‹ Institutions de SparteChapitre 13 sur 242 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

armée de plus de cent mille hommes, non pour une vengeance personnelle ou pour l'amour d'une femme, mais pour cette lutte gigantesque qu'Horace appelle :

Long duei de la Grèce avec la Barbarie (1).

La supériorité des peuples qui figurent dans ces expéditions, ne se conserve pas. Elle était due à des héros dont les descendants gardèrent la mémoire, mais ne firent revivre ni les vertus ni les exploits.

La guerre est l'état constantde humanité. L'homme lutte sans cesse poûr son existence comme pour l'accomplissement de ses devoirs. Le sort des peuples n'est pas différent. Les mouvements intérieurs se multiplient, et chaque ville, agitée au dedans, se mêle au dehors à des luttes fratricides. Avec non moins de raison et non moins de douleur que le poète latin, les Grecs auraient pu dire, pour ces époques lointaines et pour les temps historiques :

Quel rivage lointain n'a pas bu notre sang (2)?

Ces flots humains se précipitent les uns sur les autres, comme ceux d'une mer que bouleverse la tempête. Chacun cherche à assurer sa situation, à étendre son influence, à éloigner les dangers. On se mêle, on se heurte, on regarde devant soi avec inquiétude ou avec confiance. Le moment où chacun sera maître dans ses limites et aura sa voie tracée, n'est pas loin.

Deux grandes races absorbent les autres et se disputent la domination de la Grèce. C'est en elles que

(1) Grsecia barbariae lento collisa duello. {Epîtres 1, 2, 7.)

(2) Quse caret ora cruore nostro? (Horace, Od. II, 1.)

se résument les destinées de la patrie commune, et chacune se considère comme en ayant la charge. Qui remportera, des Doriens ou des Ioniens? Tout diffère en eux, le génie, les mœurs, les moyens d'action, le but. Le sort des combats les fera tour à tour vainqueurs et vaincus, jusqu'au moment où, atteints d'une égale décadence, ils devront se courber, les uns et les autres, sous une domination étrangère.

Le Dorien était grave, sérieux, austère. Il gardait fidèlement les mœurs traditionnelles, et respectait la noblesse, les services, la loi, l'âge. Il était agriculteur et guerrier. Les expéditions hasardeuses le tentaient peu. Une règle inflexible présidait à toute sa vie, et sa foi aux dieux restait invariable, comme le culte par lequel il les honorait. Le gouvernement aristocratique lui paraissait le plus digne de lui et le meilleur pour les autres. Aussi aurait-il voulu le voir régner partout.

L'Ionien était souple, mobile, irritable. Le nouveau l'attirait. Les mœurs anciennes le gênaient, par cela seul qu'elles étaient anciennes. Le commerce, la navigation, les relations lointaines lui plaisaient. Avide des plaisirs de l'esprit, il ne recherchait pas avec moins d'empressement les jouissances plus communes. Les fêtes, les danses, le chant l'attiraient. Sa langue réunissait tous les dialectes, et son génie semblait formé de tout ce qu'il y avait de meilleur chez les autres. La forme démocratique lui paraissait supérieure. Elle lui donnait de l'orgueil et une extrême confiance en ses forces. Il respectait chez les autres l'oligarchie qu'il bannissait de ses murs.

Chassés du Péloponèse, les Héraclides s'étaient

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