‹ Institutions de SparteChapitre 126 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

individuelle s'enflamma. On voulut de For, et tout fut bon pour l'acquérir , Il y eut à Sparte des fortunes scandaleuses, et, si l'égalité politique subsista encore, on compta dans la cité de Lycurgue des riches et des pauvres.

Le luxe s'introduisit et fut bientôt maître. L'industrie des périèques essaya de le satisfaire, et les perfectionnements auxquels elle parvint rapidement, furent à la fois un stimulant pour les Spartiates et une source de profits pour leurs habiles et laborieux compatriotes.

La ligne de démarcation s'effaçait ainsi peu à peu, et les distinctions d'origine, les qualifications de vainqueurs et de vaincus disparurent sous le flot montant d'une universelle corruption.

3. Le Spartiate était tout entier à la guerre et à la vie politique. Le Laconien, privé du dernier de ces droits et débarrassé de ce souci, put être tout entier à ses affaires. Il avait la sécurité, la première des conditions de l'industrie et du commerce. La renommée des armes lacédémoniennes, le privilège de Guette contrée qui longtemps ne fut foulée par aucune armée ennemie, lui assuraient cet immense bienfait. Pourvu qu'ilpayât l'impôt, qu'il fournît le contingent, toujours peu considérable, auquel il était soumis, et qu'il ne prît part à aucun de ces mouvements factieux, si communs dans les cités mobiles de la Grèce, si rares à Sparte, il n'avait pas à craindre d'être arrêté ou entravé dans les combinaisons mercantiles et dans les voyages qui lui donnaient la richesse.

Il exerçait donc librement son industrie , et Sparte n'en était pas jalouse. Cet emploi du temps et de

l'activité paraissait au Spartiate trop indigne de lui pour qu'il le gênât chez les autres. LeLaconien était devenu un hardi navigateur, et les côtes de l'Italie, comme celles de la Sicile, fréquemment visitées et parcourues, faisaient, par des achats et des échanges, la fortune du particulier et la richesse du pays. Ses vaisseaux marchands ouvrirent un peu tard, mais avec succès, la mer aux flottes lacédémoniennes. Il les commanda, et ce ne fut pas sans gloire. L'or et l'argent affluaient chez lui. Le luxe décorait ses habitations, embellissait ses vêtements, et donnait à sa vie des douceurs qui ne sont pas toujours les compagnes de la vertu, mais qui suffisaient à son ambition et le dédommageaient de son infériorité sociale.

Il put même exercer sur mer des commandements importants. Le Spartiate, engagé dans une voie, n'en sortait pas. Il fut un fantassin intrépide, un cavalier habile, il ne devint jamais marin. La force tout entière de sa flotte résida dans les périèques.

C'est à Tépoque où la marine lacédémonienneprit une part active aux combats contre les Mèdes et les Athéniens, que les périèques virent s'ouvrir devant eux les rangs longtemps fermés des Spartiates, et que leur importance grandit.

Après avoir commandé les vaisseaux, et, sous un nom modeste, dirigé les grandes flottes que les exigences de la guerre firent construire, ils obtinrent un titre que Sparte ne leur donna que par nécessité. Ils furent institués navarques, et reçurent une autorité qui les fit les égaux des rois devant l'ennemi.

Les rois ne commandaient, en effet, que les armées de terre. Les flottes devinrent la principale force des

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