CHAPITRE V
passage par des destructions. A leur approche de la mer, ils se divisent, reçoivent plusieurs noms et disparaissent, sans qu'on puisse marquer le point précis où ils cessent d'être eux-mêmes.
9. On ne peut assigner aucune date à la fin de Sparte, c'est-à-dire à Tabandon de ses ruines.
En 1480, Mahomet II avait chassé de Sparte Démétrius, qui la gouvernait avec le titre de despote. Sigismond Malatesta, prince de Rimini, allié de Démétrius, fit le siège de la ville. Il ne put la prendre et y mit le feu. On n'a pas même la consolation de pouvoir accuser les musulmans de cette barbarie. Un manuscrit de Francisco Giambetti (1445), cité par Chateaubriand (1), contient le dessin « des masures de Lacédémone, à quatre ou cinq milles de Misitra. »
Un voyageur anglais, Vernon, avait visité et rapidement décrit la Grèce au xvii^ siècle. Chateaubriand (2) cite le fragment suivant d'une de ses lettres, publiée par les Philosophical transactions du 24 avril 1676 :
« Sparte est un lieu désert. Misitra, qui en est éloignée de quatre milles, est habitée. On voit à Sparte presque toutes les murailles, des tours et des fondements des temples, avec des colonnes démolies, aussi bien que leurs chapiteaux. Il y reste encore un théâtre tout entier. Elle a eu autrefois cinq milles de tour, et elle est située à un demi-quart de lieue de la rivière Eurotas. »
Fourmont, écrivant à Maurepas, se vante « d'avoir, non pas abattu, mais rasé de fond en comble Sparte.
(1) Introduction, XLIX.
(2) Itinéraire, Introduction , LXIV.
Il n'a renversé, dit-il, qu'afin de faire reconnaître le lieu où fut Sparte (1). »
Il serait difficile d'accepter une pareille raison. Il est probable, du reste, en tenant compte des hommes et du temps consacrés à cette œuvre inepte, que le résultat dut être médiocre, et Fourmont ne fut pas aussi Vandale qu'il le dit.
En 1770, les Russes détruisirent ce qui restait de Sparte.
Pourquoi faut-il constater que, si la barbarie a porté les premiers coups à cette ville que recommandaient de si grands souvenirs, et qu'environnait une si haute renommée, c'est dans la seconde moitié du xvm® siècle, presque de nos jours, sous la pioche ambitieuse d'un savant et sous le règne d'une impératrice qui se disait philosophe et se croyait amie des arts, que les ruines de Sparte ont subi leur dernier outrage ?
L'homme plus que le temps amasse des ruines (2).
Nous n'avons pas besoin d'aller si loin pour en avoir la preuve !
Sparte est aujourd'hui une petite ville qui date de 1835, et où réside le 'gouverneur du nome de Laconie.
L'imagination anime facilement ces ruines, et le passé redevient par moments, sous nos yeux charmés, plein de vie et de mouvement. Lois, mœurs, institutions, hommes, tout reparaît dans sa vérité et son
(1) V. PouQUEViLLE , Voycige de la Grèce, V. (2) Tempus edax, homo vero edacior.