‹ Institutions de SparteChapitre 131 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

but d'exercer le courage des citoyens et de diminuer le nombre des hilotes.

La seconde explication de la cryptie la présente comme une obligation imposée aux hilotes de rentrer, le soir, dans leurs demeures, aune heure déterminée. C'était une espèce de couvre-feu. Ceux que les Spartiates rencontraient pouvaient être tués, mais ils avaient le droit de se défendre, et le Spartiate était obligé d'user de ruse contre eux, ou de se montrer plus fort et plus habile dans le maniement des armes.

La cryptie pouvait être une organisation de police. Les éphores auraient armé un certain nombre de jeunes gens, trois cents environ. Ils leur auraient enjoint de visiter toute la Laconie, afin de veiller au maintien de l'ordre, de prévenir ou de réprimer toute tentative de la part des périèques et des hilotes.

Cette troupe serait restée constamment sur pied. Il n'y aurait pas lieu de s'étonner qu'elle eut commis des excès, et fait bon marché de la vie de ceux qui n'étaient pas citoyens.

La déclaration de guerre faite aux hilotes , tous les ans , par les éphores au moment où ils entraient en charge , peut bien n'avoir pas été autre chose qu'un avertissement donné à ces malheureux que tout était permis contre eux aux citoyens, et en même temps la justification anticipée de toutes les violences que ceux-ci auraient pu commettre.

Enfin, la cryptie aurait été un exercice guerrier, ayant pour but d'habituer les jeunes gens à une vie d'embuscades et de fatigues. A certains jours, ils quittaient la ville et se livraient à tous les exercices

d'une armée en campagne. Ceux qui se laissaient surprendre subissaient de rudes châtiments.

Bien que le nom des hilotes ne soit pas prononcé à l'occasion de cette image de la guerre, il est probable qu'ils représentaient l'ennemi, et que leur sang, ce sang dont on pouvait dire comme à Rome (1) :

NoD, ce sang n'est pas vil, mais plutôt il n'est rien,

constatait, en coulant à flots, l'adresse et le courage du jeune Spartiate.

Platon (2), sans expliquer ce qu'était la cryptie, y voyait « un merveilleux usage pour accoutumer l'âme à la douleur. » Quand le divin Platon parle ainsi, que n'ont pas le droit de faire les hommes formés à l'école sans scrupules de Lycurgue ?

Plutarque (3) dit, sans manifester ni répulsion, ni étonnement : « Souvent même, en plein jour, ils tuaient dans les champs les plus forts et les plus robustes des esclaves. »

Ce massacre, pour ainsi dire légal et régulier, donne la mesure du prix que le Spartiate attachait à la vie de l'hilote, et de la terreur que lui inspirait une haine qu'il savait trop justifiée.

4. Thucydide raconte (i) que deux mille hilotes appelés à Sparte pour y recevoirlaliberté, en échange de leurs services militaires, disparurent, sans qu'il fut possible de savoir ce qu'ils étaient devenus. De

(1) Nou tam vilis quam nullus. {^éxèq-ce, Epitres.)

(2) Lois, m.

(3) Lycurgue, 41.

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