Paquot, veut absolument que ces deux textes excluent (oute idée d'étoffe et de tissu. Ce sentiment est complètement gratuit et irrationnel. Quand le Sauveur da monde, en parlant de son digne précurseur faisait entendre que Jean-Baptiste n'était pas vêtu mollement, comme ceux qui habitent les maisons des rois, il ny avait rien dans ses paroles qui pût favoriser le préjugé trop généralement reçu.
Paquot cite à l'appui de ce qui vient d'être dit un passage de S. Paulin qui s'accorde , à cet égard , avec ce que nous dit S. Jérôme :
Vestis erat eurvi setii contexta eameli Contra luxuriem molles duraret ut arttu Arceretqw graves compuneto pectare somnos,
« L'habit de Jean était Tissu de poil de chameau (dont n le dos est courbé en arc). C'était pour endurcir ses mem- B bres contre les atteintes de la mollesse, et afin que sa » chair piquée par cette rude étoffe pût se soustraire aux o tentations d'un sommeil efféminé. »
Les hérétiques des derniers siècles, dans une intention perfide et haineuse contre les moines, ont placé, nous dit Paquot, l'ermitage de S. Jean*Baptiste dans une campagne riante, sur les bords du Jourdain. Ils ont vêtu ce nouvel £lie d'un habit soyeux , et lui ont donné pour nourriture, au lieu de sauterelles, des homards.
Haldonat présente sur le texte évangélique une observation parfaitement juste. C'est qu'il y est fait mention particulière d'une ceinture de peau, tandis qu'on y parle, en même temps, d'un vêtement tissu de poil de chameau. Le vêtement n'était donc pas de la même qualité que la ceinture. Ce raisonnement nous semble concluant. Mais était-ce littéralement une ceinture, selon le sens qui s'attache à œ terme ? On est autorisé à penser que c'était un cilice fait de peaux rudes dont le poil était piquant. Plusieurs textes des livres sacrés font mention de ces sortes de ceintures dont on s'entourait le corps sur la peau, pour
faire pénitence. Cet exemple a été suivi dans le sein da christianisme et le nom seul de Ciltce accuse une origine orientale.
Molanus parle de certains tableaux où Ton voit S. Jean- Baptiste couvert d'une peau de chameau de laquelle pend encore la tête de Tanimal. il serait tenté de croire que les peintres ont voulu représenter Hérode, par cette iéte de chameau. Celte peau ne serait donc que comme la dépouille de ce tyran vaincu. En effet , notre auteur a vo à Bruges une peinture où est figuré Jean-Baptiste montrant du doigt TAgneau de Dieu et foulant aux pieds le roi Hcrode son meurtrier. Pamélius a estimé que ce tableau était le plus ancien de la \'ille. On ne sera pas fâché de rencontrer ici deux vers latins rapportés par Guillaume Durand, destinés à distinguer Tun de l'autre les trois rois des Juifs qui ont porté le nom d'Hérode :
Àscalonita necat pueros , Anlippas loannemj Agrippa Jacohum claudens in earcere Petrum.
» Hérode l'Ascalonite est le meurtrier des Innocents; »> Hérode Antippas fait décapiter Jean-Baptiste; Hérode » Agrippa met à mort l'apôtre Jacques et fait emprisonner » Pierre. »
L'idée de la métamorphose d'Hérode Antippas en chameau, dont la peau sert d'habit à la victime, est une allégorie sans contredit outrée, mais elle n'est pas dépourvue de hardiesse et d'originalité. D autre part les anciens peintres n'osaient pas représenter auprès de Jean-Baptiste un agneau figure de Jésus-Christ, car ils craignaient de blesser le respect dû à la divinité. Hais quand ils peignaient l'animal, ils avaient soin de lui faire porter une croix triomphale et ceignaient sa tête d'une auréole de gloire. Trèssouvent, cette auréole était crucifère. Nous en avons parlé dans la première partie. On ne saurait censurer un peintre moderne qui figurerait S. Jean montrant un simple agneau, mais il serait mieux de caractériser cet animal , comme il vient d'être dit. On traduirait ainsi les paroles du saint précurseur qui parle d'un agneau divin : Eccè agnus Dei.
Chez les Grecs, dit Molanus, on ne figure jamais un
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agneau auprès de S. Jean-Baplistc. On allègue le 82e canon du concile in Trullo où les Orientaux semblent avoir voulu blâmer cette coutume de l'Eglise Romaine. Le Précurseur du Messie y est figuré tenant en main une banderole sur laquelle est écrit , en grec, le texte si connu que S. Marc met à la bouche du fils de Zacharie : « Je suis la B Toix de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies » du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »
Il peut être utile de ne pas ignorer que la Mère de toutes les églises du monde catholique , la première cathédrale du Souverain Pontife, la basilique de Latran, est sous le vo* cable de S. Jean-Baptiste. La somptueuse basilique de S. Pierre, au Vatican , n'est que la seconde en dignité. Plusieurs grands monuments religieux s'élèvent sous le vocable du saint Précurseur que le Sauveur appela lui-même le plus grand parmi les enfants des femmes. Nous pouvons citer la basilique métropolitaine qui dans les Gaules est la première en dignité, Saint-Jean de Lyon; la métropole de Besançon ; les cathédrales de Belley, Perpignan, Aire.
Ainsi après Jésus-Christ et sa sainte Mère, S. Jean-Baptiste occupe le plus haut rang parmi les saints, et il importe à l'art chrétien d'être bien édifié sur ce qui concerne cet illustre prophète dont l'Eglise célèbre la Nativité le 24 juin. "■ Au 29 août, nous parlons de la décollation ou martyre de S. Jean-Baptiste.