‹ Institutions de SparteChapitre 103 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

grand nombre. Ils ont été érigés à des rois, à des vainqueurs aux jeux Olympiques , rarement à des guerriers.

Il y a une différence entre les tombeaux et les monuments héroïques. Les premiers étaient un hommage rendu à des hommes que recommandaient leurs services. La patrie acquittait à leur égard une dette et les proposait à l'imitation.

Les autres avaient quelque chose de religieux. On rendait aux héros une espèce de culte qui les séparait des hommes et les rapprochait des dieux.

Les édifices publics sont en petit nombre. La simplicité de la vie politique à Sparte se contentait de quelques lieux de réunion pour le sénat, les éphores et le peuple.

Il y a un théâtre magnifique, s'il faut en croire Pausanias, de qui nous aurions voulu apprendre ce qu'on y représentait. Nous savons que la tragédie et la comédie n'avaient pas droit de cité à Sparte. L'aménagement intérieur du théâtre nous aurait appris quels étaient les plaisirs que ce peuple grave allait y chercher.

11 est très vraisemblable que ces édifices n'avaient ni la beauté, ni la magnificence de ceux qui étaient consacrés aux dieux. Rachetaient-ils par la majesté ce qui leur manquait du côté de la richesse ? Nous sommes réduits à des conjectures.

Pausanias ne dit rien de l'ordre d'architecture employé dans ces constructions diverses. Par caractère, par tradition et par esprit de race, les Spartiates durent s'en tenir au plus ancien, au plus simple, à celui qui portait leur nom : au dorique.

7. La puissance de Sparte tomba, et si son nom se conserva longtemps, il vint un moment où il disparut. On aurait vainement cherché, le long de l'Eurotas, les lieux où fut Sparte. Les raines ellesmêmes ont péri (1), aurait-on pu dire avec Lucain. Les villes meurent, elles aussi, a dit le poète Rutilius.

Le Grec moderne passait indifférent sur ces lieux autrefois célèbres et alors sans nom. Les érudits n'oubliaient pas ; mais le temps avait si bien nivelé ce que, d'accord avec les hommes, il avait renversé, qu'il y eut de longues discussions pour marquer, sur les bords de l'Eurotas , le point précis occupé par cette ville dont le nom a rempli le monde.

C'est un exemple de plus de la fragilité delà gloire. Guidé par Spon, l'abbé de Fourmont, Leroi et d'Anville, Chateaubriand a retrouvé, en 1806, ce qui reste de la ville de Léonidas.

(( Je m'arrêtai tout à coup, dit-il (2), à la vue d'une vaste enceinte, ouverte en demi-cercle, et que je reconnus à l'instant pour un théâtre. Je ne puis peindre les sentiments confus qui vinrent m'assiéger. La colline au pied de laquelle je me trouvais, était donc la citadelle de Sparte, puisque le théâtre était adossé à la citadelle ; la ruine que je voyais sur cette colline, était donc le temple de Minerve Chalciœcos, puisque celui-ci était dans la citadelle ; les débris et les longs murs que j'avais passés plus bas, faisaient donc partie de la tribu des Cynosures, puisque cette tribu était au nord de la ville. Sparte était donc sous mes yeux, et son théâtre, que j'avais eu le bonheur

(1) Etiam periere ruinae. Lugain.

(2) Itinéraire, I, p. 89.

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