CHAPITRE V
fois le signe de leur soumission, puisqu'ils devaient, hors de chez eux et pour leurs maîtres, rendre cet honneur aux dieux, et la preuve d'une certaine participation aux destinées de la cité, puisqu'ils étaient autorisés à fournir les victimes des sacrifices.
2. Ils n'en restaient pas moins sous l'autorité oppressive et la surveillance jalouse des Spartiates. Tout leur rappelait leur infériorité. Sparte levait parmi eux des soldats. Elle les soumettait à des exercices militaires , et leurs hoplites combattaient à côté des Spartiates. Ils purent même, dans des circonstances difficiles, et lorsque l'intérêt faisait taire l'orgueil, commander les flottes et les armées.
Isocrate, qui est aussi favorable aux Athéniens que Xénophon aux Spartiates, signale ainsi (1) la situation des périèques : « Ces municipes, quoique privés de tous les privilèges attribués aux hommes libres, étaient soumis à toutes les fatigues et partageaient sans équité les dangers de la guerre. Les chefs des Spartiates les plaçaient à des postes ou les engageaient dans des entreprises qu'ils jugeaient trop dangereuses pour leurs propres citoyens, et, ce qui est plus cruel encore, les éphores pouvaient mettre à mort, sans aucune forme de jugement, autant de périèques qu'ils le voulaient. »
Le caractère hautain et dur des Spartiates ne faiblissait qu'en présence d'un intérêt manifeste. Ils consentaient à combattre à côté des périèques, mais en prodiguant, comme une chose de peu de valeur, le sang de ces soldats inférieurs.
Ce qui explique d'ailleurs cette conduite, c'est la
(1) Panathénaïques^ dise. XII.
diminution de la population Spartiate. Il fallait la ménager. L'armée fut bientôt composée principalement de périèques. Les Spartiates formaient une minorité, une élite qui ne donnait que dans les moments décisifs et suprêmes.
Lysandre, Gyllipos et Gallicratidas étaient des périèques. D'après Elien (1), ils étaient nés esclaves et avaient été élevés avec les jeunes Spartiates. Ils ne devinrent citoyens qu'après de grands services. D'après d'autres, Lysandre aurait été pauvre, mais du sang des Héraclides. Ils servirent avec éclat et avec bonheur la fortune de Sparte. Les Spartiates n'hésitèrent pas à leur obéir, et les ennemis le leur reprochèrent. <( Les Thébains disaient à Athènes — dont ils essayaient d'irriter la haine contre de trop heureux généraux — que Sparte prenait ses harmostes parmi les hilotes (2). »
Mais malgré ces services et cette gloire , les périèques n'entraient pas dans le corps jalousement fermé de leurs vainqueurs primitifs. On leur fit entrevoir plusieurs fois cette récompense ambitionnée, mais on la leur mesura parcimonieusement, quand on ne la leur refusa pas d'une manière absolue (3).
L'aristocratie Spartiate ne pouvait méconnaître les conséquences de la diminution des citoyens. Mais l'amour du privilège étouffait l'intérêt. Elle ne pouvait que se corrompre, puisqu'elle ne se renou-
(1) Histoires variées ^ 43.
(2) Xénophon, Hellén., 1. III.
(3) Hérodote, oubliant au moins Tyrtée, ne cite que Tisamène le devin, et son frère, qui aient obtenu le droit de cité. Il est vrai que ce fut plus facile après le siècle. Hérodote avait lu son histoire en 432, aux jeux Olympiques.