CHAPITRE XIV
vrolrtèaie emmUnmaMmn du oMto de SvÊm.
Martyre de saint Ptul.
Lliéroïqae compagnon de S. Pierre, ce digne coopératear que l'Eglise sarnommé l'apôtre des nations, termina sa vie par le glaiye. Les lois no permettaient pas que les citoyens romains subissent le supplice de la croix. Or S. Paul jouissait du privilège requis. Eusèbe, le père de l'histoire ecclésiastique, et plusieurs autres écrivains des premiers siècles sont unanimes sur le genre du martyre de cet apôtre. On objecterait vainement que S. Grégoire de Nysse, dans son huitième discours sur les Béatitudes a émis un autre sentiment, car il dit : « Paul expire sur la croix , Jacques » meurt par le glaive, Etienne par la lapidation, Pierre » par la croix sur laquelle il est cloué, la tète en bas... » Ce Père est à peu près seul de cette opinion. Il n'y a donc pas lien de recourir à des preuves péremptoires , pour combattre Tassertion de S. Grégoire de Nysse. Elles seraient innombrables.
Nous ne devons point passer sous silence une particularité du martyre de S. Paul par le glaive. Certains écrivains ont prétendu que du coup dont S. Paul fut frappé il découla une liqueur blanche comme du lait , au lieu de sang. Il n'est point possible de tirer ce fait d'une apostrophe éloquente adressée à S. Paul par S. Jean Chrysostome dont Molanus reproduit les termes : « Quel est le lieu, ô grand » apôtre, qui s'abreuva de ton sang dont les flots rougirent » le vêtement du barbare qui t'attacha au poteau , mais qui » blanchirent d'une manière inénarrable la robe noire de » son âme ! » Il est aisé de comprendre que la blancheur dont il est ici parlé est simplement allégorique. Toutefois, Molanus cite un passage du mémo Pète beaucoup plus
IXSTiTLTiOXS
explicite, et qQi se lit dans TOfficc de TOctave des saints apôtres. C'est Taposlrophe déjà citée , avec une variante : « Quel est le Heu, ô saint apôtre, qui fut arrosé de ton » sang, sous la forme de lait, lactis specie, dont la tuni- » que de ton bourreau prit la visible empreinte ! Ce sang » (couleur de lait) qui imprimant dans râmc de ce barbare » une ineflable douceur, le convertit à la foi chrétienne , » ainsi que ses compagnons!! » Quoique en ce dernier passage il y ait moins d*obscurité , il ne nous semble guère possible d'y voir autre chose qu une ligure de style et qu'on soit autorisé à en déduire la réalité d*ttn lait qui aurait coulé du coup porté par le glaive. Paquot tranche la difficulté , en déclarant que ces paroles ne sont point de S. Jean Chrysoslome et que ce fait est reconnu par les érudits. Il cite le P. Tillemont dans sa note première sur S. Paul. Le peintre qui , au lieu de sang , ferait jaillir du lait, ne pourrait justifier facilement ce prodige qui n'ajoute rien à Théroïsme du martyre du grand apôtre.
On croit aussi que lorsque la tête de S. Paul fut tombée elle fit trois bonds, et que du sol touché par cette tête jaillirent trois fontaines que Ion montre encore à Rome et qui sont lobjet d'une vénération particulière , sous le nom de Tre fonlane di S. Paolo. Nous n'avons point à rechercher ici jusqu'à quel point ce miracle est authentique , mais le peintre qui le reproduirait ne saurait mériter un blâme, car il pourrait invoquer de très-nombreuses autorités et notamment fégiise dite des Trots-Fontaines qui existe à Rome. Chacune de ces trois sources est ornée d'un autel décoré d'un bas-relief qui représente la tête de S. Paul. Les Gdèles boivent l'eau de ces sources avec une pieuse confiance.
Le martyre de S. Paul a été reproduit sous toutes les formes de l'art chrétien. Rome possède en ce genre beaucoup de monuments qu'il nous serait impossible de décrire. Un grand nombre de traits de cette vie si féconde en labeurs apostoliques, tels que nous les racontent les Actes des Apôtres et diverses Epîircs de S. Paul ont été, pour les artistes chrétiens, une mine en quelque sorte inépuisable.
]| en est de même pour TapAtre S. Pierre , mais les plus imporlanls des faits qui se raUachenl à la vie de ce prîuco des apôtres se lient avec Thistoire évangélique du divin Sauveur. Notre plan nous interdisait d'entrer dans le développement de tous ces faits et nous devons nous abstenir.
Nous terminons ce qui a rapport à ces deux colonnes de Tapostolat par quelques considérations qui rentrent directement dans lo domaine de Tart chrétien. Si l'on représente ensemble les deux saints ap6tres , un usage qui remonte à la haute antiquité veut que S. Pierre soit placé à gauche da spectateur et S. Paul à droite. On a beaucoup écrit sur ce qu'on semblerait autorisé à regarder comme anormal et contraire aux convenances. Ne parait-il pas, en effet, plus rationnel d'intervertir cet ordre , car évidemment S. Pierre est supérieur en dignité à S. Paul? On donne plusieurs raisons de cette disposition des deux figures. Molanus les rapporte telles qu'il les a trouvées dans François Mucantins , maître des cérémonies du pape Grégoire XIII. En voio la substance :
lo L'antiquité a toujours observé cet ordre. 11 nVst pas croyable qne ce soit sans motif, car l'empereur Constantin et le pape S. Silvestre, et après eux tant d'illustres pontifes n'auraient pas admis cette disposition, s'ils y avaient reconnu quelque chose de répréhensible.
2o Le texte hébreu appelle Benjamin celui que nous nommons en latin filius dexterœ, le fils de la droite. Or Benjamin , ce dernier des fils de Jacob fut la figure de S. Paul. C'est pourquoi Paul, ce fis de la droite, est placé à droite, parce que Dieu lui a communiqué la vertu de sa droite , d'une manière en quelque sorte plus abondante qu'à Pierre et aux autres apôtres et que sa forte droite a combattu contre les nations.
3o La droite est l'emblème de la vie céleste. La gauche celui de la vie temporelle. C'est donc à juste titre que la droite est donnée h S. Paul qui, dès son vivant, fut ravi jusqu'au ciel où il entendit des secrets que la bouche hu^ raaine ne pourrait révéler. D'ailleurs Paul fut appelé h l'apostolat^ lorsque Jésus élail déjà glorifié.
4o Pierre fut spécialement lapôtre do la Gircoocision. Paul fut celui des nations qui après avoir abandonné la synagogue doivent être placées à la droite de Dieu.
5o Pierre est Fimage de la vie présente active, à bon droit lai convient par conséquent le côté gauche qui exprime la vie actuelle.
Les cinq raisons déjà exposées sont tirées par François Mucantius d'une lettre de S. Pierre Damien à Didier , abbé. Innocent III donne aussi la troisième raison, de concert avec S. Thomas , Guillaume Durand et plusieurs autres auteurs. Mucantius ajoute seulement les raisons qui suivent :
60 Pierre est placé à gauche, afin d'apprendre que le souverain pontife doit pratiquer cette belle vertu d'homiiilé dont S. Pierre fut doué. Cette disposition est observée à Tautel de la chapelle du pape.
7o Paul, placé plus honorablement que Pierre, signifie que tous les apôtres sont égaux en mérites et que nous ne devons donner la préférence à aucun, puisque l'élection divine a établi entre tous l'égalilé, caries Saintes Ecritures nous apprennent qu'il n y a aucune disparité entre le Père et le Fils, quand elles nous disent que le Fils est assis à la droite du Père.
Qu'il nous soit maintenant d'abord permis de trouver au moins étrange cette dernière raison alléguée par un maître des cérémonies de la chapelle papale. Un auteur qui , en France , présenterait une raison de cette nature et voudrait ainsi établir une égalité parfaite entre S. Pierre et S. Paul, serait justement accusé d'ultrà-gallicanisme. Il est important de faire observer que le pape Innocent X , en 1647, a condamné le sentiment qui établit une parfaite égalité entre ces deux apôtres. Il est ensuite de foi que Jésus-Christ a établi S. Pierre chef suprême de son Eglise et que cette qualité ne peut simultanément convenir à S. Paul.
Pour notre compte, nous n'attachons pas à toutes ces raisons alléguées par Mucantius une bien haute importance. Catancus nous apprend , d après Antoine de Ncbrixa , que si S. Pierre est placé h gauche , c'est uniquement parce que,
dans ics temps anciens, c'était le côté le plus honorable. Mncantius ne goûte pas, à beaucoup près, cette explication. 11 en est une bien plus simple fournie par Antoine Caraccioli qui la tirée de Léon Allatius. C*est que les graveurs de sceaux ont figuré S. Pierre à droite et S. Paul à gauche sur le cachet et que celui-ci étant apposé sur la cire , Tordre a été nécessairement interverti. Cette explication a son mérite , mais n'est point assez sérieuse.
Nous dirons,, nous, en laissant de côté les raisons de François Mucantius , que S. Pierre , placé à gauche du spectateur, dans une église où par exemple , les statues des deux apôtres ornent les parties latérales d'un sanctuaire , y occupe la place la plus honorable. Pour bien comprendre ceci, il ne faut point ignorer que anciennement on regardait comme le côté droit de Téglise la partie qui était à la droite du célébrant tourné vers les fidèles. C'est ainsi que dans les basiliques de Rome, quand le pape officie à l'autel isolé dit papal j il a constamment la figure tournée vers les assistants qui occupent la nef. On voit que , dans ce cas, le côté que, dans nos temps modernes, nous nommons le côté gauche est en réalité le côté droit. Pour conserver ce vestige d antiquité , il faut donc que dans une église où doivent être placées les statues des deux saints apôtres , S. Pierre occupe le côté de TEvangile et S. Paul le côté de l'Epitre. Un tableau où ces deux apôtres devraient figurer , doit, par le même motif, offrir une disposition graphique telle que nous venons de l'exposer.
Nous n'avons plus qu'un mot à ajouter. Mme de Genlis considère comme le plus beau (ableau, peut-être, qu'il y ait dans l'univers, celui qu'on voit à Bologne, dans le palais Sampieri. S. Pierre y pleure son péché et S. Paul est auprès de lui pour lui prodiguer ses consolations. Cette magnifique page est du Guide.
(Au chapitre v de la première partie , nous disons un mot de la conversion de S. Paul).
4o Pierre fut spécialement TapôtreJ^
Paul fut celui des nations qui ap' synagogue doivent être placées à ^
5o Pierre esl Timage de la vi' ,J^ AV. lui convient par conséquent ' vjo acluclle- ^i^*u«iet.
Les cinq raisons déjr rois Mucantius d'une ' ^Ifarguerilc, vierge; Sainte Marie Madeleine, abbé. Innocent III ^^
concert avec S. T' y consacré à honorer la mémoire d'un autres auteurs. ./^/<î chrétienne , suscité par la Providence, suivent : j^ffos temps modernes combien est puissante
0<ï Picrr*^ 'y^^ vertu dans laquelle se résume tout TEvansouveraii) ' \>f^^l$arions pas maintenant besoin de nommer dont S* '^ »^.paul. Quiconque n'est pas étranger au chris- Tautel :V*^aît du moins le nom de cet illustre prêtre qui 7o J^ J^ monuments charitables la ville de Paris et a que ^y^ioflicilude sur les provinces. L'art chrétien trouve, lie* J^ie vie si pleine, une foule de traits à retracer, d^ ^ ks branches de l'art ont déployé , à Tenvi leurs
f ^\^, La physionomie si pleine de bonté de S. Vincent
^> ^}?^ connu de tout le monde. Un surplis à larges 0hc3, lesquelles sont devenues plus tard des espèces ffles f ^^^ *'lole qui désigne le caractère sacerdotal du |pt^ tel est le costume dont on le revél. On peut aussi le ■jjdrc en simple soutane, en ayant soin de donner à celley^ja forme de l'époque à laquelle appartient S. Vioeenl. ^^ eu 157G , il mourut à Paris, en 1660. Le papeCléjuent Xll le canonisa en 1737. Il existe un assez grand uoRibrii (îe Vies de ce saint. L'artiste peut y choisir les tfaitii qu'il se propose de reproduire et il en esl un nombre considéra hie qui sont dignes d'exercer les talents les plus brilinuls. Il ne faudrait pas néanmoins ranger parmi les farts aijlheij tiques ce que l'on raconte au sujet d'un galérien dont Viii(€nl-de-Paul aurait pris la place et porté les fers, pentlHiiit quelque temps, par un héroïsme inouï de cbaril^- C(i fnit W\\ jamais été prouvé , quoiqu'un célèbre orateur en ,'iil riiilirjli son éloquent panégyrique du saint. L'*"*'
DE L ART CHRÉTI£x\. 59
Nt-de-Paul esl trop riche d'actions éclatan- «ul soit besoin de recourir à des faits
te
^\ iinise la fête de sainte Marguerite ,
^^ -^ en est fait mention dans les anciens
^^^ ion dit quelle souffrit la mort pour la
/^ .lie d'Antiochc , en Pisidie. Son culte devint
. Occident , dans le Xle siècle. A la suite des ,6 , la France , TAngletcrre et rAllemagne lui érigè- . un assez grand nombre de chapelles^ Les femmes enceintes eurent pour sainte Marguerite une grande dévotion. Sa légende nous apprend qu'elle fut élevée par sa nourrice dans la croyance en Jésus-Christ, à Tinsu de son père qui était prêtre des idoles; que son père foulant aux pieds tout sentiment naturel Taccusa et qu'après avoir enduré plusieurs tourments Marguerite fut décapitée. On y lit surtout qu'un TDonstrueux dragon qui allait l'engloutir périt , dès que la sainte eut fait sur lui le signe de la croix. Nous possédons un trèa-curieux manuscrit du XlVe siècle où se trouve un poëme composé en français en l'honneur de cette vierge. H est dit ici que le dragon engloutit réellement Marguerite.
Et cil (le dragon) a trait la langue hors A UDg fiouspir la englootie Mais la croix dont estoit seignie Porte force et victoire tant Que par mi creaa le serpant.
C'est pour cette raison que les anciennes images de cette sainte la représentent sortant radieuse et pleine de vie des flancs du dragon comme coupé en deux parts.
Raphaël a peint sainte Marguerite enlacée par le monstre qui périt à Tinâtant où Marguerite forme sur lui le signe de la croix* Elle tient à la main gauche un cruciQx. Ce tableau est sur bois de cèdre. On le voit dans la galerie de Vienne où il fut transporté de celle de Bruxelles. Le môme sujet a été traité par plusieurs autres artistes. On place ce martyre au milieu du troisième siècle. Une église paroissiale de Paris est sous le vocable de sainte Marguerite.
Molanus ouvre le mois de juillet par ses développemenls
iconographiques sar sainte Harie-Madeiaine dont la fête tombe au 22 de ce mois. Il y a liea de s'étonner que certains peintres la représentent vêtue avec beaucoup de loxe. Dès Tinstant qu'elle est envisagée comme sainte, il parait fort conséquent de la peindre avec les habits de la pénitence. Ce qu'il y a d'extraordinaire assurément c'est que dans certains tableaux Madelaine soit figurée dans cette pa* rure mondaine au moment où elle est prosternée, foodâfit en larmes , aux pieds du divin Sauveur. Par un excès contraire, auquel le premier serait même préférable, si dans les abus il y avait quelque chose à préférer, cette illustre pénitente a été figurée dans un état complet de nudité. Un milieu raisonnable et surtout chrétien présent&-t-4l tant de difficultés qu'il ne soit point possible de s'y contenir? On a dit bien souvent avec raison qu'il n'y avait rien de moins saint que sainte Madelaine.. • De ce que Madelaine a renoncé totalement à la mondanité, on ne peut s'autorisera la représenter n'ayant d'autre voile que sa longue cherelure. Il n'y a pas dans toute la tradition un seul mot qni justifie cet état de nudité. D'autre part, TEglisc Romaine chante en Thonneur de cette sainte un répons que noos traduisons et dans lequel on la fait ainsi parler : « J'ai méo prisé la gloire humaine et toute la pompe du siècle, par n amour pour mon divin maître , Notre-Seigneor-Jésus- » Christ, o La simple lecture de ce texte liturgique fait disparaître toute pensée de luxe dans le vêlement. Mais, nous ne saurions trop le redire , car cet abandon de la f^ rure ne laisse aucune justification possible à l'artiste qoi tombe dans l'abus stigmatisé plus haut.
La peinture, la sculpture, tous les arts qui tiennent a la science graphique ont multiplié à l'infini l'image de Madelaine. La très-grande majorité de ces œuvres ne répond nullement à l'idée que nous donne de cette sainte l'histoire évangélique. L'art sérieusement chrétien est étranger k /a plupart de ces fantastiques productions. Le célèbre Horillo a produit cependant un tableau fort remarquable par » chaste sévérité qui y domine. Madelaine est figurée dans la grotte nommée la Saintc-Baumc, on Provence, où l'on croit
qa^elle se retira et Gnit sa vie. La sainte est h genoux aux pieds d'une croix à côté de laquelle est une tète de mort. SoD attitude exprime un vif repentir de ses désordres. Sa it>be est bien celle de la pénitence et de la yie cénobitique.
Notre peintre français, Charles Lebrun, a peint une Madelainc, par ordre de madame de la Vallière devenue sœur de la Miséricorde, au couvent de la Visitation, à Paris. La sainte est environnée de tout le luxe mondain, mais Tarliste Ta représentée au moment où elle foule aux pieds tons ces objets de folle vanité et se décide énergiquement à entrer dans les voies réparatrices de la pénitence. On a prétendu très*mal à propos que Tarlisto avait voulu peindre ainsi madame de la Vallière elle-même, fuyant la cour et se consacrant au cloître. La Ggure n'a aucune espèce de rapport avec les portraits bien connus de cette autre Madelaine repentante. Mais il n en est pas moins vrai que celte précieuse toile retrace la résolution de la duchesse aban* donnant la cour de Louis XIV, pour se dévouer sans retour au service de son Dieu.
Un grave débat a été soulevé sur cette illustre pénitente. Etait-elle sorar de Lazare et de Marthe, ou bien était-ce la pécheresse dont il est parlé au chapitre vu de S. Luc, ou bien encore celle qui suivait Notre-Scigneur dans ses courses en Galilée? Le procès ne nous semble pas encore jugé, quoique les contondants aient fait preuve d'une grande science critique. Il importe néanmoins aux artistes d'élre fixés sur ce point, selon les circonstances qui, à la vérité, se présentent fort rarement. Nous avouons qu'il nous est impossible de dirimer ce débat épineux . Paquot censure le peintres qui, en représentant l'apparition du Sauveur ressuscité, font de Jésus-Christ un jardinier dont la tétc est coiffée d'un large chapeau et qui tient en main une pelle et une pioche. Le texte de S. Jean ne dit pas que Madelaine voyait dans le Sauveur un jardinier, et rien n'y annonce qu'il en eût précisément l'extérieur. Les paroles de l'évangéliste peuvent seulement signifier que celui qui semblait être le jardinier pouvait avoir enlevé le corps de Notre-
Seigneur du tombeau. Voici le (e\(e traduit : a Jésus dit » à Madelaine : Femme pourquoi pleurez-vous? Qui cher- » cbez-YOUs? Elle, pensant que ce fut le jardinier, loi dil; » Seigneur, si c'est vous qui Tavez enlevé, dites-moi on » vous lavez mis, et je l'emporterai. Jésus lui dit: Ha^e! » Aussitôt elle se retourna et lui dit : Rabboni, ce qui » signifie Maître. » (S. Jean chap. xx). Il suffisait à Madelaine qu'elle prit le Sauveur ressuscité pour le jardinier, à cause de sa présence en ce lieu, sans qu il fut indispensable que le Sauveur fût vêtu en bomme de cette profession. C'est sur quoi , en général , les artistes n'ont pas saffisamment réfléchi. On sera bien forcé d'avouer que ce travestissement du Sauveur en jardinier, surtout après la Résurrection , est quelque chose de burlesque.
En attribuant à une seule et même Madelaine tout ce que l'Evangile rapporte , cette sainte peut bien figurer dans plusieurs sujets, comme au festin du Pharisien, ou bien chez Simon, en Réthanie. Paquot blâme les artistes qui figurent Madelaine à genoux, aux pieds du Sauveur qu'elle arrose de ses larmes et essuie de ses longs cheveux. Pour bien peindre ce trait, il suffit, selon lui, de représenter Notre-Seigneur placé au plus haut bout de la table, appuyé sur le coude droit, tournant le dos au spectateur et regardant la foiMiie qui, sans «e prosterner, peut sans difficulté atteindre aux pieds du Sauveur lesquels , selon la disposition des tables h manger de celte époque, devaient é(reau moins à trois pieds du sol. Il serait impossible de citer les lableaux remarquables qui reproduisent Madelaine dans les diverses circonstances de sa vie , en attribuant h une seule et môme personne ces diverses narrations.
DE l'art chrétien. 03