‹ Institutions de SparteChapitre 107 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

éclat. Scrophani(l) a largement esquissé ce tableau.

« C'est dans ces rues que, pleins de fierté, s'avançaient autrefois les Lacédémoniens. Il me semble les contempler. Celui-ci cède le pas à un vieillard, celui-là raconte ses victoires, d'autres montrent leurs blessures.... Voyez-vous ce peuple fier et belliqueux s'adoucir à la voix d'un seul homme, décider de la paix ou de la guerre... ; puis, assis au coucher du soleil sur cette place, apaiser tranquillement sa faim avec quelques légumes. C'est ici qu'aux premiers sons de la trompette, il écoute avec un silence respectueux la proclamation d'une loi, et qu'il assiste, sans s'émouvoir, aux funérailles des trois cents défenseurs des Thermopyles.... C'est aux lieux qui frappent mes regards que Sparte, réunie tout entière, femmes, jeunes gens, monarque, élèvent de concert un bûcher, et, dans cette fête lugubre, font les derniers adieux à Léonidas et à ses frères d'armes. Les pères, les mères, les enfants allument ce bûcher de leurs propres mains.... Léonidas et les trois cents sont présents ; ils n'attendent que les dernières libations pour se mettre en marche. Où vont-ils donc? Contre trois millions de Mèdes. Ils marchent à une mort certaine : leur front est calme et serein; leurs mères et leurs épouses ne versent pas une larme. « Prends un bouclier, dit une mère à son fils: reviens » avec ou dessus. »

C'est là la ville qui n'a vu que dans sa décadence la fumée d'un camp ennemi, et dont un citoyen, Antalcidas, à qui un Athénien disait que les Lacédémoniens avaient été souvent repoussés du Céphise, (1) Cité par Pouqueville, tome V, p. 546.

rivière qui baignait les murs d'Athènes, pouvait répondre avec orgueil : u Pour nous, nous ne vous avons jamais chassés des bords de l'Eurotas (1). »

Les Spartiates.

1. C'est aux Héraclides que Sparte devrait son origine. Maîtres, par la conquête, de lieux qui pouvaient leur être disputés, ils se réunirent sur un point qui leur parut facile à défendre. Si Sparte ne fut pas fondée, elle fut agrandie par eux.' Ils y portèrent la vaillance du héros dont ils descendaient, et leur conduite à l'égard des vaincus pouvait faire prévoir quel serait le caractère de la ville où ils avaient concentré leurs forces et leur esprit.

Il y avait, en Laconie, trois populations.: les vainqueurs, les vaincus et les esclaves.

Nulle part la séparation des éléments sociaux ne fut plus absolue qu'à Sparte, et le temps, au lieu de les rapprocher, en accentuant la division, irrita l'antagonisme.

Sparte ne connut jamais les tempéraments. On a pu dire qu'elle était toute d'une pièce ; ses idées et ses actes furent, en effet, toujours marqués par une inflexibilité qu'aucun peuple n'a jamais portée si loin.

(1) Plutarque, Apopht flegmes des Lacédémoniens.

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