‹ Institutions de SparteChapitre 108 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lycurgue est le législateur dont Tinfluence souveraine a développé le génie et façonné les mœurs des Spartiates. Que la législation de Sparte soit due tout entière à Lycurgue, qu'il l'ait seulement réformée ou qu'elle soit l'œuvre dû temps, il est certain qu'elle n'est pas née uniquement de la volonté d'un homme ou des circonstances; elle repose en très grande partie sur les dispositions et le caractère du peuple.

Horace a dit :

Que peuvent donc les lois quand les mœurs sont mauvaises (1)?

Un législateur, quelles qu'eussent été son autorité et son habileté, n'eût pu imaginer et, à plus forte raison, réaliser une organisation sociale pareille à celle de Sparte. On peut seconder ou corriger des dispositions de l'esprit et du cœur, on ne les supprime pas plus qu'on ne les crée. Les lois ne sont souveraines que si elles sont en rapport avec les conditions générales de l'humanité et les aspirations particulières d'un peuple. C'est ce qu'a remarqué Montesquieu (2) :

« Le caractère des Lacédémoniens était grave, sérieux, taciturne. On n'aurait pas plus tiré parti d'un Athénien en l'ennuyant, que d'un Lacédémonien en le divertissant. »

Selon n'eût pas donné à Sparte les lois que son souple génie fit pour Athènes, et l'austère Lycurgue aurait adouci sa rigueur, s'il avait dû discipliner les mobiles Athéniens.

^ Pour créer quelque chose de si extraordinaire, un

/ (l) Quid leges sine moribus vanae proficiunt? (Oc?e5, m, 24.) (2) Esprit des lois, XIX, 7.

peuple décidé à contraindre en tout la nature, ce que J. J. Rousseau appelait a un couvent de soldats, » il fallait trois moyens : le génie des habitants, la volonté d'un législateur, le temps. L'histoire nous montre ces trois éléments réunis à Sparte.

Plutarque dit (1) : « Lorsqu'on affirme qu'à Lacédémone les hommes libres le sont autant qu'on puisse l'être et que les esclaves sont aux derniers excès de l'esclavage, on a marqué avec assez de justesse la différence de ce gouvernement avec les autres. »

L'absolue abjection de ceux-ci est, en effet, la mesure de l'absolue domination de ceux-là.

Un corps intermédiaire devait réunir ces deux extrêmes. Entre le Spartiate et Thilote, il y a le Laconien ou périèque.

2. Le Spartiate a tous les droits. Il a fait la loi, et il jouit de tous les avantages qu'elle crée ou consacre. Il est resté le vainqueur au milieu d'un peuple soumis ou asservi. Seul il prend part au gouvernement. Il y a, entre tous ceux dont l'origine privilégiée est commune, égalité parfaite, et c'est entre tous ces égaux que se partagent, par le choix ou par l'élection, l'exercice du pouvoir et les magistratures.

Le Spartiate est propriétaire, et sa propriété est inaliénable. Il est citoyen, sénateur, général, éphore, roi. Il administre la cité; il commande l'armée. S'il y admet le Laconien et même l'hilote, ce n'est que dans une situation inférieure. Le Spartiate est soldat; le Laconien et l'hilote sont des alliés, et ces alliés ne sont pas moins surveillés que l'ennemi. Le Spartiate a le privilège de l'éducation imposée

(1) Lycurgue, XLI.

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