CHAPITRE V
dévastée un jour, s'il n'en restait que les temples et les édifices, la postérité pourrait douter de son importance, comparée à sa gloire. C'est le contraire pour Athènes, qui, réduite au même état, semblerait le double de ce qu'elle fut en réalité. »
Les événements ont confirmé cette prévision. Pendant que l'on cherchait vainement le lieu où fut Sparte, l'Acropole conservait la magnifique couronne de chefs-d'œuvre que lui avait donnés le génie athénien.
L'inégalité du sol a fourni aux explorateurs modernes des indications qui n'ont pas été sans utilité.
Les temples des dieux étaient nombreux. Le même dieu en avait plusieurs , sous des noms différents.
Ces dieux sont les mêmes que ceux d'Athènes. Le nom sous lequel ils sont honorés, les attache à Sparte. Zeus, Athéna, Héré, Poséidon, Aphrodite, ^phaistos, Artémis, Apollon devaient leur protection à la ville qui leur élevait des temples et des autels avec des symboles différents et sous des appellations diverses. Les divinités inférieures n'étaient pas oubliées, et l'imagination de Sparte est à peine moins féconde, sous ce rapport, que celle des autres cités grecques.
Les relations des hommes avec les dieux se bornent au culte extérieur.
La magnificence des temples, le nombre des statues des dieux et des hommes prouvent que l'art n'était pas dédaigné à Sparte. Mais les artistes ne naissaient pas en son sein. Ce que Virgile fait dire par Anchise avec un dédain affecté (1) était très vrai à Sparte.
(1) Enéide, VI, v. 847 et suivants.
D'autres avec plus d'art (cédons-leur cette gloire)
Coloreront la toile, ou d'une habile main
Feront vivre le marbre et respirer Pairain ;
De discours plus flatteurs charmeront les oreilles,
Décriront mieux du ciel les pompeuses merveilles.
Toi, Romain, souviens-toi de régir l'univers;
Donne aux vaincus la paix, aux rebelles des fers;
Fais chérir de tes lois la sagesse profonde.
Voilà les arts de Rome et des maîtres du monde (1).
Pour avoir des œuvres d'art, on recourait à des mains étrangères.
Il n'est pas question de peintures. Dans l'histoire de l'art, la peinture est venue après la sculpture, et Sparte était ennemie du changement. Elle ne pouvait suivre que de loin les progrès réalisés dans les autres cités.
Ce que ne dit pas Pausanias, nous est révélé par Pline. Il parle du Pœcile, qui n'était pas comme à Athènes une seule galerie, mais qui avait une grande étendue. Les Romains en enlevèrent les magnifiques fresques. Ils scièrent à grands frais et avec des précautions infinies le ciment répandu sur les murs et les transportèrent intactes chez eux (2). Ce fut sans doute l'œuvre d'un général plus connaisseur que le vainqueur de Corinthe.
Les autels n'étaient pas élevés uniquement aux dieux. SiLycurgue et Hélène eurent un temple, deux mortelles, filles d'Apollon, deux autres qui descendaient d'Hercule, eurent des autels.
Les tombeaux et les monuments héroïques sont en
(1) Traduction de Delille.
(2) Histoire nat„ liv. XXXV.