CHAPITRE V
des dons à sa créature. L'homme, moins respectueux pour son semblable, ne lui a plus permis de disposer de lui, dès que la force Ta placé sous sa loi.
La piraterie, et la guerre qui n'est qu'une piraterie plus générale, mieux organisée, et plus sanglante, firent des esclaves. Les échanges et les ventes leur donnèrent du prix. L'homme fut ainsi assimilé aux animaux, vendu, échangé et traité comme eux.
La Laconie, Hélos et la Messénie fournirent des esclaves à Sparte. Elle ne fit pas de conquêtes extérieures, n'entretint que de rares relations avec les autres peuples où les esclaves étaient vendus, et se contenta de ceux que les armes lui avaient donnés. Leur condition n'en fut que plus dure. Sparte ne les traita si mal, que parce qu'ils subissaient la loi d'un maître, là où ils avaient goûté, eux ou leurs ancêtres, les charmes de la liberté.
Elle affectait de craindre qu'ils n'aspirassent à la reconquérir par la force.
Aussi leur avait-elle imposé un costume particulier. L'hilote était reconnaissable, parce qu'il portait un chapeau de cuir et une peau de mouton (1). Il ne pouvait les quitter sans s'exposer à être puni. Le Spartiate voulait pouvoir, toujours et partout, reconnaître son ennemi.
L'esclave était attaché au sol. Il travaillait pour son maître, qui, par indifférence ou par politique, lui assurait une compensation. Il y en avait plus à Sparte que dans aucune autre ville. Ils cultivaient avec succès les arts mécaniques et servaient comme matelots, au camp ou dans les marches.
(1) Myron , apud Athénée, XIV.
Chacun des neuf mille majorais des Spartiates, devait produire au possesseur : soixante-dix médimnes d'orge pourle chef de famille, douze pour sa femme (1), et une quantité proportionnelle de vin et d'huile (2). Lycurgue n'aurait pas désigné plus exactement cette dernière redevance. Etait-elle déterminée par la coutume, ou, par une de ces précautions dont l'esprit oligarchique avait le secret, la loi se serait-elle tenue dans le vague, afin que l'hilote n'oubliât jamais que le maître a le droit d'exiger ce qu'il veut?
Ce que payait l'hilote était suffisant pour la nourriture de six personnes : C'était une moyenne bien supérieure à celle de la famille Spartiate. On ne peut pas croire cependant que la charge fut lourde. « Les hilotes, dit Plutarque (3), cultivaient la terre pour les Spartiates et leur en payaient la rente suivant l'ancien taux fixé par Lycurgue. Un citoyen qui aurait affermé sa terre au-dessus de ce prix serait devenu l'objet de l'exécration publique. Son motif était d'attacher les hilotes à la culture, par l'appât du gain et d'ôter à leurs maîtres l'envie d'augmenter leur fortune. »
Le Spartiate devait recevoir la même quantité, quelle que fût la récolte. Il convenait, en effet, qu'il fût à l'abri de toute préoccupation pour sa subsistance et celle de sa famille. C'était à d'autres à y pourvoir.
(1) Le médimne laconien, plus grand d'un tiers, d'après quelques auteurs, que le médimne attique, qui est de 5^ litres, aurait valu 69 litres 33. D'après d'autres, il était de 42 litres 66, ou de 51, 79.
(2) Plutarque, Lyc^ VIII.
(3) Apophthegmes des Lacédémoniens,