‹ Institutions de SparteChapitre 132 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

vaillants auxiliaires pouvaient être, en effet, de redoutables ennemis. Et Sparte n'hésitait pas à prévenir le danger pour n'avoir pas à le combattre.

Aristote, d'après le témoignage de Plutarque, dit que les éphores, en entrant en charge, déclaraient la guerre aux hilotes. Dès lors tout était légalement permis contre eux.

Et il semble s'attacher à justifier tous ces excès, quand il dit (1) : « Ce sont d^éternels ennemis, épiant sans cesse l'occasion de mettre à profit quelque calamité. »

Quel état social que celui où la vie de l'homme est pour quelques-uns de si peu de prix, qu'on la livre au caprice et à la peur, et d'une si haute valeur pour d'autres , qu'ils la défendent par des mesures préventives , dont l'aveugle injustice augmente la cruauté!

Il répugne de croire que l'homme ait été , comme l'animal, poursuivi à la chasse. Mais la dureté du Spartiate, la conscience qu'il avait de la haine de l'hilote, l'accord des historiens pour constater que des mesures sanglantes étaient prises régulièrement ou accidentellement pour que la haine de l'esclave ne pût nuire au maître, permettent de croire que l'usage ou la loi tolérait un abus de la force destiné à protéger les excès de la classe privilégiée.

Rien ne montre d'ailleurs plus complètement à quel prix était achetée à Sparte, comme dans les autres sociétés antiques, ce qu'on appelait la liberté. Le droit reconnu à quelques-uns de tout faire était compensé chez le grand nombre par l'obligation de tout

supporter. Il fallait l'extrémité de la servitude pour assurer Textrémité de la liberté.

C'est ce qu'on ne devrait jamais oublier quand on porte si haut chez les anciens les vertus patriotiques, et que l'on admire leur amour pour la liberté. Les vertus ne sont que le sacrifice de tout à la patrie, et la liberté reste un étroit privilège.

Ce n'était pas assez de mettre la vie d'un si grand nombre d'hommes à la disposition de quelques-uns, il fallait encore déshonorer ceux qu'on laissait vivre !

« Les Spartiates, dit Plutarque (1), forçaient les hilotes de boire avec excès, et les menaient en cet état dans les salles où l'on mangeait, pour montrer j aux jeunes gens combien Tivresse était honteuse. Là, 1 ils les obligeaient de chanter des chansons obscènes, | de danser d'une manière indécente et ridicule, p

Ce fait, qui prouve le peu de respect dont la dignité humaine a été Tobjet dans toute l'antiquité,^ est la rigoureuse application du principe qui mettait tout, comme un instrument, entre les mains du Spartiate, libre de s'en servir pour sa plus grande utilité.

Plutarque croit que les cruautés dont les hilotes furent victimes n'avaient commencé qu'après leuï révolte et leur accord avec les Messéniens. Elles seraient donc de beaucoup postérieures à Lycurgue^ et on pourrait y voir une nouvelle preuve que tout ce qu'on attribue à ce législateur n'était pas de lui^

L'hilote habitait la campagne, les villages de la Laconie et Sparte. Il pouvait être attaché au service personnel du périèque ou du Spartiate. Mais il dis-! posait librement de sa maison, de sa femme, de ses

(1) Lycurgue, 41.

Page 1