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CHAPITRE V

L'hilote avait donc à suppléer aux produits des années mauvaises, mais il profitait de l'excédant des années abondantes. Il y avait donc pour lui un encouragement au travail.

Son unique garantie était l'intérêt de son maître. Il ne fallait pas compter sur les sentiments humains, que la législation tout entière de Sparte proscrivait. Montesquieu (1) donne la raison de cette modération relative.

« Lorsqu'une république a réduit une nation à cultiver les , terres pour elle, on n'y doit point souffrir que le citoyen puisse augmenter le tribut de l'esclave. On ne le permettait point à Lacédémone; on pensait que lesElotes cultiveraient mieux les terres, lorsqu'ils sauraient que leur service n'augmenterait pas; on croyait que les maîtres seraient meilleurs citoyens, lorsqu'ils ne désireraientque ce qu'ils avaientcoutume d'avoir. »

L'hilote pouvait rendre sa vie plus douce, et même entrevoir, dans un lointain consolateur, cette liberté,

Qui venait, quoique tard, regarder sa vieillesse (2).

Il pouvait être adopté par un Spartiate, acquérir la liberté par des services militaires, et l'embellir par le fruit de ses économies.

Une fête et une cérémonie publiques célébraient ce grand acte (3). La vie semblait donc moins pénible, et l'avenir moins sombre pour l'hilote Spartiate, que pour l'esclave d'Athènes et de Rome. Les guerres

(1) Esprit des lois , XIII, chap. IV.

(2) Quse sera tamen respexit ineriem. (Virgile, EgL, I, 28.)

(3) Pausanias, 8, 20.

étaient continuelles et l'hilote avait fréquemment à combattre pour son maître, avec l'espoir d'en être récompensé.

Il était armé à la légère et protégeait le corps d'armée. II pouvait être attaché à l'hoplite, et remplir auprès de lui le service que l'homme d'armes du moyen âge recevait de ses suivants. A Platées, d'après Hérodote (1), chaque hoplite était accompagné de sept hilotes, et chaque périèque en avait un.

Les précautions les plus minutieuses étaient prises pour mettre l'hilote hors d'état de nuire. Au camp, en temps de paix, il était surveillé comme l'ennemi. Le Spartiate, ne pouvant se faire aimer, était condamné à se faire craindre. On va vite et loin dans une pareille voie, et l'excès du pouvoir semble inévitable du côté de l'oppresseur, comme celui de la haine du côté de l'opprimé.

2. Maisil ne fautpas oublier que l'hilote appartenait à l'État, et non au citoyen. L'homme, quelle que soit la dureté de son cœur, n'a jamais complètement rompu avec la nature, et il est accessible à la pitié. Si l'esclave avait dépendu de lui à Sparte, peut-être aurions-nous à citer des traits de générosité comme Rome nous en offre, quoique en petit nombre, de la part des maîtres. Mais l'État est, de sa nature, inflexible, et, comme ceux qui agissent en son nom n'écoutent que l'intérêt, on n'a pas le droit d'attendre quelque chose qui ressemble au sentiment exprimé dans ce beau vers que le poète a trouvé dans son cœur plutôt que dans l'exemple de la société :

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