CHAPITRE XVIII
9Iol« d'Août.
SaiDt Pierre-aux-liens ; Saint Dominique, fondateur d'ordre; Saint Laurent, diacre, martyr.
La fêle de S. Pierre-aux-liens ouvre ce mois. Elle a élc fixée au 1er août, parce que ce jour est l'anniversaire de la Dédicace de Téglise construite à Rom<^, sous ce litre, par Endoxîe, épouse de Icmpereur Valcntinien III, qui y plaça une des deux chaînes de fer dont ce grand apôtre avait été attaché dans la prison de Jérusalem. Celle relique fut apportée, en 439, de Jérusalem à Conslanlinopic par Eudoxîe, épouse de Théodose le jeune, mère de cette impératrice.
Paquot engage les peintres qui veulent reproduire celte captivité du prince des apôtres h respecter les traditions historiques. Or il était d'usage que le prisonnier fut attaché par la main droite à la main gauche du soldat préposé à sa garde. Le captif ne pouvait ainsi prendre la fuite , si ce n'est en compagnie de son gardien. C'est ainsi que Va entendu S. Jcan-Chrysostome , dans sa 9e homélie sur le chapitre ii de S. Mathieu. Il fait aussi allusion à celle coutume dans son livre qifi a pour titre : De la tranquillité de Tâme : « Nous sommes tous cnchainés avec la fortune. » La chaîne des uns est en or et ne serre pas étroitement ; » celle des autres est au contraire fort serrée et d'un vil mé- » tal, mais qu'importe? Tous les hommes sont également » captifs et ceux-là même qui ont la charge d'enchaîner les n autres sont aussi enchaînés h leur tour. » Remarquons, en passant, combien sous ces paroles si simples se cache une profonde philosophie (elle que la religion chrétienne peut seule Tinspirer.
Josèpho, dans le chapitre xviii de son hisloire, fait mention de la même coutume. S. Augustin dit, h son tour:
« Deux personnes sont liées ensemble par des chaînes et » comparaissent ensemble devant le juge, savoir : le voleur » et celui auquel il est enchaîné et il y a cependant enlre » eux une grande différence.
Rarement les peintres observent celte tradition juive dans les tableaux où ils figurent S. Pierre^ux-iiens. Raphaël s'y est montré fidèle dans sa fresque du Vatican. A travers les barreaux , on voit le prince des apôtres enchatoé avec deux soldats, car Hérode avait eu soin de doubler la précaution ordinaire. Un ange brise les liens de lapôtrc. A droite, Pierre est figuré conduit hors de la prison par un ange, pendant le sommeil des gardes extérieurs. A gauche ces gardes du dehors introduisent Pierre dans la prison. C est donc comme un récit peint de remprisonnement de Tapôtrc et Téminent artiste y a procédé comme dans une page écrite. Il faut dire aussi que la disposition du lieu Tcxigeait, car cette belle fresque orne le dessus et les montants latéraux d'une fenéire.
Au 4 août tombe la festivité de S. Dominique, fondateur de Tordre des frères prêcheurs, autrement nommés Dominicains. Auprès du saint, on place toujours un chien qui tient à la gueule une torche ardente. La légende de S. Dominique rapporte en effet que sa mère étant enceinte de lui eut une vision dans laquelle elle crut porter dans son sein uu chien qui tenait entre ses dents un flambeau allumé. Elle y vit une sorte de présage et d'horoscope de la destinée de cet enfant qui devait, un jour, illuminer le monde de ses prédications. Les écrivains ignorants et passionnés qui attribuent à cet illustre fondateur rétablissement de TIuquisition voient dans cet emblème les autodafés de ce tribanal. Malheureusement pour leur érudition, le Saint-Office de rinquisilion ne fut décrété qu'en l'an 1480, et la mort de S. Dominique eut lieu en 1221. La vision qui a donné lieu à l'emblème dont nous parlons nest point considérée comme authentique, et n'est citée dans la vie du saint que comme une tradition populaire. Le peintre peol donc facilement caractériser S. Dominique par son habit religieux, ot dans Taltitudo d'un préJicatcur. Toutefois on ne serait
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pas autorisé à ccnâarer une peinture de ce saint à côté duquel figurerait le chien emblématique. La belle statue eu marbre blanc représentant S. Dominique, dans la basilique du Vatican , retrace cet emblème. Ce magnifique objet d'art est l'œuvre de Le Gros, sculpteur français, qui la termina en 1706.
La vie de ce saint rapporte une résurrection qui méritemit d'être traitée par un habile pinceau. Un jour qu'une dame romaine, nommée Gutia, venait d'entendre S. Dominique qui prêchait dans l'église de S. Pierre, elle trouva son enfant mort. Accablée de douleur, mais animée d'une grande foi , cette mère prend dans ses bras le petit défunt , le porte à l'église et le dépose aux pieds de S. Dominique, n^ajant pour s'exprimer que le langage d'ailleurs si éloquent de sa douleur. Le serviteur de Dieu attendri pria pendant quelques moments avec ferveur, et puis il fit le signe de la croix sur l'enfant qui aussitôt revint à la vie. Ce miracle eut lieu dans Téglise de S. Sixte que le pape Innocent III avait donnée à ce saint fondateur d'un ordre qui a rendu à l'Église de si éclatants services. Un ouvrier qui s'était tué en tombant d'une voûte du couvent de S. Sixte où i' travaillait, recouvra la vie de la même manière.
S. Dominique motirut à Bologne, âgé de 51 ans. Grégmre IX le mit au rang des saints, en 1234, mais le diocèse d'Osma, en Espagne « avait été son berceau.
Le 10 août est consacré à la mémoire d'un des plus célèbres martyrs du llle siècle. S. Laurent, diacre, chargé, en cette qualité, des aumônes destinées à soulager les pauvres n'ayant pas voulu livrer aux païens les trésors sacrés dont il était dépositaire, fut condamné à périr par le feu. Un gril de fer placé sur des charbons à deroi-allumés dut recevoir le glorieux diacre, afin que la torture se prolongeât. Ce raffinement de barbarie semble avoir été ignoré ou incompris par un grand nombre d'artistes qui figurent des bourreaux empressés d'attiser le feu. Le Titien peignit pour le fameux monastère de TEscurial, près de Madrid, le martyre de S. Laurent. Tandis que le saint diacre est brutalement étendu par les exécuteurs sur Uî gril, un de leurs
compagnons arrive chargé de bois pour aclivcr le feu^ el un autre se courbe sur le brasier pour en alimenter lardear par son souffle. Évidemment Le Titien n a pas traduit d'ane manière exacte la circonslance qui augmente Tatrocité de ce martyre, et rend plus héroïque le calme du patienL Mais aussi l'attitude noble de S. Laurent , levant les mains au ciel pour implorer la miséricorde divine en faveur de Rome , est d'une expression admirable. Rubens a enchéri sur Le Titien pour altérer le récit historique. Pendant que deux bourreaux étendent le martyr sur le gril, un troisième apporte un panier de charbons pour rendre le feu plus violent. Dans ce dernier tableau, S. Laurent a les mains Uces derrière le dos. Les deux artistes ont imprimé à sa figure une placide résignation. Des anges apportent du ciel des couronnes, symboles de la récompense qui attend le généreux athlète de la foi.
Il n est peut-être pas en France un diocèse où S. Laurent ne soit patron de plusieurs églises. Rome, ritalic, TEspagne et d'autres contrées rendent à ce saint un culte solennel. Molanus se borne h parler des monnaies de Rome, de Bologne, de Yiterbe sur lesquelles on a, de temps immémorial , repn^senté S. Laurent. Il pense que cet usage avait été introduit, afm que les peuples apprissent, par l'exemple de ce saint, h xcrser d'abondantes aumônes dans le sein de l'indigence.
On peut encore Représenter S. Laurent remplissant t'ofticc d'archidiacre du pape S. Sixte, entouré de pauvres auxquels il distribue les aumônes dont sa charge le rendait dispensateur. Il est superflu de parler de certaines peintures où ce saint est figuré avec un gril de ridicule dimension, qui le ferait plutôt prendre pour un chef de service culinaire ou pour un rôtisseur vulgaire.
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