‹ Institutions de SparteChapitre 12 sur 242 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

vanité. Il était plus glorieux de remonter jusqu'aux dieux, par celui que sa vertu avait sauvé, dans le désastre universel de Thumanité.

2. Après avoir offert, en signe de reconnaissance, un sacrifice à Zeus, et élevé douze autels aux grands dieux de FOlympe, Deucalion et Pyrrha eurent deux fils : Hellen et Amphictyon.

Hellen, qui donna son nom à la nation tout entière, eut trois fils: Doros, Eolos et Xuthos.

11 partagea entre eux le territoire qui s'étendait devant lui. Eolos s'établit dans la Thessalie, Doros dans la Grèce centrale, Xuthos dans le Péloponèse (1).

Xuthos eut de Créusa , fille d'Erechthée , roi de l'Attique , « ce prince magnanime que la terre féconde avait enfanté (2) » deux fils, Achéos et Ion.

D'Eolos, de Doros, d' Achéos et d'Ion sont sorties les races qui ont fondé les villes, et leurs héros éponymes, que les Grecs honoraient avec tant de piété. Tout se simplifiait ainsi pour eux. D'un homme sortait une ville, d'une ville un peuple.

Les Èoliens et les Achéens dominèrent d'abord. Les fils d'Eolos s'étaient unis aux Pélasges, et formaient avec eux un seul peuple. Ils occupaient la Grèce centrale , et s'étendaient au nord de la mer qui la sépare du Péloponèse.

Les Achéens s'étaient établis plus au nord et à l'ouest, vers la Thessalie et l'Épire. Ils ne tardèrent pas à devenir, dans les temps les plus reculés, par les demi-dieux, à l'époque héroïque, par Achille, les représentants de la Grèce entière. Leur nom est celui

(1) Voir Appollodore , I, 7, 3.

(2) Homère, Iliade, chant IL

par lequel Homère désigne l'armée qui assiégeait Troie.

Les Achéens et les Eoliens se trouvent bientôt unis par des alliances que la nécessité avait faites, et la communauté d'origine scellées. Les poètes sont les historiens de ces époques incertaines. Aussi les légendes se multiplient-elles avec des modifications exigées par l'amour-propre local ou déterminées par le génie de chaque ville.

Les poètes n'ont pris aucun soin de les faire accorder entre elles. Ils n'y auraient, du reste, trouvé aucun intérêt, et se seraient heurtés à une incrédulité patriotique. Il eût fallu sacrifier une ville à une autre, et l'on n'attaque jamais sans danger Tamour-propre national.

3. Alors se produisent les expéditions qui résument les forces et les aspirations de la Grèce dans ces temps primitifs : les travaux d'Hercule, gloire d'un homme et d'une race ; la conquête de la Toison-d'or, qui réunit les illustrations les plus diverses, pour un de ces voyages aventureux que l'imagination concevait et qu'un courage téméraire accomplissait; les deux sièges de Thèbes , qui marquent à la fois les guerres héréditaires et l'afîaiblissement de l'esprit héroïque ; enfin la prise de Troie, qui se relie , par ses grands noms, aux exploits antérieurs, et qui est, non plus l'œuvre d'un héros, de quelques chefs ou d'un certain nom.bre de villes, mais l'effort d'une nation tout entière, qui, pleine de foi en elle-même, après avoir réuni mille cent quatre-vingt-six vaisseaux (1), transporte sur les côtes de l'Asie une (1) RoMÈRE^ Iliade , chant II.

Page 1