CHAPITRE XIII
Saint Pierre et stint Paul , apôtres.
Le 29 juin est consacré à la fête des deux princes de Taposlolat , les glorieux SS. Pierre et Paul. Ces deux anniversaires sont réunis en une seule solennité parce que leur martyre eut lieu le même jour. Nous ayons dû dooner à la fête da 29 juin le titre que lui impose TEglise , dans sa liturgie; mais, pour ne pas étendre outre mesure le présent chapitre, nous nous y bornerons à présenter des documents artistiques sur Tapôtre S. Pierre , réservant à une troisième continuation du mois de juin les détails spéciaux sur TapAtre S. Paul.
Nous devons cependant exposer d'abord quelques notioos qui sont communes à ces deux apôtres. Les figures de ces chefs du collège apostolique sont habituellement dessinées selon le type traditionnel qui leur est affecté , depuis les premiers siècles. Eusèbe rapporte, dans le septième livre de son histoire ecclésiastique qu'il a vu les vrais portraits des SS. Pierre et Paul. S. Ambroise nous raconte le trait suivant qui le concerne lui-même: «La troisième nuit, n lorsque je me trouvais dans un état de défaillance caosée n par le jeûne, Gervais et Protais m'apparurcnt, non point n pendant mon sommeil, mais quand j'étais en étal de » veille, ce qui me plongea dans une profonde stupcor. i> Avec eux était une troisième personne qui ressemblait i> parfaitement à S. Paul dont le portrait m'était famiUer. > Constantin parle ainsi, dans son Edit de Donation, que Paquot argue dé fausseté : « Nous interrogeâmes le pape » Sylvestre, pour savoir s'il avait vu le portrait de ces deux » apûtres, (Pierre et Paul) afin qu'en examinant cette pein- » ture il nous fut possible de reconnaître si c'étaient ces ' » deux mêmes princes de l'apostolat qui s'étaient montrés
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» à DOS yeux dans une vision. Alors ce vénérable pontife » ordonna à son diacre de nous faire voir ces portraits, n Peodant que je les considérais attentivement , je me senn ils frappé de surprise en reconnaissant que c'était bien » la physionomie des apôtres qui m'étaient apparus et je » poussai un grand cri, en avouant aux seigneurs qui m'acn Gompagnaieut que c'étaient bien là les mêmes dont les re- » gards m'avaient vivement impressionné dans la vision dont j» j'avais été privilégié.
Ce même fait est placé dans la bouche du pape Adrien 1er qui en fit le récit dans le concile de Nicée (deuxième concile, Act. 2).
Le chapitre vuie de notre première partie contient plusieurs notions sur les apôtres envisagés sous le rapport de Fart. Nous nous bornons ici aux détails relatifs aux apôtres S. Pierre et S. Paul.
Diaprés les anciens monuments, ou s'est toujours astreint au type qui nous est transmis par une tradition respectable et constante , sur la tète de S. Pierre. On le peint chauve , en lui conservant seulement sur le devant et un peu au-dessus du front une mèche de cheveux. On lit dans une lettre de Céofrid abbé, à Naitanus, roi des Pietés, le passage suivant : « Nous ne rasons point notre tête en forme de cou- » ronnc par la seule raison que Pierre avait une tonsure » pareille, mais parce que Pierre avait la tête ainsi rasée, » en mémoire de la Passion de Notre-Seigneur. C'est pour- » qnoi^ nous qui voulons opérer notre salut par le mérite » de cette même Passion , nous portons celle couronne sur » le sommet de notre tête. » Germain , patriarche de Constantinoplc, donne une autre raison de cette tonsure cléricale. Il dit que les clercs la portent « pour ressembler au » vénérable Pierre qui ayant été envoyé par son maître n crucifié, pour annoncer l'Evangile, fut ainsi tonsuré en » signe de dérision par ceux qui fermaient les oreilles aux B vérités par lui annoncées. Son mattre le bénit et changea » son opprobre en honneur, et sa dérision en gloire. » 11 ne peut s'agir en ce moment d'examiner laquelle de ces deux origines de la tonsure cléricale est la mieux fondée.
Mais il résuUe de ces passages un fait positif. C'est que rantiquitc a été unanime à figurer Pierre sous les traits d'un homme chauve , ou plutôt d'un homme dont la (été est seulement garnie d'une couronne de cheveux. Paquot cite plusieurs autres autorités, à l'appui de cette tradition constante. Ainsi il y aurait, ce nous semble , beaucoup de témérité à s'écarter de ce type consacré par tous les siècles. On donne à S. Paul une épaisse chevelure et une barbe longue, tandis que la barbe de S. Pierre a moins de longueur ou même on ne lui en donne aucune. Serail-cc, à cause de ceci, que les papes, selon l'assertion de Ciaconius, ne portaient point la barbe avant Jules II qui laissa croître la sienne , afin d*imprimer à sa personne plus de respect et de dignité ? Urbain VIII et quelques-uns de ses successeurs laissèrent seulement croître les moustaches et un petit flocon au-dessous de la lèvre. Enfin, après la mort de Clément XI, tous les papes jusqu'à nos jours ont totalement rasé la barbe. Cçs notions incidentes peuvent guider les artistes en plusieurs circonstances.
Dans la deuxième partie , nous avons parlé de la tradition des clefs h S. Pierre. Il nous reste à considérer ici son martyre qui est le principal objet de la solennité du 29 juin. La tradition nous apprend que ce prince des apôtres subit le supplice de la croix. Certains peintres l'ont représenté attaché à ce bois infâme, non par des clous, mais avec des cordes. Ils se sont fondés sur ce passage du dernier chapipitre de S. Jean où le Sauveur dit à Pierre : « Quand tu » auras vieilli tu étendras tes bras, un autre te ceindra et » te conduira où tu ne veux pus aller. Le Sauveur, con- » (inuc S. Jean , lui dit cela pour marquer le genre de » mort que cet apôtre devait subir. » Nous remarquerons , en passant, combien est grande l'erreur des peintres qui représentent S. Pierre sous les traits d'un vieillard , à l'époque où il accompagnait son divin maître. Le Sauveur aurait-il pu raisonnablement dire à S. Pierre : a Quand lu » auras vieilli... » Si en effet, dès ce moment, Pierre eût élé un vieillard?... Nous revenons à la conséquence qu'on a voulu tirer 'des paroles adressées par le Sauveur au
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prince des apôtres. De ce qu'il a éié dit à Pierre a qu'un » aalrc le ceindrait o est-il raisonnable de conclure qu'il dût être attaché par des cordes à l'instrument de son supplice? Nous croyons qu'il y a là, très-évidemment, une interprétation Tausse et contraire au simple bon sens. Il nous parait incontestable que la cruciGxion de Pierre eut lieu conformément aux usages reçus pour ce genre de supplice. S. Jean Chrysostome en était parfaitement convaincu lorsqu'il adressait h S. Pierre cette exclamation : « O saint » ApAtre, heureux les clous qui ont percé tes membres I » S. Augustin était bien de ce sentiment quand il a écrit ces paroles : a Pierre a été crucifié ; Pierre a été percé de clous, » il a éprouvé les tortures' de la croix. » Une foule d'autres passages prouveraient, au besoin , que Ton a toujours cru à une véritable cruciGxion de Pierre , et le terme est ici employé à dessein comme opposé à celui de Cruci-ligation qui peut rendre l'opinion traduite par les peintres dont il a été parlé. En adoptant celte dernière on se mettrait donc en opposition avec la saine antiquité.
Le cruciGement de Pierre différa néanmoins de celui du Sauveur, en ce que ce prince des apôtres voulut être cloué à Tinstrumcut de son supplice, la tête en bas. Il se regarda indigne, dit Ilégésippc, de mourir dans la môme position que son divin maître. S. Ambroise rend de S. Pierre un semblable témoignage et dit que cet apôtre voulut ainsi endurer un supplice plus cruel que celui de Jésus-Christ. Cette posture présente de graves difGcultés aux artistes. Thomas Guidi , plus connu sous le nom de Masaccio a réussi néanmoins dans une cruciGxion de cette nature. Ce tableau peint, en 1440, dans la chapelle de l'église des Carmes de Florence, qui est sous le vocable de S. Pierre, est considéré comme un des meilleurs de cet artiste. L'apôtre est représenté ayant déjà les mains clouées à la croix , tandis que Bcs pieds sont ramenés sur la pièce perpendiculaire par une corde qui s'enroule à une poulie Gxée au sommet. A droite est assis sur son trône Néron qui préside à l'exécution.
I! est rare que la sculpture s'exerce sur ce sujet. Une fi-
gore isolée de S. Pierre cruciGé ne saurai! guère ressembler quà an crucifix renyersé et celte image déplairait singulièrement à Toeil.
Avant de terminer, nous ne pouvons négliger ce qu'observe Holanus. C'est que certaines peintures à Rome et ailleurs figurent S. Pierre atlacbé k la croix avec des cordes. On a expliqué cela par un sentiment de respect pour le mystère de la Rédemption. On aurait cru y faillir en représentant cet apAtre attacbé k la croix , absolument de la même manière que le divin Sauveur. C'est un sentiment pareil qui faisait attacher les larrons à leur croix avec des cordes. Ici d'ailleurs » c'était pour ne pas confondre Jésus avec les voleurs. Dans l'enfance de l'art, ce motif a pu être excusable et même digne d'éloge, quoique la vérité historique fut blessée. 11 ne saurait en être de même aujourd'hui. L'art chrétien doit certainement s'imposer la règle de traiter avec respect les sujets qu'il aborde , mais il possède assez de ressources pour le concilier avec les exigences légitimes des traditions authentiques.
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