CHAPITRE V
raître, au point que son nom même fut oublié?
Lorsquela prise de Corinthe, en 146, eut consommé la soumission de la Grèce, Sparte essaya, par sa docilité, de se faire pardonner son antique grandeur.
Elle se mêla aux guerres civiles, et prit parti pour César contre Pompée.
Elle avait conservé, à la fin du ii^ siècle après Jésus-Christ, s'il faut en croire Apollonius de Tyane, les lois de Lycurgue. On se demande ce qu'elle en pouvait faire, et comment elle les avait accommodées à la soumission ?
Rome, qui respectait Athènes, dont la gloire littéraire et artistique éclipsait la gloire militaire, ne paraît pas avoir aussi bien traité Sparte. Caracalla lui demanda ~ c'était un hommage à son antique valeur — un petit corps pour ses armées et une garde pour sa personne (1).
Les Hérules la pillèrent en 261, et Alaric la brûla en 400. Zozime ditàce sujet(2) : « Sparte, sifameuse, ne put être sauvée. Ses citoyens l'abandonnèrent, et ses chefs la trahirent ; ses chefs, vils ministres des tyrans injustes et débauchés qui gouvernaient alors l'État.» Trente ans après, les Vandales, avec la brutalité sauvage attachée à leur nom et à leur souvenir, accumulèrent les ruines dans le Péloponèse, et Sparte ne fut pas exceptée.
Après Justinien (527-565), les Lacédémoniens forment les gardes des empereurs d'Orient, et Sparte devient la résidence d'un despotès.
Les invasions et les ravages ne sont pas finis. Sans
(1) Voir Hérodien.
(2) LWre V.
qu'on puisse dire ce que Sparte perdit au passage de chacun de ces peuples, on peut être assuré que ses habitants, ses maisons et ses édifices en souffrirent.
La diminution des habitants amène la stérilité du sol, et, avec elle, la disparition des ruines que couvrent bientôt la terre et la végétation.
Au xii^ siècle, Fantique nom de Péloponèse s'efface sous le nom de Morée. Au xiif, Geoffroi de Villehardouin, qui faisait et racontait de grandes choses, essaie vainement , avec Guillaume de Ghamplite, de la conquérir. Elle était soumise à un tyran, Léon Ghamarète.
En 1259, Misitra est, pour la première fois, nommée à côté de Sparte. Elle avait été conquise par des chevaliers français.
En 1263, Michel Paléologue s'empare de Sparte, et Pachymère raconte (1) que des Lacédémoniens, « transférés de leur pays à Constantinople, à cause de leur valeur, » servaient sur la flotte Bysantine.
En 1390, les chevaliers de Rhodes, qui suivaient tous les pas de l'islamisme pour le combattre, achetèrent le despotat de Sparte. Mais Bajazet, qui le leur avait cédé, tomba sous les coups de Timour, et la convention fut rompue.
Vers 1410, Gonstantin Dragazès, maître de la principauté de Laconie, résidait à Misitra, qui fut plusieurs fois assiégée, emportée et traitée avec la fureur de ces guerres sanglantes et dévastatrices.
Il en est de Sparte comme de ces fleuves impétueux qui inspirent Tétonnement et marquent leur (1) Livre IIL