CHAPITRE I
gères à cette rivalité sanglante. La destinée de la Grèce était Tenjeu de cette lutte mémorable.
Thucydide a curieusement recherché les origines. Ci A ce qu'il me semble, dit-il (1), la Grèce n'avait pas tout entière le nom d'Hellade, et avant Hellen, fils de Deucalion, ce nom ne me semble pas du tout avoir existé ; mais les autres nations, et celle des Pélasges qui s'étendait fort loin, me semblent s'être procuré leur nom en le tirant d'eux-mêmes, etsel'être procuré par nations. Hellen et ses fils, étant devenus puissants dans la Phthiotide, et les autres peuples de la Thessalie, qui voulaient secouer le joug d'Hellen, les ayant appelés à leur secours en différentes villes, il me semble que ceux qui les mandaient, dès ce moment, s'appelèrent Hellènes, les uns après les autres, par l'habitude de vivre avec eux plutôt que par aucune autre raison. »
Thucydide connaissait la véritable méthode historique, et il l'a appliquée dans son histoire grecque. Mais là oii les documents positifs manquaient, il ne pouvait que suivre la légende. Il y aurait eu de l'imprudence à la repousser et à la combattre, lorsqu'il n'avait rien de certain à mettre à la place.
L'observation par laquelle il termine son excursion dans le passé, indique suffisamment son degré de foi dans les renseignements qu'il avait recueillis.
c( Voilà, dit-il (2), ce que j'ai trouvé relativement aux antiquités de la Grèce, lesquelles sont difficiles à croire, malgré les conjectures suivies que j'ai présentées. »
(1) Livre I. chapitre III, 1.
(2) Livre ï, chapitre XX.
Ce que Thucydide n'a pu élucider, malgré son amour de la vérité et les moyens d'information dont il disposait, aurions-nous la prétention de le découvrir par les procédés assurément puissants mais imparfaits de l'ethnographie et de la linguistique?
Légende.
1. La légende des Grecs était plus confiante en elle-même et ne redoutait aucune difficulté. L'amourpropre national l'avait inventée, etla vanité de chaque ville y prenait ce qui lui convenait, sans parvenir à l'épuiser.
Les Grecs étaient autochthones. Nulle race n'avait pu les précéder, car elle aurait eu sur eux un avantage qu'ils ne prétendaient céder à personne. Si d'autres ont eu une existence antérieure, ils ne se sont pas perpétués.
Prométhée, fils de la Terre et rival de Zeus, à qui, par une habile supercherie, il avait fait choisir la part la moins bonne des sacrifices, et dont il avait bravé la puissance en ravissant le feu du ciel pour le donner aux hommes, eut pour fils Deucalion.
Si Prométhée fut attaché sur un rocher du Caucase, où un vautour rongeait son foie sans cesse renaissant, Deucalion faillit périr dans un déluge qui submergea la terre. Les dieux se défendaient contre l'audace des hommes.