CHAPITRE V
ce que nous appellerions un majorât. A quoi étaitil tenu à l'égard de ses frères ? Partout où a régné le droit d'aînesse, c'est-à-dire dans les sociétés sagement organisées, la famille ne repoussait aucun de ses membres. Si les terres étaient transmises à un seul, qui devenait le chef à la place du père, il y avait place pour tous au foyer domestique.
Mais à Sparte, où il n'y avait pas, en réalité, de famille constituée, quelle était la situation des puînés? Nous ne savons rien de positif, et les travaux longs et savants de Gurtius sur cette question ne l'ont pas éclaircie (1).
Cette situation indéfinie pour nous, délicate certainement pour les Spartiates, ne pouvait aider à la multiplication des enfants. En y joignant l'esprit de caste, esprit étroit et impitoyable, et la facilité de l'exposition, on peut conclure que beaucoup de familles se bornaient à un unique représentant. Et combien de fois la maladie, les exercices violents de l'éducation publique et la guerre devaient laisser sans maître le lot Spartiate 1
6. L'inégalité dans la richesse et la situation des citoyens peut être aussi considérée comme une des causes de la diminution de la population.
La répartition des terres faite par Lycurgue entre les descendants des vainqueurs, fut suivie de la condition qu'elles ne seraient ni vendues, ni données, ni léguées.
Le guerrier, toujours à la disposition de l'État, trouvait, dans ces terres que des esclaves cultivaient, ce qu'exigeaient ses besoins et ceux de sa famille.
(1) Hisf, grecq., tome I.
C'est ce qui explique comment Sparte put rester longtemps étrangère au commerce, se contenter d"une monnaie de fer et maintenir l'usage des repas publics. Le Spartiate ne devait avoir aucun souci de son existence et ne rien demander au travail. L'oisiveté était pour lui un privilège, et la possession de son fief assurait son existence et l'exercice de ses droits.
Mais quelle que fût la rigidité de la loi, quel que fût le respect dont l'entourait l'éducation, il y eut des adoucissements exigés par les circonstances, et bientôt des altérations dangereuses moins par l'atteinte portée à la loi elle- même que par le principe dont elles émanaient.
Un édifice comme celui de Lycurgue, élevé contre les lois de la nature, ne subsiste qu'à la condition de ne subir aucun changement dans aucune de ses parties. C'est une masse qui se soutient par son poids. La plus légère modification y détruit l'équilibre et y compromet l'existence.
Or, malgré la discipline Spartiate, il ne tarda pas à y avoir, parmi ces hommes d'une si parfaite égalité, des riches et des pauvres. Les terres ne rapportèrent pas le même revenu, et, bien qu'elles fussent taxées d'abord d'une manière uniforme, il n'est pas possible qu'elles n'aient pas donné un peu plus ou un peu moins. Ensuite, les charges dans les familles varièrent, et Téconomie domestique ne fut ni également éclairée, ni également prévoyante. Il y eut donc, dans la position des possesseurs de fiefs, des différences sensibles.
Cette inégalité dans la fortune atteignit bientôt les. fiefs eux-mêmes. On les divisa, on les légua, on les