CHAPITRE XVII
Dendème eentlmiattoii du ni^ki de «uUieC.
Sainl Germain, é?èque d'Auxerre; Sainte Marthe, sœur de Lazare.
Le vingt-sixième jour de juillel, l'Eglise célèbre la fêle de S. Germain , évéque d'Auxerrc , très-généralement honoré sorloul en France et en Angleterre. Né , dans la ville même dont il fat évéqne, en 380 , S. Germain mourut à Ravenne, en 448 , après trente ans d'un laborieux et fécond épiscopat. Souvent, il est représenté au moment où passant à Nanterre près de Paris, pour aller avec S. Loup, dans TAnglelerre, afin d'y combattre l'hérésie de Pelage, il reçut le vœu de virginité de sainte Geneviève. Dans la grande Bretagne, il rendit la vue à une aveugle jeune fille, de dix ans, qui lui fut amenée par un tribun et sa femme qui eu étaient les parents. S. Loup, en cette circonstance, accom* pagnait notre thaumaturge. Dans la ville de Ravenne, où S. Germain s'était rendu auprès de l'empereur Valent!nien III, il ressuscita le fils de Volusien, chancelier du patrice Sigisvulte. Plusieurs autres prodiges de ce saint ont été reproduits par l'art et sa vie peut fournir un grand nombre de sujets à traiter. S. Germain d'Auserrc est patron d*une multitude de paroisses, principalement en France. Il en était de même en Angleterre lorque cette centrée suivait la doctrine catholique dont S. Germain y avait vengé la pureté contre les erreurs de Pelage. Cet illustre saint est aussi universellement connu que S. Martin et S. Nicolas de Myre. Il n'existe certainement pas dans notre patrie un seul diocèse qui ne compte plusieurs églises placées sous l'invocation de S. Germain. L'art chrétien peut donc être fréquemment appelé h le relracer et il importe que celte image vénérée soit reproduite avec un soin véritablement religieux. La mitre, surtout telle qu'elle existe aujoud'bui, était, au IVe siècle totalement inconnue, comme il a été dit dans notre première. partie. Mais comment, sans cet
insigne , caractériser un évéque ? Aussi on est obligé de tolérer cet anachronisme. Disons toutefois que le bâton pastoral y dans toute sa simplicité primitive , serait peut-être suffisant.
Il est utile de noter que la liturgie parisienne pla^cc , au 31 juillet, la fête de S. Germain d*Auxerre. Mais, selon notre plan^ nous devons suivre, ainsi que nous Tavons déjà fait observer, la liturgie de la mère de toutes les Ëglises , celle de Rome qui place cette fête au 26 du même mois.
Au 29 juillet , nous plaçons , pour la même raison , la fête de sainte Marthe que la liturgie de Paris fixe au 2 septembre, sous les titres des SS. Lazare, Marthe et Marie, hôtes de Notre-Seigneur-Jésus-Christ. Nous nommons uniquement sainte Marthe, dans notre titre, parce que très-généralement l'art chrétien se borne à reproduire Teffigie de cette sœur de Lazare et de Marie. Molanus se contente aussi de parler de cette sainte et ne dit pas un mot sur les deux autres, pas plus que ne le fait son piquant annotateur.
Selon la tradition de Provence, corroborée par un grand nombre de monuments qui pourtant ne peuvent imprimera cette tradition un caractère irréfragable d authenticité , Lazare ressuscité par le Sauveur et accompagné de ses deux sœurs Marthe et, Marie surnommée Madeleine, vint aborder aux côtes de la Méditerranée , non loin de Temboucbnre du Rhône et fonda l'église de Marseille dont il fut premier évéque. Marie Madeleine se confina dans une caverne des environs pour s'y livrer à la plus rude pénitence, Marthe vint jusqu'à Tarascon et Ton prétend posséder àes restes mortels dans la crypte de Téglise de cette ville, qui est placée, en effet, sous te vocable de sainte Marthe. C'est ici la même question très-épineuse dont nous avons dit un mot, en parlant de sainte Madeleine, au chapitre xv, qui ouvre, ce même mois de juillet. Nous devons nous limiter aux détails artistiques.
Molanus explique pourquoi sainte Marthe est représentée tenant en main un aspersoir. Ceci en effet ressemble fort à
un anachrooisme y car à celle époque, on ne faisait poiol encore usage de l'eau bénite. On attribue au pape S. Alexandre 1er cette institution , ce qui la recule jusqu'aux premières années du Ile siècle. Clichtouc (Clicbtoveus), savant docleur de Sorbonne , mort chanoine de Chartres , en 1543, raconte le trait miraculeux qui a motivé ce caractère iconographique de sainte Marthe. Nous traduisons , d'après le texte latin qu'a transcrit Molanus : « Lorsque sainte Marthe » vivait en Provence , il y avait sur les bords du Rhône , n entre Avignon et Arles , un dragon d'une grandeur » énorme qui se cachait de temps en temps sous les eaux » du fleuve et rampait aussi sur ses rives. Quelquefois il » occasionnait des naufrages et faisait périr des voyageurs. » On implora le secours de Marthe et celle-ci ayant montré » à cet affreux reptile la croix et puis l'ayant aspergé d'eau n bénite parvint à l'apprivoiser et h le rendre très-doux. » Le peuple néanmoins attaqua le monstre à coups de n lance et de pierres et le tua. » Ce miracle est représenté par l'attitude que l'on donne h sainte Marthe. (^Effigiationemj.
La quatrième leçon de l'Office de la sainte, dans le Bréviaire d'Avignon, corrigé sur celui de Rome, inauguré par le pape S. Pie V, raconte le même prodige, à peu près comme on vient de le lire : « L'église de Tarascon a honoré » très-anciennement et a transmis h nos temps modernes la n mémoire des prodiges par lesquels Dieu voulut illustrer » la vie et la mort de la bienheureuse Marthe. Parmi ces o prodiges, on cite le suivant qui est le plus célèbre* Un » monstrueux dragon qui causait beaucoup de ravages sur >» terre et sur -eau avait fait son repaire dans une sombre » forêt qui avoisinaitle Rhône. Il s'y tenait en embuscadec/ n s'élançait tantôt sur les voyageurs qui parcouraient la conn trée, tantôt plongeant dans le fleuve il submergeait les nan vires et faisait sa proie des passagers. La terreur causée par n ce dragon était telle qu'elle inspirait une sorte do supersn titieusc vénération et personne n'aurait osé l'attaquer. « Mais lorsque Marthe fut arrivée dans ces lieux , pleine de • confiance dans le secours divin, clic attaqua le monstre.
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» el après Ta voir aspergé d'eau bénite , ce dragoo devint si » ^odieqDe, Tayant attaché avec sa ceinture de femme, M Marlhe le livra au peuple étonné qui en fit son jouet et » le sacrifia à sa juste vengeance. »
La fête de sainte Marthe a inspiré une très-belle hymne latine, pour les premières vêpres de la solennité. Paquot en a orné son annotation supplémentaire , et cependant il n'y est pas, du tout, question du prodige. L^hymne de Laudes en dit un mot :
Tu monHra nastrU exigis Terris,,..
» O Marthe , vous expulsez de nos contrées les monstres » qui les désolaient. »
Dans un ouvrage , en deux forts volumes grand in-8o , publié à Paris , en 1848 , l'auteur anonyme a reproduit les anciens monuments relatifs à Tapostolat des SS. Lazare, Marthe, Marie, Maximin, etc., en Provence. Nous y remarquons plusieurs représentations de sainte Marthe copiées sur des reliefs en pierre , etc. Un de ces dessins reproduit la sculpture que l'on voyait autrefois sur le portail de l'église collégiale de Tarascon. La sainte couverte d'un voile et d'nn manteau tient de la main droite un goupillon. De la gauche elle soutient un bénitier et une courroie ou espèce de rêne avec laquelle elle conduit en laisse le dragon. Ce monstre a un figure presque humaine , avec des oreilles de lion , et le reste du corps est en forme de gros reptile muni d'une longue et forte queue garnie d'écaillés. Il lient à la gueule un homme dont il a englouti la moitié du corps, dont on ne voit que les cuisses et les jambes pendantes. De la même main gauche la sainte tient une petite croix à double branche. L'érudit auteur ajoute, sur cette dernière particularité, que l'ancienne croix du Saint-Esprit avait la même forme, plus tard modifiée en croix à huit pointes.
Dans le même ouvrage , nous trouvons sainte Marthe représentée sur un sceau antique de la ville de Tarascon. Ici elle est assise dans une chaire à quatre pieds. Elle bénit de la main droite et porte de la gauche une longue croix. Cette figure retrace l'apostolat de cette sainte , sur les rives
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du Rhône. Enfin sur un tombeau gothique reproduit, dans le même lirre , on ?oit sainte Marthe , enlevée au ciel par quatre anges. A gauche , la même sainte est figurée dans un encadrement, telle qu'on la dépeint avec le goupillon. A droite , dans un encadrement pareil , est figuré en évoque , mitre en tète et la croise en main , S. Lazare.
Tous les ans, il se fait, dans la ville de Tarascon, une sorte de procession dramatique où Ton porte une immense machine de bois façonnée en dragon. C'est ce qu'on nomme la Tarasque. Le monstre est peint en rouge avec des écailles vertes. Ses yeux lancent des éclairs , ses narines des jets de flamme. Sa longue queue s'agite h droite et h gauche et malheur aux spectateurs qui forment la haie s'ils s'en approchent de trop prés ! Les tambours , la musique . les farandoles , les rtral d'une population innombrable qui est venue s'adjoindre aux habitants delà \illc impriment à celle procession un caractère assez bizarre de profane et de sacré tout-à-fait inexprimable.
Laissons maintenant parler l'auteur précité qui a été té* raoin oculaire de cette solennité : « D'après une coutume n immémoriale, le jour de la fête de sainte Marthe, on » porte à la tête de la procession et devant la croix un » énorme simulacre de la Tarasque , qu'une jeune fille « vêtue de satin et couverte d'un voile rose précède. CcUe- » ci a un bénitier à la main et un aspersoir et roprésonle » sainte Marthe triomphant de co monstre. Pour rendre » la figure plus frappante , le simulacre ambulant dé- » tourne de temps en temps sa masse sur les groupes qoî » bordent son passage et ouvre sa large gueule , comme » pour les dévorer. La jeune fille fait alors aspersion sur .» lui, et incontinent le monstre s'apaise et semble oublier sa » férocité naturelle. Devant et derrière l'animal, des hom- » mes armés de vieilles piques ou de masses d'armes, et » revêtus d'habits légers qui imitent, par leur forme sin- » gulière , les armures de fer du mojcn-âge , désignent >» le peuple de Tarascon qui mit en pièces la Tarasque. »> On promène encore ce monstre par la ville , le lundi de » la PenteccMc, pour servir aux jeux publics institués par » le roi Rénc. »
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