CHAPITRE XIX
Première cenilmiattoii da moto d'^Août.
Sainte Claire , abbesse; Saint Bocb , confesseur; Sainte Hélène , impératrice; Saint Bernard, abbé.
Le 12 août, fôtc de sainte Claire, fondatrice de TOrdrc des Clarisscs. Celte illustre vierge se fit principalement remarquer par une tendre dévotion envers la sainte Eucharistie. C'est pourquoi elle est peinte tenant dans ses mains un vase qui renferme cet auguste sacrement. Néanmoins ce caractère iconographique n'est appuyé que sur nn fait raconté par un auteur anonyme que cite Molanus : a Lorsque • les Sarrazins altérés du sang chrétien et qui ne reculent » devant aucune atrocité assiégeaient la ville d'Assise , pa- » trie de Claire, et qu'ils entraient dans le couvent dont n ils avaient forcé les portes, cette abbesse, quoique malade, v ordonna qu'on la portât au devant des ennemis précédée n d'une châsse d'argent revêtue d'ivoire, dans laquelle était » gardée la sainte Eucharistie. Elle adressa au Seigneur de » ferventes prières et obtint que la ville et le couvent fus- » sent délivrés de ces implacables ennemis. » Le même auteur, dans un autre chapitre, raconte encore ce qui suit : a Claire, sous le poids d'une grave infirmité, filait des lin- » ges d'une extrême finesse cl en ayant fait plus de cinquante » paires de corporaux elle les renferma dans des bottes ou » bourses de soie couleur de pourpre et les distribua aux » diverses églises des plaines et des montagnes du pays, r> dont la 'ville d'Assise était la capitale. » Il est , d'après ceci , facile de s'expliquer pourquoi cette sainte est constamment représentée avec ce vase eucharistique à la main droite. Ce vase ne saurait cependant être notre ciboire mo* derne, ni l'ostensoir dans lequel on place l'hostie consacrée pour la faire adorer. C'était , en ce temps-là , une espèce de châsse, Capsa argeniea, soutenue par un pied et faite en forme de tour. Les espèces sacramentelles n'y apparaissaient
point à la vue. Seulement la forme de ce vase était suffi- !*'aroment caractérisée pour que les fidèles ne pussent s'; méprendre. Il reste encore un assez grand nombre de ces petits monuments peints, sculptés ou figurés en relief poar que Tartisle se préserve d'un anachronisme.
Sainte Glaire mourut en 1253 , âgée de 60 ans. Le pape Alexandre IV la canonisa 1255. L'Ordre des Clarisses est une ramification de celui de S. François dont notre sainte était contemporaine. L'habit religieux de cet Ordre qui subsiste encore aujoud'hui est assez connu.
Le lendemain de l'Assomption de la sainte Vierge 16 août, l'Eglise honore 'S. Roch. La ville de Montpellier se glorifie de lavoir va nattre. On n a que fort peu de documents sur la vie de ce saint. Il quitta son pays natal pour aller en Italie où il se dévoua an service des pestiférés. C'était vers le milieu du XlVe siècle. Il revint dans sa ville natale oàil mourut, en 1372. Quelques auteurs assignent cette date à la translation de ses reliques à Arles. Ce qu'il j a de certain , c'est que depuis ce temps , S. Roch n a point cessé d'être invoqué avec succès contre la peste. Ce que l'on a dit du chien de S. Roch qui léchait la plaie de son maître attaqué de ce fléau n'est qu'une opinion populaire. Procaccini a peint S. Roch secourant les pesUférés. Annîbal Cirrache l'a peint distribuant son bien aux pauvres, avant de quitter sa ville natale où sa famille tenait un rang distingué. Rubens fit pour l'église de Saint-Martin d'Alost nn magnifique tableau où, dans le plan supérieur, Jésus-Cbnst montre à ce saint, animé d'une si grande charité poar les pestiférés, une tablette que soutient un ange avec ces mots: Erts in peste patronus. a Tu seras un intercesseur contre » le fléau de la peste. » Au dessous est un groupe de ma-, ' lades qui lèvent les yeux et tendent les bras vers Je saioi qu'ils implorent. L'église paroissiale de Saint^Roch, à Pans, ne possède aucune œuvre d'art un peu remarquable , ^n l'honneur de son patron. Ne serait-il pas à désirer qu'^^^ belle copie du tableau de Rubens trouvât une place dans celte église qui en est très-susceptible?..
Le 18 août, est honorée la pieuse impératrice sainte He-
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lènc y mère du grand Constanlin. On doit peindre Hélène , dit Holanus , comme une personne de grand âge. Elle doit aToir uo porl noble , un air de force et de majesté , une taille élevée. Selon cet auteur, on fait injure à celte princesse , en lui donnant une couronne royale , car elle fut impératrice , Augusta. Molanus nous semble ici un peu trop sévère. L'erreur, en ce cas , ne saurait être qualifiée d'injure. Hélène é(ait l'épouse de Constance Cblore , avec la qualité de légitime , quoique Bède et quelques auteurs la lui contestent. Il a été parlé de celte impératrice dans le chapitre ix (mois do mai). Le cardinal Frédéric Borromée censure les peintres qui revêtent de spicndides parures certains pieux personnages et cite un trait relatif à sainte Hélène qu'un artiste avait ainsi parée. Ce trait est rapporté dans le chapitre viie de Touvrage de ce cardinal , reproduit au chapitre vi de notre première partie. Pour caractériser cette sainte, on lui met sur la tète une couronne impériale et elle soutient de la main droite une grande croix qui indique rinvention du bois sacré faile par cette princesse à Jérusalem. Hélène était âgée de 80 ans , quand elle fit cette précieuse découverte, ce qui motive la prescription précitée de Molanus.
La fête de S. Bernard est fixée au 20 août. Tout le monde sait que cet illustre abbé est la plus grande et la plus brillante figure du mojcn-àge. Calvin lui-même n'a pu se défendre de louer la piété et la sainteté du célèbre abbé de Clairvaux. L'Eglise l'a placé au rang de ses docteurs. Il est souvent peint embrassant les instruments de la Passion, soit parce qu'il. médita profondément sur ce mystère , soit parce qu'à l'exemple de S. Paul il accomplit sur lui-même ce qui manque à cette passion. Croirait-on , si Paquot ne nous rassurait , que certains peintres ont représenté S. Bernard dans l'attitude d'un nourrisson do la sainte Vierge, à peu près comme quelques artistes, surtout en Italie, peignent TEnfant-Jésus allailé par sa mère? Ils voulaient figurer ainsi lamour filial de ce saint pour Marie. Il en est toutefois qui ont été assez heureux dans une allégorie de celte nature. On conçoit quen nos Icmps moder-
lies il ne serait point possible de le (enter avec quelque espoir de succès. Le cardinal Frédéric Borromée sigaaie une grave erreur qui a été quelquefois commise , au sujet de S. Bernard: a On peint, dit-il, S. Bernard enchaînant » un démon. Les peintres se (rompent en attribuant ce fait » à labbé deClairvaux. Le premier de ce. nom était uncba- » noine régulier qui habitait la haute montagne qu'on nomme, » a cause de lui, Le mont Saint-Bernard et qui y construisit » un célèbre monastère. On raconte de ce S. Bcrnarti, » anachorète , qu il réprima laudace des démons par lesquels » étaient désolées ces contrées. Cela donna lieu de penser » que les démons avaient été enchaînés par ce pieux ccdo- » bitc. »
Gaufride, biographe de S. Bernard, abbé de Clairvaui, nous en trace le portrait suivant : a Son corps était d'une » charpente extrêmement grêle et presque dénué de cbair. » sa peau était d'une très-mince épaisseur et un peu colorée » aux joues. Sa chevelure était d'une couleur blonde et (i- » rant sur le blanc. Sa barbe était presque rousse, et sur » la fin de sa vie elle avait blanchi. 11 était d'une taille un n p(Ai au-dessus de Tordinaire. » Dans le tome iv des Bollandistcs, pour le mois daoùt, on voit son portrait copié sur une statue de bronze de ce saint et Ion s'accorde à j reconnaître la ressemblance. S. Bernard mourut âgé de 64 ans, en 1153. Cette date doit être connue dos artistes, a6n qu'ils ne donnent point à ce saint une physionomie de vieillard décrépit, comme on peut le remarquer dans quelques tableaux. A Spire et à Afflighem, S. Bernard est représenté recevant une salutation dont le gratifie une image de la sainte Vierge. Ce fait est dénué d'autheniicito. On doit en dire autant des peintures où Ton figure la Vierge remettant son divin fils à S. Bernard, et présentant à celuici ses mamelles pour Tabrcover de son lait. L'auteur de la remarque , par nous précédemment analysée a soin loul^ fois de faire observer que cela ne peut s'entendre que dans un sens moral et allégorique. Or celui-ci nous parait trop grossier pour éire avoué par le bon goût. Ce dernier fait miraculeux aurait eu lieu à Châtillon-sur-Seine.
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