CHAPITRE V
'i: Ils étaient réduits à six mille en 420, au milieu de la guerre du Péloponèse.
Agésilas, qui fut roi de 400 à 361, apprenant que^ dans un comb.at près de Gorinthe, il avait péri huit Lacédémoniens et près de dix mille ennemis, s'écria : « Malheureuse Grèce qui vient de perdre des hommes dont la vie nous eut assuré la victoire dans nos combats contre les barbares (1)1 » Les rois de Sparte furent toujours aussi avares du sang des Spartiates, mais rarement aussi sensibles aux pertes de la Grèce.
Le même Agésilas et Agésipolis, dans leurs longues guerres, n'eurent le plus souvent auprès d'eux qu'un petit nombre de citoyens. Xénophon (2) ne les porte pas à plus de trente.
Leur nombre était abaissé à deux mille en 362, lorsque leur hégémonie succomba, impuissante et haïe par leurs fautes accumulées, sous l'épée d'Epaminondas et la grandeur éphémère de Thèbes.
Aristote ne comptait, sous Alexandre , que mille propriétaires de fiefs.
Lorsque Agis tenta sa réforme (235), ils n'étaient plus que sept cents.
G'était effrayant alors, parce que le but était dépassé. Mais les Spartiates tenaient à ne pas voir s'accroître leur nombre. Leur motif était celui de toutes les castes, naturellement exclusives et jalouses.
se retirèrent en Arcadie, en Argolide, à Sicyone. Lorsque Agis voulut faire revivre la législation de Lycurgue, il fit pour les terres 4,500 lots.
(1) XÉNOPHON, Agésilas, 7.
(2) Hellén. HI, 5.
Montesquieu (1) en donne une raison économique. « Il ne devait, dit-il, y avoir qu'un certain nombre d'hommes libres pour que les esclaves fussent en état de fournir la subsistance.... Lacédémone était une armée entretenue pardes paysans. Il fallait donc borner cette armée. Sans cela, les hommes libres q-ui avaient tous les avantagesdela société, se seraient multipliés sans nombre, et les laboureurs auraient été accablés. »
Il n'est pas vraisemblable que cette raison ait été même aperçue par les Spartiates. Si les causes de leur diminution furent nombreuses, on peut dire qu'ils ne tentèrent jamais rien pour les combattre. Cette rapide diminution, après le maintien presque complet du nombre primitif pendant quatre siècles, aurait dû provoquer chez les Spartiates, la recherché des moyens propres à la conjurer ou à la réparer. Mais l'aveuglement est le caractère distinctif des peuples qui déclinent. Les causes de cette diminution redoutable furent méconnues ou négligées. Elles étaient pourtant évidentes.
3. La première était la continuité des guerres. Les Spartiates en soutenaient le principal effort. Malgré le secours des périèques et des hilotes, confiants en leur discipline et en leur valeur, ils furent pendant longtemps partout, occupant le poste le plus dangereux, ne reculant pas devant les entreprises les plus hasardeuses et qui coûtaient le plus de sang.
Si la perte d'un fils était supportée par la mère avec une égalité d'âme admirable sans doute, mais qui faisait gémir la nature, la perte d'un citoyen était
(1) Esprit des lois, XXIII, 17.