CHAPITRE V
si peu favorisée, qu'on a de la peine à comprendre qu^un esprit aussi sagace que celui de Montesquieu ne l'ait pas évitée.
Chateaubriand admirait la Grèce de toute l'ardeur d'une imagination capable de faire revivre les grands souvenirs. Mais il respecte la justice et la vérité. « Si je hais les mœurs des Spartiates, écrit-il sur les ruines retrouvées de Sparte (1), je ne méconnais point la grandeur d'un peuple libre, et je n'ai point foulé sans émotion cette noble poussière. Un seul fait suffit à la gloire de ce peuple. Quand Néron visita la Grèce, il n'osa entrer dans Lacédémone. Quel magnifique éloge de cette cité! »
Xénophon, sur ce chapitre si délicat, élève Sparte au-dessus des autres villes de la Grèce, où les lois étaient moins sévères. « Je ne suis pas surpris, dit-il (2), que certains ne veuillent pas me croire. )) Etait-il bien sûr d'être l'interprète de la vérité ? L'éducation commune, le mélange continuel des filles et des garçons pendant l'adolescence, ne devaient-ils pas, en faisant taire la pudeur, rendre inévitables le désordre et la corruption ?
Sans nier que la vertu fut possible chez les femmes Spartiates, on peut croire qu'elle ne fut ni aussi générale, ni aussi complète qu'on l'a affirmé.
Un étranger s'étonnait que Lycurgue n'eût point fait de lois contre l'adultère. (( Comment trouver, répondit un Spartiate, un adultère à Sparte où la parure, le luxe et les richesses sont dans le mépris (3) . »
(1) Itinéraire, I, p. 98.
(2) Gouvernement de Sparte, H.
(3) Plutarque, Apophthegmes des Lacédémoniens,
Malheureusement il n'en fut pas longtemps ainsi.