‹ Institutions de SparteChapitre 130 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Homme je m'intéresse à ce qui touche l'homme (1).

P - Aussi le nom d'hilote rappelle l'esclavage le plus dur et le plus abject.

Ce n'est donc pas à son maître immédiat, possesseur héréditaire du sol, mais à ce maître supérieur, implacable, parce qu'il était un être moral, qu'il faut attribuer le triste sort de cette population , infiniment plus nombreuse en Laconie et en Attique, et partout, en Grèce et à Rome, que ceux à qui elle appartenait.

Aussi, Montesquieu (2) a-t-il fait l'observation suivante : (( A Lacédémone, les esclaves ne pouvaient avoir aucune justice €ontre les insultes, ni contre les injures. L'excès de leur malheur était tel, qu'ils n'étaient pas seulement esclaves d'un citoyen, mais encore du public. Ils appartenaient à tous et à un seul. »

Lorsqu'ils étaient rendus à la liberté, ils n'entraient pas dans les rangs des périèques : ils devenaient moins encore Spartiates. C'est probablement pour eux que fut créée cette classe à part, que l'on appela Néodamodes et qui paraissait moins destinée à cultiver les terres ou à faire le commerce , qu'à former des colonies, ou à continuer le service militaire dans des contrées lointaines.

î|: Les hilotes étaient souvent regardés comme une gêne plutôt que comme un avantage. Plutarque (3)

(1) Homo sum , humani nihil a me alienum puto. (Térence, EéautontimorumenoSf L 1.)

(2) Esprit des lois, XV, 17.

(3) Agis, 44.

raconte que, dans une incursion en Laconie, les Etoliens ramenèrent cinquante mille esclaves, a Un vieux Spartiate aurait dit que les ennemis avaient rendu à Sparte un grand service, en la déchargeant d'un pareil fardeau. » Peut-êtren'était-cequ'unmoyen de déguiser la honte de cette perte. Mais l'augmentation du nombre des hilotes était un danger redoutable.

On eut aussi, mais dans les derniers temps, l'affranchissement à prix d'argent. Cléomène rendit la liberté à tout hilote pouvant fournir cinq mines (450 fr.). Il en fit cinq cents talents (2,500,000 fr.), ce qui suppose environ cinq mille cinq cent cinquante-cinq affranchissements.

3. L'État ne menaçait pas un esclave en particulier ; il tenait suspendu sur tous un péril continuel et terrible. C'est ce qu'on appelait la cryptie.

Il y a plusieurs opinions sur cet exercice terrible d'un pouvoir sans contrôle.

La première est celle d'Héraclite et de Plutarque. Voici comment l'expose le biographe (1) :

(( Les gouverneurs des jeunes gens envoyaient de temps en temps, dans la campagne , ceux en qui ils avaient reconnu le plus de courage et de prudence. Ils leur donnaient des vivres et un poignard. Ces jeunes gens se dispersaient, se cachant pendant la journée, et ne sortant que la nuit, pour se répandre dans les chemins et égorger les hiîotes qu'ils rencontraient. »

Ces expéditions, qui entraient, comme élément essentiel, dans l'éducation delà jeunesse, avaient pour

(J) Lycurgue, XLI.

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